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Je / tu(e) m'aime

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
28 septembre 2009 à 10:53:17

One shot, comme ça, sans crier gare et sans prétention. je fais un essai, je sais pas si ça sera concluant :nah: ...

Il y a quelque chose de merveilleux avec la lumière trop vive. Les phosphènes.
Ces minuscules lucioles qui incendient nos orbites de quelques secondes à quelques heures après une exposition prolongée face à une source lumineuse puissante.
Ces minuscules lucioles, qui, un temps seulement, font cohabiter le monde rationnel et celui, plus complexe, de la presque-hallucination. Les formes dansent sur la trame du quotidien, agaçantes mais intrigantes, sans se mélanger, juste en superposition anarchique.
Et ce qui est encore plus merveilleux avec les phosphènes, c'est lorsque je les fabrique. Vous verrez, c'est très simple, je vais vous expliquer.

Il hurle encore, à la mort. Normal, sa jambe droite s'épand à soixante-dix centimètres du genoux auquel elle est censé se rattacher. Il peut hurler, une amputation, c'est toujours douloureux sans anesthésie. Doublement hurler, quand il savait que ça allait mal se finir. Ça quoi ? Eh bien, le tir mortier, pardi ! La belle parabole qu'avait fait le projectile, dans le ciel incendié d'Alger. Une subtile danse, là haut, qui montait pour mieux redescendre après. Il préférait penser à celle qu'il croyait aimer, plutôt que sauver sa peau. Il a mal, mais finalement il s'en tire bien. Il pourrait même survivre, si un médecin ou un infirmier militaire venait à son secours. Pourvu que les minutes ne se transforment pas en heure, car sinon, tout le monde sait comment cela va, encore une fois, se conclure ce mélo.

Il vous suffira de trouver une source lumineuse suffisamment fiable et de la braquer sur votre regard, ou bien de braquer votre regard sur cette source lumineuse. Un halogène, par exemple, fait très bien l'affaire.

La peur ? Pas pour elle, non, vraiment. Si vous aviez vu comme elle crispait ses doigts rachitiques sur la détente usée de son vieux fusil d'assaut Tesla. Elle était belle, terriblement belle, en serrant ses dents jusqu'à en faire saigner ses gencives, le regard furieux se promenant sur un cercle quasi-parfait. Elle voulait vivre, point barre. Cet immeuble, ruine parmi les ruines de Barcelone, c'était sa maison. Crever de faim n'était pas plus douloureux que de se prendre quelques balles dans les membres, lorsqu'on trouvait parfois un légume à moitié-pourri et de quoi se désaltérer. Même l'urine pouvait faire double-emploi dans ce cas précis.
Une belle bête, cette espagnole. La courbe cassée de ses cotes saillantes, qu'une poitrine décharnée et mise à nue dans un lambeau de chemise masculine venait à sublimer. Cette courbe fantomatique excitait mon appétit sexuel comme mes envies de meurtre. Une fois morte, je la bénirais de ma sainte semence. Et là, sa fierté s'affichera dans mon esprit comme un souvenir doré.

Assurez vous que la source lumineuse puisse diffuser, et à flux constant, au minimum huit secondes dans le cas d'un hallogène.

Le gamin cramponne sa mère, mais un soldat lui administre un violent coup de rangers en pleine tête. le môme n'a pas plus de trois ou quatre ans, et il vole sur quelques mètres. Un hoquet mêlant surprise et terreur s'échappe de sa gorge, après quoi l'impact double de la botte et d'une quart de mur lui brise la colonne vertébrale, proprement. Au moins, lui ne souffrira plus. Un sourire pervers anime le visage du soldat, visière relevé. Son regard vert est le pire des enfers pour la veuve-mère, qui, terrorisée, se tait. Une ceinture tombe, quelques ébats vain de la victime meublent la scène. Il gémit d'un plaisir sale et sommaire, et elle, elle attend sa mort. Comme son fils, celle-ci est rapide. Une balle au milieu de son front blanc fait brailler les corbeaux, lui ne s'est même pas retiré de son corps. Sourire niais de ce pauvre fou, une lueur rouge illumine à son tour sa tête. Il devrait bouger, mais non, il préfère que le destin se charge de le récompenser. Fractal de temps, multiplié dans un infini condensé, et le sang mêlé à la substance visqueuse d'une cervelle chaude tâche la chaussée. La femme en reçoit de gros bout, mais elle ne proteste pas. Son regard se tourne désormais vers on enfant, inondé de ses propres souillures.
Le Capitole toulousain fait une aussi un beau décor de théâtre.

Maintenant, fixez la lumière.

Fixez la lumière quelques secondes, le temps que la femme qui se tient face à vous se mette à sourire. Oui, elle pourrait être affreuse selon certains critères. Mais vous l'aimez, et vous savez qu'elle souffre. Son cancer la bouffe, l'hôpital censé la soigner est en feu, et les rares espoirs de guérison le sont avec.
Les phosphènes dansent dans vos yeux, joli couple. regardez bien les lampions estivaux, et leurs teintes chaudes qui envahissent vos conscience. L'expérience mêle chez elle un bien-être léger et la joie de se savoir encore suffisamment vivante pour re-sentir, à nouveau, la vie. Pour lui, la beauté double, femme et phénomène physique, superposée d'un désir avouable mais malsain, le fait trembler. Le geste mille fois pressenti, dix jours soupesé, est bien lourd soudain. Lourd ... Et si léger.
Regarde les lumières qui dansent. Et tends ton bras, rédempteur.
Elle te fixe, mais ne voit que ton visage.
Tu souris, tu pleure. Tu as mal, homme.
Tu sais que tu n'as pas le choix, que tout est bouclé, de toute façon. Que dans la prison, seul la lumière délivre des ténèbres environnantes.

La lumière, création du Divin, sauve la vie et accroche la mort.

Le bruit n'existe plus. Il n'y a plus que les couleurs. Le jaune, l'orange, le rouge. Et elle, ta femme, te souris.
Les phosphènes dansent encore, juste assez pour toi, triste homme.
L'eau se mêle même au feu, pour cette expérience.

Tu sais qu'il ne te reste plus qu'une seule balle dans le chargeur.

Agraf
Agraf
Niveau 10
28 septembre 2009 à 12:28:08

J'ai lu, ça ne m'a pas déplu mais... Je n'ai pas vraiment compris au final où tu voulais nous mener. Il m'a smblé que tu ne savais pas comment finir ton histoire et que ta poussée d'inspiration du début, sur les phosphène, n'avait pas été suivie... Ce qui est dommage car ce qui au final aurait pu trouver une cohésion dans le dernier paragraphe se retrouve au final n'être qu'une succession de scènes d'horreur anarchique.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
28 septembre 2009 à 15:04:28

Déjà un grand :merci à toi pour avoir lu si vite :-) .
Pour la fin, j'avoue, l'effet n'a pas pris du tout. Le truc que je voulais essayer de faire comprendre, c'est que le type du final avait vu d'autres scènes dans une guerre globale. Des scènes affreuses, qui au final ne sont rien face à la tragédie de sa femme, malade et condamnée, qu'il prive d'une douloureuse agonie en l'achevant sous le couvert d'une expérience que beaucoup de gens peuvent avoir vécu. Je voulais mélanger la fantaisie délicate des phosphènes avec la lourdeur du contexte, mais finalement, l'un dans l'autre (et j'approuve doublement depuis que je viens de re-relire), ça marche pas très bien.

Je vais essayer de bosser ça dans mon coin ... Avec une reparrution un jour ou l'autre (si j'en ai le courage).

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