Désolé pour l'infraction aux règles du forum, je n'avais pas vu le post d'Epitaph.
Revoici donc la nouvelle que j'avais posté.
Roland est cadre. Le matin quand il arrive au bureau, c'est toujours la même rengaine. Il sort du métro, se mêlant à la foule, qui vomie par le métro se bouscule, s'entrechoque, chaos apparent mais organisé s'il en est. Les téléphones portables jouent leurs sonneries, plaisantes, crillardes, comme une symphonie accordée par un mauvais chef d'orchestre. Un chef d'orchestre ivre aurait dit Roland. Il a une très bonne imagination, et chaque matin il la met à l'épreuve en divaguant, il remplit le vide caractéristique de la routine, son imagination déborde en quelque sorte. Oui, c'est comme ça qu'il aime à la voir, il a une imagination débordante.
Il arpente donc les sous-sols de la ville, à la recherche du même escalier depuis près de 12 ans. La foule s'est désorganisée, elle étend maintenant ses bras dans plusieurs directions, d'un elle va acheter le journal, de l'autre un café. Plusieurs de ces tentacules sont déjà montées au grand jour offert par le printemps fraîchissant, Roland les voit sans les voir, ils prennent l'escalator, l'air affairé, pressés d'en découdre avec cette nouvelle journée.
L'escalier se rapproche de plus en plus, et Roland aperçoit du coin de l'oeil un sans-abri, tendant la main aux passants, baguette d'orchestre qui bouge d'un coté à l'autre, battant la cadence avec une lenteur extrême, mais pas dénuée de rythme, sans doute ivre aurait-il fait un excellent chef d'orchestre. Roland l'a déjà vu, il ne saurait dire où mais un souvenir lui revient, imperceptible, comme une petite voix au fond de son crâne. Oui il le connaissait.
Arrivant au même niveau que lui il lui lance une pièce, l'air nonchalant et désabusé d'un travailleur à la chaîne accomplissant le même geste depuis des années. Il attend le "Merci m'sieur." signalant l'arrivée de la pièce dans les mains tremblantes de son nouvel acquéreur, mais il ne vînt pas. Il continue quand même, arrive à l'escalier, empoigne de la même façon que ces 12 dernières années la rampe et monte les marches deux à deux. Le jour perce à travers les quelques nuages restant, symboles d'un hiver vieillissant.
A t-il jeté cette pièce ? Oui lui répond une voix dans sa tête. Rassurante. Non lui répond l'autre voix, celle qui vient du fond de son crâne, celle qui lui parvient toujours étouffée, celle qui comme écrasée par le poids de la certitude et du rationnel a faibli mais n'a pas cédé. Roland lève les yeux au ciel. Il doit maintenant être 7h45, au bruit des voitures, mêlant moteur, klaxon et insultes en tout genre. L'odeur de pot d'échappement qui lui parvient a comme quelque chose de rassurant, familier.
L'ambiance est pesante, le soleil n'apparaît pas aussi clair que ce qu'il avait cru en montant les escaliers. En fait les nuages sont même nombreux. Maintenant le soleil a disparu, happé par le gris monotone de la pluie naissante. Avait-il fait beau quelques minutes auparavant ? Sans doute pas, il s'en serait aperçu. Il aperçoit toujours tout, même du coin de l’œil.
Il continue sa marche en direction du passage piéton. Pâle code barre en plein milieu de la rue, duquel monte la nostalgie de quelqu'un d'usé. Une trace de freinage en diagonale laisse apparaître le passage récent d'un conducteur pressé. Trop pressé. Les deux avenues se croisent, au bout de la rue en face, son bureau, vaste immeuble miroitant au soleil (Il n'y a pas de soleil. Si il y en a).
Le feu piéton est maintenant au rouge, le flot des voitures démarre, trombe motorisée attirée par une gravité virtuelle, horizontale. Roland est de l'autre coté de la rue. Comment est-il arrivé là, qu'importe. Il a traversé,oui sans doute, sinon il n'y serait pas.
Ses pieds l'entraînent, machinaux et guidés par la volonté immuable de parcourir le même chemin depuis toutes ces années. A sa gauche les magasins défilent. Celui-ci met en valeur des téléviseurs, l'image qui s'affiche montre un groupe de rock jouant un de ses morceaux favoris (Non je ne l'aime pas. Si je l'aime), les modèles défilent montrant tous la même musique, avec un contraste et une qualité d'image différents. Roland imagine le vendeur (Assurément monsieur ce modèle-ci est le meilleur, certes plus cher il vous permettra de profiter d'une image nette et sans bavure), son sourire faussement aguicheur planté sur un visage bronzé par les UV en salle, son brushing d'un blond platine venant éclairer le tout. D'un blond stéréotypé se dit Roland (Il était blond. Non il était brun).
Les voix dans sa tête ne l'inquiétant pas le moins du monde, il continue sa marche, se rapprochant comme un insecte attiré par le feu des lumières, se rapprochant encore et encore, jusqu’à arriver devant l'immeuble. Il jette un œil vers les hauteurs, n'aperçoit que le reflet du soleil, toujours aussi absent malgré son éclat. Ce soleil est aussi faux que la pièce se dit-il. Ou est-ce l'autre ?
Roland pénètre dans l’immeuble. Ici les gens semblent s'intéresser à quelque chose d'invisible. Comme des souris lâchées dans un labyrinthe ils errent, l'air affairé de personnes cherchant un bout de fromage dont ils ignorent tout. Il doit être tard, 10h, voire 11h (Non il est 8h. Pas du tout, il est tard). La standardiste répond au téléphone l’œil morne, vide. "Bonjour monsieur Lentrain, non il n'est pas encore disponible, je laisse un message ?" se dit Roland, avant d'entendre ces mêmes mots de la bouche de la jeune femme blonde à chignon, équipée de lunettes trop grosses, trop larges pour sont visage fin. Sentiment de déjà-vu, tandis que les voix dans sa tête s'accentuent, ne cessant leur étrange combat pour une certitude oubliée.
L'homme à la mallette, costume noir, cravate bleue sur chemise blanche (net et sans bavures) posté devant l'accueil comme un enfant devant un magasin de friandises, attendant patiemment son tour avec l'impression de déranger, ne se retourne pas quand Roland le frôle pour appuyer sur le bouton d'ascenseur un peu plus loin. L'instant d'après il est au 7ème (J'ai pris les escaliers. Non j'ai pris l’ascenseur) et foule la moquette beige, moutonneuse et passée.
Il croise l'homme à la mallette, costume noir, cravate bleue sur chemise blanche. Il se retourne vers lui après l'avoir dépassé et dit, d'une voix sans ton, "Net et sans bavures". Il ne lui répond pas. Il ne lui répond jamais se dit-il. Peut-être n'est-il pas là, comme monsieur Lentrain. Il pénètre dans son bureau, l'écriteau à la porte indique son titre de comptable (Je suis comptable. Non je ne le suis pas), précédé de son prénom (Roland. Arnold) puis de son nom, effacé, ou peut-être pas se dit-il.
Roland s'assied sur sa chaise. La même depuis plusieurs années, c'est une chaise somme toute simple mais confortable, rembourrée, elle tourne, lui permettant de voir le crépuscule (Il est 8h10. Non il est 18h) par l'immense baie vitrée qui compose les murs de l'immeuble. Les dossiers sur son bureau s'entassent, pile de chiffres se bousculant, impatients d'être analysés, ajoutés les uns aux autres, soustraits, multipliés pour les meilleurs. Le monde de ces chiffres doit être
passionnant se dit Roland. Il délaisse les dossiers et se tourne vers le soleil couchant, tout aussi absent que tout à l'heure. Il se lève et scrute la rue, de son étage (7ème. 10ème), les gens et les voitures semblent insignifiants, particules d'un chaos plus immense encore. Roland aperçoit le vendeur (Blond. Brun) rentrer dans le magasin de téléviseurs (Il rentre. Non il sort, il est 18h). Roland colle les paumes de ses mains contre ses tempes grisonnantes, les voix continuent leur duel au sommet (7ème. 10ème) pour la possession de sa raison.
Soudain il sait. Il sait que s'il touche la vitre elle disparaîtra. Comment, aucune idée (Je ne sais pas. Si je sais). Tendant la main, son doigt effleure la surface glaciale du verre sécuritex(TM) double épaisseur. Simple épaisseur. Plus aucune épaisseur. Maintenant il sent le vent s'engouffrer dans son bureau, tandis que la première voix dans sa tête crie au scandale devant quelque chose d'aussi irrationnel (C'est impossible. Ça l'est).
Il se prend au jeu des couleurs, des rotations et du mouvement qui se trame 7 étages (10 étages) plus bas. Il a la certitude de faire partie d'un tout (Tu n'en fais pas partie), il est Roland (Arnold), et si il saute de cette baie vitrée (Il n'y a pas de baie vitrée), il entrera dans le jeu qu'il voit se dérouler en bas (Il n'y a rien). Lui aussi serait alors entraîné par les gravités multiples qui conduisent les voitures, freiné par les feux rouges qui assurent la cohésion de l'ensemble, lui aussi entrerait dans le tout qu'il peut apercevoir si haut perché.
Il fait un pas. Son pied droit se retrouve dans le vide, il avance l'autre pied. Roland (Arnold) est happé, le vide en dessous n'a de cesse de vouloir se remplir, se remplir de son corps. Il tombe, tout tombe, il tombe, s'écrase.
Sous un pont, à quelques espace-temps d'ici, Arnold a les yeux grands ouverts. Il ne les refermera jamais. Il a rêvé d'un homme. Lui ? Non, l'autre s’appelle Roland. Décidément Arnold a une imagination débordante. Elle a sacrément débordé cette fois-ci. Il s'est noyé. Il sombre dans les méandres obscurs d'une eau glaciale, nette et sans bavures.
Je n'ai pas encore tout lu car je suis pris par le temps.
Je te laisse juste une petite critique générale, quitte à revenir plus tard.
Je n'adhère pas trop à ton style. Il est très dense, presque, parfois, lourd. C'est très imagé, et toutes les métaphores ne créent pas du sens chez moi. Certaines me laissent perplexe.
C'est assez monotone et schématisé. Après chaque action, ou description, on s'attend à la voir imagée. On s'enferme donc dans quelque chose d'assez pâteux, mais ça peut tout à fait être recherché. Pour ma part je préfère quand c'est plus léger, concis, ou limpide.
En tout cas ça manque de fraîcheur. Enfin j'en ai cette impression. C'est assez essoufflé, et on peut presque palper les efforts que tu as fournis parfois.
Bon mais je me rends compte que je n'apporte pas vraiment de conseil, je repasserais plus tard sans faute.
Deux petites choses :
Tu devrais écrire 12 en toute lettre.
Et bien joué pour l'anagramme. Petite astuce, si non relevant du génie, assez amusante.
Merci de ta critique, effectivemment je met beaucoup de descriptions imagées, et je m'en rend compte après coup. Ici par exemple je pense que j'aurais pu passer la description du sans abri, passer de suite au moment où Roland lui lance la pièce :
L'escalier se rapproche de plus en plus, et Roland aperçoit du coin de l'oeil un sans-abri. Son visage lui est familier, il ne saurait dire pourquoi mais un souvenir lui revient, imperceptible, comme une petite voix au fond de son crâne. Oui il le connaissait.
Arrivant au même niveau que lui il lui lance une pièce, l'air nonchalant et désabusé d'un travailleur à la chaîne accomplissant le même geste depuis des années. Il attend le "Merci m'sieur." signalant l'arrivée de la pièce dans les mains tremblantes de son nouvel acquéreur, mais il ne vînt pas. Il continue quand même, arrive à l'escalier, empoigne de la même façon que ces 12 dernières années la rampe et monte les marches deux à deux. Le jour perce à travers les quelques nuages restant, symboles d'un hiver vieillissant.
D'autant que j'avais beaucoup de mal avec cette image de chef d'orchestre que je trouvais lourde et sans intérêt. Mais j'ai préféré laisser le texte tel quel, puisque c'est mon premier jet.
Ensuite, j'écris généralement avec un "style" - je ne sais pas si on peut appeler ça comme ça - plus concis, plus vif. Ici j'ai pensé essayer de faire rentrer un peu plus le lecteur dans l'histoire et pour moi les descriptions sont un bon moyen.
Maintenant, si elles sont laborieuses, il est vrai qu'elles peuvent emmener chez ce même lecteur une difficulté à la lecture, qui doit être fluide.
J'ai justement écrit une deuxième nouvelle avec le(s) même(s) personnage(s) (si on part du principe qu'ils sont plusieurs), que j'ai écris plus spontanément, avec des dialogues, etc.
Je travaille sur la fin que je trouve mal fichue, mais peut-être que je la posterais.
Pour revenir à la nouvelle, et parce que je sens mon post se transformer en pavé insipide, si tu pouvais me dire quels passages t'ont semblé plus lourds. Par exemple, le passage sur le magasin ?
Pour l'anagramme c'est effectivement voulu, et je suis étonné que quelqu'un le repère du premier coup d'oeil
Merci en tout cas de ta réponse, et désolé pour cette réponse un peu longue ;-)
Si tu as voulu sortir un peu de ton style alors je comprends. C'est pas toujours évident, et c'est un bon exercice, je trouve.
Alors oui, l'image avec le chef d'orchestre m'a laissé perplexe. D'abord je n'ai pas compris la double utilisation que tu en as fait, en la réutilisant avec le mendiant. Et également c'est le verbe accorder, qui passe mal. J'aurais plutôt mis diriger, ou orchestrer (mais bon ça risque de faire redondant
)
Celle-ci "Pâle code barre en plein milieu de la rue, duquel monte la nostalgie de quelqu'un d'usé" je ne l'ai tout simplement pas comprise (la dernière proposition).
Ici : "La foule s'est désorganisée, elle étend maintenant ses bras dans plusieurs directions, d'un elle va acheter le journal, de l'autre un café." je n'y comprenais rien, mais en relisant j'ai trouvé qu'il manquait tout simplement un mot : "côté"
La caricature que tu fais du vendeur manque de justesse je crois, et est plus représentative d'un bobo blond sportif que d'un vendeur de matériel hi-fi.
D'ailleurs c'est un problème récurrent. Tes images manquent de justesse. Parfois elles sont juste à côté (le chef d'orchestre) : "oui effectivement on peut imaginer ça comme ça" se dit-on, mais on est pas dans la révélation, genre "ah oui c'est ça, c'est l'image qui résume le mieux la scène !!"), et parfois elles sont justes, mais un peu clichés (la foule, les couloirs, les tentacules, les bras, etc...)
Du coup au lieu de vraiment venir donner du sens, on les sent là pour faire joli, et parfois ça alourdit, puisqu'on ne les sent pas indispensables, tout simplement. Mais ça se retrouve parfois dans le choix de tes mots, "accorder" pour parler du chef s'orchestre, ou "chaise" pour parler du fauteuil ou siège de bureau. Tu devrais vraiment aller chercher le mot le plus juste, le plus significatif de ce que tu veux dire.
Il y en a parfois des réussies, celle-là l'est, à mon gout : "posté devant l'accueil comme un enfant devant un magasin de friandises"
"Ce soleil est aussi faux que la pièce se dit-il. Ou est-ce l'autre ?" Ca je ne comprends pas trop non plus :/
Ca me fait penser que tout ce qui est dialogue, pensé, ou imaginé, devrait être entre guillemets. Et pareil pour ce qui est en parenthèse, je n'ai vraiment pas compris leur utilisation, car parfois on dirait du dialogue.
Par contre, mon petit doigt me dit que tu as été fichtrement plus inspiré sur la fin. C'est vraiment pas mal cette fin, double épaisseur, simple épaisseur. J'ai beaucoup aimé. Certains vont décrier l'effort, c'est sur que le ton fait un peu, je sais pas comment le dire bien...oral. Comme quelque chose de narré oralement. Mais je sais pas trop. Pour moi les quatre derniers paragraphes sont meilleurs en tout cas.
Donc pour reprendre les passages que tu as décris :
-Pour le pâle code barre, ça se comprend je crois, ensuite pour usé c'était juste par rapport à la couleur. Peut-être que ça fait redondant avec "pâle". Et je ne sais pas si la personnification arrange les choses.
-"La foule s'est désorganisée, elle étend maintenant ses bras dans plusieurs directions, d'un elle va acheter le journal, de l'autre un café." Pour moi ça signifie que la foule se sépare en plusieurs "bras", et que d'un (bras) elle achète un café, d'un autre (bras), achète un journal, etc.
-La caricature du vendeur de hi-fi. C'est la première image qui m'est apparue en fait, je l'ai développée comme elle arrivait mais c'est vrai que ce n'est pas le stéréotype le plus représentatif des vendeurs.
-Pour ce soleil est aussi faux que la pièce. J'ai eu du mal à l'exprimer, et comme tu dis ça peut être un problème dans le choix le plus juste des mots. Je voulais exprimer un sentiment de "préscience" de la part de Roland. Du genre il commence à comprendre ce qu'il se passe avant que ça arrive, et les "trous" dans sa mémoire qu'il vient d'essuyer sont là pour lui montrer.
Mais c'est vrai, j'aurais pu choisir une phrase mieux tournée pour exprimer ça. Je vais y travailler.
Les parenthèses sont là pour représenter les deux voix différentes dans sa tête.
La fin est effectivement plus inspirée et je ne me rappelle pas m'être arrêté à partir de l'homme à la valise noire, j'ai écris d'un trait et rapidement. Donc pas d'effort à fournir pour le double épaisseur. Simple épaisseur. Plus aucune épaisseur.
Je vais la retravailler en prenant en compte tes remarques.
Merci à toi pour ta critique, ça me permet d'avancer ![]()
Oui c'est bien "duquel monte la nostalgie de quelqu'un d'usé" que je comprends pas du tout.
Et pour la foule j'avais très bien compris mais : "D'un elle va chercher le journal, de l'autre un café." T'es sûr qu'il ne manque pas "côté" après "d'un" si non je n'y comprends rien ?
Pour le coup le soleil oui, c'est carrément pas évident à piger.
J'ai enlevé la partie "duquel monte la nostalgie ..." et la phrase sur le soleil et la pièce, que j'arrivait à tourner de façon convenable.
Pour la foule non il ne manque pas "coté" puisque c'est des bras de la masse qu'il est question. D'un bras elle va chercher le journal, de l'autre bras un café. Si je met coté ça concernera la foule en elle-même et pas ses bras.
Ah bah oui donc non, c'est hyper maladroit. On comprend rien.
Je te suggère de rajouter "d'un bras...de l'autre bras", rien ne nous indique que ton image n'entend que deux bras, même si ça peut te sembler logique.
Ou alors je tournerais plutôt de la façon suivante, en gros (pas gégé non plus je te l'accorde, mais compréhensible) : "La foule s'est désorganisée, elle étend maintenant ses bras dans plusieurs directions, un premier qui va acheter le journal, un second un café."
J'ai changé la phrase par ceci :
La foule s'est désorganisée, elle étend maintenant ses bras dans plusieurs directions, l'un achète le journal, l'autre un café.
Je trouve qu'on comprend plutôt bien que les bras vont acheter le journal, le café. Par contre ça ne signifie pas qu'il n'y a que deux bras, je cite juste deux actions que deux des bras effectuent. Je ne sais pas si c'est très clair.
Bon, je pense en avoir fini avec cette première nouvelle, que j'ai bien modifiée grâce à l'aide de 24bits et des quelques personnes qui l'ont lue autour de moi.
Plutôt que de créer un autre sujet, et parceque cette deuxième nouvelle est sur le même thème, je la propose.
La main tremblante et livide s'avance vers la tasse, dont l'arôme trahit la présence dans la même pièce d'une machine à café a l'hygiène douteuse - exécrable s'il en est – et tandis que ses doigts se referment sur l'anse ébréchée, une voix résonne dans la petite salle.
- »Salut Roland, déjà là ? Le nouveau vient d'arriver t'es au courant ? »
Pas de réponse pendant que la tasse se lève lentement, s'arrêtant à mi-parcours, et que son hôte tourne la tête. Il est 6h30 du matin, l'heure n'est pas affichée dans cette pièce, mais elle peut se lire sur le visage de Roland. Ses traits tirés semblent creuser des vallons d'un coté, des crevasses de l'autre, opérants plusieurs rotations autour de ses yeux. Ses paupières tombantes ne parviennent pas à masquer la fatigue au fond des pupilles noires, délavées.
- »Salut Eric, dit Roland, Oui j'arrivais pas à dormir, j'ai décidé de venir plus tôt ce matin. J'ai lu les formulaires d'arrivée, il s'appelle Nicolas c'est ça ? »
Eric est posté à l'entrée, l'air plus réveillé que Roland, ce qui en soi n'est pas bien difficile. Il est blond, des yeux bleus plantés sur un visage qui n'a pas encore été marqué par le temps. La démarche détendue il s'avance vers la machine à café, posée dans le coin gauche de la pièce, introduit deux pièces de 20 cents dans la fente et attends le cliquetis caractéristique de la mécanique avide de cuivre.
- »Oui » dit-il, « Nicolas. Nicolas Lentrain je crois. J'ai toujours eu du mal avec les noms de toute façon. »
La machine indique maintenant le crédit de 40 cents. Les pixels noirs sur fond jaune clignotent légèrement, les effets du temps et des coups sans doute. Il appuie sur la touche du café court, sans sucre bien entendu, et se retourne vers Roland tandis que le gobelet tombe, habilement retenu par le demi cercle métallique de l'automate. L'insigne à sa chemise essuie un reflet du néon accroché au plafond, affichant une lumière diffuse mais irascible depuis des années.
- »Il passe ce matin. C'est la première fois qu'on nous en envoie un qui reste aussi peu. »
Le café qui coule dans le gobelet essaie de rappeler sa présence par un sifflement sourd, sans succès. Eric se retourne tout de même alerté par le bip sonore de la machine. Il empoigne le verre de plastique et se dirige vers la seconde chaise à la table, en face de Roland. Il s'assied, pose son café et s'étire en un craquement sonore, les mains rassemblées loin au dessus de la tête.
- »Dure journée qui nous attend, hein Roland. Pis t'as pas l'air dans ton assiette toi. »
Roland sort de son apathie. Il pensait à autre chose. Une autre personne dans un autre monde sans doute. Ça lui arrive souvent ces temps-ci, opinant pour ne pas froisser Eric, dont il n'a pas écouté un traître mot, il avale d'une traite ce qui reste de l'immonde jus noir dans sa tasse et se lève.
Roland relève la tête. Quelle heure est-il maintenant ? L'horloge derrière lui lui indique 11h30, il la voit dans le miroir fissuré qui se tient accroché au mur en face. Entre lui et le miroir, un inconnu. Enfin, pas si inconnu que ça puisqu'il lui ressemble comme deux gouttes d'eau. « Encore ces trous de mémoire » pense Roland, je dois vraiment aller voir quelqu'un pour ça ou je perdrais mon boulot.
Il est assit sur un tabouret de bois, et devant lui le dossier du prisonnier qu'on leur a emmené ce matin. Nicolas Lentrain se souviens Roland. Pourtant sur le dossier est inscrit, d'une police aussi carrée et froide que la table inox sur lequel il repose, « Lentrain, Arnold ». Voilà que les gens changent de prénom maintenant.
L'homme face à lui, les sourcils arqués de celui qui ne comprend pas le fin mot de l'histoire, se racle la gorge pour signaler sa présence.
Roland le regarde attentivement. Si ce n'est la couleur de ses cheveux, blonds, cet homme, cet Arnold, lui ressemble étonnamment, parfaitement même.
- »Ça va vous paraître stupide, dit Roland d'une voix tremblante, mais depuis quelques temps j'ai des trous de mémoire, et je ne sais plus pourquoi je suis ici. Où est mon collègue ? Eric vous savez, grand, blond. »
Roland sait qu'il ne doit jamais faire ça, se montrer à découvert devant un prisonnier. « Ils vous manipuleront comme des enfants » avait dit l'instructeur. Il doit avoir l'air sûr de lui. Difficile ces derniers temps. Il inspecte plus en détail le dossier. Exécution prévue à 12h00 est-il écrit. Plus qu'une demi-heure pour ce pauvre bougre alors.
- »Vous êtes venu seul, lui répond le prisonnier, je n'ai vu personne d'autre. »
Un sourire s'affiche lentement sur le visage familier du prisonnier. Un sourire qu'on est pas habitué à voir chez les condamnés à mort, surtout quand il apparaît sur nôtre sosie.
- »Vous savez, dit Arnold, il me tarde d'y être. Ça va être quelque chose, pour sûr. Vous ne l'oublierez jamais. »
- »Vous n'êtes pas le premier lui dit Roland, ni le dernier, et je n'en oublie jamais aucun de toute façon. »
Un sourcil interrogateur - Roland cru même y déceler de la surprise bien qu'elle n'ait rien eu a faire ici - se lève sur le visage d'Arnold.
- »On va y aller ? » Dit-il.
Roland n'a pas le temps de comprendre la dernière syllabe, il a déjà piqué du nez, narcolepsie ou fatigue, toujours est-il que c'est reposant.
Il se réveille à nouveau. Un coup d’œil alentour. La salle est assez grande, circulaire. A sa gauche il croit remarquer une horloge, dont les aiguilles, floues et distordues par sa fatigue semblent afficher un sourire narquois. Il cligne des yeux. L'horloge affichera midi dans quelques minutes. Il se souvient de l'heure inscrite sur le dossier du condamné, avait-il vu 12h, il ne se rappelle plus très bien à présent. Tout est flou.
Face à lui une grande vitre, derrière des sièges. Trois rangées alignées, petits soldats aux jambes repliées, personne n'y est assis. Deuxième analyse de la salle. Il la connaît, c'est la salle des exécutions. Il tente de se lever, en vain. Ses chevilles et poignets sont entravés par ce qu'il sait être des lanières de cuir, les ayant manipulé depuis plusieurs années. Les gouttes perlant sur son front ne sont pas sueur, comme il le croyait, mais bien de l'eau. De l'eau gouttant d'une éponge bien imbibée.
Un homme apparaît alors à sa droite. Un homme qu'il reconnaît aussitôt.
- »Eric souffle Roland d'une voix où l'angoisse se dispute à la folie, Eric libère-moi, je ne sais pas comment je suis arrivé là, c'est de la folie cette histoire. »
Eric regarde l'horloge. L'horloge dont les tic-tac s'étaient faits plus insistants depuis peu, l'aiguille des secondes avançait irrémédiablement, aussi implacable que peut l'être le temps, vers le 12. Plus que 2 minutes avant midi. Prenant un papier dans le dossier, que Roland reconnût aussitôt comme étant celui d'Arnold, il entonne d'une voix claire, rompue à son art.
- »Roland Lentrain, vous êtes ici aujourd'hui après avoir été jugé coupable de vos crimes. La sanction sera la mort, par électrocution. Avez-vous quelque chose à prononcer avant ? »
Tout ce qui reste dans le crâne de Roland vole en éclat au moment où Eric - qu'il avait lui même accueilli dans l'équipe deux ans auparavant – énonce ces quelques mots. Une phrase que Roland connaît bien pour l'avoir répété un certain nombre de fois. Une phrase aussi simple que la mort qu'elle annonce.
Les souvenirs se bousculent dans le cerveau de Roland, qui pressé par les événements tente de raisonner logiquement pour trouver une explication à ce qui se trame. Il se revoit devant Arnold Lentrain. En train de lui expliquer comment son exécution allait se passer. Non non non, ça ne s'est pas passé comme ça. Il buvait son café dans la salle des gardes avec Eric. Ensuite, ensuite … « Ensuite QUOI ?» crie t'il en lui même.
Il y avait cet homme, Arnold, qui lui ressemblait parfaitement, hormis cette horrible tignasse blonde qui l'affublait. A moins qu'il n'y ai pas eu d'homme. « Si c'est sûr il y en avait un, je lui ai parlé. »
Au milieu du vacarme de ses pensées, qu'Eric, si c'est bien son prénom, n'entend pas, Roland crie. Du moins envoie t'il un message à son cerveau pour lui ordonner de crier. De prévenir son collègue qu'il fait une grave erreur, qu'il se trompe de personne, et que - Bordel - s'il ne le libère pas tout de suite, il va entendre parler de lui.
Aucun son ne s'échappe de sa bouche.
Bougeant tous ses membres pour se libérer, pour s'extirper de ce mauvais rêve, une mèche des cheveux mi-longs de Roland sur son épaule. Il tourne les yeux. Les cheveux sont blonds. D'un blond pâle, sali par la sueur et la poussière, mais toujours aussi blond.
« Je suis brun » crie t'il, « JE SUIS BRUN. »
Il aperçoit alors le seul homme assis sur les petits sièges. Bien à l'abri derrière ce plexiglas. Cet homme qui, il aurait pu en jurer, n'était pas là l'instant d'avant. Ou peut-être que si.
L'homme est brun, il a l'air fatigué, et Roland reconnaît les mêmes vallons, les mêmes crevasses qui hantent des yeux de la même couleur que les siens. « Arnold » se dit-il. « ARNOLD ». Bouillonnant de rage et d'écume, des gouttes suintant des plis acérés formés par ses paupières – cependant qu'un sourire moqueur s'était formé sur le visage d'Arnold.
Roland crie. Il crie de tout son être, de toute sa sueur, de toutes ses larmes. Chaque parcelle de son corps braille d'indignation et d'incompréhension.
Quelque chose explose dans sa tête. Il peut presque l'entendre, tandis qu'il sombre peu à peu dans l'éther, ses yeux injectés de sang toujours fixés vers le plexiglas.
Il est mort. Cinq secondes seulement avant que l'électricité ne libère en lui son flot continu d'électrons, ouvert par les mains de son collègue Eric.
L'homme assis derrière la vitre se lève, un sourire aux lèvres, et passe la porte à sa gauche, tandis que l'univers entier se replie derrière lui en une déflagration insonore.
Je ne vais pas réagir sur la deuxième nouvelle que je n'ai pas encore lue. Je continue juste là dessus :
"La foule s'est désorganisée, elle étend maintenant ses bras dans plusieurs directions, l'un achète le journal, l'autre un café. "
Ici, si tu utilises un article défini (le), on a un nombre défini (évidemment) de bras. Donc "l'un...l'autre" = 2
Dans ce cas, un article indéfini devrait passer.
La foule s'est désorganisée, elle étend maintenant ses bras dans plusieurs directions, un achète un journal, un autre un café.
En fait plus on bosse dessus, plus je me dis que c'est toute la structure de la phrase qui est un peu bancale. Comme ceci, elle est correcte, compréhensible, mais bon, quand je lis "un achète un journal, un autre...", je peux pas m'empêcher de me demander "mais de quoi il parle ?", et de revenir dessus, et de finir par me dire "Bah des bras, quoi d'autre ?". Du coup elle est compréhensible, mais en se repenchant dessus. Je suis peut-être le seul à la lire avec un accroc après..
J'essaye de trouver le truc qui ne va pas, mais je ne vois pas vraiment. Disons qu'il y a deux choses, qui contribuent à ce léger manque de clarté, mais rien n'est sûr :
"Les bras" sont d'abord passifs puis deviennent actifs
"Les bras" sont personnifiés.
Ca n'amène pas de faute, mais un décalage trop important.
Si tu ne veux pas retoucher à la structure entière de la phrase, il faudrait, peut-être, utiliser un vocabulaire plus adapté au bras, ce serait plus clair, et éviterai la confusion. Acheter est mal choisi donc, pour moi.
"La foule s'est désorganisée, elle étend maintenant ses bras dans plusieurs directions, un aggripe/attrappe/prend (etc...) le journal, un autre un café. "
Qu'en penses-tu ?
Ici ce serait bien d'avoir l'avis d'une troisième personne.
Savoir si je suis le seul à me demander "de qui/quoi on parle ?" quand je lis "l'un achète le journal, etc.." (même si comme je l'ai dit la réponse est évidente quand on y réfléchit, mais il ne faudrait pas avoir à y réfléchir, et sortir du récit.
)
Si quelqu'un nous lit, ce serait bien qu'il laisse son avis sur la question ! ;)
Dsl du double post. Petite erreur :
Ce n'est pas que les bras sont passifs puis deviennent actifs.
C'est qu'ils sont COD et deviennent sujet.
Je comprend que la phrase puisse être déstabilisante dans sa structure. L'idée de changer de mot n'est pas mauvaise du tout, par exemple :
La foule s'est désorganisée, elle étend maintenant ses bras dans plusieurs directions, d'un agrippe le journal, de l'autre attrape un café.
Je trouve que ça rend mieux, maintenant peut-être suis-je le seul.
Merci en tout cas de continuer à m'aider sur ce texte ;-)
Double post désolé. Je n'avais pas remarqué l'utilisation du "l'" dans la phrase qui effectivement donne un caractère défini au nombre de bras. Avec un "d'" ça doit mieux passer.
Ouais mais utiliser "de" ou "du" revient à comme c'était au tout début.
Ca ne marche pas car utiliser "de" revient à faire de "un bras", un COI. En aucun cas un sujet.
Mais en fait ça y est. On nage en plein quiproquo. Quand tu dis "d'un attrape un journal", quel est le sujet du verbe "Attraper" ? Le bras, ou la foule.
Parce qu'en fait, et ça y est j'y vois beaucoup plus clair, si le sujet est la foule, alors c'est correct. Je croyais que tu essayais de faire "d'un bras" le sujet des deux dernières proposition (D'où ma proposition de trouver un verbe qui correspond mieux à l'action du bras). Ce qui est con car dans ta toute première solution, la foule était clairement le sujet.
Donc en fait, c'est moi qui me suis mélangé les pinceaux inutilement, la phrase du tout tout début, est correcte :
"La foule s'est désorganisée, elle étend maintenant ses bras dans plusieurs directions, d'un elle va acheter le journal, de l'autre un café."
Retour au point de départ. Maintenant que la phrase m'apparaît clairement je ne comprends plus ce qui n'allait plus. Et je crois que tous les conseils que j'ai tenté de t'apporter sur cette phrase, sont faux !
Ahah tout ça pour rien...
Désolé...
Encore deux ptits trucs :
Je crois que ce qui a créé la confusion chez moi et la nature de "d'un". Quand on y réfléchit, c'est évident. Mais je me pose la question, qu'est-ce que "d'un", surtout suite à "directions". Je croyais au début qu'il manquait "côté", pour faire réponse à "direction". "D'un côté, de l'autre".
Donc peut-être réfléchir à mieux tourner la phrase, je sais pas, en tout cas comme tu as vu ça a créé la confusion chez moi.
Deuxièmement, un détail, plutôt que "de l'autre" je mettrais "d'un autre", si tu veux suggérer qu'il y en aurait plus que deux.
Voilà !
En fait voilà, le truc c'est pas tant : "Qu'est-ce que "d'un"?" qui me tracassait. Mais "d'un quoi ?"...
D'un bras ?
D'un côté ?
D'un premier temps ?
D'un don ? (une blague se cache à l'intérieur
Bon évidemment rajouter "bras" créerait la répétition, c'est ça le hic.
C'est pas grave, et effectivement comme dirait Nelson "Ah ah". Au moins ça m'aura fait réfléchir plus en avant sur le texte. Je reviens donc à ma première phrase, auquel j'enlève juste le "va":
"La foule s'est désorganisée, elle étend maintenant ses bras dans plusieurs directions, d'un achete le journal, de l'autre un café."
Merci tout de même d'avoir passé du temps à m'aider ;-)
Je vois ton second post après avoir posté le dernier (moui j'aime les phrases retorses).
Quelle bonne blague !