Salut
Voilà, je suis un peu en période écriture (du moins j’essaie), et en farfouillant parmi mes projets avortés, j’ai retrouvé ce texte qui a presque un an. Il s’agit d’une uchronie où la France aurait gagné la guerre de Trente ans au XVIIIe siècle. Une autre page de l’Histoire en quelque sorte...
Je sais pas encore si je fais la suite, mais si vous, vous avez d’autres petites uchronies historiques, je vous invite à les poster ici.
En espérant que ça vous plaise. Bonne lecture.
Le 14 Juillet 1789, son Altesse royale Louis XVI gagna ses appartements après une chaude journée de chasse où il avait arpenté les dizaines d’hectares ceinturant Versailles. En dépit de ses nombreux tirs manqués et d’une absence déplorable de gibier, sa Majesté apprécia grandement ce magnifique jour illuminé par un plein soleil, où il avait pu se donner à ses plaisirs forestiers sans être étouffé par la cours et ses protocolaires. Ce fut donc quelque peu nostalgique qu’il pénétra dans son immense bibliothèque, une vaste pièce aux murs presque tous plaqués d’or, pour siéger devant un écrasant secrétaire.
Il gratifia le meuble de plusieurs caresses en laissant la satisfaction de la victoire le rasséréner et fit courir ses doigts sur son journal. Il attrapa une plume d’oie, la trempa dans un encrier, et gratta le papier pour y inscrire une poignée de mots :
« Aujourd’hui, tout va bien. »
Le Roi s’inclina en arrière et jugea sa phrase d’une consternante ennuyance. Il repensa aux événements de la journée, aux aboiements des chiens, l’odeur des sous-bois humides qui se mélangeait à celle de la poudre des fusils. Il voulut déchirer la page pour y inscrire son bonheur, cependant il n’esquissa pas le moindre geste en dépit de l’ardeur qui l’envahissait. Il n’était pas convenable pour un monarque de faire montre de ses sentiments. Le Roi savait que chacun de ses actes, de ses mouvements, chacune de ses paroles initiait l’histoire et s’ancrait pour la postérité. Postérité qui devait ignorait son goût pour la chasse qui tiendrait alors, il en était l’évidence, son règne comme une période de turpitude et de décadence.
Son Altesse royale Louis XVI soupira dans son costume trempé de sueur et perdit le goût de compléter son journal. De toute manière, il était mieux ainsi, pensa-t-il, et préféra la perspective d’un bain à celle d’une heure de vaine écriture.
La chaleur écrasante de l’été s’abattit sur le château et ses occupants durant la semaine qui suivit. Les nobles délaissèrent le velours au profit de la flanelle ou de la soie, plus supportable, tandis que les femmes s’accommodèrent de la canicule en s’armant d’éventails et de robes en lin. D’aucuns s’accordèrent à dire que la chaleur ne fut pas le plus pénible, mais davantage l’ennui qui ponctuait le quotidien, car la cours manquait d’intrigue de palais si bien que les discussions gravitaient invariablement autour du climat et des rentes.
Le 20 juillet, alors que l’astre diurne avait chassé les derniers nuages dans le ciel, le Roi étouffait dans ses salons. Il prit congé de ses conseillers et rejoignit sa moitié au hameau.
Le Roi n’aimait guère cet endroit, notamment à cause du coût intensément élevé de sa construction et de son entretien, une somme cependant infime comparé au bonheur de sa femme Marie qui entretenait là l’illusion d’un monde pittoresque qui transpirait de caricature. Un valet lui indiqua qu’elle s’entretenait avec sa confidente dans la grotte et s’interdit donc de l’interrompre. Il se retrouva alors dans une situation qu’il n’appréciait guère ; il ne savait pas quoi faire. Le Roi considéra rapidement les domestiques qui oeuvraient discrètement autour de lui et sentit la honte former un masque épais. Il raffermit son emprise sur le pommeau de sa canne et cala son autre bras dans son dos, puis, d’un pas volontairement nonchalant, il s’avança vers le phare.
— Sire, puis-je me permettre de vous prendre quelques minutes de votre temps ?
Louis parvint à contenir son sursaut de surprise. Il releva ostensiblement la tête comme son éducation lui avait appris à le faire et détailla la personne qui venait de l’interrompre dans ses pensées. Il s’agissait d’un comte de Turpignac. Un homme imposant tant par sa silhouette que par son charisme qui frôlait par moments l’insolence, ce qu’appréciait secrètement le Roi qui préférait ce comportement aux sourires perpétuels qui tapissaient les visages au palais. En plus d’être un homme riche et loyal, c’était un maréchal de l’armée très intelligent à qui on devait de nombreux succès et la gloire de la France dans le monde.
Le Roi gratifia d’un sourire le Comte et se détendit.
— Faites.
Turpignac s’inclina en signe de déférence et se redressa la mine sévère.
— Le peuple se soulève.
— Une révolte ? demanda le roi.
— Je crains que non Sire, une révolution.
Louis XVI médita les paroles du comte avec gravité. Il garda le silence plusieurs minutes, oubliant la chaleur qui l’accablait. La conversation qui suivit s’affranchit alors du protocole et des conventions.
— Quand cela s’est-il produit ?
— Le 14 Juillet, je viens de recevoir la missive il y a tout juste trois heures.
— L’armée est-elle intervenue ?
— Non, le plus gros des troupes est encore retenue dans les Amériques. Et quand bien même fut-ce elle encore présente sur le territoire, elle n’aurait rien pu faire contre la populace. Le cavalier qui m’a porté la nouvelle m’a tenu des propos que je qualifierais d’effrayants quant à la situation dans la capitale.
— En même temps, ce n’est pas comme si nous ne nous y attentions pas, fit le Roi d’un ton neutre.
— Certes Sire. Je me permets de vous prévenir que je me suis permis de réunir pour demain les ministres et les généraux de l’armée pour convenir des décisions à prendre.
— Je loue cette initiative monsieur le Comte, je vous remercie de l’information, et vous laisse prendre congé.
Turpignac s’inclina une nouvelle fois et commença à s’éloigner à l’ombre des grands chênes. Le Roi l’apostropha néanmoins :
— Dites-moi mon cher Comte, avec quelle précision vous a-t-on informé des agissements du peuple ?
L’homme s’arrêta à la lisière d’une ombre et revint dans la lumière.
— Les paysans venaient de finir d’assiéger la Tour et entreprenaient d’investir Buckingham Palace. La cour et la famille royale se seraient enfuis à Windsor peu avant le début des événements.
Le Roi le remercia d’un hochement de la tête et s’en retourna à sa promenade. Il vit alors la silhouette de Marie-Antoinette s’illuminer sur le petit pont juste en face de lui. Sa Majesté Louis XVI ne put alors s’empêcher de sourire et s’enquit annoncer la bonne nouvelle à sa tendre et douce.
