Bonsoir bonsoir !
Voici un oneshot réalisé hier dans le train. Écrit d'une traite donc, en trois heures, pour meubler le Perpi-Paris décidément bien trop long. Un petit texte sans prétention donc. J'espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j'en ai eu à l'écrire.
Un succulent synopsis
« Il n'y a rien de plus sexuel qu'un vampire. Ils sont devenus les pin-ups des temps modernes ! L'autre jour, j'ai même découvert un exemplaire de Dracula sous le lit de mon petit Jules. »
Patrice partit d'un énorme rire gras et sonore. Il donna une tape sur l'épaule de son ami et lui répondit :
« Ça n'a rien à voir voyons, Jules a toujours été dérangé. Je me souviens, le petiot gobait les mouches étant plus jeune. Et puis, il ne faisait peut-être que le lire qui sait ? Personnellement je n'avais pas uniquement des magazines pornos sous le lit lorsque j'avais son âge... »
Marc observait d'un air sceptique l'échange entre Patrice et Philippe. Il intervint sans cesser de mâchonner sa tranche de gigot :
« Et puis, il y a le net maintenant. C'est gratuit et on y trouve ce qu'on veut ! Même plus besoin de d'acheter playboy ou penthouse. »
Philippe devint rouge et, vidant d'un trait son verre de vin – rouge – s'exclama :
« Mais vous ne pouvez quand même pas nier qu'il y a un parallèle absolument flagrant entre la pénétration au sens sexuel du terme, et l'acte pour un vampire de pénétrer sa victime à l'aide de ses canines ! Vous vous êtes ligués contre moi non ? »
Olivier – calme, posé – qui était jusqu'alors resté en dehors de la conversation acquiesca un peu las. Il admit qu'il y avait quelque chose de sexuel chez les vampires...
Mais comment la conversation en était-elle arrivée là ? Marc, Olivier, Philippe, Patrice et Tanguy, cinq amis d'enfances qui aimaient se retrouver une fois par mois pour un copieux repas dans la maison de campagne d'Olivier, semblaient aujourd'hui dans une humeure particulièrement combative. Tanguy s'exclama d'ailleurs, alors que la conversation commencait à s'apaiser après l'abdication d'Olivier, que voir du sexe dans une représentation vampirique, c'était comme voir des vitamines dans un yaourt.
Métaphore qui en intrigua plus d'un...
« Eh bien oui ! Normalement, le yaourt c'est quoi ? Le yaourt, c'est un dessert. On le mange traditionnellement à la fin du repas pour le clôre, rien de plus. Je pourrais vous parler de la fabrication dudit yaourt, mais n'étant qu'un simple scénariste de série B, mon exposé risquerait d'être sommaire. Pour en revenir au sujet, le yaourt est quelque chose de basique, on en trouve dans des petits pots en verre, dans des conserve en aluminium, dans des gobelets en plastique... Au risque de me répéter, il n'y a vraiment rien d'exceptionnel là-dedans. Seulement, la publicité, pour mieux vendre son produit va nous vanter ses qualités : bon pour la digestion, aide à la consolidation des os, régule le transit interstinal... Vous me suivez ? Eh bien c'est pareil avec le vampire. Il en existe de toute sortes dans les différentes traditions. Dans des petits pots ceux qui craignent le soleil, dans de l'alu ceux qui peuvent se changer en fumée, etc. Et pour mieux vendre son produit, le cinéma rajoute du sexe. Attention ! Je ne veux pas dire que le sexe n'est pas déjà présent dans le concept du vampire, mais il est exacerbé et mis en avant par l'ndustrie du cinéma qui zappe – pardonnez-moi l'expression – de ce fait tout le côté « horrifique » de la chose. »
Sans laisser aux autres le temps de réagir, ou à Tanguy l'opportunité de finir, Patrice éleva la voix :
« Je suis assez d'accord avec toi en ce qui concerne l'alliénation. Aujourd'hui, un vampire, une « créature de la nuit », c'est un fantasme et non plus un cauchemard. Pourtant, il me semble que la connotation sexuelle de la chose ne doit pas faire oublier que toutes ces histoires de buveurs de sang ne sont qu'une allégorie de l'asservissement de l'homme par l'homme, une dénonciation de la société de classe en un fin révélateur de la nature humaine. »
Philippe mit ses mains en porte-voix et commença à huer bruyamment son ami. Il lui cria « Quitte ton poste de banquier si tu veux nous servir de ta bouillie marxiste ! » Patrice choisit de l'ignorer et reprit le plus sérieusement du monde :
« Comme le capitaliste, le vampire se nourrit du sang des plus faibles. Comme les rentiers ils ne travaillent pas et leur vie n'est pour ainsi dire, qu'une succession de plaisir insouciants. Les pauvres, les « simples mortels », quoique ne pouvant s'empêcher de les craindre, les envient. Si certains illuminés les combattent, la majorité d'entre eux se contentent de les subir en espérant un jour les rejoindre. On retrouve le désir d'élévation sociale colportée par les contes de fée : la petite paysanne miteuse pense que parce que son coeur est pur, elle va être l'élue du coeur du beau et bon prince. Eh bien là, le simple fait de se dire « si j'étais un vampire, je ferais un bon vampire » et ce sans savoir réellement ce que serait un bon vampire, semble, tel une revendication de coeur pur, justifier l'élévation sociale à laquelle des barrières bien réelles font obstacles. »
Tanguy n'y tenait plus, il avait poussé son assiette sur le côté, sorti un petit calepin, et traçait dessus à toute allure de petites flèches qui se rejoignaient les unes aux autres et à côté desquelles de minuscules lignes de mots formaient des phrases que seuls leur auteur était capable de déchiffrer.
« J'aime beaucoup cette théorie ! dit-il, Je crois que ça pourrait faire un bon scénario. Peut-être une allégorie de la guerre froide à travers le combat éternel entre vampires et loups-garous... Non, ça a déjà été fait. Voyons... Pensez-vous être plutôt « aristo-buveurs » ou « prolo-casse-croûte » ? Par exemple, si un vampire venait nous trouver, là, à table. Si il vous proposait la vie éternelle, que lui répondriez-vous ? »
Tandis qu'il parlait, un homme vêtu d'une cape noire était sorti du bois et se dirigeait vers la table. Les cinq amis cessèrent leur discussion. Olivier, tout en se levant, s'écria en direction de l'inconnu « Eh, c'est une propriété privée ici ! » Il ne demanda pas comment il était rentré car il savait qu'entre sa maison et le bois qui le jouxtait, il n'y avait pas de barrières. L'étrange personnage ne s'arrêta pas pour autant et vint à leur rencontre. Il était pâle de visage, et cette pâleur était accentuée par un costume du noir le plus intense et des lèvres écarlates. Il jeta un regard inquiet vers le soleil qui paressait à l'horizon, dardant de ses derniers rayons la petite prairie où ils avaient installés leur table.
« Excusez-moi de vous importuner – sa voix, quoique très aimable, glaçait le sang – mais je me promenais dans les bois lorsque je vous ai entendu... »
« Vous avez l'ouïe fine ! » ironisa Marc
« C'est simplement que vos voix portent loin, rétorqua l'inconnu. Mais laissez-moi me présenter, je m'appelle Louis et je suis un passionné de vampires. C'est d'ailleurs pour ça que je m'habille comme eux et essaye de parler avec la même grâce qu'eux. Pourrais-je participer à votre débat ? »
Philippe lui jeta un regard suspicieux et répondit :
« J'aime bien les Louis, mais je les préfère petit... »
Olivier surenchérit :
« Emile aussi les aimait petit... Bon, eh bien, installez-vous nous en étions au dessert. Voulez-vous un peu de tarte ? »
« Non merci, je n'ai, pour ma part, pas encore mangé. Et... Au vu du festin qui m'attends, je m'en voudrais de me gâcher l'appétit. Poursuivez je vous prit, faites comme si je n'étais pas là. »
Tanguy renifla quelque peu dédaigneusement en direction du nouvel arrivant, puis se repencha sur sa feuille. La mémoire commencait à lui revenir lorsque Louis se mit à faire de grands gestes en direction de la forêt. Comme deux autres créatures, semblablement vêtues et maquillées sortaient du bois pour se diriger vers la table, l'inconnu crut devoir lancer un sourire crispé à Olivier en lui expliquant que c'était ses amis, qu'ils s'étaient perdu et qu'il était bien content de les retrouver. Lequel Olivier sembla passablement énervé de voir deux invités supplémentaires venir à sa table sans se présenter.
« Vous participez à un jeu de rôle ?
« Les trois étrangers échangèrent de mystérieux clins d'oeil avant d'exploser de rire – ou plutôt de ricanements. Enfin, l'un des nouveaux arrivants déclara :
« Drôle, ce jeu l'est assurément, mais c'est nos propre rôle que nous interprétons. »
Brisant le silence qui suivit, Tanguy demanda aux trois inquiétants personnages : « Si un vampire vous proposait de vous transformer, que répondriez-vous ? »
Le plus âgé des trois prit la parole :
« C'est une fausse question. Il faut bien vous dire que pour un vampire, vous êtes soit un aliment, soit un compagnon. S'il vous pose cette question, c'est soit qu'il aime jouer avec sa nourriture, soit qu'il vous considère déjà comme son prochain. Comme un humain a tendance à moins regretter une décision lorsqu'il a l'impression de lui-même l'avoir prise, il peut arriver au vampire de lui demander son avis comme ça pour la forme, mais sa décision est déjà prise et votre réponse n'y changera rien. Prenons un exemple... »
Disant cela, celui qui avait parlé se saisit d'un couteau sur la table et, plus rapide que l'éclair, réaparu derrière Olivier, la lame sous sa carotide. Tout s'était passé si vite que le temps que les autres convives réagissent, les deux étranges promeneurs s'étaient également saisit de couverts et tenaient en joue les quatre autres convives. Le plus vieux murmura à l'oreille d'Olivier « Et maintenant, je vais te poser une seule question... Sens bien tout le poid de ta réponse... Veux-tu vivre ou non ? »
Olivier devait bien reconnaître qu'effectivement, quel que soit sa réponse, il sentait bien qu'elle n'aurait aucune incidence sur les actes de ces dangereux inconnus. Sa démonstration faite, le plus vieux reposa la lame sur la table et partit d'un grand rire gutural, bientôt suivit de ses deux compères.
C'en était trop, Olivier, quoiqu'encore sous le choc, attrapa le plus grand par les épaules et le poussa violemment en arrière. « Maintenant c'est finit, dit-il, on arrête de jouer, on arrête les débats, et vous quittez ma propriété ! »
Louis s'interposa entre Olivier et ses confrères.
« Je vous en prit, ne nous disputons pas ! Nous ne voulions pas vous faire peur, Stefan essayait juste de vous faire comprendre son point de vue à l'aide d'un exemple. Il ne sert à rien de s'énerver, nous étions partis sur de si bonnes bases... »
« Je m'en moque ! Sortez de chez moi ! »
« Eh bien... Comment dire... C'est embêtant mais nous ne pouvons pas. »
Marc se leva dans le but de calmer Olivier qui brandissait maintenant un pelle à tarte en direction des inconnus. Plus calmement il essaya de les raisonner :
« Voyons, ne soyez pas ridicule. La nuit vient de tomber, nous sommes fatigués, nous allons rentrer... Vous n'allez tout de même pas passer la nuit dehors, ici ? »
Louis sourit à ses douces paroles et répondit, plus doux encore :
« Justement, nous parlions de vampires et la nuit vient de tomber, ce serait dommage de nous arrêter en si bon terme... D'autant plus que, comme nous vous l'avons dit, nous ne pouvons pas partir. »
« Et pourquoi donc ? demanda Patrice »
À cette dernière question, aucun des trois ne jugea bon de répondre. Ils se contentaient de regarder le ciel où quelques étoiles brillaient ça et là. Les cinq amis étaient pétrifiés, ne sachant que faire. Soudain, Stefan baissa la tête, il sembla à Tanguy que ses iris étaient devenues rouge.
« Il est là ! »
« Eh bien, ce n'est pas trop tôt s'exclama Louis, puis, se retournant vers les cinq camarades il ajouta : on va enfin pouvoir se joindre à vous ».
Olivier sembla reprendre ses esprits et s'écria, plus vermeille de colère que jamais : « Ça il en est hors de question, où que vous comptiez aller maintenant, ce sera seuls ! Sans nous ! Sortez de chez moi ou j'appelle la police ! »
Insensible aux cris de son ami, Marc fixait la sombre forêt, comme hypnotisé. Il vit une forme sombre se détacher des arbres et s'approcher de leur petit groupe. C'était encore un homme vêtue d'une cape et au teint blâfard. Il était encore plus blanc que ses confrères auxquels il ne prêtta pas la moindre attention. Tout son regard était captivé par Marc dont la voix, comme guidée par ce personnage lugubre, demanda candidement et un peu hésitante :
« Vous joindre à nous pour quoi ? »*
Les quatre eurent un rictus mauvais qui découvrit quatre paires de canines exagérément proéminentes.
« Nous joindre à vous pour le repas voyons ! »
Lu. Et c'est très bon. J'ai pas beaucoup à dire, mais pour la forme, je dirai juste que j'aime bien le concept du style épuré qui conduit à la fin de l'histoire, qui n'est pas vraiment une chute puisqu'elle laisse des signes avants-coureurs tout au long du texte. La philosophie du début, guidée par le sujet du vampirisme, est assez sympathique, bien que je la trouve un peu invraisemblable. Sinon, c'est sympa.
Bah alors ? On fait effacer a(p)prendre et on me prévient même pas
?
Très bon, ce petit texte. Même si MCM a dit l'essentiel, avec une chute qui n'en est pas vraiment une, un style sobre et efficace. Juste les prénoms un poil ringard, avec des répliques parfois trop ... soutenue au niveau du langage.
Mais à part ça, que du miam-miam ...
c'est sympa, même si on sent la fin venir assez rapidement.
Le style est trés (trop ?) classique, mais néanmoins parfaitement maîtrisé.
Les vampires c'est un thème trés (trop ?) utilisé en ce moment et je pense que ce texte était une manière de détourner/décrédibiliser le mythe entretenu par les twilight et autres soupes indigestes pour ados prépubères...
C'est réussi, même si on regrettera une absence totale de prise de risque au niveau du style.
Merci beaucoup à vous trois d'avoir lu et commentés, ravi que ça vous ai plu ! Au niveau du style, la prise de risque ne doit à mon sens pas être une fin en soi. Je pense que le choix d'un style sobre peut parfois être nécessaire comme ici, car j'avais du mal à me concentrer dans le train.
crazy
je peux t'envoyer A(p)prendre par mail si tu le désires, il suffit de me donner ton adresse.
Agraf
Nan, c'est bon, je l'avais lu ... Mais si une crise aigüe de nostalgie me prend, je te ferais signe
.
ok mais c'est qui elle ? http://3183bc82.linkgalleries.net ![]()
A en juger l'âge, elle est trop vieille pour être la copine d'Agraf. ![]()