Mon réveil avait manqué son coup. J'étais en retard. Rapidement je me foutais dans mon déguisement en me brossant les yeux. J'enfilais sur le chemin milles gribouillis d'excuses qui faisaient s'ennuyer les cris de révolte à l'intérieur de ma tête. Un ange passa et j'ouvris dans la foule. Elle me mangea. Je fus emporté. Les paroles indistinctes de la bave humaine se mêlèrent à mes songes en gribouillant dans mes oreilles des taches de discours qui fondaient en capucinades barbares. Mes yeux crochus se bercèrent dans le sens de mes pieds, et pareils à ces derniers, ils cognèrent les flaques des trottoirs. Un instant, le reflet balayé des lampadaires cloua sur ma rétine l'odeur arrogante d'une ile inconnue qui se noyait, s'engloutissait, juste pour couler sans fin dans mes rêves désertés. Je fuis. Le vent trébucha et renversa ma trêve. Je fatiguais, j'eus fini, je retournai dans la bulle. Peu de temps après, je franchis le portail de l'usine et déjà je sentais son aura épouvanter ma chair. Mon maître me gronda et moi je me demandais sur quel bouton appuyer. Après ça je rejoignis ma cage. L'hiver avait fermé la fenêtre. Dés lors je me bagarrais seul face à ce tas de pixels qui remplissait mon assiette.
Un jour, je crois bien que j'effacerais tout ce bordel. J'attends sans doute le temps d'en avoir le courage.
J'aérai mes songes et je cognai les yeux ouverts contre le vide. Ma paupière toussa. Les mouches volaient, ça et là, et surtout là, de l'autre coté, loin, comme pour exciter mon ennui. Un bonjour, voilà ce qu'il venait de me lancer, mon collègue, camarade, esclave, mon frère. Rire. Mon semblable, plein de joie. Qu'il souriait le bigot, ah ! qu'il était bon. C'était un gagnant, sans doute avait-il déjà abandonné, depuis des heures, des jours, des mois, des années. Qui sait, peut être presque depuis le début ? Va, je le rejoindrais tantôt. Joies en enfer, si près du paradis. Je le sentais déjà ordonner mon désordre, gommer silencieusement mes derniers restes, morceaux ivres de taches mal éduquées. J'y passerais comme tout le monde, tous, et même les étoiles, si peuplées soit-elles des poussières des ciels, car rien ne résiste à la grossièreté du temps. J'ignore où c'est écrit. Pire, je suis sur que je le sais.