« - Pat est un empoté.
- Non, Pat est un empathe.
- En pâtes, Pat s’y connaît.
- Tu n’y connais rien, ça veut dire qu’il peut ressentir tes émotions.
- Comment c’est possible ?
- S’il a de la sympathie pour toi, son empathie se déclenche.
- S’il est sympa avec moi, j’en pâtis ! Car je ne le supporte pas. Il est trop bizarre.
- Il t’est antipathique ? C’est pas sympa ! Tic, tac, toc, le toqué arrive !
- Moi j’ai rien compris : faut être sympa avec Pat pour être en party avec lui car il s’est empâté ?
- Tais-toi ! T’as rien compris ! Ce gros pâté empoté est un empathe si tu lui es sympathique. Mais il a aussi des tics sympas qui le rendent antipathiques. Et ça, ça me gave.
- Il est trop nul ce mec. Mais s’il ressent tes émotions, tu crois qu’il peut lire dans tes pensées ?
- Il peut lire dans les pensées ? Ca m’épate !
- Moi je pense qu’il peut lire dans ton âme et t’amener à penser ce qu’il veut. J’aime pas être avec lui ça me met mal à l’aise mais il essaie toujours d’être dans les pattes de quelqu’un, comme s’il cherchait à lui vider la cervelle ! Ma grand-mère dit que les empathes c’est comme les vampires sauf qu’au lieu de sucer le sang ça suce les pensées.
- Ouah ! C’est comme l’émission d’hier sur les killers en série et les sociopathes. Ca foutait trop les boules de savoir que ton voisin pouvait te tuer un soir. Télépathe, empathe, sociopathes, tous des serial killers !
- C’est un télépathe qui rentre dans ton âme pour te faire croire qu’il est ton ami. Je suis sûr que c’est de la magie noire.
- Moi j’y comprends rien à vos histoires. Les pâtes à la télé parlent à l’âme et pan ! C’est là qu’on en pâtit à cause des tucs pas sympas de Pat ? Et les vampires débarquent pour lui sucer la cervelle avec des céréales killer ? C’est débile comme histoires arrêtez la télé les gars !
- Vos gueules il nous regarde bizarrement.
- T’es qu’un boulet toi !
- Attend je vais t’apprendre le respect, viens voir qui est le plus fort ici. »
Plus le ton montait. Plus Pat se sentait irritait. L’antipathie ambiante se propageait comme par télépathie entre les élèves, soudain en sympathie pour une bagarre générale. Mais même plein de tics, le pâté n’était pas si empoté et quand les surveillants eurent séparé tout le monde, au milieu des nez qui saignaient, des joues tuméfiées et des yeux cerclés de noir se tenait Pat le toqué, radieux, semblant s’être nourri des émotions de ses camarades. Son visage n’était pas endolori, son âme n’était pas meurtrie.
Et toc ! Encore un tic. C’était le prix à payer : ne pas avoir l’air sain, pas comme les autres. Etre une grosse tique, qui appâte les autres par son air bizarre, qui leur fait éprouver des émotions fortes. Tel est pat, son pouvoir : empathie, en partie de naissance. Une sorte d’héritage. Télé/pâtes : la vie de Pat, ce qui l’empâtait. Pat, ceint par sa graisse, ne pouvait que provoquer l’antipathie de ses camarades. Et tri partie se divisait la classe : il y avait les filles, il y avait les garçons et il y avait la chose en pâtes dénommée Pat.
Mais ce jour-là, Pat l’empathe se tenait au milieu des autres à quatre pattes, araignée aux multiples pattes entourée de moucherons, pâtes à déguster par la pensée jusqu’à en extraire leur substantifique moelle : l’âme.
Cette vision fut si atroce qu’aucun surveillant ne pu s’empêcher de frissonner.
Et Pat de se délecter de ce dessert inattendu.
Le texte avec des illustrations est aussi disponible ici:
http://histoiresdumarais.blog4ever.com/blog/lirarticle-323885-1325211.html
(car ici pas possible de mettre des images)