Bonjour à tous, voici le début d'un texte dont l'intrigue se déroule dans un univers post-apocalyptique. J'attends vos critiques
2010. Minnesota
Assis sur les tuiles dures de la toiture, il guette. Comme à son habitude. Le moindre mouvement, la moindre agitation entre les arbres humides. Le fusil chargé à porté de main. Le vent souffle les feuilles autour de la ferme. L’hiver approche. Les nuages grisonnants condamnent l’éclat du soleil ; tout semble morne. Il scrute ainsi durant plusieurs heures, ardument, chaque jour. Depuis plus d’un mois maintenant.
Finissant par quitter sa position en ouvrant la lucarne, il s’engouffre à l’intérieur de la maison, grâce a une vieille échelle de bois. Le froid s’empare de lui. Il descend au rez-de-chaussée et se dirige vers la cheminée. Arrivé devant celle-ci, il dépose son arme et s’empare d’une boîte d’allumettes poussiéreuse. Elle est pleine. Il tente de faire partir un feu, et après quelques instants celui-ci prend. Il se laisse alors tomber dans un fauteuil et admire le spectacle. La chaleur dégagée lui procure un bien fou. Il se met à réfléchir, à penser au passé. A quoi bon ? Les quelques personnes chères qui lui restaient avant la pandémie ont été emportées par celle-ci. Maintenant il est seul. Il le sait. Et la seule pensée qui lui reste est celle d’un espoir de survie.
PERSISTANCE .
Ses yeux sombres balaient la pièce. Ils s’arrêtent sur le fusil posé au pied de la cheminée. Voilà le seul moyen de défense qu’il a, mécanisme complexe destiné à accomplir les tâches douloureuses. Cet instrument qui appartenait autrefois à son père, qui lui-même le tenait du sien qui l’avait apporté de France en 1945. Un fusil 36 français au coup par coup qui avait peut-être, qui sait, déjà emporté plusieurs vie avant de quitter son pays d’origine. Il se souvient alors de sa jeunesse, lorsqu’il tirait des cibles à l’horizon, avec son père et ce même fusil ; et il se demande combien de temps il pourra tenir avec le peu de chargeurs qu'il a. Il ne l’a certes utilisé qu’à peu de reprises depuis le jour J, mais sait-on jamais.
La lumière faiblit à travers les vitres des quelques fenêtres dont les volets ne sont pas rabattus. Il s’en rend compte et regarde sa montre : 19h10. Il se lève alors et se dirige vers la cuisine. Arrivé dans cette dernière, il ouvre une conserve de haricots blancs. La première moitié de ces haricots lui servira de repas ce soir, tandis que la seconde fera office de déjeuner le lendemain. Après s’être nourri, il inspecte rapidement chaque fenêtre ainsi que la porte d’entrée, et vérifie qu’elles sont correctement fermées. Il ferme tous les volets. Une fois cela fait, il retourne s’asseoir dans son fauteuil, face au feu. Celui-ci a déjà presque consumé tout le bois qui était installé dans la cheminée, et ne tarde pas à s’éteindre. Il s’assoupi, exténué.
*
Les planches de bois entrecoupent ce qui semble être la lueur des rayons matinaux du soleil. Ces derniers viennent réchauffer son visage. Il a du mal à quitter son sommeil. Mais finit par ouvrir les yeux et se redresser. La luminosité du jour apporte à la pièce un aspect serein, matinal. Subitement, il croit percevoir des bruits de pas. Dehors, dans les feuilles roussies. Etrange sensation. Il se lève sans un bruit, attrape son arme et se plaque contre le mur, pour éviter d’être aperçu à travers les volets. Quelqu’un cours à l’extérieur, il en est sûr maintenant. Ses pas se rapprochent. Tout près. Soudain, on essaie d’ouvrir la porte d’entrée. Puis des coups. La personne est essoufflée. Mais en est-ce une ? Ne serait-ce pas plutôt un infecté ? Pas moyen de le savoir pour l’instant. Les coups s’amplifient. Puis un appel désespéré. « Je vous en prie, ouvrez-moi ! » ; « Y a quelqu’un ? » Une voix d’homme. Son cœur s’emballe. Il ne peut pas lui ouvrir. Peut-être qu’il a déjà été contaminé.
Il reste figé sur place, stoïque.
Il finit par prendre la décision de monter à l’étage, d’où il pourra apercevoir son visiteur. Lentement. Une fois la haut, il ouvre la fenêtre donnant sur l’avant de la maison et écarte doucement les battants des volets. Son regard peut alors se porter sur cet étrange personnage qui tente maintenant d’enfoncer les volets du rez-de-chaussée. Un grand brun sans âge, barbu, déjà amaigri par le manque de nourriture. Sans blessure apparente. Il porte un sac à dos kaki. Soudain l’homme lève ses yeux vers lui ; il le supplie de lui ouvrir, mais n’a pas le temps de finir sa phrase car il se retourne subitement. A une centaine de mètre, quelqu’un accours dans leur direction. Il pousse complètement le volet et comprend que l’individu qui accourt est infecté. L’homme est en fait poursuivi, il aurait dû s’en douter. Le canon de son fusil vient alors se déposer sur le rebord de la fenêtre. Il aligne son œil avec le viseur de l’arme et prend en joue la cible. Il fait feu. Une détonation sourde, puissante. Le vent balaie la fumée. Le contaminé s’écroule au loin. La tension semble retomber. Il entend alors l’homme qui frappait à sa porte tousser. Instinctivement, il aligne ce dernier avec le viseur de son fusil. Il crache du sang. Et en se tenant la gorge, laisse apparaître une morsure sur son avant-bras droit, la manche déchirée. « Non, je vous en prie …» Après quelques instants, non dénués de compassion, la détonation finit par retentir. Le gaillard s’étend de tout son long sur la terre encore humide. Mort sur le coup.
Il ne pouvait pas faire autrement.
Après avoir prudemment rassemblé les deux cadavres derrière la maison, il retourne dans cette dernière. Il y dépose le sac transpercé du fuyard. Il le fouillera plus tard. Arrivé dans la pièce à vivre, il ouvre un placard et en ressort un bidon d’un litre d’essence à moitié rempli. Il se dirige ensuite vers la cheminée et attrape la boîte d’allumette. De retour devant les corps des deux défunts, il les asperge d’essence après avoir écarté d’eux les feuilles mortes. Après quoi il allume une allumette et la jette sur les corps. Il retourne alors rapidement à l’intérieur, ferme la porte d’entrée avec les verrous, entre dans la cuisine, attrape son fusil et 2 chargeurs sur la table, puis monte sur le toit pour surveiller les alentours. Rien pour l’instant. Les corps brûlent. Une âcre fumée commence à s’élever dans les airs. Il espère qu’elle ne sera pas trop visible de loin. Il essaie de se remettre de ce qu’il vient de faire. De ses émotions. Il sait que tout cela n’est sans doute qu’une prémisse de ce qu’il devra vivre durant des mois, peut-être même durant des années, s’il survit.