Un petit événement de fraîche date, qu'il me plait de partager avec vous. Vos impressions ?
Maudits saignements de nez... Depuis ma plus tendre enfance, pour la plus infime raison, je me mettais à saigner. Une émotion forte, un petit coup sur la narine, une grande chaleur ... Par deux fois, je m'étais fait cautériser. Une tige de métal chaude, un produit brûlant, bourré au fin fond du nez... Enfin, vous verrez bien. Il y a quelques jours donc, constatant que mes saignements se multipliaient et que mon teint devenait de plus en plus blanc, ma mère décida de, pour la troisième fois, me faire voir un O.R.L. Pour me réconforter, elle me répétait que peut être n'allait il pas me faire endiguer ce supplice, et me donner un médicament quelconque... Mais moi, je le savais, que j'allais me taper le bourre pif.
On m'avais tout de même accordé un sursis. Saigne encore une fois, et t'y vas. Sa avait le mérite d'être clair, me direz vous. C'est donc parti sur l'idée qu'aucune goutte ne sortirait de ma narine que je commençais ma semaine. Manque de pot, une heure plus tard je saignais.
- T'inquiètes pas, et puis tu étais petit, tu exagérais, je suis sur que tu n'auras pas mal.
-T'as qu'a le faire toi, tu verras bien.
Ce fut donc en achevant cette tirade que je m'appropriait un siège de la file d'attente. Mon cœur ratait un battement à chaque fois qu'on ouvrait la porte pour citer le nom de quelqu'un. Et voila qu'elle s'ouvrit sur un homme à l'apparence débonnaire, d'une cinquantaine d'années, qui prononça, à mon grand découragement, mon nom.
Après une poignée de main nerveuse, j'entrais dans le cabinet. Le parfait attirail du bourreau. Des tiges de fer de toutes tailles, des produits en tout genres... Quoi, qui a dit que j'exagérai ? Ma mère lui expliquait mon cas, quand le couperet tombas, tel un jugement très prévisible :
-Bon, et bah, on va cautériser.
Après un sourire qui se voulut réconfortant de ma mère -Que j'avais plutôt envie de damner pour m'avoir amené ici à ce moment la-, je m'asseyais sur le siège en cuir collant. Je m'attendais presque à ce qu'il me mette des menottes et qu'il aiguise une lame. Mais non, il se contenta de piquer un coton sur une tige en métal qui reposait sur une sorte de plaque chaude, qu'il enduisit ensuite d'un produit écarlate. Les secondes défilaient, annonçant l'orage, tandis que j'analysais ses mouvement. Les souvenirs d'enfance se bousculaient sous mon crane, tel une réminiscence causée par les odeurs chimiques et brutes qui se dégageaient du flacon. Mon bourreau préféré me mit une sorte d'écarteur dans le nez, afin de m'agrandir la narine. Jusque la, rien de bien terrible.
Sa, il n'y est pas allé de main morte. La tige était déjà en train de se frayer un chemin que je n'avais pas réalisé ce qui m'arrivait. Tout d'abord, l'horrible sentiment qu'on vous le met beaucoup trop loin, que ce médecin est un fou furieux, qu'il va vous blesser, et vous faire saigner encore plus. La senteur de métal vous enivre et vous brouille. Et la, viens le produit. Un éclat de douleur dans le nez, une explosion de flamme. Mes ongles tailladaient les appuis bras du siège, tandis qu'une de mes mains, à ce que m'a dis ma chère inquisitrice de mère, poussait l'exécuteur de mes souffrances. Je me levais en même tant que la tige, involontairement. Mes pensées et ce que je ressentais se transformait en un amalgame de couleurs et de sensations désordonnées. J'ai cru que j'allais mourir ici ! Mon dieu, sa y'est, je me sens partir, je ...
-Sa y'est, c'est fini. C'était pas si dur ?
