Bonjour à tous, je découvre ce forum et je dois dire que j'apprécie beaucoup l'ambiance et la maturité présente ici. Je me permets de diffuser un petit extrait d'un texte que je "scribouille" à mes heures. Cet extrait constitue la genèse de l'univers absurde et rempli d'anachronismes dans lequel évolue le héros. C'est en gros le chapitre 0 de mon histoire, un petit délire personnel. J'espère qu'il vous plaira :
Le Plat-Monde est un univers rectangulaire, sorti tout droit de l'imagination fertile du dieu constructeur Laygo.
« Ce coup-ci mon grand (car Laygo était surdimensionné), t'y es allé un peu fort ! Déclarait sèchement Celui-qui-pourrait-être, avatar du chômage.
-L'idée n'est pas si mauvaise, au contraire, elle est brillante ! Sans vouloir flatter Laygo, c'est moderne, révolutionnaire.
-Justement non Eloge, interrompit Verbe, un monde plat ne connait pas de révolution.
Verbe, qui fut le premier au panthéon, aimait avoir le dernier mot. Ce caprice était tout juste accepté par ses confrères. Culot était absent, en convalescence après un léger différent avec Orgueil. Pêché et Naïveté se partageaient l'eau et le pain sec dans les limbes pour quelques années encore. Mort fut donc désignée pour recueillir les votes et fermer cette table ronde.
-Bien, nous acceptons donc le projet « Arche » correspondant à l'univers deux. Lorsque Laygo aura terminé ses travaux, Créance se chargera de diriger tout ce petit monde. La séance est donc...
-Levée, conclut Verbe, précédant un soupire général.
Une vaste toile de fils et de réseaux de lumières liquides s'entremêlaient et contrastaient avec la matière noire, inhérente à cet univers quasi infini. Ces courants de lumières, tantôt pastels, tantôt safrans, seraient considérés comme le sillage laissé par l'élan des dieux. Les peuples plus évolués soutenaient quant à eux l'hypothèse d'un savant mélange de gaz et de débris stellaires d'anciens mondes disparus. Tous s'accordaient cependant pour en reconnaître l'infinie beauté.
Non loin des confins orientaux de cet univers se dressait la partie la plus sombre et la plus mal connue des grandes civilisations. Un vide hâlé, constellé de matières poudreuses et havanes, sans qu'aucune étoile n'y fasse office de phare pour sortir le voyageur de l'égarement. C'était l'espace fumeur des dieux.
Avec une patience infinie, Laygo récoltait divers cristaux de « Schyzm », constellant merveilleusement ce vide autrefois d'un noir pur et somptueux avant que Chômage ne se mette au cigare et jaunisse cet environnement.
Le « Schyzm » était le minerai le plus solide, qui, une fois soumis à la chaleur de l'étoile rouge Antarès de la constellation du Scorpion, prenait la forme et la consistance d'une pâte à modeler rougeâtre. D'une simple transmission de pensée entre le créateur et cette substance visqueuse, le « Schyzm » répondait favorablement aux promesses d'un nouveau monde. Chômage jouait les inspecteurs des travaux finis. Un long cigare pincé aux coins de ses lèvres, il frottait sèchement une allumette sur la joue de Laygo.
-Ah, si on avait pu me confier l'autorité suprême sur le projet Arche, soupirait il d'un air las, expulsant un peu de tabac au visage du créateur.
Laygo haussait les épaules, peu concerné.
-Je croyais que tu désapprouvais ce projet Chômage ?
-Que ce surnom est vulgaire mon grand ! -Il laissait tomber un peu de cendre sur les charpentes de l'Arche.- Ne te sens pas offusqué, mais j'ai toujours eu une dent contre les plans de grande envergure.
-Lucif...y'en a qui ont du travail et qui n'ont pas le temps d'écouter tes jérémiades. Et n'écrase pas ton mégot sur la future voute céleste ! Répugnant !
L'ange, déçu, repartait dans un rire gras, exagéré il en convient. C'était là le genre.
Et au cours de la semaine suivante, après avoir doucement calligraphié les monts et vals de l'arche, Laygo dégainait une large palette de pastels. Son index survolait dans une longue hésitation les teintes bleutées afin de velouter des océans à l'épaisseur d'encre. A mesure que la vie irradiait ce petit monde, le Créateur se prit d'un attachement indéfinissable devant ce nouveau microcosme. La séparation n'en fut que plus douloureuse, le jour où Créance s'empara comme convenu de ce nouvel univers où la vie se propageait lentement mais sûrement.
Ainsi naquit le Plat-Monde, gardé, protégé et parfois peut être exploité par Créance. Et si un univers régit par les sacrosaintes lois des impôts et des taxes peut paraître absurde, attendez donc de consulter les lignes suivantes qui sauront vous le confirmer.