Bonjour,
Je poste ici pour vous présenter un texte que j'ai écrit récemment. Je n'ai aucune expérience expérience dans le domaine du récit (mis à part deux ou trois expressions écrites dans ma scolarité), donc pardonnez mes maladresses si jamais elles étaient nombreuses.
J'ai besoin de vos avis et de vos conseils pour améliorer l'écriture et me situer. J'ai un peu l'impression d'avoir un style trop sec,impersonnel (plat) et pas assez fluide, peut-être que certaines de mes phrases sont aussi un peu longues et lourdes, je ne sais pas ce que vous en pensez.
Sinon le récit qui suit est un dialogue entre Lénar du Fay, le fils d'un gouverneur d'une province de la Scrasie (continent imaginaire un peu semblable à l'Europe médiévale) avec son valet Alexandre (qui est devenu au fil des années son ami). Le "Félon" est, dans une approximation rapide l'équivalent du Diable de la religion catholique.
Merci.
--------------------------------------------------
-----------
"Quelle misère que ce monde dans lequel "mariage" ne rime qu'avec "alliance"; quelle misère que l'amour des fils soit sacrifié à la réputation des pères, quelle misère que ma situation... Ne trouves-tu pas Alexandre ? Toi mon doux rêveur qui, sous cette délicate livrée, cache un cœur aventureux et aspirant à la gloire." déclama Lénar avec emphase à son valet qui l'habillait.
" Si Monseigneur me le permet, la fortune de son Excellence me semble pourtant totale, sa future épouse étant réputée d'une beauté et d'une sagesse telles qu'elles n'en feraient à n'en point douter plus de ravages que la Peste dans le cœur des Princes de Scrasie." répondit alors le valet à son jeune maître avec la plus grande douceur.
Lénar esquissa ce petit sourire amer qu'il arborait quand il savait qu'il n'avait pas été entendu, et comme à son habitude, il reprit avec force son discours : " "Futilités que tout cela !". Telle est donc ta réponse mon brave Alexandre. Je ne t'en blâme point, Dieu m'en garde, j'aurais fait la même à toute autre personnage dont l'apparence extérieure est aussi radieuse, ne pouvant saisir le trouble qui agite et ronge son âme. Tes paroles sont sages Alexandre, il pourrait paraître déplacé de ma part de m'apitoyer sur pareille existence de luxe matériel, de grandeur sociale et politique, détachée des contraintes monétaires, et entourée. Comment pourrais-je dans ces conditions te réprimander, toi qui de ta condition de valet pense que ton maître a une meilleure existence que la tienne parce qu'il a les autres hommes à son service. Mais, me crois-tu lorsque je te dis que mon existence n'est qu'un simulacre de vie ? Me crois-tu lorsque je te confie que mon entourage est devenu pour moi une succession de visages anonymes dont le jeu social a détruit toute personnalité propre ? Je suis las de cette cité à la magnificence illusoire. Masqué derrière cette riche parure, il n'y a que le néant, un de ces néants qui aspire les âmes et les conduits jusque dans les caves du Félon où elles se consument lentement. Je suis devenu étranger à moi-même, j'ai tellement joué ce rôle social que j'en ai oublié ce qui dans mon enfance faisait de moi un être dans la vérité de sa nature, serein et déterminé.
Dans de telles conditions, je te demande,Ô Alexandre si je devrais me réjouir de mon mariage avec une inconnue avec laquelle je partagerais cet éternel fardeau, réduit à être esclave de cette apparence sociale jusqu'à ce que la mort nous sépare. La personne que tu vois n'est plus qu'un personnage qui s'est emparé de mon âme véritable et l'a masquée à mon regard... Vois déjà la manière factice avec laquelle je te livre mes sentiments, cette mécanique exagération lyrique et cette dramatisation fort mal feinte qui colorent mes propos... Qu'est ce qui, selon toi, rongerait encore davantage mon âme que cet enfer dans lequel je me consume, condamné à constater impuissamment ma propre déflection , et dont je ne sais plus moi-même si elle est réelle ? "
A cette longue tirade, Alexandre répondit par un unique sourire teinté d'une discrète compatissance. Un sourire que Lénar avait déjà vu maintes fois et qui signifiait à n'en point douter qu'il croyait en la sincérité de son maître, mais qu'il attribuait ces troubles davantage à ces orages qui agitent l'esprit des jeunes gens en passe de devenir adultes plutôt qu'à une réelle souffrance. Lénar ne s'en offusqua point puisqu'en réalité, lui-même doutait de l'origine et de la réalité de ses angoisses.
Il se regarda alors dans le miroir. Il avait fière allure. Le pourpoint vermeil, décoré des armoiries de son illustre famille, qu'il portait encadrait ses épaules puissantes et coulait sur les contours de son corps qui n'avait jamais connu les souffrance du travail et de la guerre tandis que son pantalon noir de jais parachevait la somptueuse harmonie qui s'était mise en place sur lui. Quelle grâce avait ce personnage angélique à la peau nacrée, au regard d'un bleu ciel sans nuage et aux cheveux d'or ainsi glissé dans cet habit de Démon aux couleurs du Félon. Telle était ce qu'y verrait n'importe quelle autre âme, mais ce n'était pas ce que Lénar y vit.
Peut-être était-ce cette traditionnelle dévalorisation de soi-même que l'on éprouve lorsque l'on se regarde dans un miroir, ou peut-être était-ce un mal plus profond qui était à l'oeuvre, mais qu'elle qu'en soit la raison, Lénar fut horrifié pas la personne qu'il vit dans cette impitoyable glace. Son visage raidi par le jeu social et arborant ce plissement de lèvres dans lequel il reconnut le sourire cordial qu'il ne pouvait plus effacer tellement il l'avait joué dans sa vie; ses yeux impénétrables et vides dans lesquels il aurait encore préféré distinguer le blasement, signe qu'il serait encore vivant; rien dans cette image ne laissait penser qu'un âme habitait cette enveloppe creuse et inerte.