Bonjour.
Je poste une nouvelle que j'ai écrit il y a quelques temps. J'ai voulu aborder un nouveau style d'écriture qui m'était inconnu auparavant. J'ai tout écrit d'une traite sans me soucier des détails. J'attends vos commentaires et réactions.
Les ballons rouges.
Je crois que je suis mort ce matin.
J’ai du laisser une partie de mon âme sans surveillance qui s’est sûrement noyé dans la mélancolie. Elle fait des ravages. C’est une grande vague qui détruit tout sur son passage. Du moins je crois.
Je me suis tout de même levé. Un grand vide entre mes entrailles et des ballons dans les genoux. Je crois que j’ai aussi perdu mon cœur, ou on me l’a volé. Je ne sais plus. Il m’en reste quelques souvenirs mais il est sur, j’ai du l’égarer au bord de la route. C’était sur l’avenue des tristes je crois. A mi chemin entre la frontière du réel et la mort.
Pour combler ce manque, j’ai ce drôle de poids dans les jambes qui m’empêche de courir. Je continue de marcher alors. Sur la chaussé, j’ai aperçu ce môme qui pleurait à chaudes larmes. J’ai eu envie de lui offrir un de mes mouchoirs mais j’en avais plus. Je me suis mis à pleurer aussi. Quelque chose coulait jusqu’à par terre. Cela devait être des larmes je pense. Mais elles étaient rouges, et elles tachaient. C’était des larmes de sang alors. J’avais plus de mouchoirs aussi. Tant pis.
J’ai marché le long du quai. Arrivé au bout, il n’y avait plus rien. Sauf ce grand mur qui me faisait face et le fleuve à côté. J’étais embarrassé, je ne savais que faire. J’avais ce ballon dans les genoux et un grand vide, là. J’ai sauté alors. L’eau n’était pas chaude, et le courant fort. Je fus entraîné à l’autre rive. J’étais mouillé je crois. Je voulu me changer mais je n’avais pas de change. Alors je suis parti.
Sur le banc un jeune homme semblait seul et triste. Moi j’aime être seul parfois. Mais je n’aime pas voir les gens seuls et tristes. Je me suis assis près de lui alors. Mais il m’ignora, et me donna un sou. Il n’avait pas l’air content. Ou heureux, je ne sais pas, peut être qu’il était vraiment triste. Je ne sais pas vraiment pourquoi il était parti. J’étais là, un grand vide dans le cœur, des ballons dans les jambes, et ce sou.
Je ne savais pas quoi faire. Je suis donc entré dans le magasin d’en face. C’était très coloré, et le vendeur était très aimable. J’ai donc acheté des ballons de toutes les couleurs : des rouges, des rouges et encore des rouges. C’est beau le rouge. Enfin je trouve. J’ai donné le sou à la caissière. Je suis sorti dans la rue, les ballons à la main, suspendu par une petite ficelle de corde. J’étais content je crois.
J’ai voulu offrir ces ballons à tout les gens tristes. Car je n’aime pas voir les gens seuls et tristes. J’en ai tendu un à cette fillette qui me semblait pâle, elle avait ces larmes sur la joue. Sa mère l’a pris par la main et m’a tourné le dos. Elle ne devait pas aimer les ballons. Je continuai de marcher alors. Et par surprise j’ai retrouvé le môme de tout à l’heure. Il ne pleurait plus, mais comme je n’avais plus de mouchoirs, je lui ai offert un de mes beaux ballons rouges. Il pleura. Son père me sorti un juron. Ils étaient beaux pourtant mes ballons de toutes les couleurs. Des rouges, des rouges et encore des rouges.
J’étais là, sur la chaussé, un vide énorme à la place du cœur, des ballons dans les pieds et ceux que je tenais par le bout de ficelle. Les gens me riaient au nez, me lançaient des sarcasmes et me crachaient au visage. Je crois que j’étais triste. Seul et triste. Je m’en allai.
Un miroir me tenait face. J’étais là. Plutôt grand, j’aurais dit. Les ballons dans les jambes ne se voyaient pas. Du moins pas comme ceux que j’avais à la main. J’avais les habits fripés et mouillés par l’eau. On ne voyait pas ce vide pour autant. Par contre j’avais du rouge sur le visage, du rouge sur les mains et encore du rouge sur les habits. J’aime bien le rouge. Mais ce n’était pas le même rouge que sur les ballons. Je crois que c’était du sang. Oui ce drôle de sang sur mes mains qui s’échappait de mon cœur. A moins que cela vienne de mon poignet un peu rongé par la mélancolie. Je n’en sais trop rien. J’aime le rouge, mais les gens n’aiment pas. Je crois qu’ils me fuient. Enfin je ne suis pas sûr.
Je suis triste là. J’aimerais bien marcher, mais j’ai ce poids dans mes jambes. Ces gros ballons qui m’empêchent de marcher. Peut être que si je libère mes beaux ballons rouges dans le ciel, le poids partira ? Peut être. J’ai détaché mes ballons de la ficelle et je les ai regardés s’envoler, moi en bas et eux en haut. C’était presque beau. Mais j’avais toujours ces ballons dans les pieds et ces traces rouges sur mes mains.
Je suis partis je crois, je crois. J’ai marché encore. Mais pas le long des quais car il y a le mur qui est plus grand que moi et le fleuve qui m’avait mouillé. Je suis allé dans le bois alors. A petit pas, car mon cœur ne voulait pas retirer ce poids de mes genoux. Mais mon cœur il est parti. Ou je l’ai perdu. Je ne sais plus. Les arbres étaient là. Mais j’étais seul. Seul et triste. Je me suis demandé si l’arbre voulait bien de ma compagnie. Il ne m’a pas répondu. Mais il n’a pas été méchant non plus. Je suis alors monté sur ses branches. Je devais récupérer mes ballons rouges qui étaient dans le ciel. Mais là haut, je ne les ai pas vus. Je crois que je les ai perdus. Je pensais qu’ils reviendraient. Ils ne sont pas revenus. J’ai pris la ficelle qui me restait de ces ballons et je l’ai attaché à une branche de mon arbre et à mon pied. On était réunis maintenant. Cette fois, je ne pouvais le perdre. Lui et moi pour l’éternité. Enfin je crois.
J’étais là, ces ballons dans les jambes, ce vide entre mes entrailles et unis à mon arbre. Mais seul et triste. Le rouge ne voulait pas partir. Il s’emparait de moi de plus belle. Cela me piquetait. J’avais ce foutu de poids dans mes genoux. Je voulus descendre. Il fallait que je rejoigne mon ami la mélancolie afin de lui demander de rendre mon cœur et l’autre partie de mon âme. Elle n’a pas voulu. Ou elle n’a pas entendu. Je ne sais pas. Alors j’ai sauté de l’arbre. J’avais oublié que j’étais attaché à sa plus haute branche.
Je suis mort ce matin, je crois.