Salut.
Une petite nouvelle qui date un peu (juin 2007), mais je la trouve pas trop et je voulais la faire partager avec vous.
Bonne lecture.
7‘‘
Édouard regarda attentivement son client qui venait d’entrer dans sa petite bijouterie. L’homme avait une carrure impressionnante et un costume bien coupé. Pourtant, son visage inspirait la sympathie. Une sympathie relative puisque l’individu semblait embarrassé.
Il leva son bras et enleva la montre qui y pendait pour le tendre à l’horloger. Maxime reconnut là une montre Tempus datant très probablement du milieu du XXIe siècle. Une œuvre d’art.
— Je suis très ennuyé, déclara Dorian le client.
Édouard posa la montre.
— À quel sujet ? demanda-t-il.
— Ma montre retarde d’un peu plus d’une minute. Le problème aurait pu paraître anodin, or je tiens cette montre de mon vieil oncle. Donc je n’ose pas la démonter moi-même pour tenter de la réparer. Je sais aussi que certaines montres se dérèglent dans le temps, mais on m’a dit que ce n’était pas le cas des Tempus alors je suis venu vous voir.
— Vous avez très bien fait, répondit Édouard en souriant chaleureusement. Si vous permettez.
Il ouvrit un tiroir sous le comptoir et en sortit une petite boîte à outils. Édouard entreprit alors d’ouvrir la montre.
— Le retard n’est que de soixante-trois secondes, fit Dorian. Un délai ridiculement court, mais d’une incroyable importance pour mon métier.
— Et lequel est-ce ? demanda l’horloger en soulevant délicatement le couvercle de la Tempus.
— Je fais affaires, et c’est pourquoi je ne peux pas me permettre de me présenter à un rendez-vous avec ne serait-ce qu’une dizaine de secondes de retard.
— Je vois... De combien elle retarde vous m’avez dit ? demanda Édouard qui manipulait l’objet avec une infinie précaution.
— Soixante-trois secondes, rappela Dorian avec une once d’agacement dans la voix.
Celui-ci croisa les bras et continua de fixer l’individu chauve. L’horloger avait longuement disséqué la montre sans en trouver le moindre défaut. Aussi ridicule fût le problème, les deux hommes voyaient là quelque chose d’anormal.
— C’est étrange, fit Édouard.
Il plaça la montre sous un microscope pour en examiner le mécanisme.
— C’est très étrange.
— Qu’est-ce qui ne va pas ?
L’homme se relava pour faire face à Dorian.
— Votre montre est en parfait état de marche. Tout fonctionne sans le moindre problème. Toutefois, il y a ce curieux décalage.
— Impossible pour une Tempus.
— Disons fortement improbable. Gardez à l’esprit que c’est une montre mécanique qui peut quand même se dérégler.
L’horloger essuya un regard inquisiteur de son client. Il poursuivit sans attendre :
— Cette montre utilise un complexe système de ressort et de dynamo. Donc avec le temps, les engrenages peuvent bouger et l’heure changer. Mais vu qu’il y a soixante-dix secondes de retard, et que c’est manifestement un retard récent, il y a effectivement un problème qui nous échappe.
— Soixante-trois, corrigea Dorian.
— Navré de vous contredire, néanmoins il s’agit bien d’un retard de soixante-dix secondes, dit Édouard très poliment. Regardez par vous-même.
Il approcha sa propre montre de celle de son client. Un rapide examen indiqua qu’en effet, le décalage était de soixante-dix secondes.
L’horloger crut voir chez son client l’étonnement prendre le pas sur la colère, qui céda sa place à la curiosité. Dorian demeurait à présent très perplexe. Comment le décalage avait-il pu s’accroître de sept secondes supplémentaires ?
— Qu’avez-vous fait avant de venir me voir ? lança l’horloger en fronçant des sourcils.
Dorian indiqua qu’il s’était contenté de prendre un téléporteur pour venir jusqu’en ville, pour ensuite utiliser un tramway et entrer dans le magasin. Un sourire discret fendit alors le visage parcheminé de l’horloger. Il hésita un instant, mais voyant que nulle autre explication ne satisferait son client, il annonça :
— Sachez que je suis familier de ce problème, et qu’un ami confrère a été confronté à la même anomalie. Avant que je ne vous explique ma petite théorie, laissez-moi vous poser une question.
— Je vous en prie.
— Utilisez-vous souvent les téléporteurs ?
Dorian trouva la question étrange. Bien décidé à comprendre ce qui se passait, il répondit :
— Je dirais une dizaine de fois, cela ne fait pas très longtemps qu’on les a installés.
— Mmh je vois, fit l’horloger.
Celui-ci referma le petit habitable de métal de la montre, qu’il rendit à Dorian.
— À notre époque, peu de gens utilisent encore des montres mécaniques préférant les électroniques. Ces montres se calibrent sur le faisceau d’un satellite qui est lui-même relié à une horloge atomique. Ainsi, ces modèles de montre ne peuvent pas être en décalage puisque cette liaison satellite assure un paramétrage parfait de l’heure. Et quand bien même il y aurait un décalage, celui-ci est aussitôt corrigé. Ainsi, personne ne peut s’en rendre compte. Mais vous, votre montre est mécanique et se règle manuellement. C’est rare d’en voir encore qui fonctionnent, mais elles fonctionnent !
— Quel rapport avec les téléporteurs, intervient Dorian.
— Figurez-vous que depuis la mise en service du réseau de téléportation plusieurs clients sont venus me voir pour se plaindre d’un décalage avec leur montre mécanique. J’ai remarqué qu’à chaque fois, c’était un retard, toujours d’un multiple de sept. Quel rapport avec le téléporteur ? Et bien tout simplement qu’à chaque fois que quelqu’un en utilise un, la montre accusait un décalage de sept secondes.
— Et comme j’ai utilisé dix fois les téléporteurs, cela explique le retard de soixante-dix secondes.
— Exactement. La véritable énigme est la suivante : alors que la téléportation est présumée être instantanée, où vont les gens pendant ces fameuses sept secondes ?
— À part votre ami, vous n’avez pas essayé d’en parler autour de vous ? demanda Dorian.
— En effet, j’ai envoyé il y a quelque temps un courrier au ministère des Transports. Je leur ai fait part de mes observations et de mon hypothèse du fait que les gens étaient peut-être envoyés ailleurs durant sept secondes pour être ensuite envoyés à l’endroit où ils devaient aller. Et ce, sans en garder le moindre souvenir.
— Qu’est-ce qu’on vous a répondu ?
— De n’en parler à personne… mais il en faut plus qu’un simple mot du gouvernement pour me faire taire.
Édouard sourit alors, fier de sa petite résistance.
— Vous auriez dû pourtant, déclara froidement Dorian.
L’horloger eut à peine le temps de comprendre ce qui se passait qu’un rayon laser transperça sa tête. Son crâne se disloqua en plusieurs morceaux et le sang gicla tandis que le cadavre de l’horloger tombait à terre.
J'aime bien, l'idée est bonne quoique incongru
![]()
Merci d'avoir lu. Pourquoi incongrue ?
Je ne sais pas, je trouve que le mélange "futur" ( téléporteur) et "ancien" ( la montre ) donnent un ensemble pas assez crédible à mon goût. On passe d'un langage d'époque parlant du mécanisme d'une montre au fonctionnement des téléporteurs
, mais c'est un avis personnel
.
Attends-en d'autre ![]()
Les crayons côtoient de nos jours les ardoises tactiles, comme la radio n'a pas remplacé la presse écrite et comme la télévision n'a pas remplacé la radio. J'entends par là que le futur n'induit pas nécessairement une époque qui ferait fi des techniques passées.
J'aime beaucoup. La fluidité y est, l'orthographe aussi. Comme à ton habitude d'ailleurs !
Cependant, je trouve ton texte trop court par rapport à la dose d'éléments techniques présents. Le langage explicatif prend peut-être trop de place alors que le narratif s'efface un peu. Ce texte irait à merveille en tant qu'introduction à un autre plus long : il donne envie de savoir. Qu'est devenu le monde ? Où va-t-on durant ces fameuses 7 secondes ? Pourquoi 7 secondes et pas 9 ?
Alors plusieurs choses :
- Déjà je trouve dommage d'avoir un point de vue omniscient, tu aurais pu alterner entre celui du bijoutier et celui du client mais là ça me parait trop banal.
- Ensuite l'idée bien sûr est bonne, on ne s'attend pas à cette tournure, genre science-fiction, l'histoire est intéressante.
- Enfin si c'est une nouvelle, elle aurait fallu qu'elle soit plus longue... Parce que là tu commences une intrigue. Je ne dis pas forcément que tu dois en faire un roman de 500 pages, mais l'histoire parait intéressante, et si tu t'arrêtes là ça serait dommage, surtout que, comme je l'ai dit, l'idée de départ est bonne.
- Concernant l'écriture c'est efficace, ça se lit vite, pas d'erreurs de syntaxe visiblement, c'est assez bien construit.
J'ai lu. Bonne idée! ^^ C'est vrai qu'on reste un peur sur sa faim, tu aurais de quoi en faire un récit un peu plus long. Cela dit, la chute est bonne, d'ailleurs je ne m'y attendais absolument pas. (Il faut dire que j'ai peu l'habitude des textes à chute).
En ce qui concerne le style, et bien c'est clair, parfaitement maitrisé.
Pardon, tab*
Donc clair, parfaitement maitrisé, en un mot : Efficace. ^^
Bonne idée, effectivement. Je trouves que tu précipites un peu l'idée que les gens utilisant les téléporteurs "disparaissent" pendant 7 secondes on ne sait où, et d'ailleurs tu aurais pu développer un peu...
Quant à la fin, elle anéantit tout simplement l'ambiance accumulée jusqu'ici. Tu aurais pu, par exemple, laisser sous-entendre que le client était un agent du gouvernement sans toutefois l'annoncer de bute en blanc, ainsi que développer la mort de l'horloger la conclusion : passer la main au client pour qu'il reprenne la narration, décoiler un tout petit peu les raisons pour lesquelles il tue l'horloger, etc.
Hi Ostra !
Je l'avais déjà lu commenté, il me semble mais j'ai pris plaisir à le relire. Sympa, et dans l'idée et dans le traitement. C'est vrai qu'il y a matière à faire plus long mais personnellement, j'aime assez cette concision. La narration nette et efficace se prête bien au récit, ainsi que la chute qui rompt brutalement mais qui demeure tout à fait dans l'esprit.
Si je devais faire une petite critique, ce serait peut-être au niveau des dialogues qui souffrent à certains endroits de disparités dans le registre de langage.
That's all ! ![]()
Merci d’avoir lu et commenté.
Avoir autant de lecteur pour un si petit texte me surprend un peu, et me ravit bien évidemment.
Petite remerciement spécial toute fois. Merci à Sanphi d’avoir jeté un oeil après tout ce temps. Merci à Elfindel pour la précision de ses remarques, j’ai corrigé ce qui n’allait pas.
Après, je vais répondre de manière générale (je fais doublon avec l’autre forum pour faire plus simple).
Je vois que la SF surprend certains, je comprends que c’est introduit de manière un peu brutale, c’est juste que je ne vois pas forcément un monde de SF avec des portes qui souffrent en faisant un bruit de pressurisation et des lampes protoniques, voyant la technologie comme un élément faisant partie intégrante du monde, et donc, qu’il n’est pas nécessaire de braquer le regard sur ça.
Je suis d’accord pour la froideur des dialogues, mes personnages ont ce défaut, et je pense que c’est aussi un peu du au fait que ce texte date un peu et j’avais plus de mal à l’époque pour faire briller les personnages.
L’idée que les choses vont vite; je dirais que c’est une nouvelle, que ça doit être concentré, de surcroît dans ce texte où toute discrétion alourdirait. La fin est brutale aussi, mais elle me plait ainsi, elle est explicite, clôt le sujet tout en ouvrant pleins de questions. J’aime ce genre de fin, un peu à la Lost en laissant quelques portes entre-ouvertes pour que le lecteur s’imagine la suite et y voit ce qu’il a envie de voir.
Voili voulou. ![]()
J'adore ! Ca ressemble au projet de quelqu'un que je connais... La téléportation le fascine. L'histoire des 7 secondes est remarquable! Dommage qu'on ait pas eu la suite...
Nostalgie
)
Si je me souviens bien, c'était tiré du concours où le sujet était sept secondes, justement. (où on m'avait censuré
)
Si t'as le lien du topic, j'aimerai bien que tu le passes, j'aimerai bien relire ce qui a été fait à cette époque.
J'adore la chute, j'adore l'idée. Une excellente nouvelle de SF ! Et tu laisses des débuts intéressants si jamais tu décides d'un peu plus développer l'univers à l'avenir.
J'aime beaucoup l'idée de ta nouvelle, mais tu aurais dû développer un peu plus ta fin; comme les autres l'ont déjà dit, on reste sur notre faim. Après, je n'ai pas grand chose à ajouter d'autre ![]()