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Une petite théorie

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
09 octobre 2009 à 23:44:38

Bonjour à tous. :)

Aujourd’hui, pas de nouvelles, pas de réctis, juste la présentation d’une idée. Une idée qui se fonde sur l’Histoire, et que je suis désireux de partager.

Mais avant tout, je tiens à avertir sur un certain point. Ma théorie s’appuie sur une vision orientée de l’histoire. Si je tente de me montrer le plus objectif possible dans mon raisonement, le contenu historique, et les faits dont je m’inspire ne sont pas exhaustifs.
Je dis ça parce qu’il y aura toujours des petits malins pour trouver un événement dans l’histoire pour contredire ce que j’avance, ou/et tenter de préciser un propos volontairement synthétique. L’exposé qui va suivre est le fruit d’une réflexion subjective. Alors s’il vous plaît, si l’envie vous prend de démonter point par point chaque phrase, tâchez de le faire sur le fond, sur le raisonnement.
Je sais par avance que certains choses sont discutables. Et c’est parce qu’elles sont discutables que je poste ici pour en discuter, avoir un avis et échanger.

Je vous en remercie par avance et vous souhaite bonne lecture. :-)

THEORIE DU FUTUR SUR LES SIECLES VENANT EN SE BASANT SUR LES SIECLES PASSES

Il y a longtemps, j’ai eu l’occasion de lire une séduisante théorie sur l’évolution des sociétés. Selon son auteur, les pôles de puissance, qui concorderaient avec les grands centres culturels, suivraient une course sur notre globe au fil du temps. Les nations les plus puissantes, les plus influentes, les plus riches seraient successivement positionnées à l’ouest de la précédente.
Cette analyse empirique et purement factuelle prend pour commencement de cette course la Mésopotamie qui marque le début des civilisations en tant que telles. Le pôle se serait par la suite déplacé plus à l’ouest en Égypte, dont nul n’ignore la grandeur. Puis, la Grèce illuminera le monde par ses idées, et peu après Rome, échafaudera un monumental empire. L’Europe connut quelques siècles plus tard l’influence du peuple franc venu de la Germanie, lui-même légèrement à l’ouest par rapport à Rome. Cela donnera par exemple le puissant empire de Charlemagne, qui jusqu’à Louis XIV, donnera un état fort et prédominant sur tout le continent. Continent qui fut le centre de la Renaissance et qui s’évertuera à coloniser le monde. Tour à tour, l’Espagne, la France et le Royaume-Uni établiront de vastes empires coloniaux qui permettront aux nations d’Europe d’accéder à une richesse sans pareille. Toujours se déplaçant vers l’ouest, le point confirme sa course grâce à la prospérité des États-Unis d’Amérique. Et enfin, cette théorie continuerait à fonctionner si l’on s’accorde à dire que la Chine est en train d’asseoir ce qui sera la grande puissance de ce nouveau siècle.
Théorie très intéressante s’il en est, presque implacable. Presque, car cette vision souffre de plusieurs omissions. En effet, peu avant que Jules César n’engage toutes ses conquêtes, la Chine était déjà un immense empire vieux d’une paire de siècles grâce à Qin. Empire qui perdurera plusieurs siècles encore, et dont ni la puissance militaire, ni les avancées techniques n’avaient à pâlir en comparaison de l’Europe. Que dire aussi des Arabes, qui durant le Moyen-Âge mirent sur pied de savants concepts mathématiques, firent d’importantes découvertes en astronomie et en médecine ? Sans compter l’empire indien avec la dynastie Goupta qui transforma le pays, ou encore les civilisations précolombiennes en Amérique du Sud du temps de François Ie. Enfin, cette analyse ne prend pas en compte le contexte contemporain avec un monde multipolaire que sont en train de dessiner le Mexique, le Brésil, l’Afrique du Sud et l’Inde.

Cette théorie fonctionne autant qu’elle s’annule, du fait de la complexité de l’histoire et de la difficulté à déterminer avec précision qu’elles étaient en leur temps, les plus puissantes civilisations, et selon quels critères. De plus, elle s’appuie presque exclusivement sur une logique géographique. Toutefois, cette analyse a le mérite d’être originale et se distingue de bon nombre par sa nature empirique, et c’est par un raisonnement similaire que j’ai également élaboré une nouvelle théorie.
Si le futur restera à jamais inconnu, il nous est cependant permis de formuler également des suppositions quant au devenir des civilisations. À la différence de la théorie résumée, et comme beaucoup de personnes, je pense que les civilisations connaissent des cycles. « L’histoire ne se répète pas, elle bégaie » disait Karl Marx, chose que viendra en partie confirmer Kondrastein. Alors certes, les historiens n’aiment pas trop les cycles, puisqu’ils nécessitent de synthétiser les faits. Force est de constater que des empires naissent et s’effondrent depuis que les rois existent, et que les guerres ont toujours cours ici et là pour redefinir des frontières ou imposer des idées qui changent invariablement au cours du temps. S’il y a des constantes, c’est qu’il y a une logique, et s’il y a une logique, c’est qu’il y a une mécanique que l’on peut isoler, et ainsi déduire de la suite des événements en s’y tenant.
Ce faisant, il me semble avoir découvert une mécanique dans l’histoire. Plusieurs périodes ont attiré mon attention, chacune répondant à un même schéma qui se divise en trois phases à l’instar de la courbe d’innovation de Joseph Schumpeter. Premièrement, une cause première vient bouleverser l’ordre établi, change les paradigmes existants et dont la cause est souvent la fin d’un système. Il s’en suit alors la seconde étape, qui correspond à l’émergence conjuguée d’innovations techniques et intellectuelles. Puis, c’est la phase d’assise et de développement des nouveautés jusqu’à épuisement de ces nouvelles découvertes, car comme le disait Ivan Illich « Si l'on continue d'appliquer une formule qui marche, elle finit par ne plus marcher du tout ».

Tout comme la théorie de déplacement vers l’ouest, le premier cycle débute en Mésopotamie, dont le bouleversement en question est la sédentarisation de la population humaine. Celle-ci ne peut continuer à chasser et cueillir puisque la nature ne fournit plus en quantité suffisante de nourriture. Face à ce problème, l’humanité cesse d’être nomade et met sur pied une technologie encore partout utilisée de nos jours : l’irrigation. Les cultures sont maîtrisables : c’est la nouveauté technique, l’intellectuelle est la création de société de masse qui marque l’apparition des premières villes. Le développement qui s’en suivra sera la création des frontières, des villes de grande ampleur, des premiers royaumes, des premières guerres et l’aube des premières réflexions abstraites. En effet, l’humanité n’ayant plus à se soucier de survivre, elle commence à se préoccuper d’idées moins matérielles. C’est ainsi à cette époque que voit la naissance de l’écriture ainsi que l’officialisation et la normalisation des cultes et des rites divins.
Toujours dans le développement, grâce à la maîtrise de l’agriculture, une région du monde s’échine à tirer profit d’un immense fleuve dont les crues sont d’une incroyable fertilité : le Nil. La Mésopotamie était un croissant, certes fertile, mais perdu au milieu d’un désert qui n’eut de cesse de grandir, quant à l’Égypte, elle bénéficiait de plusieurs avantages comme la régularité des crues, et l’ouverture sur la Méditerranée qui offrait de multiples opportunités de commercer avec les autres peuples. L’Égypte connaîtra une puissance durant presque deux millénaires, construira des monuments qui n’eurent pendant longtemps aucun égal et firent d’importantes avancées techniques. Malheureusement, l’empire devint trop vaste, les querelles internes trop importantes, certaines mines qui faisaient la richesse s’épuisèrent et l’Égypte déclina peu à peu pour finir absorbée plus tard par l’Empire romain.

Le nouveau bouleversement qui se fit, non loin d’ailleurs, eut lieu en Grèce. Cette région illuminera le monde par ses idées et sa culture, c’est certain. Pourtant, rien ne les y prédisposait. La Grèce n’était pas un empire, mais une constellation de royaumes, souvent en guerre, éparpillés sur beaucoup d’îles quand ils n’étaient pas coincés entre les montagnes et la mer, ce qui induisait également peu de place pour les cultures agricoles. Comment alors ce peuple peut-il ainsi éblouir le monde ? Grâce à l’esclavage. Si aujourd’hui la pratique est réprimée et condamnée, elle était au cinquième siècle avant notre ère une des bases de l’économie antique. Oui, mais justement, presque tous les autres pays à travers le monde à cette époque utilisaient également les esclaves, pourrait-on dire. Qu’est-ce qui fait que tout changea spécifiquement en Grèce ? Je m’en vais vous l’expliquer très simplement.
Les royaumes grecs n’avaient rien de royaume au terme où on l’entend, et se limitaient à des cités fortifiées nourries par les campagnes alentour. Sparte et Athènes étant les plus puissantes et connaissaient une prospérité certaine notamment grâce au commerce partout dans la Méditerranée. Athènes tira son épingle du jeu et régna sur le monde hellénique, en grande partie grâce à son port du Pirée qui lui assurait une ouverture sur la mer tandis que Sparte était nichée en plein Péloponnèse. En ces temps, la ville est écrasée par l’aristocratie qui détient l’essentiel du pouvoir. Ce système injuste accuse des limites et pour y mettre fin, Solon établira un nouveau système politique basé sur le vote : la démocratie. Et l’esclavage dans tout ça ? Il est à la base de tout. Les riches commerçants, les nobles et les bourgeois possédaient l’essentiel des esclaves qui travaillent pour eux pour... pour rien. Ces gens-là pouvaient ainsi s’investir pleinement dans la vie politique de la ville sans se soucier de contrainte matérielle.
Je tiens tout de même à préciser que la démocratie athénienne avait des particularités étranges. Par exemple, en plus d’être réservé aux hommes, seule une portion de la population pouvait participer à la gestion de la ville : les citoyens. Le reste des habitants étant de simple quidam ou des esclaves, quand ce n’était pas des métèques. Je vois des gens hurler à l’injustice, à l’inégalité. Sans doute l’était-ce. Toutefois, il faut garder à l’esprit qu’à l’époque, les guerres étaient monnaies courantes, ce qui incombait de se défendre efficacement. Ainsi, si les citoyens se partageaient le pouvoir, c’était à eux en temps de guerre de protéger la ville, ce qui impliquait d’aller au combat et de prendre le risque de finir une lance dans les entrailles. Ceci pour dire que la démocratie initia de nouvelles formes de réflexion sur la société et les hommes, qui concordèrent avec l’essor de la philosophie et d’une culture fondée sur la précision et la logique. Malheureusement, et comme les Babyloniens, les Grecques révolutionnèrent leurs temps sans en profiter car ils furent tour à tour attaqués par les perses avant d’être englouti par l’armée d’Alexandre le Grand et plus tard à celle des romains.
Les Romains justement, parlons-en. Ils marquèrent la troisième étape : le développement, l’exploitation et la diffusion des nouveautés. L’architecture canonisée des grecs trouva preneur chez ce peuple de conquérant, que Viruve théorisa et dont la robustesse participa à l’hégémonie d’une seule cité : Rome. Même si l’empire plaisait davantage aux dirigeants, la démocratie athénienne prit une nouvelle forme : la république, épisodiquement cela dit. La force des Romains ne résidait pas uniquement en leur capacité à établir de formidables stratégies, mais davantage dans sa faculté à concevoir, et par la suite concrétiser, une vision globale. Si globale qu’ils considéraient la Méditerranée presque comme un lac, et c’est d’ailleurs l’origine de son nom : « medi terra » signifiant littéralement milieu des terres. Les fameuses routes romaines, l’harmonisation linguistique par le latin et une administration efficace furent les principaux outils de cette vision à grande échelle. Peut-être trop grande cependant, car l’empire s’épuisa et les querelles intestines profitèrent aux attaques répétées des barbares. Le vide et le désordre provoqué furent si total qu’il fallut attendre mille ans avant le nouveau changement.

davidgg93
davidgg93
Niveau 6
10 octobre 2009 à 00:14:23

C'est intéressant, j'ai pas encore tout lu, mais je pense que tu devrais aussi poster sur le forum Histoire. L'engouement risque d'être plus grand.

cotin9
cotin9
Niveau 10
10 octobre 2009 à 21:44:23

Salut.

Un beau texte fort intéressant, et qui invite au questionnement... beau travail !

Toutefois, je ne suis pas vraiment (ou plutôt : pas totalement) d'accord lorsque tu compares la domination citoyenne d'Athènes / patricienne de Rome à celle des financiers sur les salariés dans notre société. Je pense qu'on peut aller plus loin, notamment à cause du phénomène de mondialisation : on peut dire, plus généralement certes, que c'est une société occidentalisée qui impose ses canons aux autres. Car c'est là ce que je pense qu'on peut y voir : des "civilisateurs" qui, à l'instar des Romains (toutes proportions gardées), se déclarent maîtres du monde et, de par leurs richesses, écrasent littéralement toute autre civilisation.
Ne nous y trompons pas : les légions de travailleurs sous-payés au fin fond de l'Asie qu'on plaint tant, les voilà nos esclaves, la voilà l'épine dorsale de notre civilisation qui nous permet de nous "reposer", comme le firent les citoyens athéniens, et de nous concentrer sur autre chose que la survie seule.

Ensuite, tu penses à une théorie des cycles selon laquelle on devrait connaître une grande révolution qui changera à nouveau les habitudes de l'Homme.
Mais la question à se poser serait donc : la période de chaos est-elle à venir, sommes-nous en plein dedans, ou la fameuse révolution s'est-elle déjà initiée ? Tant de choses qu'on ne saura cependant, hélas, qu'après coup.

Quant au fait que la population humaine se porterait mieux si elle était moins nombreuse, je dirais cependant qu'il ne faut pas oublier une chose essentielle qui se retrouve dans toute civilisation : pour que certains puissent dominer et "faire le monde", il faut que d'autres triment à leur place ; pour que des vies soient pleinement vécues, il faut que d'autres leur soient sacrifiées, là est une constante qu'on retrouve dans toutes les grandes civilisations.

Certains auteurs de SF imaginent un monde utopique où ces "sacrifiés" seraient les machines uniquement, et où les hommes pourraient donc vivre de façon confortable sans qu'on ait besoin d'esclave autre que robotiques...

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
10 octobre 2009 à 23:14:56

cotin9 merci d’avoir lu et commenté.

Je salue ton commentaire qui est plus ouvert et plus réfléchi que ces crétins du forum Histoire.

Je suis d’accord sur ce que tu dis sur l’asie et les véritables exploités dans notre monde. Le parallèle que tu fais est très juste, mon exposé étant un peu trop succinct (en même temps je voulais exposer une petite idée, pas faire une thèse).

La révolution n’est pas initié. Selon moi, nous serions plutôt dans la période des bouleversements, je daterais celle des changements à la maîtrise de la fusion nucléaire, ou de la création d’un entité gouvernementale mondiale embryonnaire (un truc intermédiaire entre le G20 actuel et l’UE pourquoi pas).

Ce que tu dis que les sacrifiés et malheureusement juste, et c’est par ailleurs une des constantes que je décris. Aussi vouloir une inégalité totale est un peu trop chimérique et il faudrait peut être penser à un système autre (chacun son tour ? :fou: ), les robots comme tu dis serait une bonne solution.
Après, je pense qu’en réduisant la population, ces écarts seraient moindre.

Au plaisir. :)

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