Quelques minutes encore, et mon bateau arrive. J'atteindrai l'horizon, je m'assiérai à l'avant, et je sentirai les vagues se fracasser, se fracasser sur moi. J'ai déjà un plan, j'attends que ma vraie vie commence.
Quand je me suis réveillé aujourd'hui, rien ne s'est passé. Mais dans mes rêves, je tuais un dragon, et je marchais sur mes anciens pas, encore une fois. Je te sauvais, je me sauvais, tu marchais, je courais. De l'herbe sous mes pieds, un doux murmure d'alizé, je cherche au loin. Ô, Aventure, guide-moi, emporte moi. Je cours vers l'inconnu, vers l'inexploré. Le reflet du soleil lourd ou de la lune se propageant, illumine le monde de ma fuite. Un sursaut de frayeur, un hurlement sauvage. Oh, que d'envie et de folie, quand je contemple l'immensité grandissante du ciel, entouré de fins cotons de nuages et de halos éblouissants. Ô Aventure, muse de mes écris, de ma vie, nymphe du risque et du danger, laisse moi te côtoyer, pousse moi, attire moi, je veux vivre, je veux respirer. Et puis tant pis si la beauté de tes périls me pousse à plonger. Peu importe les conséquences, il est trop tard. Laisse moi m'évader, risquer, me battre, montrer ce dont je suis capable.
La vie n'est qu'une série de multiples évènements qui débouchent tous sur un unique dénouement; Mais quand le fil d'argent, ce fil si fragile qui nous relie à cet univers, se rompt, la métaphore fait place à l'implacable réalité. Non, je ne recherche ni l'allégresse ni l'admiration, juste amusement et fascination. Je ne fuis pas, je ne fais qu'avancer. J'ose penser que dans chaque nuage noir, il y a une ligne d'argent. Je ne m'écoute pas. L'ennui nous blesse, la vie nous tue. L'aventure ? Ce n'est pas la solution, ce n'est pas le remède, ce n'est qu'un moyen de tout oublier. C'est cette impression qui m'attire, qui me guide vers un horizon mort, morne, gris. Qui me pousse à rester dans mon monde imaginaire. Avec tout ce qui va avec, dragons, fées, sorcières, étoiles, bonheur, malheur, péripéties, fin heureuse. Sur ce chemin, ici, en ce lieu étoilé, éclairé par le jour de la lune, je fais le vide, je pense à voix haute. L'Aventure m'écoute, me comprends, me berce, m'encourage, me conseille. Laissez-moi jeter une dernière fois les dés, je sais que je gagnerai. J'attends que ma vraie vie commence.
Hier soir, il me suffisait d'attendre quelques minutes encore, et mon bateau serait arrivé. J'atteindrai l'horizon, ce voyage morne, terne s'arrête, arrête ma machine. Ça arrivera bientôt, bientôt, bientôt... C'est juste que le temps se laisse aller, qu'il n'est pas pressé. Mais mon réveil sonna, coupant court à mon voyage magique, cette aventure incroyable. Les rêves ne laissent pas de place au regret, on oublie le passé, et on laisse tomber les masques. Et moi, j'étais là, à attendre. Mais vous ne comprenez pas, j'ai déjà un plan, j'attends que ma vraie vie commence. Je veux être un cow-boy, apprendre à faire claquer mon fouet, à me tenir debout dans cette rue déserte, avec deux pistolets accrochés à ma hanche, prêt à dégainer. Si seulement j'avais eu un plan d'attaque, une vague de capture pour réussir à ne jamais me réveiller. Si seulement.
Vous savez, mon cheval et moi nous nous serions dirigés vers le Sud. La grande aventure de l'Ouest ne nous tentera pas, nous voudrons casser les préjugés. Là-bas, les vagues d'indiens défilent, te poussant à te battre, à les assassiner, à risque ta fausse vie de rêveur, à te réveiller. Cette horrible sensation de passer du noir au blanc éblouissant, du pêcher à l'inconscience. Malgré cette menace, j'ai résisté. C'était l'été, le 6 décembre 1863. Le crépitement des serpents noirs, le froncement de sourcil d'un cheval ennemi, il ne restait plus rien. Du bruit d'une porte claquée, la fermeture sur le passé. Le réveil, le retour à la réalité. Mais moi, comme les feux de cheminée, ne pouvant pas brûler, j'ai été construit pour durer, mais pas dans ce monde. Dites, me regardez-vous ? Je ne fais qu'étaler mes rêves, mes envies, mes peurs. C'est ça l'Aventure, après tout. C'est s'ouvrir au monde, à soit même, risques, tentations, peurs, hésitations. La vie de tous les jours ne m'en apporte pas suffisamment, j'ai donc décidé de prendre un nouvel itinéraire, partir de l'autre côté, m'aventurer dans l'aventure, dans ce phénomène qui n'est observable et dont on ne se rend compte que pendant son absence, les rêves.
Je commence ma nouvelle vie.