Un texte sans prétention
...
Un vieux piano. Vous savez, celui désaccordé, qui traine au fond du salon, à défaut d'être remisé au grenier. Le bois est un hêtre noble, foncé par tant d'années passé au soleil, couleur de miel et de caramel, gourmandise des yeux et des oreilles.
Les notes sont désaccordées. Le "la" est descendu d'un demi-ton, parfois d'un entier. La mélodie jouée, une fois le couvercle relevé et la clé posé sur son rebord, n'est plus parfaite. Les doigts hésitent, se crispent sur les accords difficiles, buttent sur les croches trop rapides pour une partition si vieille.
Vous savez, il y a ce vieux piano. Maman est morte voilà deux mois, et la maison sent triste. La voix du répondeur n'est pas parfaite, mais les mains tremblent toujours autant, quand je m'approche du piano. Il y a quelques papiers administratifs sur le beau couvercle. Doucement, je les enlève. Une photo glisse du tas, les larmes dégoulinent sur le sol. Il faut bien se souvenir. Maman aimait tellement quand je jouais sur ce bout de bois tapissé de cordes. Maladroitement, avec les années, mais elle ne cessait jamais de sourire.
Le téléphone sonne. Mauvais hasard. Les mains glissent sur la nacre, blanche et noire. La ritournelle se faits soudain plus claire. dehors, le soleil a fait place à la pluie. Il éclaire le bois comme jamais avant.
Une sonnerie, puis deux,, trois, et enfin quatre. A peine le temps pour quelques (dés)accords. Mains sûres, dociles. Mais les notes sont fausses. La ritournelle ne tourne plus trés rond dans les cordes détendus. La ritournelle, brisé dans le froid soleil de novembre.
La boîte vocale s(est enclenché. Rien pour arrêter le mécanisme. Alors, la voix douce de maman résonne malgré la musique. L'appartement se fait cocon quelques secondes. Mais tout va trop vite. La voix, le message, la ritournelle. Un doigt dérape, tandis que le triste écho du dérangement fait place à Maman. Les fausses notes se succèdent. Je pleure mais continue.
Dehors, le soleil finit par céder sa place aux nuages. Le piano est encore ouvert. Mais jamais plus Maman, juste pour sourire et dire "merci".
Je pleure, je pleure. La ritournelle ne tourne plus rond. Maman s'en est allé