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Maria Eugenia

EdgarPwned
EdgarPwned
Niveau 10
11 janvier 2010 à 00:18:33

(Soyez indulgent j'ai tapé ça frénétiquement en deux ou trois heures pour une amie Brésilienne)
http://www.noelshack.com//up/aac/alice03-2a7c86a841.jpg

Il y eut peu de moment où dans ma vie j’ai dû choisir de la sauver. Je n’ai pas souvent été exposé au danger d’une mort certaine, hormis la mort que l’on frôle quotidiennement sans même y penser. J’insinue par là que lorsque nous sommes confrontés au risque de perdre notre vie, nous nous débattons et sacrifions tout pour la sauver. Déployant parfois des facultés miraculeuses venues d’on ne sait où sauf d’un ardent désir naturel de survivre. L’instinct de conservation ne m’a jamais été familier. Il y a des poètes aveugles qui longent des précipices profonds au risque d’y sombrer, simplement parce que leurs pas instinctifs les mènent là. Il y a des pensées incontrôlées d’auto destruction comme ce que Poe nomme Le démon de la perversité, le mal de se faire mal soi-même. Quelle autre cruauté s’affliger soi-même afin de se purifier, que la pure sincérité envers soi-même ? Puis-je simplement croire qu’un être serait doté de Raison s’il se faisait souffrir lui-même pour expier ses fautes ? Que dire de l’auto flagellation des moines de ce monastère portugais qui m’a accueilli ? Que dire de cette torture psychique et physique du manoir familial qui m’amena à la purification de mon âme par l’errance ?
Je ne veux pas que mon histoire vous attaque de face mais je dois conter quelques détails initiaux : nous sommes en 1554, quelque part aux Provinces Unis de Bourgogne. Orphelin de naissance j’ai grandi chez un oncle où, depuis l’enfance, j’entretenais une relation profondément amicale et honnête et spirituelle avec ma chère cousine. Nous vivions sur nos terres ancestrales, occupées depuis des lustres par l’armée espagnole. Mon oncle voulait faire de moi un mathématicien mais moi, j’aspirais aux lettres. Nos disputes devenaient si malsaines qu’il mit un significatif espace entre nous en m’envoyant étudier les mathématiques en Espagne. J’acceptai sans rechigner cette besogne puisque cela impliqua une définitive séparation entre lui et moi. Et même me séparer de ma cousine ne me causait pas tant de souffrance au cœur, dans le bon espoir qu’elle n’ait pas besoin de moi. En secret, j’avais le dessein de fuir une fois arrivé à destination. C’est ce que je fis l’âme légère, et libre !

Mais l’errance de l’âme contrainte par le corps humain, à travers l’âme naturelle des contrées croisées, devient souffrance aussi à la longue. Mes réflexions me possédaient tellement qu’elles m’exclurent de la civilisation et, voici que même la nature semble ne rien y comprendre. Epuisé, en larme, les nerfs relâchés à l’extrême, sommeil peuplé de migraines, de cauchemars vivants, je me meurs vraisemblablement au bord d’un autre pays, dans des pentes escarpées et montagneuses, vertigineuse mort. Des mains me tirent de là. Recueilli dans un monastère portugais chrétien, j’y vis quelques mois de bonheur relatif, jusqu’au jour où la haute autorité religieuse en ces lieux débarquent en force dans ma piaule. Alors comme ça, j’aurais des sortes de transes religieuses que l’on dit hérétiques ! Rien à faire ils ont décidés de me mettre à mort dans un odieux cachot outre atlantique ! Je me saisi de l’énorme Bible que le prêcheur en chef brandit devant moi pour m’asséner de propos vulgaires, et je l’assomme d’un coup du divin bouquin sur la tête; ce qui déclanche une espèce de légitime furie chez les moines qui me tombent dessus à bras raccourcis, et je reçois des coups de partout, je m’évanoui de douleur.
J’ai un affreux souvenir du transport entre le Portugal et mon bagne inconnu. Je suis ligoté, bâillonné; je ne vois rien, tout n’est qu’obscurité, faim, silence et angoisse qui durent trop. De tout ce trajet je ne retiens qu’une continuelle souffrance accompagnant l’horrible grincement du navire en bois, parfois perturbé par des agitations de marins. Quand on me permet enfin de voir le jour, je suis aveuglé par la luminosité ambiante. On débarque les esclaves et les bagnards, trop faibles qu’ils sont pour avoir la volonté de fuir. Drôle de terre étrangère, une jungle chaude et pesante qui nous rafraîchit pourtant. Nous autres les captifs marchions en file indienne jusqu’à notre mort_ que nous souhaitions rapide, lorsque soudain il se produisit quelque chose d’inconcevable : 1555, l’armée française attaque les positions portugaises à Rio de Janeiro et nous délivre d’un fatal joug. « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis » ; scande le chef d’escouade salvatrice en me fourrant un flambeau en main. Sans rien y comprendre, je m’enfuis encore.
J’erre, j’erre, dans une jungle encore plus hostile que les montagnes portugaises, et je m’assoupi fatalement je ne sais où. Je sens que c’est ma fin, je m’endors pour toujours ? Dans ce rêve cauchemardesque, dans ce profond épuisement, je me laisse descendre au fond d’un puit. Il fait nuit mais qu’importe j’ai un flambeau qui m’éclaire, et ma vue affaiblie tombe sur l’aspect non circulaire et en pierre du puit, mais sur une forme oblongue en bois, comme une profonde tombe étroite. Au plus la corde me descend au plus la flamme de ma torche s’humidifie et devient une rougeur contenue, une flamme rougeoyante et étouffée, et les ombres m’entourent jusqu’aux totales ténèbres. La corde me dépose au fond, et je me meurs en silence. Je m’éteint durant un laps de temps qui me semble éternité, quand soudain, dans un sursaut, je sens que je ne suis pas seul au fond du trou. J’entends un cœur battre et une respiration suffoquer, auprès de moi. Serait-ce une hallucination ? un dédoublement de mon âme ? Et l’être inconnu me répond : « Remonte nous à la surface, je t’en prie. » Je sursaute ! Refermant les yeux, je me dis ne pas avoir entendu ça réellement mais dans ma tête la distorsion de milles voix inconnues me formuler quelques mots. Horrible séquence d’une voix tordue que j’interprète comme celle du démon ! L’obscurité est totale et il y a vraiment quelqu’un, là, qui provoque mes dernières forces bouffées de panique. « Remonte nous, et vite ! » redit-elle. Je repense à l’histoire d’Orphée qui, en enfer, doit garder les yeux fermés et faire confiance au démon lorsque la bien aimée passe devant lui. Même si je n’avais eut vent de cette histoire, je passe mon bras autour de l’épaule de l’être inconnue et j’ordonne à la corde de nous remonter.
Serrés à la corde qui nous remonte à la surface, les battements de notre cœur s’apaisent au fur et à mesure qu’on grimpe en haut, vers la nuit. Et l’air devient de plus en plus doux, et la flamme rougie par les ténèbres retrouve peu à peu son ardeur; et, arrivant au sommet du puit, la flamme du flambeau se ravive. Elle s’embrase vivement. Le flambeau se soulève maintenant du puit, tenu par deux mains aux doigts entrelacés, suivi de deux visages unis par un baiser fougueux.
Je me réveille allongé en pleine jungle et à mes côtés se trouve Maria Eugenia. J’empoigne sa hanche, sa peau est douce et sent mille parfums frais et exquis. Elle tourne la tête vers moi et me tend ses lèvres; je l’embrasse et nous nous endormons en ne faisant qu’une bouche.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
11 janvier 2010 à 08:43:02

Je veux pas être indulgent ... Je lirais pas :hap: .

Yugowski
Yugowski
Niveau 7
11 janvier 2010 à 14:36:37

quel connnard ce marty :hap:

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
11 janvier 2010 à 14:47:00

Si je t'ai attendu pour l'être :hap: ...
Bon j'arrête, je lirais plus tard.

Sarezzo
Sarezzo
Niveau 8
11 janvier 2010 à 17:08:26

So, so, j'ai lu !

Ton pseudo, c'est prit de Poe je suppose non ? (question idiote, surtout qu'il y a une référence dans ton texte, mais qu'importe, j'aime simuler la perspicacité :noel: )

Dans l'ensemble j'ai bien aimé. Au niveau de la forme, le style est fluide et s'harmonise parfaitement avec l'histoire. Simple mais pas dépouillé non plus, on peut lire le tout d'une seule traite tout en s'imaginant le récit du point vue que nous diriges les quelques adjectifs et autres.
Par contre, niveau orthographe/grammaire, j'ai vu quelques coquilles. Déjà le fait qu'à un moment tu passes au présent alors que le début et la suite de la phrase est au passé ("j'y vis quelques mois de bonheur" au lieu de "j'y vécu quelques mois de bonheur"), et une autre coquille qui fait aussi partie d'une erreur stylistique "dans ma piaule". Insérer un mot familier comme ça, ça fait un peu mal au yeux par rapport au reste :noel:
Le passage de l'Inquisition est aussi un peu faible à ce niveau-là je trouve, m'enfin bref.

Pour le fond, c'est surtout une suite de péripéties. Mais comme t'as dis que t'as pondu ça en 3h, on va pas trop te bouffer là-dessus. Le rythme est super rapide, peut-être trop, à la limite tu aurais dû faire quelque chose de plus simple qui t'aurait permis de passer plus de temps dans les descriptions et personnalités, mais bon je pense que t'as pris la première idée qui t'est passée par la tête :noel:

Donc, un texte sympa, assez équilibré au niveau fond/forme mais beaucoup trop rapide. Je pense que si tu le retravaillerais, tu pourrais facilement faire le double de ce que tu as écris :)

EdgarPwned
EdgarPwned
Niveau 10
11 janvier 2010 à 20:31:24

Salut. Je lis Poe depuis que j'ai 8 ans et je n'y comprenais souvent rien (encore aujourd'hui certain passage me laisse perplexe) et j'ai toujours estimé que cet écrivain été un génie en plus du professeur idéal.
Oui en deux trois heures c'est limite, mais possible de faire un récit : je suis parti de la fin, j'avais déjà la fin et j'ai réfléchi vaguement comment l'amener, puis j'ai écris d'un trait ou presque, me corrigeant un peu parfois lors de la relecture. L'idée est de faire le plus court possible (pour moi) je hais la longueur (des romans par exemple). Je peux mieux faire c'est certain;
Bref oui j'ai du mal avec les temps je le reconnais, mais le "J'y vis" n'est pas le verbe vivre, mais voir. Le personnage ne vit pas heureux dans le monastère (nulle part, d'ailleurs), et le jeu de mot est exprès (mais maladroit?)
Ensuite, j'espère que vous voyez le côté fantastique à la fin, la question : Mais est-il mort ? Si vous avez besoin d'explication pour ce texte n'hésitez pas, je me comprend très bien dedans et je sais que c'est pas facile à bien cerner. Le personnage est très énigmatique, c'est une sorte d'Etranger de Camus.

Sarezzo
Sarezzo
Niveau 8
11 janvier 2010 à 21:11:42

Disons que le jeu de mot est peut-être trop "subtil" du fait qu'on puisse le confondre, comme moi, mais sinon ça reste bien pensé.

J'ai lu l'Etranger de Camus, mais la brièveté de ton récit m'empêche de cerner ton personnage, alors l'assimiler à un autre... Cependant celui de Camus incarne l'indifférence, le fait du "Qu'est-ce qui est finalement important ? ", enfin bref, j'ai sans doute trop creusé cette oeuvre pour pouvoir y comparer un texte qui n'en représente qu'une partie.

La fin reste énigmatique, certes. Après moi j'aime bien ce genre de fin (il m'arrive d'en faire aussi) mais j'en connais qui sont toujours là pour râler comme quoi, selon eux, le récit n'est pas terminé, cette question en suspens c'est pas bien, etc. Mais les goûts et les couleurs hein :-p

EdgarPwned
EdgarPwned
Niveau 10
11 janvier 2010 à 22:19:05

Je relirai L'Etranger, donc sans faire de rapport avec, éclaircissement :

1) le personnage ici est en quête du bonheur
2) il ne le trouve nulle part chez les humains (pas de parents, un oncle qui représente le père (sans mention de la tante/mère) et qui le sépare d'une cousine qui soit la seule humaine avec qui il s'entende, des religieux qui le passent à tabac, des soldats qui lui viennent en aide mais le perso est trop faible pour le voir, + une Maria quelque part supposée humaine).
3)il trouve le bonheur dans la nature sauf quand il est aux abois.
=
4)le personnage est un errant qui rencontre l'incompréhension. Il fugue/erre toujours et il est un peu idiot, inadapté au monde. Il ressent rarement les mêmes choses que ces confrères humains. Ses transes (ce qui n'est pas bien expliqué, j'avoue) sont simplement des réflexions sur l'humanité ('donc la religion); c'est un idéaliste déçu qui part vers la mort.

Le contexte historique (16è) est volontaire, jeu sur les puissances mondiales : il vit aux Pays-Bas et on l'éjecte en Espagne (1ere puissance de l'époque?), puis il se sauve au Portugal où on l'éjecte pour un bagne au Brésil (endroit de jungle totale, hostile, nature sauvage etc.)

Le perso est idiot dans le sens où il trouve son bonheur nulle part, il part toujours dans les extrêmes, soit la parfaite humanité soit la parfaite nature, ce qui est impossible. Et donc il est comme un chat blessé (que c'est beau :( ), et les chats blessés partent mourir en silence dans un coin, sans que personne ne les voient.
Auto analyse c'est un peu un constat d'échec, mais ça fait rien :noel: j'ai bien senti le principal, l'encouragement!

Sarezzo
Sarezzo
Niveau 8
11 janvier 2010 à 22:23:31

Bah, le truc c'est que tout ce que tu dis on a du mal à le cerner à cause de la brièveté du texte et du rythme trop rapide. Et puis il aime quand même la littérature donc bon, il a quand même un bonheur quelque part.

Enfin après, tu l'as fait en trois heures seulement :)

EdgarPwned
EdgarPwned
Niveau 10
12 janvier 2010 à 00:37:37

Oui merci, et ça m'énerve de remonter ce topic, mais ça m'énerverait un peu aussi qu'on ne comprenne pas que mon personnage cherche son bonheur dans un être à aimer, et qu'il ne le sait pas trop lui même mais c'est sa réalité, et qu'il ne la trouve qu'au fond de lui même, au fond de son âme, lorsqu'il meurt de tristesse, qu'il trouve Ève et qu'il fasse corps avec elle dans la mort, sa mort, où il se réveille avec elle dans un monde paradisiaque pour lui où il est Adam. Donc oui, il meurt; mais oui ce n'est qu'une fiction écrite sur l'instinct (+ préparation) :o))

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