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Shrinking Universe

Megacool86
Megacool86
Niveau 16
16 août 2010 à 23:02:31

Chapitre 1 – Jack Wilson

Birmingham – Grande Bretagne / 3 février 2011

- D'abord, ils se raidissent. Leurs corps s'immobilisent. Leurs yeux se révulsent. Plus un son ne sort de leurs bouches. Comme si leurs âmes s'extirpaient de leurs enveloppes extérieures pour ne laisser qu'un morceau de chair et d'os. Ils sont morts.
- Jack ! Tu veux me faire peur ? C’est réussi ! s’énerva Ashley.
- Ne me regarde pas avec ces yeux la, ma chérie, lui répondis Jack. Je disais ça pour te dissuader.
- J’aurais préféré que tu me soutiennes, répliqua-t-elle.
- Tu sais très bien que c’est une très mauvaise idée. Sortir est dangereux. Suicidaire même. Tu as bien vu les Robertson. Lui, elle, leurs enfants...
- Je ne préfère pas y repenser, coupa Ashley la mine déconfite.

L’obscurité dominait la majeure partie de la petite pièce dans laquelle survivait Jack Wilson, sa femme Ashley, et une autre personne. Ce qui servait autrefois de cave s’apparentait désormais à un abri de fortune. Un amas de conserves était entreposé au fond de la pièce. Quelques bougis faisaient office de lumière et des matelas dépravés étaient posés à même le sol.

- Depuis combien de temps on est la ? s’interrogea Ashley.
- Un moment déjà, répondis Jack. Mais ce n’est pas une raison pour se précipiter dehors et risquer de mourir comme les autres. Il est hors de question qu’on sorte !
- Et on attend quoi la ? Que ca se termine ?
- L’armée doit être en train d’éradiquer ce truc, je pense... Ils viendront bientôt nous chercher, répondit-il sûr de ses convictions.
- Et s’ils ne viennent pas ? interrogea Ashley.

Jack ne semblait plus savoir quoi dire. L’homme assis au fond de la pièce regardait le couple se disputer et pris la parole.

- Elle a raison, Jack.
- Wesley... Ne complique pas les choses.

Wesley Mavelord étais le meilleur ami de Jack depuis le lycée. Son opposé en tout point. Il était grand, athlétique, blond aux yeux bleus, bavard et fonceur. Jack était plutôt du genre « standard » physiquement, brun aux yeux marron, taille moyenne et mince. Il était surtout discret et d’une nature assez réfléchie. Un vrai « intello ».

- Arrête de réfléchir Jack, agis ! lança Wesley.
- Mais toi aussi tu commences à craquer ! rétorqua Jack.

Ashley avança d’un pas sec et décidé et posa sa main sur l’épaule de Jack.

- Jack, nous aussi on a peur, nous aussi on a froid, et nous aussi on se demande combien de temps il faudra avant que ce putain de truc ne nous tue. Mais comprends moi bien, on ne sait même pas quel jour on est, on ne sait pas si il fait jour ou nuit, quel temps il fait. Ca fait peut-être des semaines qu’on mange des conserves froides, qu’on passe notre temps à se regarder dans les yeux et à compter les araignées au plafond. S’il faut que quelque chose se passe, autant le provoquer nous même et tout de suite !

Ashley était mariée à Jack depuis maintenant 2 ans. Son caractère vif et tranchant avait séduit le jeune homme à l’école universitaire de Birmingham. Elle étudiait le comportement criminel, lui la génétique humaine. Elle était tout ce qu’il y’a de plus naturelle. Une pétillante petite brune aux yeux verts, qui l’emportait souvent sur son mari, mais qui donnerait sa vie pour lui.

- Ils vont venir... C’est sur... Répliqua Jack, l’air plus très sûr de lui.
- Mais qui ? Si les militaires avaient cherché les survivants, tu ne crois pas qu’ils nous auraient déjà trouvé ? réplique Ashley.
- Ashley a raison, Jack, affirma Wesley. Si on reste enfermé la, comment veux tu qu’ils nous trouvent ? Personne ne sait qu’on existe.
- Personne à part... « Ca », répondis Jack.
- C’est trop, Jack, lança Ashley.

Ashley repartit s’asseoir dans un coin de la pièce et mit sa tête entre ses jambes.

- Mec, ce truc nous met tous à cran. Moi aussi je pète un câble. Je ne sais même pas si ma copine est encore en vie, et mes parents, mes frères. Tout le monde. Quand ca a commencé, je n’étais même pas avec eux. Je ne les ai pas revus depuis un temps que je ne peux même pas imaginer.
- Je sais... Vous avez sûrement raison, se résigna Jack.

Jack retournât s’asseoir au côté d’Ashley. Les trois survivants retournaient à leur occupation. Attendre.

Cela faisait une éternité qu’ils attendaient.

Une éternité à manger des légumes froids en conserve, à dormir sur des matelas moisis à même le sol. Une éternité à vivre une terrible routine.

- Vous savez à quoi je pense là ? lança Wesley le regard vide.
- Laisse moi deviner, répondis Ashley. Une assiette de pavés de bœuf, une chope magnum de bière de chez ton pote Gordon Hoddle, un morceau de cheese cake et un épisode de South Park ?
- Bon sang, comment t’as deviné ?
- Parce que ca fait 10 fois que tu nous le rabâche, répliqua Ashley l’air dépité.

Inlassable routine, inlassable cercle d’habitude. Les nerfs commençaient à titiller le capital patience des trois occupants de la cave d’une des maisons de Birmingham. Peut-être étaient-ils les derniers survivants de la ville. Ou du pays.

- Vous avez entendu ? murmura Jack.
- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? répondis Ashley en sursaut.
- Un bruit sourd. Comme des pas. J’en suis sur ! C’étaient des pas !
- Chéri, c’est ton subconscient. Ca fait tellement longtemps qu’on est la que le moindre soupir apparait à ton esprit comme un bruit extérieur. N’y fais pas attention, ca te rendra dingue à force !

Jack se leva et se précipita à la porte de la cave pour y coller son oreille.

- Jack, ce n’est rien je te dis ! assura Ashley.
- Oh mon pote, ca y est tu pètes un plomb toi aussi, plaisanta Wesley à moitié endormi.
- Non non non ! J’entends... j’entends...

Des pas, très loin. Pas si loin que ça en fait. Ils approchent. A l’aide. A l’aide.

A l’aide. A L’AIDE !!!

- A l’aide !! Est-ce qu’il y’a quelqu’un ! hurla une voix de l’autre côté de la porte.

Une voix de femme étouffée par l’épaisseur de la porte mais tout de même audible fit sursauter les trois survivants.

- Bon sang y’a quelqu’un derrière ! Il faut ouvrir vite ! se précipita Jack.
- Attends Jack, on ne sait pas qui c’est ! répondis brusquement Wesley.
- Bah évidemment on ne sait pas qui c’est !
- On ne sait pas quelles sont ses intentions Jack, insista Ashley. Et si elle était contaminée ?
- C’est ridicule, répondis Jack. Cette merde tue instantanément ses proies, elle ne les infecte pas ni ne les rends contagieuses !

Les appels de la jeune inconnue se transformèrent très vite en hurlements.

- Par pitié, ouvrez-moi je vous en supplie ! implora-t-elle.
- Merde Jack. Et si on ouvre, ca peut s’infiltrer dans la pièce ! réagis Wesley.
- Mais putain non ! Regarde les voies d’aération, on serait déjà mort si ca descendait aussi profondément sous terre ! répondis aussi sec Jack.

Les cris de la jeune femme s’intensifiaient et les trois occupants de l’abri se décidèrent enfin à ouvrir la porte.

- Bon, j’ouvre.

Jack tira d’un coup sec sur le loquet de sécurité qu’il avait trafiqué avec Wesley, et ouvrit la porte. Il prit la jeune femme par la main, la fit rentrer à l’intérieur et referma aussitôt la porte.

La jeune femme mit genoux à terre et repris difficilement sa respiration. Les trois habitants la regardaient les yeux inquiets. Ashley semblait d’avantage méfiante que les deux hommes. Jack s’approcha d’elle le premier.

- Ca va ? bredouilla Jack.
- Oui... Oui... Merci... dit-elle en suffoquant.

Elle se leva et dégagea ses longs cheveux blonds de son visage. Elle semblait faible et marqué par la peur.

- Je ne sais pas comment... vous remercier, dit-elle en cherchant du regard un œil amical.
- Commence par nous dire comment tu es arrivé jusque la ! demanda Ashley avec une once d’agressivité dans la voix.
- Ashley, laisse-la reprendre ses esprits, tu veux ? rétorqua Jack.

Ashley fronça les sourcils devant le reproche que lui avait fait son mari.

- Je suis de Coventry... répondit-elle.
- Coventry ? C’est pas la porte à côté ! réagis Wesley. Comment t’as fait pour venir jusque la saine et sauve ?
- J’étais en voiture avec mon copain... On se disait qu’ici ce serait sécurisé...
- Ah... alors y’a pas qu’ici que ca craint, conclut Jack.
- Et ton copain ? demanda Wesley.

La jeune femme baissa les yeux pour cacher ses larmes.

- On est arrivé à Birmingham, on a entendu des coups de feu. Les décombres nous empêchaient d’avancer en voiture. Alors on a continué à pied. Les coups de feu s’approchaient. On a courus à l’aveuglette. Jusqu’à ce qu’on trouve un abri. Je ne me suis retourné qu’un fois arrivé à cette maison. Il... Il n’était plus la.

Elle fondit en larme. Wesley mit sa main sur son épaule pour la réconforter. Jack lança un regard à Ashley comme pour lui montrer qu’il désapprouvait son attitude.

- Au fait, moi c’est Wesley. Wesley Mavelord.
- Oh, et moi c’est Jack Wilson. Et voici ma femme, Ashley.
- Je... Sidney Burry. Merci de m’avoir ouvert.
- Non, c’est rien. On n’allait pas laisser quelqu’un dehors comme ça... répondis Jack.
- Et vous... Comment en êtes vous arrivé la ? demanda Sidney.
- Quand ca a commencé, on a réuni un maximum de vivres et de matériel de survie, répondis Jack. On a tout mis dans la cave de notre maison, et mon meilleur ami, Wesley, nous a rejoins.
- Je revenais d’un séminaire pour mon travail, précisa Wesley. Ma maison était déserte. Ma famille est partie dans le sud, pour essayer de rejoindre la France. Il parait qu’ils ont installés un camp sécurisé à Paris. Le problème, c’est que tant que cette merde est dehors, on ne peut pas sortir.
- Ca fait presque un mois que personne n’est mort... Ils l’ont dit à la radio, assura Sidney.

Les trois survivants regardèrent Sidney. Ce qu’elle venait de dire fit l’effet d’une bombe.

- Terminé ? Plus de virus ? questionna Ashley.
- Terminé. L’armée l’a dit à la radio, selon eux le pays n’est plus sous la menace de cette ignoble chose, répondis Sidney.
- Incroyable. Quelle bonne nouvelle ! réagis Wesley le sourire aux lèvres.

Les deux autres survivants eurent le même sourire.

- On va enfin pouvoir sortir ! hurla Wesley.
- Une minute. Tu oublies les coups de feu, réagis Ashley. Sidney, combien d’hommes te poursuivais ?
- Je ne sais pas, je ne me suis pas retourné. Mais ils étaient plutôt loin. Je ne pense pas qu’ils m’aient suivi.
- Tant mieux... souffla Jack. Au fait, il fait jour ?
- Non, la nuit tombe. Il doit être 21 heures... répondis Sidney.
- Vaut mieux laisser passer la nuit par sécurité... proposa Jack.
- Bonne idée, acquiesça Ashley.
- Au fait... Quel jour on est ? demanda Wesley à Sidney.
- Le 3 février 2011. Jeudi je crois.

Megacool86
Megacool86
Niveau 16
16 août 2010 à 23:04:11

Chapitre 2 - Ashley Wilson

Birmingham – Grande Bretagne / 8 novembre 2010

(87 jours avant la mort d’Ashley Wilson)

- Jack ! Mon chéri ! Allez debout fainéant !
- Hein... Déjà... bougonna Jack emmitouflé sous sa couette.
- Finis les vacances ! Il est 6 heures du matin... Sacrée marmotte va !

Cette femme était une vraie pile électrique. 2 ans de vie pré-maritale, et le double avant. Voila ce qui unissait ses deux êtres peu communs. Et pour autant d’années de bonheur.

Ashley Wilson travaillait comme psychanalyste au CNSMP (Centre national de la santé mentale et physique) de Birmingham. Elle étudiait principalement le comportement criminel des plus grands récidivistes du pays. Sa capacité à décrypter le moindre agissement des criminels avait fini par attirer l’intérêt du gouvernement, qu’elle repoussait sans arrêt. Elle possédait toujours un temps d’avance sur Jack. « Je me rendrais compte de ton infidélité avant que tu ne couches avec une autre » s’amusait-elle à répéter pour taquiner son mari.

- Allez mon grand, c’est l’heure de bosser ! dit-elle en retirant la couverture du lit d’un coup sec.
- Comment tu fais pour être d’attaque aussi tôt... marmonna Jack. Tu mets une dose d’amphétamine dans ton café ou quoi ?
- Non mon chéri ! Contrairement à toi, ce que nous avons fait hier soir avant de dormir m’a filé la patate, dit-elle avec un sourire béat.
- Très drôle.
- Allez debout ton petit déjeuner est prêt !

Jack et Ashley vivait depuis près d’un an dans cette grande maison d’un quartier chic de Birmingham. Il est inutile de préciser que leurs revenus se situaient bien au dessus de la moyenne. Ils n’étaient pas pour autant très flambeurs. De simples humains.

- Veinarde, toi il te reste une semaine de vacance ! grommela Jack.
- Oh mon chou, ne t’inquiètes pas. Quand tu reviendras du boulot, ton repas sera prêt et le ménage sera fait, dit-elle en jouant la comédie.
- Venant de toi j’en doute. Où est passée la féministe exemplaire qui manifeste sa colère dans les rues dès que l’actualité l’en impose ? réagit-il l’air amusé.
- Tu me connais trop bien, répondit-elle en embrassant Jack.
- Bon, et sinon tu fais quoi aujourd’hui ?
- Ne me regarde pas avec ces yeux la. Non je ne passerais pas ma journée sur la console, monsieur ! J’ai mon rendez-vous chez le médecin ce matin.
- Ah, encore ces migraines ?
- Oui. C’était passé, mais ca revient un peu depuis quelques jours.
- Je t’avais dit d’en parler à tes supérieurs. Avec toutes les machines qui tournent à ton étage au boulot, ton cerveau va finir par imploser !
- Oui ô grand sage. J’y penserais.
- Arrête de plaisanter, je dis ca pour toi !
- Mais oui je sais, dit-elle en souriant. Ne t’inquiètes pas, je m’en occuperais.
- Bon je file au boulot. Y’a eu une urgence en Ecosse, une petite épidémie locale. Je sais pas trop quoi, rien d’alarmant.

Jack avala une dernière gorgé de café, embrassa Ashley et pris le chemin du travail.

Il travaillait au CGSP (Centre gouvernementale de la santé publique). Il gérait, entre autre, les cas d’infections virales et prenait les mesures de sécurité qui s’imposaient en cas de propagation. En 3 années de poste, il n’avait jamais eu affaire à plus grave qu’un cas de fièvre aphteuse.

Ashley se rendit le matin chez le médecin pour y passer des tests. Même si sa migraine n’étais plus aussi tenace qu’avant, son travail lui demandais une santé de fer, au regard du stress intense qu’il pouvait procurer. Et pourtant, c’est avec une grande force de caractère qu’Ashley Wilson s’attelait à ses tâches. Toujours aussi dynamique, souriante et parfois goguenarde avec ses collègues. En totale contradiction avec la nature de son travail.

Le soir venu, Jack rentra du travail.

- Salut mon chéri, alors le boulot ? demanda Ashley.
- Et bien, c’est le foutoir. Un foutoir monstre. Tout le monde bouge, s’affole et remue. Vive la rentrée ! On se croirait à la fac, je te jure... répondit Jack épuisé.
- Alors heureusement que j’ai pensé à te préparer ton plat préféré... Des welsh rarebit pour mon scientifique adoré !
- Heureusement que t’es la toi, réagis Jack.
- Alors cette histoire d’épidémie ? Je suppose que c’est ça qui met le foutoir au centre.
- Tout juste. Apparemment, ca a commencé dans une petite bourgade au sud d’Edimbourg. Les villageois ont été surpris par l’apparition d’une épidémie assez virulente.
- Et combien de personnes...
- 500.
- 500 malades ?
- Non. Morts, répondis Jack d’un ton grave.
- Quoi ? Tous morts ? Mais... quel genre de virus ?
- Aucune idée. Le département écossais de la santé nous en dira plus quand ils auront identifié la source. Et tu penses bien que notre gouvernement fait le forcing pour en savoir plus.
- Et c’est contagieux ? Ca ne risque pas de se propager ?
- La frontière a été bouclée provisoirement. Tiens, regarde il en parle aux infos.

La BBC relatait les faits. Mais rien d’alarmant selon eux.
« Une épidémie de type encore inconnue aurait fait une dizaine de morts dans un village au sud de la capitale Ecossaise. Le CGSP a pris toutes les précautions d’usage, en bloquant les frontières Anglo-écossaises. Cependant, le directeur du centre, Mark Wallon, a indiqué il y a peine 1 heure que la santé des Anglais n’était pas mise en danger ».

Megacool86
Megacool86
Niveau 16
16 août 2010 à 23:04:26

- Putains de journalistes. Tant qu’ils peuvent en placer une, pour dire des conneries, ils n’hésitent pas... Une dizaine de morts, n’importe quoi ! s’emporta Jack.
- Calme toi mon chéri. L’essentiel c’est que ca soit vite fini, non ?
- Oui... tu as raison, comme d’habitude.
- C’est mon rôle de femme d’avoir raison ! répondit-elle en souriant. Et puis, n’ais-je pas à mes côtés le plus grand généticien que le pays ai connu !
- Tu exagères, dit-il le sourire en coin.
- Allez, n’y pense plus. Une bonne nuit de sommeil, et tout sera réglé demain.
- Tu as sans doute raison. Et sinon, ton rendez-vous chez le médecin ? demanda Jack.
- J’ai passé des tests, radios, tout le tralala. Pour lui, le travail joue beaucoup et le stress n’arrange pas les choses. Pourtant je ne me sens ni stressé ni fatigué !
- C’est ce que tu te forces à croire. Mais une fois que le médecin t’auras donné un bon traitement, et après avoir changé de bureau, ca ira mieux !
- Sans doute. J’ai rendez vous encore demain. Il me donnera les résultats et me filera une ordonnance pour les médicaments.

Birmingham – Grande Bretagne / 9 novembre 2010

(86 jours avant la mort d’Ashley Wilson)

Jack se leva très tôt ce matin. Il était 5 heures du matin quand son biper sonna. C’était son travail.

Ashley se rendit chez le médecin ce matin.

- Bonjour, je suis Madame Wilson, j’ai rendez-vous avec le docteur Shepard.
- Oui, veuillez patienter dans la salle d’attente s’il vous plait. Il va arriver.

La salle d’attente était vide. Pourtant, en plein « pré-hiver », les médecins sont toujours surbookés. Le médecin fit son entrée dans la salle.

- Bonjour, Madame Wilson, veuillez me suivre.

Le docteur Shepard n’avait pas le modèle du souriant médecin britannique qui lui collait à la peau. C’est le teint blanchâtre, et le sourire fermé qu’il accueilli Ashley dans son cabinet.

- Madame Wilson, mettez vous à l’aise, je vous en prie.
- Merci.
- J’ai reçu les résultats assez vite, Madame Wilson. Ils ne sont pas bons.
- Comment ça, pas bons ? dit-elle la voix tremblante.
- Les radios ont laissés entrevoir quelques cellules nerveuses sérieusement touchées. Pour être plus précis, ce que nous appelons des gliomes dans le cerveau.
- Docteur, je ne comprends pas !
- Une tumeur, Madame Wilson.

Ashley fut dévastée par la nouvelle. Son visage habituellement jovial laissait transparaitre un effroi d’une immense gravité.

- Je suis désolé, regretta le docteur.
- Mais... Comment est-ce possible, pourquoi ?
- Les causes ne pourront jamais être réellement identifiées pour ce type de tumeur. On ne peut pas dire si votre travail en est la cause, ou si c’est l’environnement extérieur en général.
- Mais elle est récente non ? Vous allez m’opérer.
- Je crains que nous ne puissions, Madame Wilson. Cette tumeur est maligne. Je ne peux affirmer depuis combien de temps vous l’avez, mais elle est devenue beaucoup trop grosse...
- Bon sang c’est impossible... Non, il doit bien y avoir... Quelque chose...
- Madame Wilson, je suis désolé. Sachez qu’il existe des traitements efficaces qui permettent de ralentir les effets de la tumeur. Vous pouvez être prise en charge, pour pouvoir améliorer votre train de vie.
- Combien de temps, docteur...
- Sans traitement, quelques mois, une année grand maximum... Avec les nouveaux traitements, vous pouvez vivre encore 2 ans au moins, voire 3...
- Et devoir ressembler à un légume ? Non merci.
- Madame Wilson, dans quelques semaines, vos maux de tête vont réapparaitre. Ils se feront plus fréquents. Plus douloureux. Le choix n’appartient qu’à vous, mais vous pouvez en parler à votre mari...
- Docteur, merci, mais je sais ce que j’ai à faire.

Ashley sortit, dévasté par la nouvelle. Elle rejoignit sa voiture, puis fondit littéralement en larme.

Elle rentra à la maison, et s’effondra sur le canapé. Le regard vide, les yeux rouges.

- Chérie ! Ashley ! C’est moi ! cria Jack en entrant dans le vestibule.
- Oui, je suis la, dit-elle le ton faible et en ayant pris soin d’essuyer ses larmes.
- C’est plus grave qu’on ne le pensait. Tu n’as pas vu la télé ? Ils ont annoncé l’état d’alerte maximal. L’épidémie s’est propagée et des cas de mort subite ont été déclarés à Leeds il y a à peine 1 heure. Il faut qu’on se mette à l’abri dans la cave. Prends toutes les vivres non périssables que tu pourras. Moi je m’occupe du matériel de survie et des matelas.
- Chérie, je...
- Oui ?
- Je t’aime, Jack.
- Moi aussi je t’aime ma chérie. Mais ne t’inquiètes pas, je sais ce qu’il faut faire dans ces cas la. Apparemment, ce virus se transmet par voie aérienne, de la même façon que la grippe. Il faut qu’on se mette à l’abri. Le seul contact que nous auront avec le monde extérieur seront les voix d’aération. Elles nous permettront de respirer sans laisser la moindre chance au virus de nous atteindre.

Jack était l’homme de situation. Il avait lui-même fait construire cette cave. Ou plutôt, cet abri anti-nucléaire. Une pièce vide, prévue pour ce genre de catastrophe. Des cavités extrêmement finies dotés d’un filtreur d’air à particule atomique pour permettre à trois, voire quatre personnes d’y respirer convenablement pendant au moins 2 années. Toujours utile de travailler pour le gouvernement avec du matériel de technologie avancée. Surtout quand on en est le responsable.

Ashley s’exécuta. Comment cette journée pouvait-elle se terminer encore plus mal qu’elle n’avait commencé ? Elle allait devoir vivre dans une minuscule pièce sombre, en espérant que la situation redevienne normale. Et ce, avec une tumeur au cerveau.

Un homme fit apparition dans la maison.

- Ashley ? Jack ?
- Wesley, qu’est-ce que tu fais la ? s’interrogea Jack.
- Ah, vous êtes la. C’est le bordel dehors. J’ai tout entendu à la radio.
- Ta famille ? Ils vont bien ? Et Lara ?
- Je ne sais pas, je viens de rentrer de Londres. Mais impossible d’aller au nord, l’armée a tout bloqué.
- Ecoutes, en attendant que tout soit fini, tu vas rester avec nous, réagi Jack.
- Où ca ? Explique-moi !
- Plus tard, Wesley, aide-moi à mettre les matelas des chambres en bas dans la cave. Vite !

Les deux hommes s’attelaient à la tache. Ashley sortit dehors, complètement abasourdi devant le spectacle qui l’avait échappé durant les dernières heures. Heures qu’elle a passé couchée sur le canapé du salon, à voir défiler sa vie entière devant ses yeux. La plupart de ses voisins avaient abandonnés leur domicile, tandis que les derniers qui restaient préparaient leur départ dans une confusion absolue. Sans se préoccuper d’elle, debout sur le trottoir. Un esprit aussi vif et courageux que le sien se laissait maintenant submergé par la peur. Elle se résigna désormais à dire quoi que ce soit à Jack de son état de santé.

- Ashley ! Qu’est-ce que tu fais ! Viens !

Jack courut dans sa direction, la pris par la main, et la conduisit vers l’abri.

- Ma chérie, cet abri va nous sauver la vie. Si tout se passe comme prévu, on sortira très vite et vivant d’ici ! Je te le promets !

Ashley eu un bref sourire. Ironie du sort, elle savait qu’elle ne sortirait peut-être pas vivante de cet endroit. Tué par ce virus, ou par cette « chose » dans sa tête.

Une macabre loterie. Un funeste « pile ou face ».

Ashley Wilson mourut 86 jours plus tard, d’une balle dans la tête.

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