Faut croire que j´ai VRAIMENT rien à faire^^
Bon, elle est meilleure que Sound of Silence, j´avais tenté un autre style, je me suis merdé. Là je retourne dans un registre un peu plus connu, mais toujours aussi sinistre.
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La porte de l’ascenseur s’ouvre dans un froissement métallique. Il est bondé ; elle s’installe entre un gros type en sueur, chauve, qui s’éponge les joues avec un mouchoir turquoise, et une petite femme sèche et coincée, aux lunettes triangulaires et aux petits yeux porcins. Quel étage ? Elle ne les a pas comptés. L’ascenseur se vide lentement, jusqu’au dernier étage. Les deux derniers occupants, une femme séduisante au parfum enivrant et un vieil homme d’aspect sinistre, s’enfoncent dans leurs bureaux respectifs sans un regard entre eux. Elle entend le cliquetis répété des ordinateurs, et remet ses écouteurs. Saez. Elle l’aime bien, celui-là. Elle met la troisième, Jours Etranges.
Elle prend l’escalier de service, et débouche sur le toit. Elle n’a pas envie de regarder, pas spécialement. C’est un toit, voilà. Dessous, il y a un immeuble, des fenêtres, des centaines de fenêtres. Et puis le sol.
Elle inspire un coup. L’air est meilleur ici, plus frais, comme si elle s’était échappée de New York, pendant un instant. Elle veut y aller calmement, elle n’a pas envie de tout précipiter. Elle a acheté le journal, dans la rue, à un crieur qui ne devait même pas avoir quatorze ans. Elle l’a déjà oublié.
Elle éteint le baladeur, et la voix nasillarde qui hurle à la fin du monde se tait. Voilà une chose qu’elle maîtrise, son baladeur. Elle appuie sur un bouton, il s’éteint. Magique. A défaut de contrôler sa vie, elle contrôle au moins son baladeur.
Elle ouvre le journal. A la une, des peccadilles. Il n’y a rien qu’elle ait spécialement suivie, dans l’actualité, ces derniers temps. Elle apprend avec un soulagement tout relatif qu’on a finalement arrêté le chauffard qui avait renversé un ressortissant danois, la semaine passée. Ça ou autre chose… Ce n’est pas ça qui épurera New York.
Elle se marre un coup, mais son rire sonne creux. En fait, elle préférerait pleurer, malgré l’adage qu’elle s’était toujours promise de respecter. L’une de ses mains froisse le journal, et un tremblement la prend, elle le réduit en boule et l’envoie au loin. Il est emporté, dans l’indifférence et le ciel automnal ( notez au passage que je ne suis pas peu fier de mon zeugma ici présent).
Elle se rapproche de la rambarde, et risque un coup d’œil en bas. C’est profond. Elle essaie de compter les fenêtres, mais elles se perdent si bas dans son champ de vision qu’elle ne parvient pas vraiment à discerner les premières. Elle se demande si elle aurait le temps de compter au cours de la chute.
Car Norah Mastriani a décidé de sauter, ce matin.
Elle se relève. Le vent ébouriffe ses cheveux auburn, les laissant cascader avec une grâce subtile sur ses frêles épaules. Elle a un peu froid, si tant est que ce sentiment l’intéresse. Elle lance un pied en avant, mais se retient. Son cœur bat la chamade, elle a peur. Elle a peur de souffrir, peur de ce qu’elle éprouvera en tombant. Peur du côté définitif du suicide. Après tout, les religions peuvent gueuler ce qu’elles veulent, personne ne sait si elle se réveillera dans un paradis rempli d’innocents béats et niais, dans un enfer brûlant de mort et de souffrance, ou réincarné en insecte ou en dieu inférieur. Elle sourit intérieurement en pensant à la bonne dose de mauvais karma qu’elle se prendrait en se précipitant au bas de cette tour, le suicide étant un concept renié par l’hindouisme.
Elle relance un pied en avant, mais se retient à nouveau, de justesse cette fois. Elle ne veut pas sauter, ça ne lui dit rien qui vaille. Elle regarde sa montre de quartz, il est huit heures et demie. Quarante-trois secondes. Quatre. Ça continue. Elle recule et se blottit, le dos à la rambarde. Elle a peur. Elle n’a pas l’envie de vivre, mais elle n’a pas le courage de mourir. Et elle le sait.
Vingt minutes ont passé. Sa décision est prise. Elle a beaucoup sangloté, beaucoup hésité, mais son appréhension est plus forte ; elle ne sautera pas. Elle a l’impression que son cœur est un peu délivré, et que sa vie s’améliorera. Elle retourne donc, d’un pas chancelant, vers l’escalier qui l’a menée sur le toit du World Trade Center. Elle descend d’un étage, puis s’arrête à nouveau. Elle regarde à nouveau sa montre. Il est huit heures cinquante-cinq. Quels sont ces cris de panique qu’elle entend ? Pourquoi le vieil homme a l’air sinistre court-il, avec une expression d’horreur indicible, vers l’ascenseur ?
Puis vient le choc. Norah mourut presque une minute après que l’avion eut percuté l’immeuble, ce 11 septembre 2001. Et si la douleur fut à la mesure de ce qu’elle attendait, elle la reçut comme une délivrance. Elle n’était pas mécontente de quitter cette terre, finalement.
Norah n’a pas seulement quitté cette terre, elle l’a oubliée. Et, s’il n’y avait peut-être pas une lueur d’espoir dans son dernier regard, on aurait été bien en peine d’y discerner du regret ; car ce monde est sans avenir.
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Valà.
Alors, qu´en dites-vous ? ^^