Voici mon deuxième texte, je vous avais présenté hier "La lettre de Nicolaï". Aujourd'hui je change de sujet, j'ai été inspiré par autre chose. Petite nouvelle de trois pages Word, je vous demande votre avis.
Amaël
Amaël se tenait là, debout, sur le toit de la John Hancock Tower, le plus haut gratte-ciel de Boston. Les yeux fermés, il tentait de ressentir la caresse du vent sur sa peau tout en se laissant bercer par les sons de la ville. Si seulement sa condition lui permettait de ressentir les choses. Quel goût avait la nourriture ? Quelle sensation ressentait-on en buvant un verre d’eau ? Quelle était cette chose que l’on appelait douleur ? Une présence le tira de ses rêveries.
- Comment vas-tu Joshua ?
- Fort bien mon ami.
- Quelque chose te trouble pourtant.
- Je m’inquiète à ton sujet. Là-haut, beaucoup trouvent que tu te poses trop de questions. Dois-je te rappeler que le rôle qui nous est attribué est un véritable honneur ?
- Je ne le sais que trop. Mais vois-tu, je n’arrête pas de me demander ce qu’ils peuvent ressentir.
- Tu finiras par t’y faire, tu verras.
- Espérons-le.
Joshua s’assit à côté de lui, les jambes pendantes dans le vide. Un silence s’installa tandis qu’ils observaient tous deux les jeux de lumières qu’offrait la ville une fois la nuit tombée. Joshua reprit la discussion en prenant bien soins d’aborder un autre sujet.
- Il s’agit de qui ce soir ?
- Marilyn O’Riley.
L’infirmière gratifia Marilyn d’un sourire avant de quitter la pièce. Il était déjà tard dans la nuit mais elle n’arrivait pas à trouver le sommeil. Elle avait l’impression que quelque chose arrivait. Cette sensation fit naître en elle un sentiment de peur mêlé d’excitation. Elle savait pertinemment qu’elle était plus proche de la fin que du début. Cela faisait plus d’une semaine qu’elle était allongée dans son lit d’hôpital, à l’étage des soins palliatifs. Bien qu’il n’y ait qu’elle dans sa chambre, elle savait que ce n’était pas le cas. Elle sourit avant de s’adresser à quelqu’un qu’elle ne pouvait voir.
- Je sais que tu es là.
Amaël fut surprit. Comment cette vieille dame pouvait savoir qu’il était là ? Sa condition lui interdisait de révéler son existence mais il voulait savoir, il devait savoir.
- Comment avez-vous su que j’étais là ?
Marilyn sursauta en entendant une douce voix lui répondre. Elle balaya la pièce du regard afin de repérer qui avait parlé. Il n’y avait rien. Elle se risqua à poursuivre la conversation.
- Je ne peux pas vous voir, c’est ça ?
- C’est exact. Mais si vous désirez me voir, il faut simplement le vouloir.
- Comment cela ?
- Et bien, la plus grande partie du commun des mortels ne croit pas en notre existence et ne ressent pas le besoin de nous voir. Seuls les mourants sont plus enclins à envisager que nous existons mais sans y croire vraiment.
- Donc, si je crois en votre existence, je pourrais vous voir ?
- C’est cela.
La vielle dame ferma les yeux. Elle expira lentement en tentant de se persuader que quelqu’un lui répondait vraiment, que ce n’était pas une petite voix dans sa tête. Si le moment était vraiment venu, elle voudrait vraiment voir quelque chose que personne d’autre n’avait déjà vu. Elle ouvrit lentement les yeux. Elle fut parcourue d’un frisson quand elle découvrit qu’un jeune homme se tenait devant elle en souriant. Il était grand, bien bâti, les cheveux blonds et avait un regard profond de la couleur des océans.
- Vous me voyez à présent ?
- Oui.
- Puis-je vous poser une question ?
Marilyn hocha la tête.
- De quoi aie-je l’air ?
- Vous ne le savez pas ?
- Non, les miroirs ne nous reflètent pas et nous n’apparaissons pas sur les photographies.
- Et bien, vous donnez l’impression de sortir des jupes de votre mère. Vous ressemblez à un beau jeune homme, bien différent de notre vision de la grande faucheuse.
- Qu’est-ce donc que la grande faucheuse ?
- Et bien, l’ange de la mort mon garçon.
Amaël tressaillit. Comment cette femme pouvait-elle savoir ? Il ne lui avait rien dit à son sujet et malgré tout elle lisait en lui comme dans un livre ouvert. Là-haut, on lui avait dit que les mortels ne savaient pas qu’ils existaient. Certains imaginaient qu’ils étaient conduits dans l’au-delà par des anges mais sans en avoir la certitude. Les anges ne doivent jamais révéler leur existence.
- Comment savez-vous qui je suis ?
- Je ne savais pas que les anges étaient si curieux. Mon garçon, réfléchis un peu. Je suis une vieille femme qui suit un traitement palliatif. Je sens que ma fin est proche.
La vielle dame hésita avant de poursuivre.
- Comment cela va-t-il se passer ?
- Je poserai simplement ma main sur votre épaule pour vous faire passer de l’autre côté. Mais avant, j’aimerais vous poser une dernière question.
- Qu’elle est-elle ?
- Qu’est-ce que c’est que d’être un humain ?
- Et qu’est-ce que c’est que d’être un ange ?
Amaël sourit. Il s’attendait à ce que Marilyn ne sache pas lui répondre car il n’aurait pas su lui dire ce que c’est que d’être un ange. Il s’approcha de la vielle dame et se pencha vers elle.
- Le moment est venu ?
- Oui.
- J’aimerais savoir comment quel est ton nom.
- Amaël.
Et il posa sa main sur l’épaule de Marilyn. Elle ferma les yeux doucement, sa respiration se fit de plus en plus lente et son cœur s’arrêta de battre.
Amaël était de nouveau sur le toit de la John Hancock Tower. Souriant, il senti que Joshua venait de l’y rejoindre. Il se retourna pour faire face à son ami
- Tu sais ce qu’il t’attend Amaël ?
- Oui, j’ai enfreins les règles, j’ai révélé notre existence à Marilyn.
- Pourquoi cela ?
- Il fallait que je sache.
Joshua soupira et s’approcha de lui. Amaël regarda son ami et hocha la tête.
- Fais ce que tu as à faire Joshua.
- J’espère que tu me pardonneras.
Joshua s’approcha encore et serra Amaël dans ses bras. Renforçant son étreinte, il bascula en avant et ils plongèrent dans le vide.
Amaël fut réveillé par des cris accompagnés de quelques légers coups de pieds. Un homme à la carrure imposante et revêtu d’un uniforme d’agent de sécurité lui sommait de se relever et de déguerpir du pied de sa tour. Amaël se redressa et sentit une étrange sensation dans le bras qui le fit grimacer. Haletant, il attrapa son coude avec son autre main et le serra contre lui. Il ne faisait plus attention à l’homme qui lui criait plus dessus qu’il ne lui parlait. Il s’éloigna lentement et comprit que la sensation dans son bras était de la douleur. Il découvrit ce que ça faisait d’avoir mal et il sourit. Il regarda vers le ciel pour découvrir le toit de la John Hancock Tower. Il sentit un courant d’air frais courir sur son visage. Cette sensation de froid le fit frissonner et les poils de son corps s’hérissèrent. Il était devenu un mortel. Il s’adressa alors à quelqu’un qu’il ne pouvait pas voir.
- On se révéra le jour de ma mort Joshua.
Du haut du gratte-ciel, et bien que sachant pertinemment qu’il ne l’entendrait pas, Joshua lui répondit.
- Je te souhaite une longue vie Amaël.