L’horloge funèbre:
Écrit le 22 Décembre 2004.
Je ne suis qu’un pauvre abruti croyant que le bonheur résout tout. Je suis un connard, et lorsque je me regarde dans une glace, je ne vois qu’un homme vide, banal, insignifiant, sans aucun intérêt et qui ne mérite même pas de vivre. Je suis un paumé, je ne sais même plus reconnaître mes amis et mes ennemis. Je suis le mec qui accepte tout et sourit tout le temps. Je suis le pigeon que vous pouvez arnaquer sans cesse. Je suis le ramassis d’ordures que vous laissez au pas de vos portes. Je me demande même si dès fois, j’existe. Est-ce que quand je parle, quelqu’un m’écoute? Est-ce que lorsque je fais une action quelconque, on me voit? J’avoue ne pas le savoir. J’ai l’impression d’être un fantôme parmis vous. Et si je saute en levant les bras et en hurlant très fort, on me remarquera? Cette solution me fit esquisser un semblant de sourire. J’avais effectivement des chances de me faire repérer, mais par des hommes en blouses blanches qui m’enfermeront dans une cellule aux murs matelassés. D’ailleurs, c’est peut être là ma réelle place, qui sait? Si ça se trouve, je suis un cinglé, un psychopathe, et je ne le sais même pas. Et si je sortais dehors avec une carabine et que je tirais dans le tas. Tuant hommes, femmes et gosses, célèbres ou inconnus, riches ou pauvres, noirs ou blancs… l’avantage du meurtrier que je pourrais devenir, c’est que je ne serais pas un assassin raciste. Tuer tout le monde sans distinction de races, faut avouer que c’est mieux que de tuer sous un étendard aux bandes rouges et blanches et aux étoiles blanches enfermées dans un carré bleu, non? Au moins, je ne m’attaquerais pas qu’aux islamistes.
C’est décidé, je vais devenir un psychopathe non-raciste! Je vais d’un pas décidé chercher ma carabine qui est accrochée au mur et je prends la petite boîte de munitions contenue dans le tiroir du buffet le plus proche du fusil. C’est la première fois que je tiens une arme à feu dans l’intention de tuer. Il faut avouer que c’est excitant. Imaginez, bam, et une vie en moins, bam, bam, bam. C’est même très amusant en fait. Tuer. J’ai l’impression que ce terme a toujours été inscrit dans mes gènes et que l’information circule dans mes veines et provoque chez moi une montée d’adrénaline qui m’envahit complètement.
Je me précipite vers la sortie de chez moi. Sauf que lorsque je passe devant la petite bibliothèque de mon salon, je stoppe net. Quelque chose m’attire. Un livre au tranchant noir. Je le sors de la rangée de bouquin et observe la couverture. Assez morbide celle-ci d’ailleurs. Elle représente le ventre d’une femme enceinte, avec un poignard transperçant celui-ci. Je remarque que le sang coulant de la plaie est représenté par une simple goutte. Comme une larme. Une larme de sang. En gros, au dessus, il y a marqué en lettres dorées: « Le Ventre de l’Infamie ». Et juste au dessous, le nom de l’auteur: « Ghislain Bouvier ». J’avoue être assez intrigué, je ne me souvenais pas d’avoir ce livre chez moi. J’ouvre une page au hasard, et juste à côté d’un poème nommé « La Substance Dépendante » qui est dédicacé à une certaine Sandra, je trouve une nouvelle poésie intitulé « L’Horloge Funèbre ». Je la lis à haute voix, elle est assez courte.
« Je suis l’horloge du temps qui s’est écoulé
Je suis les aiguilles tournant à l’envers
Écoute mon « Tac-tic » disant que tu vas crever
Je suis cette fatale sonnerie de l’Enfer
Et quand je retentis
Tu te souviens de toutes les larmes versées
Et quand je retentis
Tu te rappelles le sang coulant de tes plaies
Je suis le temps te séparant de la mort
Celle que tu essayes vainement d’oublier
Je suis celui qui redresse tout tes torts
En faisant crever cette putain d’humanité
Je suis la montre en or
Du dandy à tête de mort
Quand je sonne il se réveille
Et il vous fauche à la pelle
Je te conseille de te faire à cette idée
Car tu vas forcement y passer
Je te conseille de te faire f cette idée
Car vous êtes tous condamnés »
Je reste silencieux, le livre en main. Un silence de mort aurait pu régner, mais, il y avait, et c’est un comble, le tic-tac de mon horloge murale qui faisait du bruit. Le genre de son qui ne se réveille que dans un calme total. En fait, ce n’est pas les autres que je devrais tuer. Non, c’est quelque chose de plus profond encore et que le texte a remonté à la surface. Je repose le bouquin à sa place, puis, je me dirige vers l’horloge. De l’index, je déplace les aiguilles de façon à ce qu’elles indiquent midi. Ou plutôt minuit. La fin d’une journée et le commencement d’une autre journée. Pour moi, ce serait plutôt la fin, quand à savoir si il y aura un nouveau commencement, c’est une autre histoire. Je prends ma carabine à deux mains.
A monsieur Ghislain Bouvier, « la montre en or du dandy à tête de mort » qui fait sonner en ce moment les douze coups de ma vie…