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Impasse

Nightmare_Edge
Nightmare_Edge
Niveau 10
19 octobre 2010 à 20:56:56

Bonsoir bonsoir,

Bon, à la base je n'avais strictement pas pour but de dévoiler au grand jour mon tout premier essai dans l'écriture, mais la curiosité aura eu raison de moi.

Pour brièvement introduire la chose, il faut savoir que j'ai donc fais ce texte pour moi seul, parce que j'avais envie d'écrire tout simplement. En conséquence, je l'ai écris sans aucune prétention, et comme à la base j'étais censé être le seul lecteur de ce premier et dernier jet, il est grandement possible que j'ai fais preuve de maladresse dans la formulation ou dans n'importe quoi d'autre.
Autrement, je ne lis vraiment pas beaucoup mais il m'arrive de lire quatre ou cinq pavés de Stephen King (exclusivement cet auteur) par an, ce qui est donc très peu.

Enfin bon, si je poste ma très modeste production (tant en qualité qu'en taille) c'est juste histoire de savoir si ce n'est pas un massacre, voire si on peut prendre du plaisir à le lire. Moi j'en ai eu à l'écrire, ça ne m'a pas pris énormément de temps, je ne suis pas satisfait de tout mais j'ai répondu à un désir qui me démangeait depuis pas mal de temps.

Pour rapidement présenter ces quelques pages, je relate grossièrement mes idées, j'y raconte des choses que j'ai réellement vu, mais que je développe et romance, c'est juste pour dire que les sources de ce récit sont réelles, ce n'est pas pure fiction.
Je vois un peu ça comme une préface qui n'est suivit par aucun texte.

Je parle un peu trop, en tout cas je demande surtout de l'indulgence, je ne veux pas être détruit. Ah aussi, je ne connais pas du tout ce forum donc vous m'excuserez si je ne suis pas conforme à vos coutumes ou des trucs comme ça, je suis simplement de passage pour ma requête.

La suite en dessous donc, merci beaucoup d'avance.

Nightmare_Edge
Nightmare_Edge
Niveau 10
19 octobre 2010 à 20:58:29

IMPASSE

« - Cette impasse m'a toujours fasciné. Depuis la fenêtre de ma salle de bain à cinq ou six mètres du sol, goudron et gravier s'étendent sous mes yeux, de gauche à droite, perpendiculaire à la rue à gauche, pleine de traits blancs, vide de tout être, ce cul-de-sac vient terminer sa course vers deux, peut-être trois habitations isolées, à ma droite.
Une impasse, c'est quelque chose qui un jour où l'autre, nous force à la traverser deux fois : un aller, un retour. Si la vie était une impasse, il est sans doute probable que notre existence soit trop facile : il suffit de faire quelques pas en arrière pour revenir de là où nous sommes venu, sans que personne ne le sache, sans la moindre incidence.
Mais non, la vie ne permet pas le retour, c'est une impasse inversée où le mur est derrière nous, et nous pousse à avancer, à courir droit devant.
Inutile de se retourner, jamais nous ne le sèmerons et nous le savons bien, nous savons aussi bien que nous ne pourrons pas éternellement courir, et qu'il faudra bien s'arrêter pour de bon.
S'il existe un point commun entre une vie et une impasse, il s'agit de leur fin : dure, et froide.

Mais cette impasse, cette voie sans issue, c'est ma jeunesse, l'aube de ma vie. C'est dans celle-ci que j'ai appris à faire du vélo, ce Dimanche soir, la veille du test de cyclisme dans mon école.
J'avais redouté ce jour. Faire du vélo ? Quelle drôle d'idée, tout ce qu'on risque à en faire, c'est que si on ne pédale pas assez vite, le mur qui nous traque touchera notre roue arrière, s'en suivrait une chute soudaine et imprévue. C'est d'ailleurs ce qui fait le plus mal dans celle-ci : qu'elle soit inattendue. Le reste n'est que signaux électriques qui viennent prévenir notre cerveau qu'il y a gros dégâts et qu'on va devenir fontaine de larmes, de salive et de morve sur les genoux de notre maman.

Et pourtant, malgré les quelques minutes quotidiennes du soir à balayer du regard cette rue, je suis très rarement allé jusqu'au bout. Elle peut être considérée comme divisée en deux dans sa longueur : en s'y engageant, on y rencontre un poteau électrique, en plein milieu de sa largeur, et en parcourant les trois quart de l'impasse, on retrouve un nouveau pilier, la tranchant en deux.
A sa gauche, la voie continue quelques mètres jusqu'à rencontrer le portail sombre et glacé d'un voisin à la propriété aisée, à sa droite, elle se prolonge, cette fois réduite de moitié, une voiture pourrait à peine y passer, quoi qu'il en soit, elle finit par trouver sa fin définitive jusqu'au modeste toit d'un autre compatriote du quartier.
Mais je n'en sais pas beaucoup plus, j'ai toujours eu peur d'aller fouler le dernier centimètre possible de cette impasse. Aujourd'hui je le pourrais, mais la connaître de fond en comble, ce serait casser un mythe.

L'ignorance est une chose merveilleuse. Le savoir est important, oui, le savoir a permis le progrès, le savoir a permis à l'Homme de maîtriser son environnement, de faire preuve de prouesses dans bien des domaines et d'évoluer, il nous a aussi permis la vanité, le profit de notre monde, l'avidité de croître qu'importe le prix à payer, et surtout la permission de choisir d'ignorer.
Je crois qu'un tel choix est trop dangereux pour l'Homme, lui offrir le savoir, c'est ouvrir la cage des chiens enragés qui profitent de leur nouvel espace en détalant, aboyant, bavant et urinant dessus, d'un œil aveugle qui ne saisit aucun repère dans cette frénésie abrutissante.

L'ignorance nous permet des suppositions, des hypothèses, mais si l'ignorance offre une chose qu'elle seule à le pouvoir d'offrir, c'est de nous permettre de se poser des questions.
Pourquoi ? Quand ? Comment ? Qui ? Quoi ? Où ?
Nous pouvons trouver des réponses, mais les acquérir résoudrait à jamais ces questions que nous nous posons. C'est pourquoi je prend le parti de ne pas trouver certaines réponses, car les réponses entraveraient la supposition d'autres réponses plus attrayantes, plus grisantes, des réponses variées, invraisemblables, délirantes parfois, mais dans tout les cas : libératrices.
Pourquoi parce que l'on sait que le diamant est la plus dur des pierres que nous ne pouvons pas soupçonner l'existence d'un minéral encore plus solide, aux couleurs abstraites, aux propriétés ahurissantes ? L'imagination est à mon sens le plus grand des talents de l'Homme, notre culture nous la bride, s'en libérer est pour moi l'accomplissement ultime.
Cette impasse est l'endroit où je suis transporté d'une animosité artistique, d'expression. Elle m'évoque des choses, comme un temple pour un moine, un lieu de parfaite communion spirituelle.
Mais je ne suis pas exactement dans cette impasse. Je la regarde. Du haut de mes cinq mètres, j'attrape ma brosse à dents, mon dentifrice, le répand sur cette première, l'enfourne dans ma bouche, ouvre la fenêtre et me penche, le coude sur le rebord, et je regarde, j'observe, j'écoute, je sens. Je respire. Submergé par l'odeur mentholée désagréable qui attaque mes narines, frottant machinalement mes cubes d'ivoire difformes, j'attends.

En trois minutes, il est incroyable le nombre de choses qui stimule nos sens et notre créativité : un son, un objet, un fait anecdotique, à condition qu'on y porte attention.
Voyez par exemple. De ma fenêtre, je vois les deux extrémités de l'impasse, bornées par les deux lampadaires venant éclairer ces deux bouts. Cet éclairage présente une atmosphère saisissante, comme un plateau de tournage d'un thriller où la victime serait étendue au centre du halo lumineux, les yeux vitreux fixant un ciel tout aussi transparent, et se tenant hors du cercle de lumière, le meurtrier contemplant son œuvre dans cette ruelle nocturne lubrifiée par la pluie. Un haut-de-forme, une cape victorienne, un Monsieur REAPER aux mains glacées, tapis dans l'ombre, s'évapore dans les ténèbres épaisses.
Je me suis souvent demandé ce qui se cachait entre ces deux soleils, là où le chemin n'est que nuances d'anthracite et de noir pur. Comme un puzzle incomplet, je cherche de quoi meubler ces quelques mètres imperceptibles.
Que peut-il bien y avoir ? Des graviers, cailloux, et quoi ? Ce Jack anglais épiant sa prochaine victime ? Il me suffit de songer à cet homme immobile me fixant, pour percevoir une silhouette informe et vaporeuse qui se tortille au gré de son gloussement intérieur.

Je vous ai parlé de cette rue sur la gauche, perpendiculaire à notre cul-de-sac, elle n'est pas si déserte que ça. Une poignée de voitures y passe pendant mon rituel de nettoyage inlassable.
Aussitôt, leur passage éclaire une partie de l'impasse, effaçant toute trace d'éventreur, comme une ombre inquiétante que nous appréhendons du fond de notre lit avant de la dissiper d'un élan désespéré en allumant la lumière, pour nous apercevoir qu'il ne s'agissait que d'un enchevêtrement d'ombres malsaines aux formes chimériques.
Ces carcasses de fer ambulantes passent, se croisent, on croirait que celles allant dans un sens fuient un cataclysme, tandis que celles allant vers le modeste centre-ville de la commune sont conduites par des fous surexcités qui derrière leur volant, hurlent aux conducteurs fuyards qu'ils ont rendez-vous avec le Diable pour faire un tour sur le Bolid'.
Le ronflement des moteurs s'entend depuis le bas de cette route, comme un tigre montrant les dents, menaçant son adversaire, de plus en plus fort. La voiture passe, elle traverse la petite portion de rue que je perçois : le fauve bondit, lance un rugissement éclatant, puis repart en abandonnant sa proie abasourdie qui croyait son heure venue, tout en modérant peu à peu son grondement. La voiture est partie.
Mais qui sont ces gens, à bord de leurs coques d'acier fumantes, qui sont ces fous fonçant vers l'œil du cyclone, qui sont ces sains d'esprit affolés sauvant leur peau ?
Sont-ils des hommes ? Des femmes ? Mariés ? Ou non ? Et où vont-ils à cette heure ? A 22H en pleine semaine, ne sommes-nous pas dans un lit bien chaud, ou du moins se préparant pour le rejoindre ?
Ces personnes résultent d'années qui les ont forgés, ce sont des êtres complexes, un métal brûlant que les semaines et les mois ont frappés, un traitement qui les modèle jour après jour et qu'on plongera dans une eau glacée, les figeant à tout jamais, une lame nouvelle.
Mais ces visages que l'on croise dans la rue ou derrière le volant d'une voiture, façonnés par le temps après tant d'efforts ne sont pour nous que des masques que nous aurons oubliés à peine se seront-ils soustraits à nos yeux. Je regrette de n'avoir pu enlever le fourreau de chacune de ces armes, pour connaître chaque coup qu'on leur a porté, et chaque coup qu'elles ont portées aussi : elles sont faites pour se heurter.

Observer ces véhicules m'amène à suivre des yeux un poids-lourd, du gros gibier en somme.
Je le vois progressant vers la ville, mais au lieu de foncer comme un dément vers l'apocalypse, celui-ci ralentit, se cachant derrière murs et arbres des habitations adjacentes, je peux néanmoins entendre son moteur fatigué baisser la cadence.
De ma lucarne située sur la face droite de notre appartement, je peux voir le sombre jardin des voisins, juste derrière l'impasse, cette dernière nous séparant comme un ravin abyssal.
Plus derrière encore que nos aisés voisins, une autre propriété à vendre se dresse, seule la maison est visible du fait de mon angle de vue trop bas, me cachant le terrain aride et délaissé entourant la bâtisse.
Enfin, plus loin encore que celle-ci se trouve un magasin discount dont je ne peux voir que l'éclairage froid et mort des pâles néons.
C'est ici que notre camion tourne, je peux voir la moitié supérieure de sa remorque et de sa cabine, il m'est en revanche impossible de distinguer son conducteur.
Après s'être engagé sur le parking faiblement éclairé, le poids-lourd fait demi-tour pour présenter à une entrée réservée l'arrière de sa remorque.
Une livraison, à cette heure ? Je ne connais pas tout les détails de ces activités, mais je reste intrigué par de si tardifs réapprovisionnements, même s'il y a forcément une explication logique.
Quoique, dans une petite commune aussi reculée que celle où je réside, ne serait-ce pas l'endroit idéal pour faire du trafic de drogue, d'organes ou que sais-je, un tueur à gages qui vient honorer sa part du contrat en ramenant à son client les quelques corps pourrissants et nauséabonds dont il était chargé d'ôter la vie ?
Nous aurions trouvé le Castle Rock de la France : ici, les éventreurs rôdent, les fous roulent en voiture et nous avons un réseau très étendu de trafiquants de chair putréfiée, prions pour qu'ils ne soient pas de mèche !
En tout cas, notre mystérieux conducteur, après avoir refermé les lourdes portes de sa remorque, repart lentement peut-être déposer son reste de charognes dieu sait où. Cette livraison énigmatique sera probablement trouvé par les employés de la boutique le lendemain, ils appelleront fièrement leur directeur que M. Skinner, M. Sandford et Mme Winchester ont avalés leurs chiques. Ou alors que les quinze palettes de Twinkies sont arrivées.
Mais nous ne saurons jamais si ce cher directeur leur répondra d'enterrer les uns, de manger une partie des autres, ou l'inverse.

Le hurlement croissant mais fuyant du camion laisse place au souffle du vent venant titiller les peupliers d'une brise stridente. Cette bourrasque se faufile entre les multiples feuilles des arbres et s'engouffre dans ma salle de bain, dans mes narines, me rappelant l'odeur de menthe qui assiège ma bouche. En tout cas, pas d'odeur de putréfaction n'est portée jusqu'à moi. Sûrement bien emballés, comme des cadeaux.
Le dentifrice perd de son goût, ma salive se mélange à celui-ci et devient mousseux.
Le bruit aigu des feuilles ballotées par l'air m'évoque celui d'un millier de minuscules billes qui tombent en cascade, se cognant entre elles dans leur chute. Peut-être que ce bruit n'est-il pas celui des feuilles mais plutôt celui de l'oxygène en suspension, ces molécules qui emplissent nos poumons, elles se rencontrent, se frottent, dans un tourbillon infini.
Ou bien est-ce ces petites billes gelées de mon dentifrice, qui foncent comme des torpilles dans ma bouche, ricochent sur mes dents et finissent leur course sur ma langue humide, les transformant en cachet effervescent pour devenir mousse.
Pourquoi pas ? On pourra prouver ce que l'on veut, ces pensées ont davantage de charme qu'une démonstration scientifique au sujet de la friction des feuilles d'un arbre.

Voilà déjà deux minutes que mes dents sont frottées passivement. Ces satanées billes semblent s'être noyées dans ma bave. Je crache dans le lavabo, passe un filet d'eau sur ma brosse à dents, et reprend pour soixante secondes le décapage de mes canines imposantes. Gare à toi, Jacky.
Le vent semble s'être calmé, le sommet des peupliers bien droit, plus de billes au son irritant.
Alors que je lève la tête pour scruter le ciel, je suis surpris de ne discerner aucun astre lumineux, mais un manteau nuageux d'un rouge vermillon, relativement pâle, mélangé à diverses nuances de noir ternissant significativement les nuages écarlates.
A cette heure, il est néanmoins étonnant de voir une telle couleur, le soleil est couché depuis peut-être deux heures, cette légère teinte semble venir d'au-dessus de la couche de nuage.
Peut-être est-ce le témoignage d'une guerre lointaine dans laquelle une rage si intense s'élève jusqu'à nous. Témoins de cet enfer, les nuages accablés viennent nous faire part de leur désarroi face à la furie sanguinaire d'êtres aveuglés par une haine aussi opaque que le sont nos protecteurs vaporeux, nous préservant de ces visions d'horreur qui peut-être les rendront fous.

Nightmare_Edge
Nightmare_Edge
Niveau 10
19 octobre 2010 à 20:58:49

Fous ou pas, personne dans cette impasse, ni dans la rue adjacente ne se préoccupe d'un quelconque massacre extraterrestre. Ici, les gens mènent leur vie, ou peut-être est-ce la vie qui les mène.
De l'autre côté de la route, non loin de l'impasse, une maison aux nobles allures crache des éclairs depuis la fenêtre du salon. Cette jolie construction en impose : sa structure verticale lui donne de faux airs de modeste manoir, accompagné d'une aura malveillante.
Le genre d'habitation dont on se demande en quelle année la première pierre fut posée, combien de générations ont vécues ici, combien de personnes y laissèrent leur dernier soupir, et qui à présent, a hérité de cette résidence aussi tourmentée que son propriétaire.
Probablement une femme. Veuve, évidemment. La soixantaine, même si mentalement, elle est proche du millénaire. Elle est là, sur sa chaise à bascule à se balancer d'avant en arrière, caressant son chat aussi fatigué qu'elle, devant une télé qu'elle ne regarde même pas.
Parfois, elle lève ses yeux las vers l'imposant portrait de son mari défunt au dessus de la cheminée, en tenue de militaire, ou peut-être avec un monocle, mais une moustache dans les deux cas, et lui dit : « Tu nous manques, Charles. Pas vrai Kitty ? ».
Le félin, une patte dans la tombe, se contente de regarder la vieille dame d'un œil aussi las que sa maîtresse, mais plein de désintéressement, puis repose sa tête endolorie, massée par une main endolorie. L'homme peint, lui, regarde sur sa droite vers le ciel, comme un homme politique qui embrasse l'avenir, mais notre regretté Charles semble plutôt fixer maladivement sa femme. Un regard transperçant qui scrute votre âme, qui l'épluche et examine chaque recoin. Cette dame le sait, elle est surveillée, comme la Conscience qui poursuit Caïn.
Il semblerait que son mari ne soit pas mort à cause d'un surplus de sérénité. Qui sait, cette dame a peut-être tuée son mari dans un excès de folie et de vengeance malgré son amour pour lui, peut-être aussi que cet amour n'était pas vraiment réciproque (ou alors que ce moustachu eut un goût particulier pour quelques coups bien placés dans les côtes meurtries de sa femme) et que Charles est enfermé dans son cadre, bouillonnant au point d'en faire couler la peinture, mais seul ses yeux sont le témoignage de sa haine et de sa folie. Et sa femme sait que les retrouvailles ne seront pas accompagnées de champagne en passant de vie à trépas, et elle regarde avec un mélange de regrets, tendresse et appréhension ce portrait qui la fusille constamment.
Sous cet angle, les lumières cinglantes qui sortent de la fenêtre ne ressemblent plus vraiment aux nuances lumineuses qu'affiche la télévision, mais plutôt aux foudres que les yeux de la peinture maudite lance à la veuve en attendant d'être à nouveau réunis.

La fatigue commence à me peser, les lumières se font de plus en plus fortes, les ombres plus épaisses, les yeux me piquent. Le dentifrice n'a plus aucun goût, mais en laisse un relativement amer en bouche, ce goût qu'on retrouve au lever, vraiment désagréable. Je rince ma brosse à dents, la pose dans son gobelet, remplit d'eau un autre et en inonde ma bouche.
Je crache, et recommence. Une serviette, je m'essuie, je suis enfin prêt. Avant de refermer la fenêtre, je jette un dernier coup d'œil dehors : à droite, le bout de l'impasse, toujours éclairée par son halo ardent. Gauche, un autre disque à l'air onirique parmi l'obscurité grouillante.
Il n'y a pas que ça. Il y a un homme, de l'autre côté de la rue. Il marche, mais d'où vient-il ? Du bistro du coin ? Il doit être ivre, pourtant son parcours est sans faute, aucun trébuchement ou petit écart, il marche droit.Il remonte la rue, passe devant les fenêtres criantes de flashs aveuglants, et va bientôt disparaître de mon champ de vision. Son pèlerinage nocturne s'arrête devant un petit portail blanc, une des modestes entrées de nos voisins d'en face. Il l'ouvre, entre, et le referme sans aucune hésitation, sans le moindre regard derrière lui.
Va-t-il battre sa tendre épouse ? Tuer ses gosses ? Dormir tranquillement ? Au final, qui s'en soucie ?

Pas moi. Je referme la fenêtre, ferme les volets. Ce qui est dangereux avec l'imagination, c'est que si on ne la contrôle pas, c'est elle qui nous contrôle, et là on se retrouve à l'intérieur d'un dé à la paroi mousseuse et jaune pisse, les bras croisés aux hanches comme si on était en pleine crise de rire délirante. C'est la raison pour laquelle il faut s'arrêter d'imaginer, les ventes clandestines de cadavre c'est marrant, mais on est pas toujours là pour se marrer, et une livraison de Twinkies à 22h au magasin du coin ça n'a rien de drôle, c'est tout sauf drôle.
Il faut faire la part des choses, ce qui ne veut pas dire qu'il faut se clôturer à la morne réalité. Trop spéculer, c'est ne plus faire la part des choses, il ne faut pas croire à ce qu'on invente. L'artiste est maître de son œuvre, et il doit le rester. Mais est-ce l'artiste qui fait ses œuvres, ou les œuvres qui font l'artiste ? Si Picasso n'avait pas fait preuve de son talent par ses œuvres, jamais il n'aurait été considéré comme un artiste.
Vous ne comprenez pas ? Ce n'est rien, les artistes sont incompris, mieux vaut nous regarder d'un œil distant sans trop se demander ce qui ne tourne pas rond, car en général ça ne tourne pas du tout.
Mais qui que vous soyez, vous n'êtes sûrement pas ces fous du volant, n'est-ce pas ? Vous n'êtes pas Jack ? Ni un trafiquant de chair moisie ?
Dîtes-moi, n'êtes-vous pas ces cannibales qui attendent leur livraison ? C'est vous Charles ? Ne faîtes pas de mal à votre femme, elle vous aime. S'il vous plait ne blessez pas vos enfants. L'alcool est mauvais pour vous. Regardez-vous. Vous devriez consulter. Oui, j'insiste. Vous allez consulter. Appelez un psychologue, allez-y. J'attends. Appelez. C'est pour votre bien. Voilà.
En avons-nous bientôt fini ? J'ai un coup de fil urgent à faire passer, je dois signaler une activité étrange près de chez moi. C'est très urgent vous dis-je. Laissez-moi s'il vous plait. La vie de plusieurs personnes est en danger, des gens sont là-bas dans ce magasin maudit, en train de dévorer des corps décomposés que ces timbrés ont tués en les écrasant avec leurs voitures infernales. Ou peut-être est-ce Jack qui les a tués. Ou Charles. Et le conducteur du poids lourd, il rôde toujours. Alors laissez-moi sortir. Je vous demande de me LAISSER SORTIR.
Qui êtes... C'EST JACK ! PAS ENCORE ! LAISSEZ-MOI TRANQUILLE ! C'ETAIT VOUS LE CONDUCTEUR HEIN ? VOUS ETES TOUS LIES ! LACHEZ-MOI ! NON NE ME POIGNARDEZ PAS ! AH ! Quoi ? Que m'avez-vous fait ? Je dois m'enfuir. Non... Les nuages... Tournent... Sont roug... Bolid'... Imp...

- Dieu merci vous êtes arrivés à temps. Je n'ai rien merci. Oui, emmenez-le dans sa chambre, sanglez-le à son lit, le tranquillisant ne durera pas. Merci.
… Nous sommes dans une impasse. »

Nightmare_Edge
Nightmare_Edge
Niveau 10
23 octobre 2010 à 13:00:29

Et bien et bien, il vous laisse sans voix ?

provo-noel
provo-noel
Niveau 10
24 octobre 2010 à 13:44:43

Oui tu essayes de faire du stephen king mais bon perso j'ai jamais réussi à lire plus d'un chapitre de cet auteur et la aussi ton style me rebute.

Nightmare_Edge
Nightmare_Edge
Niveau 10
25 octobre 2010 à 10:30:11

Je ne veux pas non plus faire un plagiat pur et dur de l'auteur, mais étant le seul auteur que je lis il est normal qu'il y a inspiration volontaire ou non, enfin merci de ton avis, il prouve qu'il y a ressemblance de près ou de loin avec un auteur que j'apprécie et je prend ça comme un compliment.

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