C'est une petite histoire que l'on pourrait presque considérer comme un conte. Je viens de la retrouver, elle date de mes 13 ans, j'ai corrigé les fautes d'orthographes et réécris certains passages pour la rendre plus présentable. Je la met ici parce que je trouve que l'histoire fait bien ressortir un complexe d'œdipe qui a profité de ce texte comme substitut pour se manifester (désolé de faire mon psychanalyste à deux balles mais j'ai lu des textes de Freud dernièrement). Lors de mes 13 ans je m'en suis pas aperçu mais maintenant ça me saute aux yeux et je trouve ça touchant. Enfin bon si vous avez lu jusque là, tout ça pour dire que je met ce petit "conte" sur ce forum. Bonne lecture si vous en avez le courage 
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Le puits du jardin avait toujours été exceptionnellement profond. De lourds sillons parcouraient les vieilles pierres qui le constituaient, comme les fils tranchants d'une toile d'araignée tortueuse. Le jeu préféré des enfants du voisinage était de lâcher une pierre à l'intérieur et d'attendre qu'elle atteigne le fond. Étrangement, on n'entendait jamais le moindre bruit et on racontait même que tout ce qui était lâché à l'intérieur disparaissait à jamais. Comme happé dans une autre dimension. Meryl ne croyait pas à toute ces histoires. C'était une fille sérieuse pour son âge. Les jeux des autres enfants l'ennuyaient et quand on l'exhortait à y participer, elle s'en allait sans un mot, méprisante. L'immaturité de ses semblables l'énervait au plus haut point. Ses parents ne la comprenaient pas et la trouvaient trop taciturne. Sa mère avait même pris l'habitude de l'appeler affectueusement "la petite vieille". Pour son père, elle n'était qu'une bonne à rien, qui ne savait que s'user les yeux sur de gros livres poussiéreux.
Il déboulait souvent dans sa chambre vers minuit pour lui crier d'éteindre la lumière. C'était un plaisir indescriptible que de lui arracher des mains le livre qu'elle tenait précieusement. Son visage se décomposait instantanément, et une haine profonde brillait dans ses pupilles.
"Lire, c'est bon pour les riches, dors !" criait-il, le visage déformé dans un rictus effrayant.
Tout était bon pour réduire son temps de lecture. Il l'accablait de travail constamment, la harcelant de sa voix goguenarde : "Tu lis, tu lis ! Et maintenant travaille !". Elle lui en voulait terriblement. La lecture était pour elle le seul moyen d'échapper à sa vie monotone de fille de paysans. Elle se sentait s'élever loin dans le ciel, très loin au-dessus de tous ces bouseux attardés qui ne savaient que traire les vaches. Tout lui plaisait, que ce soit les romans d'aventure ou d'horreur ou les livres d'histoire et de mathématiques. Elle les dévorait tous sans exception.
Meryl trouvait ses livres à la bibliothèque ambulante qui s'établissait chaque mois dans son village. C'était une vieille dame à la retraite qui la tenait. Elle était affreusement laide et sentait le jasmin. Elle adorait Meryl, et se réjouissait de la voir si curieuse et enjouée.D'ailleurs la jeune fille ne comptait plus les nombreuses heures passées à discuter avec elle autour d’une tasse de thé. Personne d'autre ne visitait la petite bibliothèque sur roues. Les habitants éprouvaient envers la vieille dame un dégout teinté d'ignorance. Ils l'accusaient d'être une sorcière qui volait les enfants. Mais elle n'en avait cure, et revenait, chaque mois, encouragée par la présence de cette charmante petite fille si avide de lecture. Meryl rentrait souvent tard le soir, et malheureusement pour elle sa mère avait vite remarqué son petit manège. Elle l'aimait de tout son cœur ; sa petite frimousse et ses longs cheveux blonds la ravissait mais, malgré tout, elle blâmait ses étranges habitudes, et, inquiète, se confiait souvent à son mari. Cette fois-là, elle ne fit pas exception à la règle et l'informa des étranges fréquentations de leur fille. Son regard se brouilla étrangement à l'annonce de la nouvelle. Ses bras se contractèrent et il attrapa un vase décoré par une peinture de mauvaise facture représentant une vache, et le lança contre un mur en poussant un cri animal qui fondit en d'étranges grognements. Des larmes coulaient de ses yeux, et entre les tremblements qui agitaient son corps, il murmurait : "Ma fille ne fréquentera pas la sorcière, ma fille ne...".
Toute la nuit, il se retourna dans son lit, fiévreux et couvert de sueur. "Ma fille ne fréquentera pas la sorcière, ma fille ne...". Il ne cessait de se lever. Son cœur battait la chamade. Il ouvrit une bière et but plusieurs gorgées. Il se sentit mieux. Il fallait qu'il agisse. Absolument. Où se trouvait déjà la roulotte de cette salope de sorcière ? Une hache, il lui fallait une putain de hache. Une putain de hache, c'est ce qu’il lui fallait. Il faisait froid dehors. Le manche rond et rassurant caressait la paume de sa main. Du bon bois, du putain de bon bois. Comme caché dans une brume de sang, il vit la roulotte. La fureur se mit à couler dans ses veines. Cette pute de sorcière forçait sa fille à lire. Sa fille. La chair de sa chair. Elle l'avait transformée. C'était à cause de la sorcière qu'elle n'était pas comme les autres enfants. Connasse. Sale putain de pute. Il enfonça sa hache dans la porte et au bout de quelques minutes réussit à s'introduire dans la roulotte. Toute raison avait quitté son corps. Il devait juste tuer et tout redeviendrait normal. Tuer. Tout était finalement si simple. Elle dormait dans son lit, et un lourd ronflement s'échappait par intervalle de sa carcasse puante. Salope, tout le mal qu'elle avait faits elle en avait rien à foutre. Elle, elle dormait. Putain elle dormait. Un. Deux. Trois coups de hache. Ca gicle mais le corps s'agite, faut continuer. Encore et encore. Encore et toujours. Il sortit son briquet. Tout allait bruler. Pas d'extrême onction. Les livres démoniaques disparaitraient avec la sorcière. Il avait libéré le village. Sa fille était sauvée. Assis dans l'herbe, il regardait le sourire aux lèvres la fumée s'élever lentement dans le ciel. Les doux craquements du bois en train de brûler le berçait. Il se surprit à fermer les yeux. Il faisait chaud, c'était agréable. Le calme qui régnait dans la campagne endormie s'était enfin étendu à son esprit.
Soudain, il entendit un craquement, un bruit presque imperceptible. C'était forcement la sorcière. Elle venait se venger. Il se leva et regarda autour de lui.
-Qui va là ? cria-t-il d'une voix rauque.
Pour toute réponse, il entendit la complainte d'un grillon. Il se mit à courir. La salope était toujours vivante et elle le poursuivait. Mais elle ne l'aurait pas. Il protégerait sa famille. Il s'arrêta devant le vieux puits. La lumière de la lune l'éclairait. Il crut entendre un bruit qui venait des profondeurs de l'orifice ténébreux et s'en rapprocha, jusqu'a pouvoir tendre la tête au-dessus. Rien. A part les ténèbres. Un nouveau craquement se fit entendre. Il sentit de petites mains se poser sur son dos. Une voix douce murmura : "C'est moi papa...". Il n'eut pas le temps de se retourner que déjà il basculait dans le puits. Son cri sembla se prolonger à l'infini, puis on entendit enfin un bruit d'éclaboussures. Meryl sourit. "Je savais que ce puits avait un fond".