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[SF]Paris 2025

NightFox
NightFox
Niveau 10
06 mars 2010 à 03:22:53

Salut à tous.
Après avoir eu tout le mal du monde à parvenir à prendre de la distance par rapport à ma nouvelle du Dieu Mouche, je commence une nouvelle histoire réunissant pas mal d'idées d'esquisses de nouvelles que j'ai pas vraiment eu la motivation d'écrire. L'intrigue principale devrait mettre un peu temps à se mettre en place, étant donné que je compte développer pas mal le background chronologique qui permet d'arriver à l'année 2025 où commencera l'histoire proprement dite.
Ce qui suit n'est pas de moi, c'est un extrait de texte du groupe de rap toulousain KDD. Pour ceux que ça intéresse, le morceau : http://www.youtube.com/watch?v=UyuUwYhS1zc&feature=related

1998
KDD – Nouveau combat

Sueurs froides dans les tranchées
pas l’temps d’fumer faut pas flancher
pas assez de morts sur le plancher
armée renégats, bataillon kappa double delta,
sur le front je défends l’honneur de la mille-fa
Sur mes plaques, mon nom mon grade, mon matricule
trempent dans les flaques de sang de boyaux qui éjaculent
les morts pullulent, s’entassent sous les feux du famas,
sniper en série chuis en Syrie à Damas
Champ de vision élargi,
c’qu’est bon pour moi c’est l’action,
mission :
pénétrer les consciences en effraction,
chasser l’illusoire
rétablir l’information,
exécuter les préjugés pour libérer les opinions
Guerre cérébrale,
j’m’étale dans les cerveaux en feu,
guerre inégale
sur des sentiers périlleux,
vertèbres retapées dans les ténèbres,
nouvelle frappe pour le soldat de l’armée du verbe

Société mirage beaucoup nagent,
les gens sont sages,
survivre quelque part c’est avoir la rage,
cette vie est un hologramme,
tout est faux on te programme,
un esprit bas-de-gamme,
qui flotte dans l’espace comme DJ cam,
Vague à l’âme,
l’homme perd son âme
et la remplace
par une arme
en terre de guerre
la seule boisson du peuple
c’est les larmes
A travers mon objectif je vois la Terre,
désastres et cratères parlent à mon œil de verre

Une fois deux fois pour ta mille-fa, Kappa double delta nouveau combat
Trois fois quat’ fois pour tous tes gars, Kappa double delta nouveau combat
Cinq fois s’il faut recommence à nouveau, kappa double delta nouveau combat

NightFox
NightFox
Niveau 10
06 mars 2010 à 03:32:20

Ce coup-ci, c'est bien de moi, sensé pour l'information se dérouler pendant les émeutes. C'est un peu court j'en suis conscient, le fait est que j'ai écrit quelques éléments de suite mais qu'il y a encore quelques étapes qui manquent dans les intervalles de temps entre les deux, donc pour le moment je peux pas vraiment poster plus :

2005

Le halo rouge des carcasses en feu éclaire la nuit froide de novembre d’une lueur folle et malade. L’air est lourd, épais à respirer, chargé de l’odeur rance du molotov et des clameurs de bandes de jeunes hommes filant dans la débandade, de cris de freins, d’ordres aboyés, du bruit des bottes qui se déplacent en formation. Le voile des fumigènes s’élève et couvre l’œil blanc de la lune, cachant à l’éventuelle vue d’un dieu de toute façon absent la frénésie de l’affrontement.
Là, ligne de jets de pierres sur un mur de boucliers levés. Les HLM bordent l’impasse comme des falaises en béton, quelques dizaines d’anonymes acculées dans un gouffre enfumé. L’issue est inexorable, le recul impossible et la percée sans espoir. Eclair de lucidité dans l’esprit déchaîné de quelques émeutiers, ils brisent le rang et se ruent en avant, s’engouffrent dans l’embouchure d’une ruelle avant que la vague de polycarbonate déferle et bloque l’échappatoire.
Ils courent entre bâtiments et containers, cinq âmes fuyant la folie d’un combat perdu d’avance, et sur le fond sonore des hurlements dans leur dos vient se greffer le trot d’un détachement de poursuivants. Les jeunes forcent l’allure, mais bientôt l’un deux tombe à court de souffle, s’arrête et lève les mains. Les autres lui jettent un regard reflétant leur incompréhension, mais le mal est fait, la peur s’insinue dans leur cerveau bouillonnant. Les cœurs battent furieusement dans les poitrines des rescapés alors que leurs jambes crient leur douleur. L’un trébuche sur un détritus et s’affale, un autre s’arrête pour tenter de le relever, les deux sont aussitôt encerclés d’uniformes. Plus que deux fuyards et cinq prédateurs obstinés sur leurs talons. Un angle droit dans la ruelle ; ralentissant pour négocier le virage l’avant-dernier est plaqué violemment au sol. Deux hommes restent pour finir le travail et le ramener de force vers un fourgon.
Devant, la poursuite continue, les souffles sifflent essoufflés le sang bat sur les tempes les cœurs se déchaînent comme des réacteurs en surchauffe le vent fouette les yeux grands ouverts qui capturent tous les potentiels obstacles jonchant le sol leurs bras harponnent l’air leurs jambes s’automatisent comme des pistons fusion des muscles et des sens réflexes électriques nerfs mis à vif cerveau en ébulition CUL DE SAC !
Le poursuivi se retourne face à ses poursuivants, chacun reprend son souffle pendant que leur regards dialoguent. Celui des CRS passe de la détermination qu’ils fixaient sur le dos du fuyard à une lueur de satisfaction. Le délinquant répond en stabilisant la folie du mouvement de ses yeux désespérés qui se teinte de tristesse et de résignation.
Mais l’échange ne s’arrête pas là. Quelques mots entre eux, et les yeux des prédateurs s’illuminent d’une lueur perverse et guerrière. Ceux du délinquant s’écarquillent de surprise avant de se réduire à deux fentes surmontées de sourcils froncés de colère.
Trois tonfas noirs sur le gris du béton, deux poings brandis entre un mur en brique et des barreaux de polymères, et un nouveau combat commence.
Ne pas laisser l’ennemi s’installer, profiter de la confiance que lui procure le surnombre pour percer dans ses lignes de défense.
Pas de règles, pas d’honneur, un vrai combat c’est un combat pour la survie.
Neutraliser le plus rapidement possible pour réduire le surnombre ennemi.
Coup de pied au parties. Un homme s’écroule plié en deux.
Tonfa en approche frontale.
Briser un poignet : attraper l’avant bras de la main droite, veiller bloquer l’articulation du poignet.
De la main gauche, ramener le poing adverse vers le bas et POUSSER.
Un craquement, un hurlement, un autre homme à terre.
Dernier tonfa arrivant sur le côté.
Esquiver une attaque horizontale haute, combiner en brisant le coude : passer sous le bras de l’adversaire, saisir le poignet gauche et le faire pivoter d’un quart vers l’avant. Ramener le bras de l’adversaire vers le haut tout en ABATTANT le coude droit sur le coude de l’adversaire.
Un autre craquement, plus fort, un autre hurlement, plus déchirant, encore un autre homme à terre.
Et dans un souffle, une silhouette qui s’évanouit dans les ténèbres de la ruelle.

Suledhel
Suledhel
Niveau 10
12 mars 2010 à 13:43:37

J'ai lu, et mon impression est plutôt mitigée, en fait. J'aime bien le style du début, riche et fluide, ça se lit tout seul et avec plaisir. Ce que j'aime moins, par contre, c'est d'abord le passage dont tu as supprimé toute ponctuation. Ca donne un certain effet, d'accord, mais personnellement ça m'agace un peu de devoir relire deux fois pour comprendre où les phrases devraient s'arrêter, et quels mots se rapportent à quels autres. Enfin, tant que ça reste sur un passage si court, ça va encore. Ensuite, je suis pas fan non plus des passages présentés comme des sortes de modes d'emploi, ça ne rend pas trop mal mais en tout cas je trouve que des passages de ce genre semblent hacher et suspendre l'action, dans un combat j'aurais préféré au contraire que l'action soit plus fluide. Mais bon, c'est pas dramatique non plus, et le texte reste très fluide, justement, malgré tout. La précipitation, la folle vitesse de cette course-poursuite, la violence du combat, les scènes presque apocalyptiques d'émeutes, sont très bien rendues. Je peux pas en dire beaucoup plus au niveau du fond pour le moment, mais je serai là pour lire la suite.

Juste un truc qui me chiffonne :

"Briser un poignet : attraper l’avant bras de la main droite, veiller bloquer l’articulation du poignet." Il manque un "à" après "veiller".

NightFox
NightFox
Niveau 10
12 mars 2010 à 16:18:49

Merci de ta lecture Suledhel, je posterai une suite bientôt, mais pour l'instant je suis encore entrain de mettre de l'ordre dans les dates et de clarifier la chronologie avant d'arriver à l'histoire proprement dite. Cette histoire traitera pas mal d'arts martiaux, et le passage "mode d'emploi" est, justement, en fait pas vraiment voulu comme un effet de style, c'est plutôt les pensées d'un personnage qui met en pratique certaines techniques.

En effet faute de frappe sur le "veiller à", merci d'avoir relevé. D'ailleurs c'est même pas "veiller à" mais "veiller à NE PAS" , sinon il peut pas briser le poignet... :(

NightFox
NightFox
Niveau 10
16 mars 2010 à 18:24:34

2014

La terre. Le sol. Un rêve, une chimère oubliée, une sensation enfouie dans l’esprit assoiffé des réfugiés. Leurs corps desséchés par la mer salée sont allongés inconfortablement dans la frêle embarcation, certains ne se relèveront jamais.
D’autres vivent encore, uniquement les plus déterminés. Impossible de se laisser aller après toute une vie passée dans les boyaux des mines, sur les marchés noirs où tout se vend, à chercher de l’eau pour recommencer le cycle indéfiniment. Non, impossible que cela se termine comme cela, pas après toutes ces années perdues à tenter de réunir centime par centime les liasses de billets nécessaires pour embarquer dans ce voyage. De l’autre côté de la mer, la France et la promesse d’une renaissance, une nouvelle vie, de la nourriture, de l’eau potable, un climat vivable…
Et pourtant, tout autour de l’embarcation, l’océan, ses gouffres et ses montagnes ; aucune terre.
A moins que… Oui ! Là, au loin, la terre ! Les quelques survivants se réveillent, puisent dans leurs dernières forces pour ramer jusqu’à la côte qui se dessine au loin. Le bâteau est trop lourd. Ils se regardent, regardent les corps des plus faibles qui n’ont pas tenu. Ils se comprennent. Une prière, un mot d’adieu, et les cadavres des frères, des mères, des amis d’enfance passent par-dessus bord.
Ramer. Ramer. Ramer.
La couleur de la plage. Ramer. Ramer. Derrière la plage, un grand mur. Peu importe, ramer.
La plage se rapproche, plus que quelques centaines de mètres. Ramer. Les forces s’épuisent, des voiles gris tombent sur les yeux. Non. Pas si près du but. Ramer. S’accrocher à cette idée, ramer. Ignorer cette torpeur dans les bras, ramer. La plage. Ramer. Ramer. Ramer.
Oui ! Sauter de l’embarcation, sentir le sable mouillé sous ses pieds. S’éloigner de l’eau, s’éloigner de l’enfer de la mer, marcher vers l’avenir.
Des hommes en uniforme s’approchent. Apportent-ils de l’eau ? Pourquoi ces fusils ? Pourquoi ces cris sévères et déchirants ? Que disent-ils ?
Pourquoi ces chaînes ?
Pourquoi cette rudesse ? Pourquoi ces coups alors que les jambes peuvent à peine porter les corps endoloris ?

Deux jours plus tard, sur le camp d’entraînement, toujours les cris, toujours aussi sévères. Il y a aussi le mépris dans les yeux des instructeurs, mais les corps se régénèrent. Le marché : l’expulsion ou la nationalité française au prix de deux années à servir dans l’armée. Peu importent les mauvais traitements, les esprits sont déterminés, fixés au loin sur la promesse d’un avenir meilleur.

Deux mois plus tard, fusil en main, voilà les réfugiés au front. Des tripes qui éclatent, du sang qui macule la terre dévastée, le martèlement des coups de feu, des cris encore, de terreur et d’agonie cette fois. La charge est sonnée. Ils s’élancent en se raccrochant à leur futur longtemps rêvé, sur lequel tombe un obus.

Plus de futur.

mark_renton
mark_renton
Niveau 5
17 mars 2010 à 00:25:19

salut !

J'ai bien aimé. Enfin, le truc cool c'est que je me suis parfaitement représenté la scène et l'aspect mode d'emploi j'ai trouvé ça un peu original quoique plutôt facile à vrai dire.

Sinon, j'ai pas trop comprit pourquoi tu te place du côté de celui que tu appelles "Le délinquant" en caractérisant les CRS comme des prédateurs dont le regard s'illumine d'une lueur perverses. Ca ne me dérange pas plus que ça mais je trouve ça un peu simplet tu vois, un peu trop manichéen alors que paradoxalement tu utilises le terme délinquant pour le personnage le plus "mis en valeur" si je puis dire.

C'est -a un moment de l'histoire ou on ne connait pas les circonstances de l'émeute- un peu reducteuret ça fait extreme-gauchiste convaincu ^^ Et puis franchement, j'adore le rap mais le groupe n'est qu'une pâle copie d'IAM, en beaucoup moins bien.

Sinon, à part quelques petits trucs qui disparaîtrait avec une relecture orale, j'aime ton style avec ces phrases courtes et dépouillés. Le deuxième chapitre est excellent.

j'attends la suite :-)

NightFox
NightFox
Niveau 10
17 mars 2010 à 00:54:37

Merci d'avoir lu Mark. :ok:

Alors quelques explications. Le titre, je sais pas si je le laisserai tel quel, mais pour l'instant c'est donc une histoire qui se passera en France. Certes, dans le chapitre en question rien ne dit que ça se déroule en France, mais y'a des émeutes, ça se passe en 2005... :noel:

Pour la scène dont tu parles plus précisément, j'ai peut-être un peu laissé mes propres opinions influer sur le point de vue, c'est pas vraiment voulu. J'ai pas voulu donner une représentation trop manichéenne de la chose à vrai dire... En fait ce que j'ai voulu c'est un effet de "zoom" progressif du point de vue narratif sur le personnage du délinquant. Au début ça part d'une vision qui englobe les événements, puis qui se concentre sur quelques fugitifs, puis sur le personnage du délinquant et on en vient à voir la scène par ses yeux et le passage "mode d'emploi" sont en fait les pensées du personnage.

Je reconnais que le coup du regard des CRS qui s'illuminent dans les yeux du CRS, c'est un peu cliché et surtout un peu facile. Je m'imaginais qu'ils avaient été énervés par le fait de cavaler après le délinquant et qu'ils voulaient pas s'en tenir à une simple arrestation. Mais en fait t'as raison, c'est pas vraiment utile et ça donne une inclinaison au texte que je souhaitais pas vraiment, alors merci de l'avoir signalé, je le réécrirai autrement. :ok:

Pour ce qui est de KDD, bah on aime ou on aime pas, c'est un des très rares groupes de rap que j'aime écouter personnellement, j'adore leurs textes. :)

NightFox
NightFox
Niveau 10
17 mars 2010 à 00:56:25

"le coup du regard des CRS qui s'illuminent dans les yeux du CRS"

Oulà, il est tard :d) le coup des regards des CRS qui s'illuminent d'une lueur perverse.

NightFox
NightFox
Niveau 10
17 mars 2010 à 01:02:10

Ouais, je précise aussi pour le second texte de "KDD2". Celui là c'est bien moi qui l'ai écrit, mais ce qu'il faut bien voir c'est que c'est un "texte dans le texte" , je dirai pas que ça reflète pas en partie mes opinions mais c'est largement exagéré. Mais pas d'inquiétude, la suite du récit éclairera le pourquoi et le comment de ces quelques bribes éparses.

-Achene-
-Achene-
Niveau 10
18 mars 2010 à 18:00:43

J'ai lu.
J'aime bien, le style comme l'histoire sont assez sympas.
J'ai relevé quelques fautes d'orthographe tout de même, surtout dans le premier texte. Curieux que Sulhedel ne les ait pas signalées, comme à son habitude. Plus quelques problèmes de syntaxes, ya des phrases difficiles à comprendre, genre
"Celui des CRS passe de la détermination qu’ils fixaient sur le dos du fuyard à une lueur de satisfaction."...j'imagine que ça parle du regard, mais en l'espèce ça ne veut rien dire.

Pour le coup des combats "mode d'emploi" je trouve ça très bien, sauf que c'est inspiré (quasi à l'identique en fait) du récent film "sherlock holmes". Mais comme j'ai beaucoup l'effet que ça produit, rien à dire.

Après effectivement le coup des CRS prédateurs est un peu douteux, mais si on suppose que c'est vu avec le regard du délinquant, pourquoi pas !

Bref, je serais curieux de voir la suite.

Suledhel
Suledhel
Niveau 10
18 mars 2010 à 20:28:29

Effectivement, je viens de relire et y'en a qui me sont passées sous le nez, pour tout dire, 3615 my life, j'ai dû boucler mon commentaire assez vite parce que j'avais cours de philo à 14h ce jour-là.

Donc :

« Le poursuivi se retourne face à ses poursuivants, chacun reprend son souffle pendant que leur regards dialoguent. » leurs

« Coup de pied au parties. » aux

« Briser un poignet : attraper l’avant bras de la main droite, » avant-bras

« A un staline en puissance ou un nouveau hitler » Staline, Hitler

Et à part ça, jusqu'ici j'aime toujours autant, on n'a pas beaucoup plus de matière, mis à part qu'on sait que c'est le bordel, en gros. :fou: Enfin, la détresse puis le soulagement, puis l'angoisse, puis le désespoir des réfugiés, sont pas mal rendus du tout, je trouve. Et puisqu'il est de toi j'ai lu le texte de "rap", et j'aime assez - bien que je déteste le rap et n'y connaisse donc rien en ce domaine. Apparemment pas mal de choses se sont déroulées pendant l'ellipse narrative... j'espère qu'on aura plus d'éclaircissements là-dessus. :-)

NightFox
NightFox
Niveau 10
18 mars 2010 à 20:45:59

Désolé pour les fautes dans le chapitre de 2005, je l'avais terminé tard dans la nuit, et tout excité je voulais le poster rapidement donc je l'ai relu vite fait dans la foulée et j'ai posté. Depuis j'ai fait une relecture dans un état plus éveillé et j'ai corrigé la plupart des fautes, mais merci de relever quand même.

Pour ce qui est de staline et hitler, je sais bien que les noms propres prennent une majuscule et que c'est une faute de ne pas la mettre, cela dit c'est une faute que je commets volontairement : ça peut paraître débile mais la majuscule c'est souvent aussi une marque de respect, et j'ai donc pris l'habitude de l'enlever aux noms que je ne respecte pas.

J'ai un long chapitre prêt-à-poster, mais jusque là cette semaine j'ai pas eu le temps d'écrire, je vous demande donc un peu de patience parce que j'aime bien garder une petite avance par rapport à la publication, et si je poste la suite maintenant il ne me restera plus de marge. :)

NightFox
NightFox
Niveau 10
23 mars 2010 à 12:47:24

2018

Les balles fusent à travers la poussière et les flammes, les cadavres déchiquetés s’amoncèlent sous les crachats des tourelles. L’unité est démantelée, l’offensive tourne à la débâcle, les camarades se lancent des regards fous tout en prenant leurs jambes à leur cou. Ils fuient désorganisés, se réduisent à des cibles mouvantes sur le terrain à découvert, et tombent un à un, abattus d’une rafale dans le dos. Une bataille n’est perdue que lorsque l’on décide qu’elle l’est. Dans le camp fortifié en contrebas, l’ennemi a décidé qu’elle était gagnée. Les cris de victoire s’élèvent, le vent les emporte jusqu’aux herbes hautes sur la colline où elles tombent dans les ouïes d’un cobra comme dans un puits sans fin. Il n’y a plus qu’à attendre, rester lové là, guetter le moment propice où à la nuit tombée l’ennemi s’autorisera à célébrer la fin du combat. Là, le serpent sortira, rampera silencieusement jusqu’au cœur de l’ennemi pour lui plonger dans le cou ses crochets envenimés.

Une heure passe. Deux heures passent. Quelques sentinelles patrouillent tranquilles et ne voient rien. Trois heures. La nuit commence à tomber paisiblement. Quatre heures. La tâche rouge d’un feu de joie apparaît au cœur du camp. Cinq heures. Le vent apporte parfois le son de l’allégresse, de l’ivresse et des festivités qui battent leur plein. Six heures. Toujours l’ivresse. Sept heures. Progressivement le calme s’installe. Huit heures. Silence.
Neuf heures. Un froissement dans les hautes herbes et le cobra sort de sa tanière. Il se glisse patiemment vers le campement, y pénètre, longe silencieusement les murs, jette un regard aux restes du feu. Il y a là trois hommes toujours éveillés qui discutent tranquillement.

L’un a 32 ans, une femme et deux fils qui l’attendent, un autre 23, pas encore d’enfants mais un amour fou qui lui donne la force de se battre chaque jour. Le dernier n’a que 17 ans, il n’a encore rien de tout cela mais possède un esprit des plus brillants. Ses deux comparses le respectent pour son étonnante maturité et son génie tant tactique qu’artistique. Il est le premier à mourir alors que l’éclat laiteux d’un couteau lui passe en travers de la gorge. Le trentenaire meurt les yeux écarquillés, réalisant tout juste ce qui vient d’arriver à son jeune ami. L’amoureux suit dans la foulée, la main à mi-chemin de la crosse de son arme à sa hanche.

Quelle lenteur ! Le cobra marque un temps d’arrêt. Telle est la conséquence de rester immobile aussi longtemps… Il regarde autour de lui, dissèque l’organisation des lieux tout en s’étirant sans un bruit. Dortoirs, dépôt de munitions, communications… Quartier des officiers.
Il se remet en mouvement vers son objectif, il avance, sautille souple, rapide et furtif, rentre dans la tente, et scrute les ténèbres. Coups de couteau, agonies étouffées par des oreillers, et voilà le régiment décapité.
Quelques minutes plus tard il devient muet, ses communications sabotées. Le cobra revient sur ses pas, près du feu de camp qui s’éteint. Le territoire ennemi devient son terrain de jeu, chaque objet du décor se transforme en élément tactique qui vient perfectionner son plan de destruction. Il ramasse quelques unes des nombreuses bouteilles vides qui jonchent le sol, s’approche d’un camion. Deux hommes avachis dedans, dormant du sommeil inconscient de l’alcoolique, plongent dans celui éternel de la mort. Le carburant dans le réservoir devient un combustible dans les bouteilles.

Direction le dépôt de munitions, le serpent vérifie ses arrières, écoute au travers de la tente. Le rythme de deux respirations trahit la présence de sentinelles de chaque côté de l’entrée. Il entre d’un coup, étouffe un cri de surprise de sa main gauche, supprime une vie à la pointe de sa lame dans sa main droite qu’il ramène aussitôt dans le cœur qui bat à sa gauche… Qui ne bat plus. Il cherche le bon fusil, pas celui qui crachera des salves aléatoires, non, celui qui tirera où et quand le serpent voudra qu’il tire. Son esprit se meut lentement, l’étape actuelle du plan est tout ce qui compte ; volontairement obnubilé par cette idée, il ne se laisse pas distraire par les sentiments, ni par la peur ni par le remords, ni par la haine ni par la pitié. Son corps en revanche bouge par gestes rapides, secs et précis, son regard passe d’un point à un autre en capturant tous les détails. Ses mains saisissent une grenade qu’il accroche à sa ceinture et accrochent le fusil choisi autour de son épaule. Il ouvre les caisses de munitions, prend ce qui lui est nécessaire et charge son fusil. 30 coups. Il parsème la tente de boites de balles, puis asperge le tout aléatoirement du contenu de deux des bouteilles collectées au préalable. Avec les deux qui lui restent, il part d’un gros conteneur de munitions lourdes auxquelles il mêle celles des fusils d’assaut, ajoute quelques grenades sur le dessus ; et trace une fine ligne d’essence sur le sol, jusqu’à la sortie de la tente.

Maintenant les dortoirs. 20, 30, 40 hommes ? Impossible de compter dans l’obscurité. Peu importe, l’administration des enfers fera le décompte. Tous dorment paisiblement, rêvant de repas de famille, de matchs de football avec leurs enfants ou de retrouvailles passionnées sous le tissu des draps. L’explosion de la grenade du cobra vient interrompre leurs songes enchantés.

Plus de temps à perdre, la déflagration aura réveillé le reste des troupes sur le campement. Le fusil à l’épaule crache une unique balle vers la flaque d’essence à l’entrée des stocks de munitions. Les flammes surgissent d’un coup et déchirent la noirceur de la nuit. Le serpent est déjà à la lisière du campement, deux nouveaux cadavres dans son sillage. Derrière lui l’incendie fait partir les balles dans des directions aléatoires. Les premiers sur les lieux croient à une fusillade et tombent fauchés par les facéties du hasard. D’autres arrivent, encore d’autres, certains tombent avant de comprendre, d’autres réalisent à temps et se mettent à couvert de justesse. Que faire ? Impossible de se réapprovisionner en armes, ils devront se battre avec les quelques pistolets et rares fusils d’assaut qu’ils ont gardé sur eux. Attendre les ordres.

Mais les ordres ne viennent pas. Les grenades du dépôt font leur office, propulsant tout autour des constellations de métal qui s’infiltrent dans les chairs et déchiquètent les membres et les organes. Cet endroit c’est la porte de l’enfer, la quinzaine de survivants le comprend enfin, ils s’éloignent en rampant vers une couverture sûre. Où est l’ennemi ? Combien sont-ils ? Impossible de le savoir, la seule chose certaine c’est qu’ils ont besoin de renforts. Trois hommes sont détachés à cette tâche. Ils reviennent quelques minutes plus tard, annoncent la nouvelle : plus de moyens de communications. L’incendie semble s’être calmé, son crépitement régulier n’est plus troublé que par de rares claquements de douilles.
A ce moment, deux détonations éclatent plus loin. Tous tournent le regard vers l’extérieur du camp, sondant l’obscurité nocturne pour détecter la provenance des coups de feu. Un troisième tir éclaire le haut d’une colline.

Le serpent est revenu dans son terrier. Deux coups pour capter l’attention de l’ennemi. Un troisième, tiré sans sa direction pour lui indiquer précisément sa position sans lui faire croire à un piège. Mais le cobra ne s’expose pas inutilement, il se déplace de quelques mètres sur le versant de la colline, toujours dissimulé dans les herbes hautes, et attend. A quelques centaines de mètres de là, l’ennemi sort du campement et commence à tirer en rafale vers le sommet. Le cobra observe. Il scrute la petite masse qui court vers sa position, cherche en son sein l’individualité qui, par l’expérience ou par l’intelligence tactique en prendra naturellement la tête. Là, un homme fait signe à ses camarades de tirer au coup par coup et de prendre le temps de viser avant de vider tout leur charg…
Il est tué d’une balle dans la tête avant d’avoir pu formuler la fin de sa phrase. Le temps de comprendre l’idée de l’homme et de réaliser sa mort, un autre tombe. Le reste reprend aussitôt sa course effrénée, l’esprit paralysé, incapable de réfléchir, et un troisième soldat tombe. Le serpent roule encore sur le côté, se décale pour éviter les salves qui fusent, s’arrête, choisit une cible, bloque sa respiration, analyse la course, le rythme des pas, le mouvement de la tête, anticipe, et tire. Se décale, recommence la manœuvre. Se décale, recommence la manœuvre. Se décale, recommence la manœuvre.

Les rafales se tarissent, les fusils d’assaut sont jetés au sol, vides, et les coups uniques des pistolets, tirés à la va-vite, ne sont plus un grand danger. Six survivants. Cinq survivants. Quarante mètres. Se décaler. Quatre survivants. Trente mètres. Trois survivants. Vingt mètres. Deux. Dix mètres. Un. Il vise. VOIR le doigt sur la gâchette, VOIR les contractions des muscles sur les bras, VOIR le plissement des yeux, VOIR la tension de l’esprit. Attendre. BONDIR de côté. Et une dernière fois viser, et tirer.

Mais pas en pleine tête. Non, pour le dernier adversaire, le serpent vise le cœur. Ensuite, il s’approche du corps, écarte du bout de son pied l’arme encore serrée fermement. Il plonge ses yeux dans ceux du mourant. Il s’accroupit, pose sa main sur la poitrine la trempe dans le sang versé. Le mourant cherche dans les dernières secondes de sa vie, le réconfort, la compassion dans le regard de son assassin. Il n’en voit rien. Il ne voit que l’éclat laiteux d’une lame sous la lune. La langue du serpent passe doucement dessus et dans les deux fentes de ses yeux pétillent les étincelles de la délectation. Le cœur transpercé s’affole, le sang inonde l’intérieur du corps du défunt, la respiration devient un effort harassant, l’esprit se désagrège, les muscles sont lourds, si lourds.

C’est le moment, alors que la vie s’échappe, cet instant où le corps est encore chaud mais où l’âme disparaît, ces quelques secondes qui précèdent la mort. A ce moment, le cobra plonge la pointe de sa lame dans l’œil de l’homme à l’agonie. Un dernier sursaut, une dernière fois les griffes de la douleur rattrapent l’esprit et le déchirent, un dernier battement de cœur. Le cobra s’approche du visage mutilé, ouvre la bouche et inhale le dernier souffle exhalé par les poumons de sa proie.

Le serpent garde les vapeurs délectables de la mort sans ses bronches quelques longues secondes, redresse son corps frissonnant de satisfaction pour regarder les étoiles, puis expire en souriant. Quelle belle nuit.

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