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Liste des sujets

J. et R.

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
26 février 2010 à 01:40:28

Tout a commencé quand il m'a frappé. Un coup de poing, en pleine face. Pas trop méchant. L'équivalent d'une grosse claque. Mais le principe était là, il m'a frappé. En fait, c'est bête de dire que tout commence là. C'est sur que l'on retient plus facilement le coup que tout ce qui précède. Toutes ces petites choses. Toutes ces preuves vous indiquant que votre couple se rompt petit à petit. S'étiolant. Se déchirant, lentement, mais sûrement. Son attitude qui change. Plus distante, plus froide. Ses baisers, ses câlins, qui deviennent sans saveur. Sans ardeur. Et cela mûrit, grandit, jusqu'à pourrir. Jusqu'à nous pourrir. Ses absences de plus en plus fréquentes. Les longues nuits que j'ai vécues seule, à sangloter dans les draps. Son inattention à mon égard. Plus de longues discussions à propos de tout et de rien. Plus de complicité. Plus de tendresse non plus. Tout juste quelques caresses, quelques bisous. Par pure politesse. Pour faire comme si. Comme si tout allait pour le mieux.

Mais non, tout allait mal. De plus en plus, jusqu'à ce coup de poing. Porté en pleine face. Pas trop méchant. L'équivalent d'une grosse claque. Du genre qui vous laisse bouche bée quelques secondes avant de vous brûler atrocement la joue. Moi, je suis tombé sur le sol, à quatre pattes. Soumise. Et je l'ai regardé. Et il m'a regardé. Son regard. Sans passion, sans émotion, sans sentiment. Juste du mépris. Comme si je n'étais plus qu'une merde à ses yeux. Ce qui devait probablement être le cas. Et le pire dans tout ça. Le pire dans tout ça, ce n'est pas le coup. Ce n'est pas qu'il ne m'aime plus. Le pire dans tout ça, c'est que moi, je l'aime encore. Et que sans lui, je ne suis rien.

Alors, j'ai rampé. Je l'ai supplié. Accrochée à sa jambe, je lui ai dis de rester. De rester avec moi pour toujours. Sinon ce serait la fin. Sinon, j'allais mourir. Larmoyante, je lui ai avoué l'importance qu'il a à mes yeux. L'importance cruciale. Et il s'en foutait. Complètement. Pire encore, cela l'agaçait encore plus. Tellement qu'il a désiré me porter un nouveau coup. De pied cette fois. Probablement dans les côtes, pour ne pas laisser de traces. Et pour ne pas me faire non plus trop mal. Et ça, c'est une preuve, non ? Une preuve qu'il tient encore un minimum à moi. Qu'il ne veut pas me faire trop souffrir.

Ce coup de pied, il l'a retenu. Ça le démangeait pourtant, je le sentais bien. Il m'a juste repoussé. Presque gentiment. Et j'ai cru à un moment qu'il allait s'excuser d'avoir réagit comme ça. Qu'il allait à son tour se mettre à genou et me supplier de le pardonner. Mais non, même dans mes rêves il ne s'abaisserait jamais à faire ça. Trop humiliant. Il a continué à me regarder, moi, étalée sur le sol, le visage recouvert de larmes. Il a hoché la tête, l'air de dire pauvre fille va. Et il est parti. Encore une fois. Me laissant seule, ravagée par le chagrin. Le coeur en miettes, mais toujours battant pour lui. Vivant pour lui. Il faut que je me ressaisisse. Que je me relève. Que j'aille me refaire une beauté. Que je me sente femme à nouveau. Et là alors, je pourrais aller le retrouver. Lui montrer que je suis belle. Que je suis encore désirable. Lui montrer qu'il m'aime toujours. Car ça, j'en suis convaincue, notre amour sera éternel.

iron66
iron66
Niveau 6
26 février 2010 à 21:41:46

Premier commentaire donc =) J'ai commencé par celui là et j'ai lu R et J avant de poster ici. J'aime bien l'idée de raconter la même histoire sous deux points de vue différents. D'autant que ce ne sera pas la même histoire justement. Et vu l'état de tes personnages un double point de vue est d'autant plus intéressant. Je n'en dit pas plus pour ne pas spoiler les lecteurs n'ayant pas lu R et J. D'ailleurs ya un ordre de lecture ou c'est indépendant ?

Ce point de vue pouvant être intéressant aussi j'essaierai de lire également.
Tchao l'autiste :-)))

apoloj
apoloj
Niveau 7
26 février 2010 à 22:26:21

Tites fautes repérées :
"je suis tombé sur le sol" --> tombée
"je lui ai dis" --> dit

Avis subjectif :
"Comme si je n'étais plus qu'une merde à ses yeux" --> Le mot "merde" ne colle pas avec le reste de la narration.

Au global :
Je sais pas quoi en penser.
J'ai du mal à accrocher. Le rythme super haché coupe toute émotion. Du coup... J'ai lu, c'est bien écrit, mais j'ai rien ressenti. Je lirais l'autre topic pour me faire une meilleure idée ( et la suite, si suite il y a. )
Je sais que le style haché est voulu, mais je trouve ce choix dommage parce que la scène en elle-même aurait pu véhiculer beaucoup d'émotions.

Freedom_Liberty
Freedom_Liberty
Niveau 10
26 février 2010 à 23:51:31

Il y'a une sorte de mélancolie profonde. On dirait bien que cela retrace un vécu qui est assez cru. L'idée est très intéressant. Puis la nonchalance du style...C'est pas mal. J'aime bien. Le juste équilibre entre soutenu et familier s'effiloche avec une certaine petite aisance.

UNR34L
UNR34L
Niveau 4
27 février 2010 à 01:38:43

Ce texte est dédié à Bertrand Cantat. Bertrand, on t'aime ! Même si toutes tes femmes claquent les unes après les autres pour pour une raison ou pour une autre, peu importe : nous ce qu'on veut c'est un nouvel album !

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
06 mars 2010 à 01:35:39

Pas d'ordre de lecture particulier, en effet. J. & R. se passe avant chronologiquement, mais au niveau de l'écriture, R. & J. a été fait bien avant. Ce texte en tout cas, permettra de pratiquer ce que j'ai fuis pratiquement dès le début de R. & J., c'est à dire un personnage féminin. J'espère du coup m'en tirer.

ApoloJ, je n'ai pas ton talent pour raconter des histoires sentimentales. J'avais opté dans R. & J. pour ce style d'écriture, histoire de trancher un personnage qui se perd constamment entre ses pensées, ce qu'on lui dit et la réalité qui l'entoure. Pour éviter les clichés aussi. De longues phrases auraient, je pense, fait appel à des métaphores vues et revues. Et au fond, je l'avoue, je voulais appliquer cette phrase : "L'écriture minimaliste ne raconte rien, n'explique rien, un non-dit quasi total dont chaque ligne pourtant hurle une évidence". Après, pour parler de ce texte plus précisément, je me suis tout simplement lancé trop rapidement dedans et je n'ai pas eu le temps de digérer le style de R. & J. pour aboutir à autre chose.

Et merci aux autres lecteurs.

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
13 mars 2010 à 00:19:06

Tremblante, larmoyante, j'essayais de m'appliquer correctement du rouge à lèvre. Mon Rimmel avait coulé, formant des larmes noires sous mes yeux. Mon fond de teint ne parvenait pas à camoufler la trace de son coup. Le rouge brûlant de ma joue droite. Ma coiffure ébouriffée, ma queue de cheval ne tenant plus et laissant de longues mèches me retomber sur le visage. Et mon rouge a lèvre a finalement dérapé, me donnant une sorte de sourire malsain. Mi-clown, mi-psychopathe. J'ai crié. J'en avais marre et j'ai crié. J'en avais marre et j'ai frappé. Ma coiffeuse. Le miroir. Mon reflet. Et en me tapant moi-même, en me brisant en plusieurs morceaux, je me suis fait mal. Phalanges sanglantes. Des infimes éclats de verre sous la peau. Des petits morceaux de cette fille pathétique qui me faisait face. Et du sang qui coule, rouge comme mon sourire loupé.

Je ne voulais plus me voir. J'en avais marre de moi. Je n'incarnais que la pitié et l'inutilité. Il n'y a que lui qui compte. Il n'y a que lui que je peux dévorer du regard. Il n'y a que lui qui incarne la perfection. Et j'allais le retrouver. Lui monter que je ne lui en veux pas de m'avoir frappé. Lui montrer qu'il peut rentrer à la maison. Que j'allais prendre soin de lui. Lui préparer son dîner. Nettoyer la maison. Préparer son linge. Le masser. Et lui faire l'amour, délicatement. Il me dit qu'il ne me désire plus. Il me dit qu'il ne veut plus de moi. Mais je vais lui prouver le contraire. Je vais lui donner l'envie. Je vais lui procurer le plaisir. La jouissance.

Pour cela, il fallait que je le retrouve. Quelque part dans cette petite ville sur laquelle l'obscurité commence doucement à tomber. Peut être dans un bar. Buvant pour oublier. Pour oublier ce qu'il a fait. Pas pour m'oublier, j'en suis sure. Car il ne pourra pas m'oublier. Nous avons vécu des moments tellement fabuleux ensemble. Des soirées merveilleuses, des jours extraordinaires, des semaines de pur plaisir, des mois d'extase. Des années de bonheur intense. Toutes ces fois, toutes ces fois où il a joui en moi, tout ce sperme que j'ai reçu et conservé avec amour, ça veut tout dire. Il me l'a donné. Car il m'aime. Car il me veut comme femme. Et comme mère de ses enfants. Ce sont des signes qui ne trompent pas. Il m'aime et c'est la vérité. Et il peut tenter de se la cacher à lui-même, il n'y arrivera jamais. Car la vérité est toujours glorieuse. Car je serais toujours là pour lui rappeler tout l'amour que je lui porte.

Je connaissais ses habitudes sur le bout des doigts. Je connaissais donc les bars qu'il affectionnait. C'était ce genre de petit bar qui ne paye pas de mine. Qui ressemble même davantage à un taudis qu'à un à bar. Du genre avec un sol collant de graisse. Du genre avec un éclairage blafard au néon qui vous permet à peine de voir ce qu'il y a dans votre verre. Du genre à passer du Tom Waits en fond sonore et à vous servir un whisky à vous déchirer les boyaux et à vous érailler la gorge. C'était là qu'il était, j'en étais sure. Je me l'imaginais dans un des coins les plus obscurs de ce bar, sa tête entre ses mains, penchée face à son verre. Je m'imaginais tout ce qui défilait dans son esprit, tout le regret qui devait l'habiter. Tout cela, ça lui donnait une sorte d'aura de poète maudit. Que je trouvais assez excitant, il faut bien l'avouer.

Le bar était bien là, identique à la description que je m'en suis faite. Mais dans le coin le plus obscur, il n'y avait rien. Juste une table vide, abandonnée de tous. Alors, je me suis renseigné. J'ai demandé au barman s'il ne l'avait pas vu. Le barman m'a dit qu'il s'en fout éperdument de qui rentre ou sort de son bâtiment, du moment qu'il paye. Et c'est là qu'un individu étrange, de petite taille et avec de grosses lunettes m'a dit savoir où il était passé. Il m'a déclaré qu'ils étaient tous deux de bons amis. Les meilleurs. Et ce même, si on ne se connaît que depuis peu de temps, m'a-t-il expliqué. Et cet homme m'a finalement avoué où il se trouvait. Avec une femme, à deux rues d'ici.

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
12 avril 2010 à 01:13:25

La suite viendra, un jour.

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
02 mai 2010 à 01:39:44

Le lendemain matin, je le caresse de nouveau. Il me repousse encore. Pas encore près, une nuit de sommeil ne suffit apparemment pas à le remettre d'aplomb, à lui faire oublier ses erreurs. C'est pas grave, je ferais tout pour qu'il se sente le mieux possible. A commencer par le petit-déjeuner. Café avec deux sucres, pain au chocolat et croissant, verre de jus d'orange, biscottes déjà beurrées, bol de céréales avec du lait. La totale. Me voyant arriver avec un plateau surchargé, il me fait la moue et me dit qu'il n'arrivera probablement jamais à manger tout ça. Que c'était du gaspillage. Que j'avais été conne de faire tout ça. Il n'avait pas tort. Alors, pour le rassurer, je lui ai dis que je vais manger les restes, comme ça, y aura rien de jeté, rien de perdu.

Il trempe un petit bout de son pain au chocolat dans le café, mange le-dit bout et repose le tout sur le plateau. Il le pousse vers moi, me regarde d'un air provocateur et me dit qu'il a pas faim. Que le matin, il n'a jamais faim, que son estomac allait lui faire mal toute la journée s'il se forçait. J'ai compatis, et j'ai ramené le plateau dans la cuisine. Je l'ai posé sur la table, et je me suis assise en face. Je détestais le café. Le jus d'orange m'irritait la gorge. Le lait m'écoeurait. Mais j'avais promis. Promis de manger tout ce qu'il laisserait. J'ai commencé par les biscottes. Ce n'était pas ce qu'il y avait de plus difficile. Une dizaine de biscottes, ça ne pouvait tuer personne. Mais ça pouvait remplir un estomac. Un estomac comme le mien par exemple. Et faut bien le dire, après ces biscottes, je n'avais vraiment plus faim. Tout juste assez de place pour caler le pain au chocolat et le croissant. Mais après. Mais après, ça devenait plus compliqué. Certes, le café et le jus d'orange, c'était liquide et ça passait relativement bien. Et ce même si je n'appréciais pas le goût. C'est cependant là, entre le café et le jus d'orange que j'ai eu mon premier relent. Un goût de vomi a rempli mon palais, et j'ai vite avalé le jus d'orange pour faire passer ça.

Lui, il c'était mis à la porte de la cuisine, et il me regardait faire, le sourire en coin. Les céréales. La dernière chose qui restait sur le plateau, et probablement le plus dur. Qu'elle conne j'étais d'avoir pris le bol le plus grand que j'avais pu trouver et de le remplir au ras bord. J'avais de quoi me détester. Première cuillerée, pas de problème. Deuxième cuillerée, nouveau relent, et je manque de recracher toute la nourriture dans le bol. Troisième cuillerée, de même. Mais j'ai tout de même continué. Dans ma tête, je m'imaginais ces épreuves de télé-réalité où les candidats doivent manger de gros vers encore frétillant, des yeux de boeufs, des couilles de moutons ou d'autres conneries du genre. Je me suis dit que si eux ils y arrivaient, moi aussi je pourrais le faire. Surtout que j'avais cet avantage de n'avoir que des céréales à avaler. Mais si moi, je pensais pouvoir le faire, mon corps lui, m'a dicté le contraire. J'étais peut être rendu à la dixième cuillerée, et il ne devait m'en rester que trois ou quatre pour terminer le bol, mais ça en était déjà trop.

J'ai vomis. Tous les aliments qui m'ont pris presque une heure à être avalé sont ressortis quasiment indemne de ma bouche. Accompagné de suc gastrique et de bile jaunâtre. Avec en prime cette odeur déplaisante de vomissure. Ce qui m'a encore plus retourné l'estomac, ce qui a encore plus barbouillé la table de vomi.

Pauvre conne, a-t-il dit. Et il m'a laissé là, toute seule avec ma gerbe dégoulinant encore sur mon menton. Pauvre conne, voilà ce que j'étais, et finalement, avait-il tort ? Que devais-je faire pour le reconquérir ? Lui faire oublier ma bêtise ? Tout nettoyer pour qu'il retrouve une maison bien propre à son retour ? Le suivre pour l'empêcher de retomber dans les bras d'une quelconque tentatrice ? Ou tout simplement ne plus rien faire, pour éviter d'envenimer davantage la situation ? Ne pouvant supporter l'inaction, j'ai opté pour le ménage. J'ai empoigné la serpillière et j'ai commencé à nettoyer toute la vomissure qui avait déjà commencé à couler sur le carrelage de la cuisine. Même une fois tout enlevé, l'odeur était prégnante, atroce, et me donnait des hauts-le-coeur. Et cela c'était propagé dans tous l'appartement. Alors, en attendant qu'il s'aère, j'ai décidé de le retrouver. De lui faire une petite visite surprise à son travail. Mais sans apporter de déjeuner cette fois, j'avais compris la leçon.

iron66
iron66
Niveau 6
15 mai 2010 à 15:17:20

C'est vraiment pas mal. C'est bien écrit comme toujours mais je trouve en plus que la folie douce du personnage apparait bien, son refus d'accepter la réalité et le rejet de son mec. J'arrêterai là le commentaire tant sa platitude m'exaspère. Un jour peut être auras tu droit à un commentaire construit et utile de ma part...

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
18 mai 2010 à 01:04:43

Vivement !
Mais merci tout de même. :)

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
25 juin 2010 à 02:55:56

Je me brosse les dents. Il se brosse les dents. J'essaye de capter son regard dans le miroir, mais lui m'évite fermement. Alors, je le regarde en vrai. Et lui continue à m'éviter, à se concentrer pleinement sur son brossage de dents. C'est là, je crois, que j'ai compris ce que j'aurais du comprendre depuis bien longtemps. Il ne m'aimait plus. Ce n'était certes pas manifeste, mais toutefois perceptible. Pourquoi ne m'aimait-il plus ? Avait-il rencontré quelqu'un d'autre ? Probablement. Je ne voyais aucune autre raison à cela.

Alors, la jalousie m'a habité. Il me fallait savoir qui était cette fille. Ce qu'elle avait de plus que moi. Ce qu'elle faisait de plus que moi. Histoire que je m'améliore, que je devienne mieux qu'elle et que je récupère l'amour qui est et qui ne peut être que mien. C'était un geste curieux et donc malhonnête. Je me sentais coupable, mais il me fallait le suivre. L'espionner. Comme un détective. Épier ces moindres déplacements, ces moindres mouvements. C'était la seule solution qui me soit venue à l'esprit. Mais c'était aussi la seule manière de le récupérer.

Après avoir pris un rapide petit-déjeuner, il est parti à son travail. Du moins, c'est ce qu'il prétendait. Le travail a généralement bon dos quand on trompe quelqu'un. C'est la meilleure excuse. Alors, j'ai enfilé ma veste et des wayfarer et je lui ai emboîté le pas. Il allait à pied à son travail, alors ce n'était pas dur de le suivre. Il suffisait de garder une distance assez grande, de remonter le col de sa veste et de faire semblant de faire du lèche-vitrine de temps en temps. Faire semblant d'être un simple badaud, errant sans but précis.

A ma grande surprise, il est effectivement allé travailler. A sa banque. Sur le coup, je me suis senti désarmé. Peut être qu'il ne me trompait pas finalement, puisqu'il travaillait. Mais peut être aussi qu'il m'avait menti sur son nombre d'heures, qu'il finissait en fait à quatorze heures, et non à dix-sept heures comme il me le prétendait. Peut être qu'il passait la fin de son après-midi dans les bras d'une autre femme au lieu de le passer avec celle qu'il est censé aimer. Alors, j'ai du guetter devant la banque. Seule dans le froid matinal, je suis resté planté debout à observer ce qui se passait derrière la grande baie vitrée. Peut être en effet qu'il avait une liaison avec une employée de sa banque et qu'il allait s'absenter suffisamment longtemps pour aller s'envoyer en l'air avec elle. Ou peut être que c'est une des clientes, qui vient chaque jour lui faire du pied. Mais au bout d'une heure, rien de très palpitant ne s'était passé. Alors, j'ai décidé de changer de stratégie. Puisque j'allais apparemment devoir perdre beaucoup de temps avant de le saisir la main dans le sac, autant que je sois dans un endroit chaud et tranquille. Dans un premier temps, j'ai pensé ramener la voiture et me garer devant l'édifice. Mais je me suis méfié et je me suis dit qu'il pourrait très bien reconnaître le véhicule et ainsi griller ma couverture. Ainsi, je me suis installé dans le bar situé juste en face de la banque. Je me suis mise de manière à avoir une vue sur la rue, et bien entendu, le bâtiment. C'était le lieu idéal.

Après quatre coupes de café, je crois que le patron est devenu méfiant. Qu'il devait sérieusement se demander qui était cette fille qui passait sa journée assise là à ne rien faire d'autre que regarder au dehors. J'aurais eu la même réflexion à sa place. Mais je n'y pouvais rien, c'était le meilleur endroit pour espionner sans se faire remarquer. Et qui plus est, le café n'était pas si dégueu que ça.

apoloj
apoloj
Niveau 7
28 juin 2010 à 15:56:33

J'ai tout lu.
Le manque d'émotion ressenti lors de ma première lecture s'est un peu estompé. Je crois que je suis simplement entré dans ton texte. J'adore ce personnage un peu timbré.
J'attends la suite. :-)

Attention toutefois, j'ai repéré quelques fautes. C'est plus de l'inattention qu'autre chose. Une bonne relecture et c'est bon.

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
04 juillet 2010 à 23:12:51

Merci bien, la suite ne devrait pas tarder. Et la fin aussi, au passage. :)

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
31 juillet 2010 à 00:36:37

Dix-sept heures. Je devais être en train de m'enfiler ma vingtième tasse de café et mon ventre n'appréciait pas du tout cela. Peut être que j'aurais du varier, une petite bière de temps en temps, ou un chocolat chaud. Mais non, je n'y avais pas pensé, j'avais gardé mon régime café et verre d'eau que le barman me servait en gardant toujours son air méfiant. Mais qui était donc cette fille bizarre qui a passé toute sa journée à regarder à travers la fenêtre ? Devais-je me méfier d'elle ? Allait-elle me payer toutes ces boissons ? Tiendra-t-elle encore un café de plus ? Cette dernière question était la plus importante. Car j'avais envie d'aller aux toilettes. Une envie qui me prenait depuis deux ou trois heures déjà. Mais je devais me retenir, il ne faudrait pas que mon mec en profite pour disparaître pendant ce temps là. Je devais l'avoir à l'oeil constamment. Et ce jusqu'à dix sept heures, en devant encore avaler du café pour ne pas me faire éjecter par le barman.

Et j'ai tenu. J'avais de quoi être fière de moi. J'ai tenu environ huit heures sans avoir eu une seule fois à quitter des yeux les grandes baies vitrées de la banque. Et à l'espionner, à le regarder travailler, à répondre à des clients et communiquer avec ses collègues. Tout était normal. Il ne me trompait donc pas. C'était moi en fait, qui m'étais trompé. Ou alors il n'allait voir sa maîtresse qu'une fois de temps en temps et non tous les jours. Me faudrait-il le suivre tous le temps ? Que penserait le patron du bar en me voyant présente tout le temps dans son établissement ? Que répondrais-je à ses questions ? Peut être qu'il me comprendra, peut être qu'il m'aidera en établissant un tour de garde. Ou peut être qu'il me prendra pour une folle et m'interdira d'entrer. Peut être.

Quoiqu'il en soit, la question ne se posait pas encore. Dix sept heures était passé de quelques minutes et il quittait son lieu de travail en marchant tranquillement dans la rue, attachée-case dans une main, sa veste dans l'autre. Comment allait-il réagir en voyant que je ne suis pas à la maison ? Bon sang, j'espère que cela n'allait pas le rendre malheureux que je ne sois pas là pour s'occuper de lui après une harassante journée de travail. Qui plus est, il me fallait trouver un subterfuge. Une raison pour que je sois absente du domicile conjugale. Et le mieux, au vu de ma situation, c'était d'aller faire des emplettes. Probablement.

J'ai réglé ce que je devais au barman enfin soulagé de me voir partir, j'ai enfilé de nouveau ma veste et mes wayfarer et je me suis remise à le suivre. Histoire de voir qu'il rentre bien à la maison tout de même. On ne sait jamais. J'ai refais semblant de contempler des vitrines pendant que lui avançait toujours aussi tranquillement. Je le laissais prendre une distance convenable pour ne pas me faire repérer. Je le laissais tourner au coin d'une rue pour ensuite courir à sa poursuite pour ne pas le perdre de vue. Et c'est ce qui m'a perdu. Une fois qu'il a disparu à l'angle de la rue, je me suis mise à courir, et c'est là qu'il a surgit comme un beau diable et qu'il m'a attrapé fermement par la main.

Faut vraiment être conne pour porter des lunettes de soleil à sept heures du mat et contempler des vitrines proposant une pizza gratuite pour deux achetées. Et franchement, il avait raison. Je n'avais pas été très maligne sur le coup. Il avait bien raison de me broyer le bras tout en me regardant avec un mépris qui commençait à devenir habituel. Rentrons, dit-il. Et il ne me laisse pas le temps de répondre qu'il me tire déjà violemment sur le bras, me forçant à le suivre.

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
05 août 2010 à 23:18:50

Il me pousse et je tombe au sol, sans défense. Il se met à hurler. Me demande ce que je manigançais. Pourquoi est-ce que je le suivais ? Je marmonne que c'était pour vérifier qu'il m'aimait encore, voir si il me trompait. Il réplique d'un coup de pied. Dans les côtes. Douloureux. Jamais auparavant il ne m'avait frappé si violemment. Je gémis de douleur, et il semble prendre conscience de ce qu'il a fait. Alors il se met à bafouiller. Il s'excuse, je crois. Il me prends par la main et me relève. La douleur me vrille encore la poitrine, et mon esprit, dans un réflexe, réclame vengeance. C'est ainsi que mon pied part à la rencontre de ses parties génitales. C'est ainsi qu'il se met à genoux, les mains portées à son entrejambe et qu'il se met à grogner. Une sorte de grognement bestial, comme un chien ne voulant pas lâcher son os. Et à cet instant, je me suis dit que tout cela, ça allait mal tourner. Et comme à mon habitude, j'allais avoir à raison.

Le fait que je l'ai frappé l'a mis dans une sorte de transe. La colère déformait les traits de son visage. Je sentais qu'il essayait de se contenir, mais c'était trop fort pour lui. Tellement fort qu'il m'a agrippé la gorge sans que je ne puisse rien y faire à part pousser un petit hoquet de surprise et de vains gigotements. Sa force était phénoménale, son étreinte était d'acier. Il allait me broyer la trachée. Me l'écraser comme du vulgaire bois mort. L'air commençait à me manquer, mon visage virait au rouge écarlate. Bon sang, il allait me tuer. Je regardais ses yeux injectés de haine, et je voyais qu'il n'avait plus aucun contrôle de lui-même. Tant pis. Tant pis, j'allais mourir parce que je l'aimais. Il y a pire comme mort. J'aurais pu être débité en morceaux par un désaxé armé d'une machette, j'aurais pu mourir bêtement dans un accident de la circulation. Mais lui, m'offre quelque chose de beau. Une belle preuve d'amour. Mourir de ses mains, que rêver de mieux ?

Les larmes me montent aux yeux. A cause de la douleur, et du fait que dans quelques minutes, il se pourrait que je ne le vois plus jamais. Car je serais morte. Je ne serais qu'un tas de viande étalé inanimé sur le parquet. Je ne verrais plus son visage si fin avec ses joues légèrement creusées. Je ne verrais plus ses douces mains aux longs doigts de pianiste. Je ne le verrais plus jamais. Ça me rendait, bien évidemment, triste. Mais j'étais si heureuse, de mourir, là, maintenant, dans ses bras. Que ferait-il de mon cadavre ? Me laisserait-il sur le lit et me contemplerait-il dans ma beauté mortuaire jusqu'à ce que les voisins débarquent à cause de l'odeur ? Ce serait romantique. Glauque, mais romantique. Une sorte de fable gothique. J'aimerais qu'il entretienne ma dépouille, l'habille correctement, l'entoure de cierges. Qu'il m'empaille, peut être, pour être toujours à mes côtés !

C'est en imaginant ce qu'il allait faire de mon cadavre que j'ai compris qu'il n'allait pas me tuer. En effet, comment pourrait-il assumer ce qu'il a fait ? Comment pourrait-il vivre avec une mort sur la conscience. Ma mort qui plus est. La mort de celle qu'il aime. Peut être alors qu'il décidera de se tuer aussi. De me rejoindre dans la tranquillité éternelle. Il se taillera les veines et son corps s'affaissera sur le mien et son sang coulera le long de ma peau. Là aussi, ce serait beau. On sera comme dans une dernière étreinte. Enlacé à tout jamais. Amoureux à tout jamais. Mais je le connaissais trop bien. Lui qui est incapable de faire une prise de sang sans tomber dans les pommes se suicider ? Ce serait aberrant. Même tout l'amour qu'il a pour moi ne parviendrait pas à lutter contre cette phobie. Peut être alors qu'il essaierait autre chose. Des médicaments ? Un choc électrique ? Une défenestration ? Une pendaison ? Le choix était vaste. Il y avait mille et une façon de mourir quand on y réfléchissait bien. Comme dans ce fait divers d'une femme qui se suicide en s'enfonçant son fer à lisser dans la gorge. Étouffée. Et la gorge brûlée en même temps. Il faut vraiment être motivé et courageux pour en arriver à ce stade. Ma mort suffirait-elle à lui donner cette force nécessaire ?

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