Bonjour !
Et oui, après "je ris" qui n'avait pas été trop mal accueilli, la suite logique était évidemment "je pleure". Bon j'ai un peu changé le principe, j'ai écrit aussi plus par impulsion. (D'ailleurs désolé si vous trouvez un quelconque côté brouillon ou redondant au texte) Bref !
Bonne lecture ^^
Je pleure
J’aime le monde, du moins je voudrais l’aimer. Je suis sur le pas de ma porte, je respire l’air frais du matin. Des voitures incolores déferlent dans ma rue. La voisine tond la pelouse. Je l’aime ce monde-là, celui que je côtoie tous les jours. Lui, je le connais, ile me rassure, m’apaise. Je rentre chez moi et contemple cette maison que j’habite depuis 17 ans. Chaque changement qu’il y a pu avoir m’a miné. Je me rappelle encore du tapis que maman a remplacé par du carrelage ou encore de cette fameuse cuisine équipée qui a finalement chassé les vieux meubles délabrés. Même si ces minuscules bouleversements furent comme des saillies pour moi, j’ai toujours réussi à plus ou moins m’en accommoder, à être en osmose avec mon environnement.
Mais ce monde, celui qui s’étend au dehors de ma campagne, non pire, au dehors de ma rue, je ne peux le supporter. Il m’agresse, il me torture, tout le temps. On pourrait croire que je suis un émotif, que la violence, la drogue et la souffrance en général me torturent, mais non ! Tout me fait mal, l’amour, l’amitié, la jouissance ! Je ne veux plus jamais quitter ma splendide rue, toujours bienveillante à mon égard. Dieu, je me rappelle de cette fille que j’ai aimé. Je souffrais, je brûlais, ma gorge était devenue une agglutination de spasmes. Je saignais par tous les pores. Ce n’est pas supportable ! Je veux aimer ce monde-là, mais il me fait mal, je pleure…
Oui je pleure, j’ai mal au ventre, je serre les dents car mon attitude est faible, bâtarde mais je pleure, d’amour et de rage, de joie et de tristesse, de peur et d’excitation. Ces crises qui peuvent transformer un homme en anorexique, un bon vivant en épave délétère, elles ne cessent de me tourmenter dès que j’explore le monde. Ma première visite en ville, mémorable car j’avais vomi dans un pot de fleurs tellement la vue des buildings m’oppressait. Ou encore mes premiers jours en primaire. Je me demande encore comment le contact social avec d’autres enfants a pu me faire passer des semaines entières à l’hôpital.
Mais j’étais jeune, enfant trop heureux. Mon malaise, je le faisais ressortir physiquement, encore une protection magique. Maintenant je suis démuni, cloué sur une croix et condamné à être transpercé par les réalités. Alors la réalité je la modifie, je la joue même. Quand je suis sur scène, que le contact avec les planches réchauffe mon corps et que les rires des gens m’enivrent, là oui je suis bien. Je ne pleure pas. Mais tout est faux hélas ! Je ne suis qu’un pantin dans les mains de la divine comédie… Dès que je sors des coulisses, le monde cruel reprend ses droits et je suis de nouveau secoué par les larmes. Pourquoi ai-je si peur ? Mon éducation, mon caractère, ma vie ? Je ne sais pas et je ne veux pas le savoir d’ailleurs… Je veux juste être libéré. Ne vous méprenez pas, je ne suis pas suicidaire. Encore une autre faiblesse, j’ai peur de la mort. Je ne sais plus quel auteur disait que s’il ne se suicidait pas, c’était parce que la mort le dégoutait autant que la vie. Seulement moi, la vie, je veux l’aimer. Je veux prendre la vie comme une orange, la presser contre moi et sentir son jus dégouliner le long de mon torse. Mais je me suis replié dans une routine. Très sécurisant la routine. J’ai l’impression de déjà me préparer à l’infini qui m’attend après…
Plus jeune, j’avais été voir un psy. Je me demandais si être aussi effrayé par le monde était normal ou si c’était moi qui avait un problème. Je crois que j’eus mon premier élan mystique en parlant avec cet homme. Il avait l’habitude de tout déguiser par des métaphores, des jeux de mots. Ainsi il me disait que le mot « envie » qu’il s’écrive en un ou deux mots ne changeait rien à sa signification. Il me disait aussi que le présent c’était non seulement le moment que j’étais entrain de vivre mais aussi le cadeau que l’on offre à ceux qui nous sont chers. Oui ça m’avait fait un bien fou de me livrer à cet inconnu. A cette époque, où même sortir de chez moi me terrifiait, j’avais finalement réussi à m’habituer à ma rue, à mon village, à ma région même ! Mais là je régresse.
Je ne peux m’empêcher de repenser à cette fille… Je l’ai aimée, je l’aime toujours d’ailleurs, mais cet amour au lieu de me réchauffer le cœur, ne fait que le blesser. J’ai été déchiré par un feu aveugle, je ne sais même plus qui je suis ou ce que je fais en y pensant. Alors je reste seul chez moi, je valse, je poétise mais je reste désespérément seul. Je voudrais prendre une épée, me l’enfoncer dans le ventre puis tendre la lame écumante de sang à cette fille et lui dire « voilà mon amour » mais je n’en ai pas la force. Alors je me jette sur mon lit et je pleure. Les larmes perlent sur mon visage, je ne sais plus lutter, ça coule tout seul et ça me fait du bien.
Oui je pleure…