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Face ou Pile

bottleof
bottleof
Niveau 9
15 septembre 2011 à 05:23:48

Bonjour tout le monde, je commence mon second roman, et j'ai donc écris le tout début, j'aimerais avoir des avis concernant celui-ci, pour essayer de distinguer le contraste entre l'image que je souhaite renvoyer à travers l'écrit et l'image que le lecteur en a réellement. Merci à vous d'avance de prendre le temps de m'exprimer vos ressentis.

FACE OU PILE:

Une forme circulaire parfaite, une couleur brillante, encore plus sous l'éclairage jaunit de ma vétuste chambre d'appartement. Deux faces diamétralement opposées mais qui ne vont pas l'une sans l'autre, semblable à un personnage disposant d'une double-personnalité, sans ne savoir jamais laquelle des deux il peut se permettre d'arborer. Je les vois se succéder l'une à l'autre, ces faces, d'un rythme régulier, tournoyant dans les airs, au-dessus de mon visage naturellement hilare durant cet instant que j'affectionne tant. J'arrive à ressentir les remous causés par ces mouvements vifs, donnant une sensation haletante à mes pensées. Je sais que l'on peut distinguer une lueur passionnée dans mes yeux, symbolisant mon engouement fatidique à l'approche de la chute. Une lueur folle, diraient certains, mais il n'y a pas de génie sans folies, leur répondrais-je avec courtoisie. Le regard brillant, j'ai donc la tête relevé vers mon plafond, la bouche ouverte, spectateur silencieux de mes propres actes, avide de mes propres désirs, illuminé par ma propre flamme. La chute se fait imminente, on pourrait presque la comparer à une descente aux enfers, ceux où je vais tendre ma main, tel un diable, en maître du destin, pour apercevoir lequel des deux masques je vais me permettre d'enfiler. Lequel des deux côtés prédominera pour l'éternité, une éternité éphémère du moins. Je m'applique à tendre mon bras de manière impeccable, les doigts solidement collés les uns aux autres, dans une sorte de combat avec moi-même pour les garder parfaitement droits. Les yeux toujours rivés sur la pièce, je la vois filer vers ma main, comme attirée par ma personne, sur le coup j'ai l'impression d'avoir un quelconque pouvoir, de maîtriser la vie, le hasard, le destin, l'espace, le temps, la mort... Toutes les images se succèdent au ralenti dans ma tête, rendant ce moment magique, la tension dominant dans l'atmosphère. Pendant ces longs centièmes, je me sens comme un Dieu, d'une situation pourtant si brève et si futile, mais j'en ai un large sourire, satisfait de moi, comme si toute ma vie dépendait de cet instant précis. La voilà qui ne cesse de s'approcher, prête à retrouver une forme immobile, qui lui enlève toute vie, toute utilité. Je suis disposé à reprendre le semblant de liberté que je lui ai conféré quelques secondes auparavant, car rien ne peut être apprécié indéfiniment, surtout pas la vie. Le métal touche enfin ma peau, et mon sourire disparait, tout comme mon excitation, une tristesse soudaine m'envahit, ainsi qu'un sentiment de vide profond, je ferme les yeux.

Je me souviens de la première fois où je me suis rendu compte de l'instabilité de l'existence, de la fugacité du moment présent. J'avais ressenti le même sentiment de vide. Je devais avoir cinq ans, c'était un de ces froids matin du mois de Janvier où la température avoisine les zéro degré. Je me promenais dans un parc avec mon père, qui se situait à quelques rues de notre maison familiale. Ce jour là, la neige recouvrait l'entièreté de l'espace et le vent qui soufflait contre le feuillage des arbres me donnait une impression de sécurité. Seuls à cette heure si matinale, chaudement emmitouflés, nous faisions le tour du petit lac gelé qui se situait au centre de ce lieu. Comme à mon habitude, j'avais les yeux rivés vers le ciel, contemplant les oiseaux migrateurs qui s'enfuyaient vers des contrées plus accueillantes, à des centaines de kilomètres d'ici. En les regardant partir vers l'horizon, d'un simple battement d'aile, je les enviais. La liberté naturelle qui se dégageait de leurs silhouettes lointaines était si pure que je ne pouvais détacher mes yeux de leur image, même quand ils avaient depuis longtemps disparus derrière des nuages qui se voulaient toujours plus imposants. C'était alors que j'avais marché sur quelque chose qui ne ressemblait en rien à de la neige. En reposant mes yeux sur ce qui se trouvait devant mes pieds, j'avais eu un bond de recul. C'était un oiseau mort, qui était là, étalé devant moi, une aile manquante. Sa position figée sur le sol, comme congelé par le froid, en réalité par la mort, m'avait donné une sensation d'abattement. Je m'étais accroupis devant lui, et je l'avais fixé pendant de longs instants, entrant moi-même dans une sorte de paralysie temporaire. Je ne sais pas si c'est le cas, mais, de mes souvenirs, c'était le premier être mort que je voyais de toute ma vie. La liberté et la jovialité que j'avais assimilé à ces compagnons du ciel avait soudainement disparue, pour laisser place à une réalité qui se voulait de plus en plus insistante dans mon esprit. La réalité de la mort, et donc, à travers cet intermédiaire, la réalité de la vie. Mon père, me voyant statique depuis plusieurs minutes, m'avait rejoint. C'est ainsi que je me rappelle de la première vraie conversation que j'ai eu avec lui. Tout naturellement, sans lui adresser un regard, toujours focalisé par l'oiseau, je lui avais demandé:
" Pourquoi les choses meurent ?
Ma question avait résonné avec une intensité troublante, et il avait certainement ressenti une telle sincérité dans ma voix qu'il avait lui aussi adopté un ton très sérieux.
- Ce sont des choses qui arrivent dans la vie, parfois la nature se décide à reprendre ce qu'elle nous a donné, c'est comme ça.
- Mais pourquoi ? Lui avais-je répondu.
Sa réponse avait tardé à venir, notre discussion était d'une lenteur étonnante, qui donnait un aspect tragique à nos paroles, presque sans le vouloir.
- Parce que la vie fonctionne comme ça, rien n'est éternel.
Toujours en pleine réflexion, je continuais mon analyse, une analyse toujours plus dépressive.
- On va tous mourir ?
Il avait acquiescé d'un signe de tête, sans rien répondre, comme si mon réalisme le frappait de plein fouet. Après coup, j'ai eu l'impression d'avoir lu dans son regard une forme de tristesse et d'inquiétude, ou bien avais-je moi même imaginé ces sentiments la après le drame.
- Quand ?
- Quand quoi ?
- On va mourir, quand ?
A ce moment là il avait eu un petit rictus détendu et il m'avait simplement répondu, en posant sa main sur mon épaule.
- Ne t'en fais pas, tu as le temps.
En repensant à cette réponse, j'en ricane, le temps est infini, notre vie n'est qu'une fraction du temps. Elle tend même à ne devenir qu'un rien, en fin de compte, deux secondes ou deux cent ans, c'est exactement la même chose, ça fini par disparaître sous l'immensité du temps. Avoir du temps, c'est ce qu'il y a de pire.
- Et cet oiseau, il est où maintenant ?
Mon père avait fait une moue hasardeuse.
- On ne sait pas vraiment, certains disent que les morts rejoignent un autre endroit, plus heureux, d'autres qu'ils ne rejoignent rien du tout.
- Comme les oiseaux qui partent avec leurs ailes ?
- Si on veut...
- Et toi papa, tu y crois à cette histoire ?
Il avait haussé les épaules.
- Peut-être, je n'en sais rien, c'est plus rassurant d'y croire, non ?
En continuant d'examiner l'oiseau mort, j'avais du mal à me l'imaginer autre part, il était là, devant mes yeux, mais il ne vivait pas, comment pouvait-il vivre ailleurs, alors ?
- Mais papa ?
- Oui ?
- Si on meurt tous, à quoi ça sert de vivre ?
Il avait eu un sourire gêné et il m'avait répondu que je le découvrirais tout au long de mon existence, l'intérêt de la vie. Il s'est suicidé trois plus tard.

J'ouvre les yeux, la pièce dans ma main, face. Sacré destin, celui-là n'aura pas de chance. Je l'entends gesticuler à mes côtés, et je prends un malin plaisir à l'imaginer dans sa perdition la plus totale, dans son impuissante faiblesse. Telle une araignée que j'aurais retourné sur le dos, par simple désir de la voir souffrir, pour lui montrer que je suis plus important qu'elle. Je me lève à ses côtés, et le regarde. Lui aussi, me regarde, je n'aime pas cacher leurs yeux, la lueur du désespoir est si magnifique qu'elle m'emplit de joie, qu'elle me rassure. Je me dirige vers la salle de bain et je prends ma tondeuse. Je retourne dans la chambre, et je commence à lui raser le crâne. J'observe les cheveux tomber un à un, représentant métaphoriquement une sorte de sablier de la mort. Ils entourent désormais tout son corps et je me réjouis de ce cercle parfait qui s'est formé tout autour de lui. J'attrape un de mes instruments et je me rapproche de son visage, je le sens paniquer, écarquillant les yeux. J'arrive même à entendre ces battements de coeur, je les assimile inconsciemment à quelques percussions africaines. Leur son est agréable, je me mets à découper méthodiquement son oreille droite. La lame fine commence à faire jaillir le sang, et très lentement je descends le long de sa peau, en chef d'orchestre de cette fontaine rouge. Et c'est ainsi que je me préoccupe de son oreille gauche désormais, avec toujours la même application, je mets autant de rigueur et de précision dans mes gestes qu'un artiste devant son tableau. Nous ne sommes pas si différents finalement. Je m'éloigne, pour admirer mon travail. Avec son crâne rasé et ses oreilles arrachées, on ne dirait plus qu'une tête de mort, c'est ce qu'il est en train de devenir. Je lui retire alors le chiffon enfoncé dans sa bouche et me place sur une chaise, en face de lui. Il articule avec les lèvres, difficilement, un: "Pourquoi tu m'as tué ?". Je souris et je réponds à haute voix:
- Je ne t'ai pas tué, c'est la pièce qui t'a tué !
Et je m'esclaffe, réalisant ma stupidité, il n'a plus d'oreilles, il ne peut plus m'entendre ! Ca m'amuse.
Je me lève, lassé de sa monotonie, et je m'en vais chercher l'une de mes photos dans la pièce d'à côté. Elles y sont affichées par dizaines, recouvrant les quatre murs beige pâle, toutes en noir et blanc, bien entendu, les couleurs m'insupporte et je ne comprends pas leur utilité. Sur celle que je viens de retirer, il y a un aigle, volant près d'une falaise, le regard perçant.
Je m'approche de lui et je continue mon monologue:
- Tu vois cette photo ? Oui, tu la vois, je me réponds à moi même.
- Et bien regarde attentivement, cet aigle, c'est toi, je vais te faire prendre ton envol à toi aussi. Je vais t'envoyer là-bas, avec lui, n'es-tu pas heureux ?
Il effectue une dernière grimace, je regrette de ne pas avoir mon appareil à portée de main, ça aurait pu faire une jolie photo.

Voilà plusieurs heures qu'il est vidé de son sang, un sang presque noir, contrastant avec la blancheur de sa peau. Je tiens toujours la photo dans ma main, je ne daigne pas esquisser le moindre geste, la fatigue est trop importante pour que je considère qu'il faille que je me réveille. Non, je ne dors pas, mais c'est tout comme. J'aime bien cette photo, mes photos, elles ont quelque chose de réconfortant. Si une vie n'est pas éternelle, les photos, elles, le sont. Cet aigle, mort, continue de vivre grâce à cette matière que je tiens entre les mains. Nous, les êtres humains, nous avons toujours voulu défier le temps et la mort, moi, plutôt que de les défier, je préfère jouer avec. Je regarde attentivement le tic tac de l'horloge, deux heures du matin. Il faut que je pense à écrire avant de me coucher, cette journée a été très instructrice. Je m'approche donc de mon écran d'ordinateur, le corps de ma victime gisant toujours dans le fond de la pièce, et je me mets à taper frénétiquement sur mon clavier. Je tiens un petit journal intime, que je remplis chaque soir, je suis même devenu un maître dans l'art de décrire la réalité, ma réalité. Car ce journal, il n'est pas si petit que cela, je le tiens depuis quatorze ans maintenant. Suite au suicide de mon père, un psychologue, que ma mère m'obligeait de voir, m'avait encouragé à tenir compte de tout ce que je faisais dans la journée, c'était censé pouvoir m'évader de ma tristesse, me faire oublier. Au début très réticent, j'avais finalement joué le jeu, et bien que ça ne m'avait rien fait oublier du tout, je prenais plaisir à décrire mes faits et gestes. Sauf que je parlais de moi comme d'un personnage, à la troisième personne, ça mettait un certain décalage entre ce que j'étais et ce que je pensais être. Je sais que je suis un monstre, mais quand j'écris, c'est comme si je vois ce monstre de l'extérieur, comme si je dépasse l'être humain, que je suis quelque chose de plus, qui n'a pas de morale ou de sentiments, mais qui constate les évènements. Je suis l'acteur de mon propre film, et tous les autres sont des personnages insignifiants, dont la vie importe peu, qu'ils soient dans le champ ou non. Sur ces dernières pensées, je m'affale sur mon clavier, après le point final, il faut que je dorme, demain, je travaille.

FandeDQ
FandeDQ
Niveau 10
15 septembre 2011 à 10:31:33

Je trouve ton texte d'une très bonne qualité.

Que ce soit au niveau de l'écriture, de ce que le héros nous transmet, l'évolution de l'histoire (si la fin m'a été au départ, elle m'a finalement parut logique), il y a une certaine fluidité dans ton texte qui le rend plus agréable à lire encore...

Franchement j'adore, avec le parallèle pile/face qui joue sur d'autres dimensions, c'est bien réfléchit et surtout bien transposé, le résultat est super, j'attends de voir la suite, mais sérieusement c'est vraiment bien écrit, rien à dire, bravo à toi.

FandeDQ
FandeDQ
Niveau 10
15 septembre 2011 à 10:31:58

si la fin m'a étonné*

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