La bougie semait ses yeux dans l'atelier.
Il s'était borné à son bureau, armé à la plume, conquérant, tel un chevalier révolutionnaire, seul, face au papier. Son cerveau gonflait de démence à l'idée de toutes ces choses qui défilaient et croissaient dans sa tête. Ça allait cogner, exploser, il en était certain, il attraperait l'orgasme et balancerait durant trois jours.
Le noir pinceau enfonça sur la douce blanche pour la première fois, ô, comme il savourait cet instant, cette tache, délictueuse excitation qui annonçait la tempête. La pointe avait creusé, sur la feuille ça baignait encore.
A cet instant, il fut attiré, comme dans un rêve en forme de grotte où il coulerai sur les parois quelque chose de vivant. Mais en ce lieu, il se sentait menacé, agressé par milles chemins, tous aboyant comme pour se prostituer à son esprit. Son regard circulaire ne cessait d'agiter, faisant enchainer les acrobaties de par et d'autre du vide, et soudain, quand tout se mit à sécher, il se demanda si enfin ça allait exploser. Quand tout à coup ! Rien.
Rien. Il gisait encore et toujours sur ce satané bureau. Le stylo n'avait point changé de place. La main exerçait encore la pression. Et pourtant, dans la goutte que ça venait de tracer, il c'était passé des choses extraordinaires, des mondes et des merveilles. Tout ça venait d'apparaitre d'un coup, d'un bout de plume. Et tout ça, il ne le découvrirait jamais. Il le savait et il le savait très fort et il attrapa un coup de folie.
Ça n'avait pas dansé, même pas marché. Il voyait encore la bougie, la flamme gigotante. Ça lui piquait les yeux, comme pour se moquer de son âme. Il pensait qu'il pourrait la tuer, d'un simple souffle, lui voler ses idées et partir dans les étoiles. Mais alors, il coucherait sans lumière, et ainsi on ne conte pas - c'est une question en manque de problème, partout où l'on a raison.
Il regardait le feu en attendant qu'un gros mot lui fonce dessus. Quelque chose pour bouger. Où donc s'était cachée toutes ces vibrations ? Il n'en percevait même plus un écho. Sur son front coulait la sueur, quelque chose de vivant.
Le lendemain il était en retard, c'est pourquoi il ralenti. Oh oui, il raterais son bus. Sortir du manège, il en était sûr, ça lui montrerait une idée, et l'idée de la démasquer dessinait sur son visage quelques esquisses entraperçus. Oh oui, ça tracerait des croquis qu'il suffirait de suivre, en les coloriant ça glisserai comme du magma. Tout va bruler et il aura gagner. En marchant, il riait encore tant il songeait à son plan diabolique.
Il leva les yeux, vit les nuages faisant fleurir dans le ciel toute races de directions. La pente jaillira au prochain virage. Il suffira de pleuvoir dessus, ça feras pourrir les fausses notes. A cette pensé, il marcha longtemps, jusqu'à la nuit tombée, alors il comprit, jamais il ne touchera l'horizon. Et quel sens à toutes ces étoiles ? Il n'avait qu'un bâton, un capitaine sans équipage, un bateau sur l'océan traversant partout, là où ça n'a pas besoin.
Il demeura silencieux un instant. Ici, il n'y a rien d'autre à faire, il faut s'entrainer à rêver, même en dormant, même en crevant. Ce soir au moins, il faudra essayer.