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Quel triste monde

faces-of-truth
faces-of-truth
Niveau 9
12 septembre 2010 à 12:22:41

Quel triste monde. Comme tous les matins, je partis légèrement en retard pour le travail ; allez chercher pourquoi, je ne pouvais me résoudre, moi pourtant si sérieuse et appliquée, à quitter mon lit douillet pour affronter la fraîcheur et la pollution dans la rue.
Mais cette fois, je dus en payer le prix car mon bus s’était permis à peine deux minutes d’avance et quitta mon arrêt avant que je ne puisse l’atteindre.
Fustigeant et pestant, je me mis à courir, déterminée à atteindre la prochaine destination avant lui… en supposant que les feux rouges soient de mon côté.
Lors de ma course, je passai prêt d’un perron sur lequel était assise une petite fille en pyjama. Cela m’intrigua, mais je n’eus pas temps de m’arrêter, je devais absolument arriver au prochain arrêt avant le car.
Ce fut mon jour de chance, un camion-citerne bloqua la circulation et je pus arriver à mon objectif en me contentant de marcher vite sur les trente derniers mètres.
Je montai dans mon bus, encore essoufflée. J’arriverai au travail à temps.
Mais le souvenir de cette enfant me resta…

Le lendemain, je fis un effort pour me lever plus tôt et réussis à prendre mon bus, sans avoir à presser le pas.
Le chauffeur reprit sa route et j’aperçus à travers la baie, sur le même perron, la petite fille, assise sur les marches, en pyjama.
Le moyen de transport freina à cause d’un feu et je pus distinguer son visage. Il était magnifique, mais gagné par la tristesse.

Le matin suivant, je fus prête une demi-heure en avance et partis vers mon arrêt. Je n’y restai cependant pas et continuai à marcher jusqu’à ce fameux perron. La petite fille était là, dans la même position que la veille.
En m’approchant, j’ouïs une musique douce qui provenait d’une fenêtre ouverte du rez-de-chaussée.
-Que fais-tu là à cette heure-ci, ma chérie ? demandai-je. Où est ta maman ?
L’enfant posa son regard sur moi. Celui-ci était bouleversant, ses yeux bleus retenaient des larmes ; je n’aurais jamais imaginer qu’un visage humain puisse exprimer un tel chagrin.
-Ma maman dort à la maison, là, répondit-elle en désignant l’immeuble derrière elle.
-Pourquoi n’es-tu pas chez toi ?
-Parce que c’est triste…
-Pourquoi cela ? Ta maman sait que tu n’es pas dans ton lit ?
Ses pupilles me fixèrent alors, avec un air suppliant.
-Elle doit surtout pas savoir !
Ce regard affolé m’effraya presque. Elle baissa alors la tête.
-Ma maman est malade… Très malade… Elle dit qu’elle va bientôt partir… Alors je dois rester chez moi toute la journée avec elle, je n’ai même plus le droit d’aller à l’école… À cette heure-ci, elle dort encore… C’est le seul moment de la journée où je peux voir autre chose…
Cette histoire me noua la gorge. Le ton de la voix était à la fois ferme et mature, et aussi perdu…
-Je suis désolée…, dis-je dans un soupir.
Le crissement soudain des pneus de mon bus m’alerta de sa présence.
-Je dois partir, ma chérie, je reviendrai demain si tu veux bien…
Elle acquiesça d’un mouvement de tête et je filai au prochain arrêt pour monter dans le car.
Je pris une place libre et plongeai dans mes pensées. Ce que la petite fille venait de me révéler me poignarda le cœur. Je plaignais sa mère, mais elle n’avait pas à faire endurer cette épreuve à son enfant de cette manière. Pourtant, je la comprenais. Et c’était ça le plus difficile. Quel triste monde…

Le lendemain, je me levai avec une heure d’avance sur le programme habituel et retrouvai la fillette sur son perron. La même musique passait toujours derrière la fenêtre ouverte.
-Tu sais d’où ça vient ? questionnai-je, également assise sur une marche.
-De ma chambre, dit-elle. C’est ma mélodie préférée, Maman veut qu’elle passe toute la journée… Elle veut me voir heureuse tant qu’elle est là…
Je gardai un silence de quelques secondes.
-Ça me fait beaucoup de peine pour elle, avouai-je.
La petite fille jeta un caillou sur le trottoir.
-Je veux pas qu’elle parte… Je veux qu’on reprenne notre vie d’avant…
Je fis de mon mieux pour la consoler, mais les mots qui auraient pu la délivrer de sa torpeur ne me venaient pas. Je doutais même de leur existence.
-Tu sais, déclarai-je, je suis touchée que tu te confies à moi comme ça… Si tu as peur, tu peux m’en parler, tu peux tout me dire…
-Mais je n’ai pas peur… Je suis juste triste…
-D’accord…

Tous les matins, je passais la voir. Tous les jours, je lui parlais. Toutes les semaines, elle paraissait plus pâle…
Et puis un vendredi, alors que je me dirigeai vers son entrée, ce ne fut pas une enfant que je vis assise sur les marches, mais une femme. Une femme recroquevillée sur le perron, la tête cachée dans ses mains, sanglotant bruyamment.
Intriguée, je m’avançai un petit peu. La fenêtre du rez-de-chaussée était toujours ouverte, mais aucune musique n’en sortait.
Alors je compris. Je compris tout. Je m’éloignais d’une dizaine de mètres et fondis en larmes.
En nous effaçant la crainte de notre propre mort, on souffre plus pour les autres mais on ne subit pas l’agonie de la peur.
Je savais alors, en montant dans mon bus, que la vie n’aurait plus jamais l’image que j’avais d’elle avant ma rencontre avec la petite fille…
Quel triste monde…

iron66
iron66
Niveau 6
13 septembre 2010 à 14:55:47

j’ouïs une musique douce" ça fait un peu trop élevé par rapport au niveau de langue du reste du texte

"je n’aurais jamais imaginer" imaginé

J'aime commenter les textes en premier ^^ des fois l'absence de post s'explique et des fois on tombe sur des perles, comme celle-ci.

Tu as compris j'aime beaucoup. Malgré quelques maladresses à certains moments c'est bien écrit et la fin est vraiment pas mal. Un peu de travail donc (par exemple en s'étendant un peu sur les sentiments du personnage, en approfondissant les relations avec la fillette etc) et tu auras un bonne nouvelle (haha jeu de mots)

ok je sors

Titimathy
Titimathy
Niveau 44
13 septembre 2010 à 20:30:28

J'ai lu !

Au niveau du style, je vais pas m'étendre : Peu de fautes, quelque chose de sobre et efficace. Fluide, ça se lit facilement et c'est agréable.

Au niveau du fond, à dire vrai je n'ai pas été surpris par la fin. je trouve que pour une nouvelle de "tristesse", tu reprends un thème très souvent utilisé. C'est pourquoi, dès le premier regard vers la petite fille, j'avais compris ce qui allait se passer à la fin et du coup l'effet "suspense" (entre guillemets car ce n'est pas le but du texte, mais le fait qu'il y ait une chute exige un minimum de suspense je trouve) est brisé. En fait, je pense que tu pourrais plus suggérer les choses à la place de gros poncifs comme :

"Je veux qu'on reprenne notre vie d'avant"

Ca a été tellement utilisé qu'aujourd'hui ça ne fait plus trop d'effet. Je préfère par exemple la description de l'état de la femme plutôt que les dialogues. Je pense même que ce texte pourrait être écrit sans dialogue. Rajouter une forme de nébulosité, que ce soit moins évident, renforcerait à mon avis l'aspect triste de la chose.
La petite moralité à la fin est très bonne par contre.

Donc j'ai bien aimé ce texte, je lirai tes autres productions ! ^^

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 23 septembre 2010 à 20:04:02

ouahou ! mais c'est une fin digne d'un film de Shyamalan si j'ai bien compris.

Très touchant et immersif et la forme est travaillée avec cependant des maladresses que je me permets d'indiquer :

tu peux garder seulement pestant (mettre éventuellement jurant ça passe bien aussi) mais fustigeant est trop littéraire dans un contexte moderne.

moyen de transport comme synonyme de bus jure un peu je trouve remets plutôt car ou véhicule éventuellement

"Je fis de mon mieux pour la consoler, mais les mots qui auraient pu la délivrer de sa torpeur ne me venaient pas. Je doutais même de leur existence." :ok:

en tout cas bravo le texte est court et pourtant il atteint pleinement son but que ce soit d'ordre émotionnel ou narratif ! :coeur:

faces-of-truth
faces-of-truth
Niveau 9
14 octobre 2010 à 22:02:11

merci à tous pour ces commentaires =) je tiens compte de toutes les remarques, très précises et justes

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