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Liste des sujets

Phœnix stellaire

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
13 février 2009 à 18:13:48

Bonjour à tous. :)

Cette nouvelle date de décembre, alors que je comptais participer au concours. Je voulais la retoucher, mais finalement elle me semble pas trop mal comme ça. Alors je la poste et comme elle est un peu longue, je posterai par morceau. J’espère que ça va vous plaire.

Phœnix stellaire

Ebenezer Gorsky se frotta les yeux, se massa la nuque et palpa ses muscles endoloris par une nuit de sommeil particulièrement glaciale. Une douleur irradiait dans son dos et il tenta d’atténuer ses souffrances par quelques étirements, en vain. Il se releva de sa couchette en grimaçant, passa des vêtements de jour et quitta sa cabine pour se diriger vers le pont central.
Il déambula mécaniquement dans les couloirs uniformes du vaisseau sans prêter attention aux signaux lumineux qui dispensaient un éclat rougeâtre tout autour de lui. Il grimpa à une échelle et tomba face à Hadley, l’astronavigateur, un homme paradoxalement petit et imposant.
— Bonjour Capitaine, nous sommes attendus en salle de réunion.
Les deux hommes gagnèrent la salle en quelques pas. À l’intérieur, ils découvrirent une grande pièce rectangulaire au centre de laquelle se trouvait une table et plusieurs sièges. Ebenezer repéra l’ingénieur en chef Tagashi qui se contenta de lui gratifier un sourire d’une blancheur qui pouvait rivaliser avec celle des murs, à l’inverse de la ravissante lieutenante Ann N’mowa qui lui adressa juste un hochement de tête pour le saluer. Il aperçut DeVœux, le médecin de bord ; qui s’affairait en compagnie l’astrophysicienne Rosa Cortopoulos.
Le silence s’installa dès qu’il prit place à la table.
— Sans trop me tromper, l’équipage est au complet, fit-il. Il y a de la mutinerie dans l’air ?
Les autres membres ne relevèrent pas le ton plaisantin et prirent place à leur tour. Seule Ann resta debout, et fit baisser la lumière de la pièce.
— Ce matin, à 4 h 34 UTC, les capteurs du vaisseau ont détecté quelque chose en orbite autour de l’étoile ET-465-Q, ou Antélias. L’ordinateur de bord a dû juger que c’était d’une certaine importance puisqu’il nous a fait dévier de notre cap pour nous positionner proche de l’étoile.
— Qu’est-ce qui a été détecté ? demanda Ebenezer qui regrettait de ne pas avoir fait un crochet par la cuisine pour avoir pris un café.
— Nous l’ignorons totalement. Les seules informations dont nous disposons…
— Comment ça vous l’ignorez ?
Ann se rassit et fit un signe de tête à Rosa qui se leva. Sans rien dire, elle s’approcha d’un des murs et pressa un bouton. Le panneau se déroba et l’espace s’imposa à eux. Ebenezer et son équipage découvrirent que le néant était le théâtre d’une chorégraphie donnée par des spectres sinueux. Face à eux, des plis de lumière iridescents plongeaient puis se dérobaient en hâte, tels les bras multicolores des aurores boréales. Des doigts osseux d’ectoplasme se tendaient selon de puissants champs magnétiques, qui s’écartaient, et faisaient mine de se refermer vers un astre sombre avant de se tendre à nouveau.
Ebenezer ne sut qualifier les sensations que la beauté de ce spectacle provoquait en lui à cet instant.
— Antélias n’est pas tout à fait une étoile; c’est une planète à neutron, déclara impérieusement Rosa.
Le capitaine haussa les sourcils.
— Une étoile à neutron vous voulait dire ?
— Non, une étoile à neutron ne fait généralement que quelques dizaines de kilomètres de diamètres, riposta Ann, or Antélias est presque aussi gros que la Terre, ce qui lui confère par sa taille le rang de planète même s’il présente les autres caractéristiques d’une étoile à neutron. Son l’intensité magnétique approche les 10 puissance 20 teslas et ce que nous voyons présentement sont les manifestations de la ionisation de ses particules en surface qui sont projetées dans l’espace en raison de la vitesse de rotation de l’astre qui l’apparente ainsi à un pulsar. Vous comprendrez Capitaine que nos instruments ont eu des difficultés à examiner avec pertinence la situation.
Ce ton froid et cassant insupportait au plus haut point Ebenezer qui considéra sa lieutenante avec aversion. Il assimila tant bien que mal ses paroles et revint au vif du sujet.
— De ce que nous avons détecté, que savons-nous ?
— Il s’agit d’une structure composite, probablement métallique, pas plus grosse que notre appareil.
— Et si c’était tout simplement un agrégat ferreux résultat des projections de l’étoile, ou un reliquat d’une ancienne ceinture d’astéroïde ?
— Impossible, fit Hadley.
Il fit courir ses doigts sur son ordinateur de poche et projeta au-dessus de la table une projection holographique d’Antélias. Deux autres points représentaient le Magellan, leur appareil, et l’objet détecté, plus proche de la sphère.
— Cette structure est en orbite géosynchrone juste au-dessus des pôles, là où le pinceau de radiation projeté par la planète à neutron et le plus intense, ce qui rend la lecture des données très difficile.
Il marqua un temps.
— Aucun corps céleste ne peut emprunter une orbite géosynchrone sans s’écraser sur l’astre en raison de sa masse. Or dans notre cas, l’objet ne peut être qu’un vaisseau, parce que comme il est principalement constitué de métal, le magnétisme d’Antélias le repousse tandis que les forces gravitationnelles l’attirent, le maintenant ainsi prisonnier dans une prison d’interactions fondamentales. S’il s’agissait d’un objet naturel, sa masse l’aurait déjà fait plonger vers la planète.
Un nouveau silence s’abattit sur la salle de réunion. Des épaves, il y en avait partout dans l’espace, Ebenezer le savait très bien. Avant d’être promu capitaine, il avait officié dans la ceinture d’astéroïdes pour réguler le commerce des anciennes infrastructures minières. Partout où l’humanité avait exploré puis investi l’espace, il demeurait invariablement des vestiges de l’exploitation des planètes ou de conflits déjà oubliés. Les épaves étaient ainsi chose courante dans l’espace. Mais pas ici.
Le Magellan était un astronef n’exploration doté d’un réacteur à distorsion de phase qui permettait de parcourir le cosmos à des vitesses inconcevables, des vitesses que nul autre vaisseau dans l’univers ne pouvait égaler. Comme ils se trouvaient à des milliers de parsecs de la Terre, dans une partie de la galaxie alors jamais explorée par des humains, la présence d’un astronef en orbite de ce corps céleste faussait leur conception de l’espace.
— Il n’y a que deux possibilités, se hasarda DeVœux. Soit quelqu’un est déjà venu ici, soit cet appareil n’est pas de conception humaine.

Tokkia
Tokkia
Niveau 10
13 février 2009 à 18:33:40

Je trouve que ton texte est vraiment bien, c'est très bien écris et ton style est intérréssant. Personnellement je ne vois pas grand chose à retoucher, ^par cntre il y a certain adjectif que je n'ai pas comprit, mais ne fais pas attention à ça, je suis beaucoup plus jeune que toi, et sa doit expliquer pourquoi certain de tes mots me sont inconnus.

MonsieurZ
MonsieurZ
Niveau 4
13 février 2009 à 19:10:17

Bonsoir à tous. Bonsoir cher Ostramus.

Si je devais qualifier ton texte en un seul mot, j'utiliserais sans doute le terme "Solide".

Concernant le style, je n'y vois rien à redire, mais de toute façon je n'ai pas les compétences littéraires suffisantes pour faire une critique approfondie dans ce domaine. Je me contenterai donc de dire que j'ai lu ton récit d'une traite, sans aucun ennui, sans hâte; sans ressentir une certaine lourdeur désagréable. J'ai trouvé ta façon d'écrire somme toute sobre et efficace.

Consernant l'histoire, la matière propre de ton texte, j'ai accroché dès le début alors que je ne suis pas tout à fait fan de ce genre littéraire. J'ai trouvé certaines de tes idées bien senties : par exemple, le nom du vaisseau ("Magellan") est une intuition absolumment géniale, qui en dit infinemment plus que certaines descriptions sur le fond de l'histoire.
Comme la présentation de certains de tes personnages : "Hadley, l’astronavigateur, un homme paradoxalement petit et imposant" . Tout est dit, et j'adore la formule.
Un petit mot sur le vocabulaire choisi. Assez technique parfois, voire complexe. Mais j'approuve, en ce sens qu'il permet de plonger dans ton histoire. Et puis enfin de la science-fiction qui s'assume !
Enfin, j'apprécie les petites allusions discrètes mais efficaces sur le passé, sur le fond de l'histoire, disséminées ici et là dans le récit. Je les trouve bien placées.

Voilà, pas grand chose de plus à ajouter. Je n'ai pas vraiment de critiques négatives à formuler, mais je suis sûr que d'autres s'en chargeront à ma place. Peut être qu'il n'y a pas vraiment de fulgurances, mais c'est une introduction, ça pose bien les bases. C'est solide, en somme.

KaiM
KaiM
Niveau 11
14 février 2009 à 10:40:32

Ca faisait un bout de temps que je n'avais plus lu un de tes textes. Et ça fait plaisir de s'y remettre. On sent que ton clavier est bien rôdé, les premières lignes témoignant déjà d'un solide sens de la mise en scène. Par contre, la description de la planète à neutrons m'a paru un peu bancale, pas dans le choix des mots mais dans les tournures de phrases, dont le rythme pourrait être amélioré. Mais ce n'est qu'un détail, le texte restant une très bonne accroche.

Et pour rebondir sur ce qu'a dit MonsieurZ, j'ai l'impression que le nom du vaisseau laisse présager de la chute, mais en même temps je ne crois pas que tu sois du genre à placer des indices aussi évidents dans tes textes.

:)

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
14 février 2009 à 12:19:39

Il est déjà passé, ce concours ? Parce que si non, je t'ai fait un petit relevé de trucs (éventuellement) à modifier.

En tout cas, le texte en lui-même est bien agréable à lire, je rejoins les posts précédents sur ce point. Les descriptions sont légères et précises, et pour une fois j'ai trouvé que les détails techniques étaient plutôt bien amenés ; même si, comme l'a dit KaiM, le petit passage sur la planète n'a pas un rythme parfait, dans l'ensemble ça ne fait pas, comme dans pas mal de bouquins, surenchère de termes techniques dont la juxtaposition ne veut finalement rien dire. Je ne suis pas un grand physicien, mais ça m'a paru crédible sans être totalement obscur.
Voili voulou. Pour le petit relevé :

"Il se releva de sa couchette en grimaçant, passa des vêtements de jour et quitta sa cabine pour se diriger vers le pont central."
Pour être vraiment pointilleux (et tout à fait subjectif), il y a une désagréable alitération en "s" dans cette phrase... J'aurais au moins changé "sa cabine" par "la cabine".
dans ce paragraphe d'ailleurs, y a un poil trop de phrases à la suite avec des "il fit ceci, il fit cela".

"qui se contenta de lui gratifier un sourire d’une blancheur qui pouvait rivaliser avec celle des murs"
Je ne voudrais pas trop m'avancer, mais jusque là je n'avais jamais entendu "gratifier" utilisé ainsi. Je connaissais "qui se contenta de le gratifier d'un sourire..."

"Il aperçut DeVœux, le médecin de bord ; qui s’affairait en compagnie l’astrophysicienne Rosa Cortopoulos."
Pourquoi ce point virgule ?

"demanda Ebenezer qui regrettait de ne pas avoir fait un crochet par la cuisine pour avoir pris un café."
Le "avoir pris" fait bizarre.

"Des doigts osseux d’ectoplasme se tendaient selon de puissants champs magnétiques, qui s’écartaient, et faisaient mine de se refermer vers un astre sombre avant de se tendre à nouveau."
Le "qui" est inutile et rend la compréhension de la phrase moins évidente ; de plus j'aurais changé un truc dans la dernière partie, soit un "finalement" en plus, soit un "puis" à la place du "et"...

"Ebenezer ne sut qualifier les sensations que la beauté de ce spectacle provoquait en lui à cet instant."
Ca passe, mais ça reste un peu bizarre. Le passé simple dans la première partie contraste un peu avec l'imparfait ; ç'aurait pu passer si il y avait une raison pour laquelle il devait soudainement définir ce sentiment.

"Son l’intensité magnétique"

Au niveau des dialogues, ça me chagrine un peu depuis le début du texte, la ponctuation me paraît bizarre... Je trouve en fait qu'il n'y en a pas assez. Alors ok, c'est du langage parler, mais moi quand je parle je place nettement plus de virgules, et certaines de tes virgules sont pour moi des points.

"projeta au-dessus de la table une projection holographique d’Antélias."
Répétition

"un astronef n’exploration"

"la présence d’un astronef en orbite de ce corps céleste faussait leur conception de l’espace."
Euh... Je comprends pas pourquoi ça serait la conception de l'espace qui serait faussée '_'

Quelques fautes qui n'auraient pas survécu à une relecture un peu approfondie, et quelques avis totalement subjectifs, en somme.

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
14 février 2009 à 13:34:08

Merci à tous d’avoir lu. Je suis vraiment content que ça vous plaise, surtout avec de la SF. J’ai pris en compte certaine de vos remarques et d’autres je les laisse de côtés (cf Grhyll).
Je suis content de te voir rôder par là Kaim. :)

* * *

— Antélias est un astre très particulier, dit Tagashi.
Ebenezer soupira. Il venait à peine de quitter la salle de réunion pour entamer un repas que son ami le relançait sur la question.
— Je t’écoute.
— D’abord, il se situe dans un amas de poussière particulièrement dense, ensuite…
— Une minute je t’arrête, pourquoi ce serait anormal que nous soyons dans un amas de poussière ?
Tagashi fit mine de réfléchir pour trouver, probablement pour trouver un moyen d’exprimer ses pensées de manière plus compréhensible.
— Les étoiles naissent par accrétion de poussière, et s’il en reste, soit l’étoile l’absorbe lors de sa formation, soit ça se regroupe pour former des planètes. Or dans cette partie de l’univers, les poussières sont toujours là malgré l’âge avancé de la planète qui aurait donc eu des milliards d’années pour avaler le nuage.
— Ou alors c’est le résultat de la supernova qui a créé la planète à neutron.
— Non Eb’, Rosa l’a dit, il est beaucoup trop gros, ce qui montre que toute la matière n’a pas pu être expulsée.
L’homme parlait rapidement, ingurgitant par coup de fourchette furtif sa nourriture alors qu’Ebenezer faisait preuve d’une lenteur presque excessive.
— Plus étrange encore, la masse d’Antélias est trop importante pour son volume. Normalement, la planète aurait dû s’effondrer sur elle-même pour se transformer en trou noir. Cependant, malgré son incroyable force gravitationnelle rien n’a changé. Son métabolisme gravitationnel est donc une singularité unique que la science ne peut expliquer. Nous avons là une grande découverte !
Tagashi but une gorgée d’eau en un souffle et racla le fond de son assiette. Ses yeux brillaient d’une intelligence en exaltation.
— Mais j’ai mieux !
Il brandit son couteau comme un trophée, manquant presque d’éborgner le capitaine qui recula en sursaut.
— Fais attention, tu veux bien, fit Ebenezer en fronçant des sourcils.
— Nous avons déjà observé Antélias lors de notre précédent bond de distorsion, quand nous étions dans le système EF-P447.
Il fit apparaître son ordinateur et afficha une image constellée de petits points blancs. Tagashi pointa de son couteau sur l’un d’entre eux. Ebenezer regarda brièvement l’écran holographique en mordant mollement dans une pomme. Il ne se donna pas la peine d’y chercher un détail quelconque et préféra laisser son ami poursuivre son exposé sans le couper dans ses pensées.
— Je ne vois rien…
— Précisément ! s’écria Tagashi le regard pétillant. Il n’y avait rien. Nous n’avons rien détecté, pas l’ombre d’une lumière.
Ebenezer regarda à nouveau l’hologramme avec circonspection.
— Tu viens pas de me dire que nous sommes situés dans un gros nuage de poussière ? dit-il. Ce ne serait pas la première fois qu’on découvre des étoiles cachées…
Le sourire s’effaça du visage de l’ingénieur.
— Tu ne me prends pas au sérieux ?
— Mais si bien sûr Tagashi, seulement pour moi c’est juste une étoile… une planète à neutron.
— Je pense que ce n’est pas un simple pulsar, reprit l’homme avec sérieux. Je pense que c’est un astre conscient, qui s’est manifesté à notre venue. Et cet objet n’est pas là par hasard.

* * *

Après une nouvelle nuit dans sa couchette qui lui scia le dos, Ebenezer se leva avec en tête les paroles de son ami. Il en sourit et les chassa de sa tête pour se concentrer sur la mission du jour : atteindre l’étrange objet, et si possible aller à l’intérieur.
Rosa avait étudié les périodes d’émission de la planète afin de s’approcher de l’objet durant ce qu’elle appelait les « marrées basses », là où les radiations étaient les plus faibles dans le pinceau au pôle. De son côté, Hadley avait paramétré un module de vol avec un bouclier magnétique afin qu’il empruntât la meilleure la trajectoire d’approche vers l’objet.
Ebenezer les félicita pour leur rapidité à mettre sur pied la mission et choisit Ann et Tagashi, ce dernier ayant particulièrement insisté. Il préférait le savoir loin de lui plutôt qu’à ses côtés en train de s’exciter.
— Vous n’aurez qu’une fenêtre de six heures avant que la période de rotation du pulsar soit terminée et que les radiations s’intensifient, expliqua Hadley, passé ce délai vous collectionnerez les cancers.
En apparence, la mission était extrêmement simple. Dans les faits, les émissions de la planète empêcheraient toutes communications et l’objet mystérieux pouvait très bien receler d’autres menaces inconnues. Ce fut donc avec une certaine appréhension qu’Ebenezer observa le module s’éloigner du Magellan pour se plonger dans les volutes tentaculaires de l’astre neutronique.
Durant ce temps, le capitaine en profita pour envoyer un message à la Terre afin d’informer la capitale, Subolithe, de leur changement de cap. Pour ce fait, il utilisa l’ansible, un système de communication fonctionnant sur l’intrication quantique, permettant une correspondance presque immédiate. Ebenezer eut cependant la mauvaise surprise de constater que l’ansible ne fonctionnait pas. Tagashi étant en mission, il informa Rosa de la panne en misant sur ses compétences scientifiques pour résoudre le problème.
— C’est fabriqué dans les chantiers vénusiens, dit-il agacé, c’est sensé ne jamais tomber en passe.
La femme se redressa l’air dubitatif.
— Je ne sais pas trop. Nous savons que l’ansible ne peut pas marcher lorsque le vaisseau opère un bond de distorsion à cause de l’hyperespace où les lois de la physique changent trop pour permettre à l’intrication de fonctionner.
— J’entends bien, mais si je ne me trompe pas, nous ne sommes pas un hyperespace.
Rosa plissa des yeux en fixant la machine. Elle détourna lentement vers le hublot pour observer les protubérances magnétiques se tordre dans les ténèbres.
— Je serais d’avis de dire qu’Antélias ne veut pas qu’on communique avec l’extérieur.
Ebenezer sentit son sang ne faire qu’un tour.
— Ne veut pas ? dit-il sèchement. Allons, ne me dites pas que vous croyez aux bêtises de Tagashi !
— Je n’ai pas dit ça, se défendit Rosa. Seulement, cette planète n’est pas normale, et c’est l’astrophysicienne qui vous parle.
Elle s’assit sur un siège et appuya sa tête sur sa main, ce qui lui donna l’air d’une statue perdue dans ses pensées.
— Une étoile à neutron produit un champ magnétique dans une fourchette de 10 puissance 10 à 10 puissance 13 Teslas. Antélias est à 10 puissance 20, ce qui est presque impossible normalement, sans compter sa masse et sa densité incroyables. D’ailleurs, Antélias ressemble plus à une planète par son volume et sa composition qu’à un ancien soleil. Ce qui est en même temps impossible puisque les planètes ne génèrent pas de champ magnétique aussi puissant. C’est un astre hybride… inclassable.
— Ce n’est pas la première fois que nous découvrons quelque chose qu’on pensait impossible avant, répondit Ebenezer qui prit place dans une chaise à son tour.
— Je suis d’accord avec vous capitaine, et on pourrait se dire que les caractéristiques de ce pulsar sont exceptionnelles. Ce qui me gêne, c’est qu’en dépit de sa masse, le Magellan ne subit pas les effets d’une forte attraction, et ne semble pas non plus souffrir du magnétisme. C’est comme cette étoile, cette planète…
— Ce pulsar.
— Merci capitaine, comme si ce pulsar voulait qu’on s’approche de lui, comme s’il réagissait à notre présence. La coupure de l’intrication quantique n’est peut-être pas entièrement due au hasard.
— Et il bloque l’intrication pour mieux nous piéger ?
— Ou peut-être qu’il veut communiquer avec nous en nous empêchant de communiquer avec les nôtres.
Ebenezer garda le silence un long moment. Sans rien rajouter, il tenta une dernière fois d’activer l’ansible, ne serait-ce que pour contredire Rosa et Tagashi, mais l’appareil resta muet. De nature si pragmatique, si cartésien, il s’étonnait que les deux scientifiques du port puissent porter de si surprenantes considérations au sujet d’Antélias. Si son esprit logique refusait d’envisager l’existence d’un astre conscient, il admettait pourtant que la nature des récents événements soulevait son lot d’interrogations.
Il se contenta de monter sur le pont central, et patienta jusqu’au retour de son équipe. Lorsque ceux-ci revinrent, il finit par admettre que la situation échappait à la raison.

* * *

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
14 février 2009 à 14:05:52

Euh... quand tu dis "J’ai pris en compte certaine de vos remarques et d’autres je les laisse de côtés (cf Grhyll).", ça veut dire que tu as laissé tout mon post de côté, ou bien qu'il y avait quand même quelques trucs à garder dedans ? ^^'

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
14 février 2009 à 15:46:10

"Il se releva de sa couchette en grimaçant, passa des vêtements de jour et quitta sa cabine pour se diriger vers le pont central."
Pour être vraiment pointilleux (et tout à fait subjectif), il y a une désagréable alitération en "s" dans cette phrase... J'aurais au moins changé "sa cabine" par "la cabine".
dans ce paragraphe d'ailleurs, y a un poil trop de phrases à la suite avec des "il fit ceci, il fit cela".
=> Les allitérations, involontaires, ne me gênent pas (et ne gênent pas à la prononciation), au contraire, je trouve que ça peut donner une belle tonalité. En revanche, je suis d’accord pour la redondance de la simplicité dans la forme grammaticale de mes phrases (c’est d’ailleurs un de mes défauts et je m’emploie à le travailler)

"qui se contenta de lui gratifier un sourire d’une blancheur qui pouvait rivaliser avec celle des murs"
Je ne voudrais pas trop m'avancer, mais jusque là je n'avais jamais entendu "gratifier" utilisé ainsi. Je connaissais "qui se contenta de le gratifier d'un sourire..."
=> La formulation correcte en fait est « grafitier d’un sourire » il manque juste le d apostrophe. Et sinon gratifier peu fort bien s’utiliser ainsi.

"Il aperçut DeVœux, le médecin de bord ; qui s’affairait en compagnie l’astrophysicienne Rosa Cortopoulos."
Pourquoi ce point virgule ?
=> Aucune idée.

"demanda Ebenezer qui regrettait de ne pas avoir fait un crochet par la cuisine pour avoir pris un café."
Le "avoir pris" fait bizarre.
=> Voui, ça me gêne pas trop mais il est vrai que « demanda Ebenezer qui regrettait de ne pas avoir fait un crochet par la cuisine et pris un café. » sonnerait mieux.

"Des doigts osseux d’ectoplasme se tendaient selon de puissants champs magnétiques, qui s’écartaient, et faisaient mine de se refermer vers un astre sombre avant de se tendre à nouveau."
Le "qui" est inutile et rend la compréhension de la phrase moins évidente ; de plus j'aurais changé un truc dans la dernière partie, soit un "finalement" en plus, soit un "puis" à la place du "et"...
=> Dans ce cas, c’était soit « qui » sois « s’écartant » et je prefère « qui ». De plus, il s’associe au « et » de la proposition suivante qui marque ainsi une continuité temporelle dans la description.

"Ebenezer ne sut qualifier les sensations que la beauté de ce spectacle provoquait en lui à cet instant."
Ca passe, mais ça reste un peu bizarre. Le passé simple dans la première partie contraste un peu avec l'imparfait ; ç'aurait pu passer si il y avait une raison pour laquelle il devait soudainement définir ce sentiment.
=> Le passé simple marque quelque chose qui se produit soudainement, à savoir la stupeur d’Ebenezer devant l’astre, et l’imparfait une continuité, à savoir l’astre dont le spectacle est long, voir éternelle.
L’emploi des temps me semble correct et je ne change donc pas cette phrase.

Au niveau des dialogues, ça me chagrine un peu depuis le début du texte, la ponctuation me paraît bizarre... Je trouve en fait qu'il n'y en a pas assez. Alors ok, c'est du langage parler, mais moi quand je parle je place nettement plus de virgules, et certaines de tes virgules sont pour moi des points.
=> Il s’agit clairement de goûts et non pas d’erreur. Cela me plait ainsi et ne nuit pas au texte donc je vais laisser tel quel.
Cela dit, indépendamment de la ponctuation je sais que mes dialogues peuvent peut être manquer de chaleur, et j’hésite à retravailler ça (j’aipas envie de rallonger vu que c’est une nouvelle).

"projeta au-dessus de la table une projection holographique d’Antélias."
Répétition
=> En effet. Je remplacerai « projection » par « modélisation ».

"un astronef n’exploration"
=> Faute de frappe : corrigé.

"la présence d’un astronef en orbite de ce corps céleste faussait leur conception de l’espace."
Euh... Je comprends pas pourquoi ça serait la conception de l'espace qui serait faussée '_'
=> Parce que comme il est expliqué, normalement les lois de la physique ne permettent pas la position de l’objet, ce qui remet en question leur connaissance de l’univers.

Voilà :-)

KaiM
KaiM
Niveau 11
14 février 2009 à 18:13:42

Hum, autant le début lançait bien l'intrigue, autant je trouve la narration bizarre dans celui-ci. Je m'explique : alors qu'on vient juste de découvrir un astronef inconnu qui suscite toutes les interrogations, le voilà soudain laissé de côté pour parler de l'étrangeté de cette planète Antélias. D'ailleurs, comment se fait-il qu'elle porte un nom s'ils ne l'avaient pas détectée auparavant ?

Ca reste agréable à lire, mais je trouve ce mini changement d'intrigue nuit au rythme du récit.

Sinon :

"Durant ce temps, le capitaine en profita pour envoyer un message à la Terre afin d’informer la capitale, Subolithe, de leur changement de cap. Pour ce fait, il utilisa l’ansible, un système de communication fonctionnant sur l’intrication quantique, permettant une correspondance presque immédiate. Ebenezer eut cependant la mauvaise surprise de constater que l’ansible ne fonctionnait pas."

Si tu parviens le reste du temps à éviter avec brio l'accumulation de termes techniques, ce passage plonge en plein dedans : on a presque l'impression de lire l'argumentaire du vendeur qui cherche à nous faire acheter cette angible. Commencer le paragraphe par le fait qu'elle ne fonctionne pas pourrait permettre de mieux amener sa description.

"c’est sensé ne jamais tomber en passe." :d) "c’est Censé ne jamais tomber en paNNe."

Valà

:-)

MonsieurZ
MonsieurZ
Niveau 4
14 février 2009 à 20:18:57

Bonsoir à tous. Bonsoir cher Ostramus.

J'ai lu attentivement cette deuxième partie, et malheureusement je l'ai moins apprécié que la partie introductive. C'est un curieux sentiment.

Pas une question de style : je le trouve toujours solide, sobre et efficace.
J'ai plutôt l'impression que la narration stagne, peut être à cause de l'augmentation du volume des dialogues (surenchère?), et par conséquent une baisse sensible de la narration proprement dite. L'heure semble à l'analyse, lente et méthodique, à la menace, alors que ta première partie en forme d'introduction générale aux personnages et à l'univers était plus entraînante.
A noter également des passages de plus en plus complexes, mais parfois expliciter par un langage bien senti qui aide à la compréhension ; à l'image de cette formule lapidaire : "passé ce délai vous collectionnerez les cancers." (dessuite on comprend clairement les enjeux)

Je concluerai en évoquant ta maîtrise relativement bonne lorsqu'il s'agit de maintenir le mystère et la tension. Finalement, à force de stagner parmi les personnages ainsi que les lourdeurs qui semblent peser sur le navire, destabilisé par une perspective vaguement mystique qui nous dépasse, sans doute doit-il avoir, au milieu de tout ce fouillis, quelque chose à raconter.

sebby_gamer02
sebby_gamer02
Niveau 6
20 février 2009 à 21:45:58

y'a pas à dire, Mumus. T'es un écrivain raté. Ca fait déjà plusieurs années que tu nous ponds des merdes galactique et tu t'obstines.

La littérature de science-fiction, tout ça, c'est finit

trouve toi un vrai style, grandit un peu :ok:

charly_owl
charly_owl
Niveau 7
20 février 2009 à 23:18:55

Oh, que vois-je?

Mais mais mais!

Que le grand Cric me croque!

Un troll!

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
21 février 2009 à 02:04:15

Ecrivain raté ? Tu me considères donc comme un écrivain...

Moi qui pensais être un auteur amateur, voilà que j'ai une promotion. ^^

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
22 mars 2009 à 21:57:02

J'avais complètement oublié cette nouvelle en plan. Je poste tout le reste plutôt que de perdre du temps. :)

Dans la salle de réunion, tout l’équipage regardait interdit les clichés pris par Ann et Tagashi. Personne n’en croyait ses yeux.
— Nous n’avons pas pu tout explorer, fit l’ingénieur tout excité, c’est tellement grand.
Ann se détourna et lui décocha un regard mauvais.
— C’est tout juste si nous n’avons pas été grillés par le pinceau de radiations à cause de lui quand on est revenu. Il voulait voir chaque recoin, chaque salle.
— Qu’importe, fit Tagashi dont la perspective de la mort semblait pour lui ridicule face à la science. C’est une découverte majeure, un fait unique.
Il rigola.
— Nous venons d’inventer l’archéosmologie.
— Ne dis pas sottises, c’est le docteur Norman Debner qui a fondé cette discipline, fit Hadley.
— Et vous êtes certain de ce que vous avancez ? s’enquit DeVœux qui observait les images en se pinçant les lèvres.
— Absolument, c’est bien la Station Spatiale Internationale.
Ebenezer n’écoutait qu’à moitié les tergiversations qui flottaient tout autour de lui. La surprise le terrassait complètement, tant et si bien qu’il peinait à ressaisir ses pensées qui se bousculaient dans sa tête.
— L’intérieur de la structure est parfaitement intact, reprit Ann de sa voix mécanique, et les installations électriques ne paraissent pas avoir trop souffert du magnétisme d’Antélias, d’après moi on pourrait remettre en marche le système d’aération.
— Comment ça ? intervint DeVœux, vous voulez qu’on refasse fonctionner cette épave ? C’est de la folie, sans bouclier les radiations cosmiques nous tueraient en un mois. Ne parlons pas de l’impesanteur qui atrophierait nos muscles.
— Les radiations ne sont pas un problème, rétorqua fièrement Tagashi, il n’y en a tout simplement pas dans la station.
— La structure a un système de protection ? demanda Rosa.
— Non, Antélias n’a tout simplement pas émis un seul rayonnement en notre direction quand nous étions dans la station. Il veut qu’on la visite et…
— On se fiche de savoir les réactions étranges du pulsar, coupa Ebenezer qui ne voulait pas que la conversation dévie à nouveau, nous ne sommes pas venus pour ça Tagashi.
Il laissa passer une minute afin que l’autorité réimprègne la pièce.
— La question que nous devrions plutôt nous poser est comment une station spatiale vielle de presque deux milles ans a pu se retrouver à dix mille parsecs de la Terre sachant qu’une station spatiale ne possède pas de moyen de propulsion, surtout concernant celle-là qui date de la période précinéride.
Les membres d’équipages se dévisagèrent mutuellement avant que Tagashi ne reprenne la parole.
— Nous n’avons pas tout exploré, on ignore donc si la station est effectivement dépourvue d’un moyen de propulsion.
— Que sait-on sur elle ?
DeVœux se redressa et pianota sur son ordinateur pour consulter la banque de données du Magellan.
— Assemblée en 1998, elle accueillit des nombres missions scientifiques jusque dans les années 2030, date à laquelle fut lancé la colonisation lunaire. Alors qu’elle devait être détruite, on a poursuivi son exploitation encore une vingtaine d’années. Des savants, dont Vincen Erstmeïnger, ont procédé à toutes sortes d’expériences, jusque dans les années 2050 où le premier ascenseur spatial a été construit.
Le médecin s’arrêta un instant et se pencha sur son écran.
— Intéressant.
— Intéressant ? répéta Ebenezer qui commençait à s’impatienter.
— En fait, l’ascenseur spatial a été construit pour remplacer la station, pas parce qu’elle était devenue obsolète, mais parce qu’elle avait disparu.
Très intéressant en effet, pensa le capitaine.
— On a une idée de ce qui est arrivé ?
DeVœux secoua la tête.
— Rien. Notre base de données n’est pas assez complète.
Et comme par hasard l’ansible ne marche pas, songea Ebenezer. Le hasard ou cet astre étrange ? À croire qu’on voulait l’empêcher de connaître la vérité. Le doute s’insinua alors doucement dans son esprit. Il se remémora les paroles de Tagashi et Rosa. Il repensa aussi à l’ordinateur de bord qui les avait fait changer de cap alors qu’il n’était absolument pas programmé pour enclencher ce genre de procédure. Il finit par l’admettre intérieurement, il y avait quelque chose d’anormal, et il entendait bien savoir quoi.
— Dès demain, vous retournez dans la station et cette fois, je vous accompagne.

* * *

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
22 mars 2009 à 22:00:57

Ebenezer n’en croyait pas ses yeux. Quelques ponts au-dessus d’eux, quelqu’un qui lui ressemblait en tout point était assis dans son fauteuil, lançant quelques séries d’ordre que les doubles des membres d’équipages exécutaient aussitôt.
Pour l’heure, il ignorait tout d’eux : la prudence était de rigueur. Ann s’occupa de changer les codes d’ouverture de la salle et Tagashi modifia le système de surveillance en passant les enregistrements datant d’une semaine pour qu’ils puissent éventuellement se déplacer dans le vaisseau sans se faire repérer.
— Racontez-moi ce qui s’est passé pendant qu’on était dans la station, fit Ebenezer en s’asseyant sur une caisse de nourritures.
— À un moment, la surface d’Antélias s’est mise à briller. Les radiations et le magnétisme ont complètement disparu durant une minute.
— C’est comme ça que j’ai pu vous appeler, poursuivit DeVœux, je voulais vous prévenir que l’ansible s’était aussi remis à fonctionner bizarrement : on entendait une voix. Sauf que je n’ai pas compris à ce qu’il disait comme il parlait dans un langage incompréhensible.
Il tapota sur son ordinateur et la voix découpée d’un homme résonna dans la petite salle.
— C’est de l’anglais, dit Ebenezer qui reconnut la vieille langue.
Le capitaine se tut et se concentra pour écouter. Il n’avait plus entendu de l’anglais depuis qu’il avait travaillé dans la ceinture d’astéroïde où les pirates parlaient entre eux cette langue morte. Même si son oreille était un peu rouillée, il parvint à saisir quelques phrases.
— C’est un astronaute de la station. Apparemment, l’expérience a échoué et il demande qu’on lui envoie de l’aide pour arrêter la machine.
— C’est Antélias qui voulait qu’on arrête la machine, dit Tagashi très solennel.
— Je dirais plutôt que les systèmes ont dû se remettre en marche en détectant notre présence, rétorqua Ann, et ont envoyé un message préenregistré.
Ils se turent un instant pour écouter à nouveau la voix du passé les envelopper. Hadley cessa l’enregistrement pour continuer son récit.
— Juste après, le pinceau de radiation a balayé le Magellan, et au lieu de griller tous les systèmes, les doubles sont apparus dans le pont central, comme ça, d’un coup !
Il claqua des doigts pour illustrer son récit.
— Est-ce qu’ils avaient l’air dangereux ? demanda Ebenezer.
— Non, ils sont apparus autour de nous d’ailleurs, dit-il en désignant DeVœux. Ils n’ont pas eu l’air surpris et se sont dépêchés de remettre en marche le vaisseau.
— Ils connaissent parfaitement le Magellan, intervint le médecin. Nous avons fait semblant d’aller voir si le générateur n’avait pas souffert à cause du magnétisme et ils n’ont rien dit. Peu après, mon double qui était à l’antenne médicale les a rejoints ainsi que celui de DeVœux. Ensuite, le pulsar a commencé à s’effondrer.
— Juste au moment où tu as bidouillé cette machine ! s’emporta Ebenezer contre son ami.
— Un générateur à graviton, corrigea Tagashi.
— Mais c’est quoi un générateur à gravitons enfin ?!
Tagashi écarquilla les yeux, trop content de pouvoir étaler sa science.
— Un graviton, c’est une particule élémentaire qui transmet la gravité dans la plupart des systèmes de gravité quantique. Il est le quantum de la force gravitationnelle. Afin de répondre aux caractéristiques de l'interaction gravitationnelle, les gravitons doivent toujours mener à une interaction attractive, avoir une portée infinie et être en nombre illimité. Quantiquement, cela signifie que c'est un boson de masse nulle et de spin égal à deux. Ce qui implique qu'ils sont des luxons, particules se déplaçant à la vitesse de la lumière.
— Je ne comprends rien, dit Ebenezer. Rosa, tu peux nous traduire.
L’astrophysicienne réfléchit un instant avant de reprendre.
— Pour faire simple, les gravitons sont à la gravité ce que sont les photons à la lumière. Qui maîtrise ces particules, maîtrise la gravité.
Le puzzle dans la tête d’Ebenezer emboîta certaines pièces tandis que d’autres bloquaient.
— Mais nous maîtrisons déjà la gravité, dit-il en montrant la pièce tout autour de lui. Le Magellan, comme presque tous les vaisseaux spatiaux, possède une gravité artificielle et un inhibiteur inertiel.
— Excellente remarque capitaine, rétorqua Rosa. La technologie est en fait très différente. À bord, nous avons ce que nous appelons un générateur Yourtchenkopff, du nom de son concepteur ; il marche en se basant sur les propriétés quantiques de la gravité et procure une gravité identique à celle de la Terre. Ce générateur capte les perturbations infinitésimales qui se manifestent sous forme d’ondes gravitationnelles pour leur imprimer plus de puissance pour augmenter la gravité, ou l’amoindrir pour la faire disparaître.
— Dans le cas d’un générateur à gravitons, reprit Tagashi, la technologie n’est plus quantique, mais macroscopique. En gros, alors que le Yourtchenkopff agit de manière infiniment petite, ce générateur fonctionne à une échelle beaucoup plus grande. Là où ça devient intéressant, c’est que les gravitons ont été confirmés lorsque Vincen Erstmeïnger a formulé la théorie d’Unification à la fin du XXIe siècle. Ce nom ne vous dit rien ?
Hadley se gratta la tête, ce qui montrait qu’il n’avait pas tout compris. DeVœux resta immobile ainsi que les autres qui ne voyaient pas où voulait en venir l’ingénieur à la santé mentale douteuse. Ebenezer examina dans sa tête les pièces du puzzle et retrouva dans un coin le nom.
— Erstmeïnger oui je me souviens ! C’est lui qui a lancé les expériences dans la station spatiale internationale.
— Précisément, fit Tagashi le regard brillant. Et cerise sur le gâteau, la disparition de la station s’est produite la même année où Vincen Erstmeïnger a formulé la théorie d’Unification.
Un silence pesant s’en suivit pendant de longues minutes. Ebenezer avait du mal à comprendre toutes les ficelles scientifiques dont était cousue cette histoire. Il en revint à des considérations plus immédiates.
— Dites-moi, est-ce que ce générateur peut expliquer le fait que cette station se trouve à l’autre bout de la galaxie ?
— En fait, c’est très simple, dit Rosa, et…
— Simple ? fit Ebenezer qui craignait un nouveau monologue ponctué de notion scientifique que lui et les autres membres de l’équipage peinaient à assimiler.
L’astrophysicienne se tut un instant pour trouver ses mots, puis elle expliqua :
— J’ai une hypothèse. Selon moi, le générateur à gravitons a produit un champ d’antigravité tout autour de la station. Comme la gravité fonctionne par attraction, la station a dû ne plus être attiré par quoi que se soit, elle-même ne devant rien attirer. L’univers n’ayant plus d’emprise sur la station, il a bougé autour d’elle à cause de la dérive stellaire. En fait, je pense que la station est restée immobile durant près de deux mille ans, et l’univers s’est déplacé à toute vitesse. Du point de vue de la Terre, elle s’éloignait.
— Et elle a échoué en orbite autour d’Antélias, ajouta Tagashi.
— Pourquoi les astronautes dans la station n’ont pas tenté de stopper la machine ? demanda Hadley.
— Parce qu’Erstmeïnger l’avait programmé pour que lui seul, ou du moins son code génétique puisse le stopper, déclara Ann.
Tous les regards convergèrent vers la lieutenante qui s’appuyait nonchalamment sur des étagères. Elle releva la tête, détailla ses collègues et croisa les bras.
— Nous ne sommes pas venus ici par hasard, avoua-t-elle. Le Triumvirat cherche depuis longtemps à récupérer le générateur à gravitons.
— Et c’est maintenant que vous nous le dites ! pesta Ebenezer.
— Normalement, vous n’auriez jamais dû le savoir, mais à présent qu’on a des doubles à bord qui viennent d’on ne sait où, la situation est différente. On va devoir les tuer.

* * *

Ebenezer n’aimait pas le Triumvirat. Personne dans tout l’univers ne l’aimait d’ailleurs. Reclus sur Mars au sommet du Mont Olympe, c’était un cercle fermé composé de seulement trois personnes qui étaient les vrais marionnettistes de l’humanité, et ce depuis des siècles. Nul ne pouvait contester leur pouvoir, et tout le monde leur obéissait. Le Triumvirat décidait de tout, et bien que parfaitement officieux, il officiait dans l’ombre en contrôlant tous les gouvernements. En réalité, c’était la seule entité qui gérait tous les mondes habités.
C’était le Triumvirat qui avait construit la capitale Subolithe, lui qui a permis la biosphérisation de Mars, celle de Vénus et la conquête de nombreuses planètes. Aucune de leur décision n’était le fruit du hasard, et Ebenezer se sentit ridicule d’avoir cru à leur bonté lorsque le Triumvirat avait cautionné cette expédition. Il aurait dû s’en douter quand les autorités avaient insisté pour qu’il prenne Ann N’mowa comme membre d’équipages.
À présent qu’ils se trouvaient à périphérie d’un trou noir et que son astronef était aux mains de mystérieux doubles d’eux-mêmes, Ebenezer avait enfin des raisons valables de détester le Triumvirat.
— Vous voulez les tuer ? s’enquit DeVœux qui arborait une grimace de dégoût.
— Parfaitement, et de préférence avant qu’il n’active la distorsion pour éviter qu’ils n’aillent sur Terre.
— La distorsion ne peut pas s’opérer près de corps célestes massifs tels des soleils ou des grosses planètes pour éviter les erreurs lors de la phase de bond, dit l’astronavigateur Hadley. Comme nous sommes à côté d’un trou noir, les doubles vont devoir éloigner au maximum le Magellan. Ça nous laisse deux ou trois heures.
— Je propose de dépressuriser le pont central et….
— Attendez ! Attendez un peu ! s’écria Ebenezer qui n’appréciait guère la tournure des évènements. On ne peut pas décider aussi rapidement, on ne sait absolument rien d’eux.
— Ils ne sont pas humains, renchérit Ann.
Ebenezer brandit l’ordinateur pour les montrer s’affairant aux commandes.
— Apparemment, ils n’ont pas de tentacules ni d’écailles, dit-il avec un ton volontairement ironique. De plus, DeVœux et Hadley leur ont parlé, et ils ont dit qu’ils n’avaient rien d’agressif ni d’étrange.

* * *

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
22 mars 2009 à 22:01:44

— C’est Antélias qui les a créés, intervint Tagashi.
Ebenezer et Ann se tournèrent vers lui.
— Quoi ! s’exclamèrent-ils ensemble.
— Antélias avait une conscience. Il a vu que des gens étaient mors dans la station, et pour nous récompenser de l’avoir tué, il a cru les ressusciter en créant nos doubles.
— Je t’ai perdu Tagashi, dit Ebenezer. Tu commences à me faire peur depuis…
— Il n’a peut-être pas tout à fait tort, fit DeVœux en regardant les doubles. Je veux dire… l’étoile à neutron ne ressemblait à rien de ce qu’on a pu voir avant, et au moment où vous êtes entré dans la station, les évènements étranges se sont produits.
— Tout peut s’expliquer logiquement, répondit Rosa. Le générateur à gravitons a du perdre de la puissance au bout de toutes ses années, sans doute qu’il s’est détraqué à cause des radiations cosmiques, et c’est comme ça que la forte attraction d’Antélias a pu attraper la station. Cependant, le générateur fonctionnant encore, il a permis à la station de rester en orbite sans être totalement attiré ce qui expliquer l’orbite parfaitement géosynchrone. De plus, il a dû perturber l’équilibre gravitationnel du pulsar, d’où sa masse énorme. Et lorsque Tagashi a éteint la machine, l’influx de gravitons s’est tari, ce qui a conduit à la formation d’un trou noir.
— Tout ne colle pas très bien, dit Hadley. Le pulsar s’est mis à faire des choses bizarres et les doubles sont apparus avant que Tagashi n’arrête la machine.
Rosa réfléchit un instant.
— Ann a dit que certains systèmes se sont remis en marche, comme les capteurs et les communications, ce qui nous prouve l’ansible qui a reçu un message. On peut facilement supposer que tout cela ait demandé de l’énergie qui a été dérivée du générateur à gravitons. Il a perdu un peu de sa puissance, ce qui s’est répercuté sur Antélias.
— Je suis du même que Rosa, dit Ann. En plus, ce n’est pas Tagashi qui a arrêté la machine puisqu’il aurait fallu avoir le même ADN qu’Erstmeïnger. Nous sommes simplement arrivés au moment où la machine épuisait ses dernières réserves.
— Qu’importe ! trancha Ebenezer, ce que je veux savoir, c’est comment et pourquoi nos doubles sont apparus.
Anticipant sa réaction, il fit un geste vers Tagashi.
— Quant à toi, épargne-nous tes théories. Rosa, je t’écoute.
Elle se mordit les lèvres.
— Je ne sais pas trop. À l’instant, je pense à deux choses, mais c’est peut-être plus dingue que Tagashi.
— Dis toujours.
— Et bien… on ne sait pas ce qu’il y a au fond d’un trou noir, les lois de la physique nous échappent un peu quand on s’y penche. Une hypothèse est que ça ouvre des tunnels, dans notre propre univers, ou vers d’autres univers. Lorsque le trou noir a commencé à se former, peut-être que ça a créé un pont vers une autre dimension parallèle et que nos doubles ont été transportés dans notre univers. Ou alors…
— Ou alors ? insista Ebenezer.
— Selon le principe de la relativité, le temps est dicté par la masse et donc la gravité. Le générateur à gravitons contrôlait la gravité, donc en théorie le temps, si bien qu’on a peut-être voyagé dans le temps. Si c’est le cas, les doubles sont des versions de nous-mêmes, mais passées.
— C’est peut-être une idée folle, ajouta DeVœux, mais si un portail entre deux dimensions a été ouvert, c’est peut-être nous qui avons voyagé et sommes les intrus.
— Impossible, fit Tagashi. Nous n’avons pas voyagé dans le temps sinon Antélias serait encore un pulsar, et personne n’a voyagé entre des dimensions sinon le vaisseau entier aurait dû être transporté… que dis-je ! C’est la station qui aurait dû être transportée dans la mesure où elle se trouvait le plus près du pulsar.
Ebenezer commençait à avoir mal à la tête. Il regrettait de s’être amusé de l’aventure et voulait que les choses redeviennent au plus vite à la normale, ce qui impliquait de prendre des décisions rapidement.
— Il ne nous reste plus que deux heures, dit-il. Et on ne tuera personne.
— On peut toujours revenir à la station et remettre en marche le générateur pour bloquer la distorsion et empêcher de partir, proposa Rosa. Et s’il y a un portail, on le refermera.
— Pour se faire broyer par la gravité du trou noir ? fit Ann. Non merci.
— L’idée de Rosa n’est pas infaisable, riposta Tagashi. Il suffirait de modifier le générateur Yourtchenkopff du module pour créer une bulle gravifique protectrice contre les effets du trou noir.
— Et si on leur parlait ? dit DeVœux.
— je vous om tu veux en venir. Même s’ils sont parfaitement humains et tout ce qu’il y a de plus pacifique, le vaisseau n’a pas des réserves d’air et de nourriture pour deux équipages, dit Hadley. Même avec la distorsion, on mourrait de faim avant d’être de retour sur Terre. C’est malheureux à dire, mais il y a une version de nous-mêmes qui est de trop dans le Magellan.
Un nouveau silence s’abattit dans la petite pièce. Il ne fut brisé que par les mines confondues de chacun.
— Il me faut deux minutes pour pirater le système d’aération, glissa Ann, et deux minutes de plus pour asphyxier les doubles.
— Non Ann ! Triumvirat ou pas, je ne veux pas de meurtre sur mon bâtiment ! C’est bien clair ?
Ebenezer défia la lieutenante. Celle-ci ne dit rien, opinant seulement de la tête.
— On va faire comme Rosa a dit. Sauf, que j’irais seul.
— Mais capitaine…
— C’est trop dangereux pour qu’on parte à plusieurs. Ann va m’expliquer comment pirater le système de reconnaissance par ADN, le Triumvirat a sûrement dû vous le dire. Tagashi, tu vas modifier le générateur Yourtchenkopff du module, et Hadley va le programmer pour me conduire à la station. Si d’ici deux heures je ne parviens pas à inverser le phénomène ou à bloquer la distorsion…, vous appliquerez le plan d’Ann.

* * *

Personne ne protesta. Ebenezer loua leur obéissance car il le savait au fond de lui, si Tagashi ou DeVœux avaient tenté de le retenir, son maigre courage aurait sans doute considéré autrement sa folle entreprise.
Dans la plus grande discrétion, les membres de l’équipage s’acquittèrent de leur tâche sans jamais attirer l’attention des doubles. Ebenezer enfila une combinaison, et grimpa dans le module.
— Si vous pouvez, dit Ann par radio, ramenez le générateur. Le Triumvirat saura vous récompenser.
Il ne répondit rien et activa le système de pilotage automatique.
Ce fut ainsi non sans une pesante angoisse que le module s’élança dans le néant. Ebenezer regarda l’estomac noué le Magellan qui l’éloignait et rétrécissait progressivement. Le spectacle qu’offrait Antélias ne faisait rien pour le rassurer, au contraire. L’étoile à neutron avait fini de s’écraser sur elle-même. À présent, il ne restait rien de l’astre hormis un immense disque d’accrétion qui scintillait en se disloquant sous la terrible et implacable gravité. Heureusement pour lui, le module n’en souffrait nullement, et il atteignit la station sans difficulté. Afin que celle-ci ne se fasse pas happer par le trou noir, Ebenezer dilata le champ d’action du générateur Yourtchenkopff pour l’étendre à toute la structure. Conformément aux indications de Tagashi, il brancha par la suite l’alimentation du module à la station pour pouvoir donner l’énergie suffisante à la réactivation du générateur à gravitons.
La station maugréa un courant instant, puis, les lumières à l’intérieur clignotèrent et le murmure de la ventilation ainsi que des ordinateurs se dispersa partout. Ebenezer flotta dans les conduits et retourna dans la salle où il redécouvrit la sphère en son milieu, parfaitement silencieuse.
Il hésita devant la machine. Les paroles de son ami Tagashi résonnaient dans sa tête, et il se demanda s’il ce n’était pas une forme de volonté de la part d’Antélias et que l’apparition des doubles avaient un sens caché ou un but précis. De l’autre côté, les arguments de Rosa, scientifiques, offraient une vision diamétralement opposée, quoique dans sa conception, il rendrait prisonniers les doubles de leur univers en renfermant le passage vers l’autre dimension. Le temps lui faisait défaut pour mieux réfléchir à la situation. Il grimaça et se résolut à remettre en marche le générateur.
— On verra bien, dit-il.
Puis, il brancha son ordinateur de poche et lança le programme d’interface d’Ann. Il se passa une longue minute avant qu’il n’ait le contrôle de la station. Il inspira, profondément, ferma les yeux et mit en marche le générateur à gravitons.
Ebenezer attendit qu’il se passe quelque chose. Il ne savait pas quoi, ou alors peut être un son, une lumière, mais il ne perçut rien. Juste le bruit de sa respiration et l’odeur de plastique de son scaphandre. Il finit par ouvrir les yeux et hurla de stupeur.
Face à lui, un homme d’âge mûr flottait dans la pièce. Approchant la quarantaine, il avait les cheveux taillés court et un visage très simple avec un nez rond.
— Bonjour capitaine Gorsky, dit l’individu. Je suis Christophe Leonetti, le commandant de la mission Erstmeïnger.
Impossible, pensa-t-il. Il regarda dehors Antélias et fut frappé de voir que le trou noir s’est figé, le disque d’accrétion aussi. Ebenezer comprit ce qui se passait et ne pouvait pas le croire.
— Vous avez arrêté le temps ? questionna-t-il fébrilement.
— Non, c’est vous grâce au générateur.
— Mais…
— Souvenez-vous de ce que vous a dit votre astrophysicienne, le temps est dicté par la masse ; or le générateur le supprime, donc le temps également.
Ebenezer sentit son sang se glacer.
— Qu’est-ce que vous êtes ?
— Votre nature humaine ne peut pas le concevoir.
— Qu’est-ce que vous voulez ?
— Être une étoile à neutron est comparable à avoir un cancer pour vous, et cet état est dû à votre machine qui m’a blessé. Si je suis devenu ce que vous nommez un trou noir, c’est parce qu’il fallait que je vous force à créer un autre champ gravifique qui se chevauche à celui de la station.
— C’est pour ça que vous avez créé les doubles, pour comprendre notre technologie et nous pousser à agir ?
— Question rhétorique.
L’astronaute se laissa porter à un hublot pour regarder le gouffre sombre qui déchirait l’espace.
— Votre espace m’a fait du mal, et je veux que vous répariez votre erreur.
Pas ça, pensa Ebenezer qui redoutait ce qu’allait dire l’homme.
— Vous allez précipiter la station, et vous avec, dans le trou noir.
Il marqua un temps et fixa Ebenezer d’un regard froid et sans âme.
— Je ne vous laisse de toute façon pas le choix, car si vous refusez, vos doubles vont tuer vos amis, et iront par la suite sur votre planète pour causer un mal égal à l’agonie que j’ai vécue.
— Mais ça va me tuer, balbutia Ebenezer complètement terrifié. Je vais être broyé !
— Songez que votre corps est fait de poussière d’étoiles : vous êtes ainsi porteur du vestige d’un astre disparu, mais qui perdure toujours en vous. Votre corps ne disparaîtra donc pas totalement et vous perdurerait au travers d’une étoile. La mort n’est pas une fin.
Ebenezer chercha une autre solution, des arguments solides, puis finit par se résigner. Il pensa à ses amis, et surtout à la Terre, pour se dire qu’il serait bien égoïste de risquer le sort de toutes ces personnes seulement parce qu’il avait peur. Il avait été confronté à plusieurs reprises à la mort durant sa longue carrière, mais le fait de savoir que c’était imminent l’accablait.
Ebenezer acquiesça et afficha sur son ordinateur les commandes du module qui était toujours arrimé à la station. Il actionna les propulseurs et la station commença à s’incliner vers les ténèbres.
— Ne vous inquiétez pas, conclut Leonetti. Tout se passera bien.
Après quoi, il disparut dans un éclat de lumière. Ebenezer regarda le trou noir grossir de plus et se roula en boule, tout tremblant. Alors qu’il plongeait au niveau du disque d’accrétion, il vit la sphère au milieu de la pièce s’ouvrir à nouveau pour inonder la station d’une lumière blanche et puissante. Si puissante qu’elle enveloppa Ebenezer, ses pensées et la station. Son esprit s’évanouit dans les méandres du cosmos et la station disparut dans les abîmes sombres de l’inconnu.

* * *

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
22 mars 2009 à 22:02:07

Ebenezer Gorsky se réveilla lentement. Il se roula sur le côté, et alluma sa lampe de chevet qui diffusa une lumière douce et chaude dans sa cabine. Il se frotta les yeux et tordit machinalement son bras dans son dos pour masser ses muscles. Mais Ebenezer s’arrêta. Pour la première fois depuis des mois, il n’avait plus mal. La mémoire lui revint subitement.
Il demeura un long moment assis sur son lit, les yeux se promenant sans but. Il avait du mal à reprendre pied dans la réalité après ce qu’il avait fait. Ebenezer se changea et se mit à marcher dans les coursives du Magellan, palpant et observant son vaisseau comme s’il le redécouvrait. Il croisa son astronavigateur qui le salua chaleureusement.
— Bonjour capitaine ! Bien dormi ?
Il eut alors l’impression d’un déjà-vu et dévisagea l’espace d’un instant Hadley qui lui souriait.
— Euh… oui très bien, merci et vous ?
— Malheureusement, je n’ai pas dormi de la nuit. La lieutenante Ann a insisté tout hier pour que nous fassions un bond de distorsion, et j’ai passé des heures à paramétrer l’ordinateur pour que le Magellan nous transporte ici.
— Ici ?
Le visage d’Hadley s’assombrit.
— Oui, vous avez confirmé l’ordre hier soir… Nous sommes dans le système…
— Antélias ! Le système Antélias, oui c’est vrai.
Ebenezer rit nerveusement et partit sans rien rajouter et vers le pont inférieur pour manger.
Il ne comprenait pas très bien ce qui se passait. Il préféra ne pas se torturer l’esprit pour le moment et pénétra dans le réfectoire. Dans la salle ronde, il vit son ami Tagashi qui était déjà attablé en train de tremper ses tartines dans son bol.
— Eb ! Par ici, fit ce dernier.
Ebenezer se composa un plateau et rejoint l’ingénieur à côté de l’immense hublot.
— Regarde, dit Tagashi en pointant du doigt à l’extérieur, c’est Antélias.
La mâchoire d’Ebenezer faillit se décrocher lorsqu’il ouvrit de la bouche de surprise. Loin dans le néant, un disque jaune renvoyait une lumière jaune et puissante, dont il sentait presque la chaleur sur son visage.
— C’est… c’est un soleil, marmonna-t-il sans parvenir à décrocher son regard de l’astre éclatant.
— Quel pouvoir de déduction, ironisa Tagashi.
Il avala quelques gorgées de café et ajouta :
— L’ordinateur de bord a détecté quelque chose en orbite autour d’une planète. Apparemment, c’est une épave ou un truc dans ce genre. On dirait bien que cette satanée Ann a eu le nez creux pour une fois. Peut-être qu’on va voler la vedette au docteur Debner.
— Peut-être oui… fit Ebenezer évasif.
Il se tut et demanda :
— Il y a une planète dans ce système ?
— Oui, Rosa a dit qu’elle s’était formée grâce à un énorme nuage de poussière. Il n’en reste plus qu’un morceau dans le quadrant supérieur. Par là…
Il désigna une zone de l’espace où une tache violette scintillait au loin.
Ebenezer tenta alors de se remémorer son plongeon au fond du trou noir. Mais rien ne venait, une barrière invisible l’empêchait d’aller plus loin. Il se souvenait tout de même du cocktail gravitationnel fait de plusieurs générateurs et de l’attraction, en se disant que l’entité avait particulièrement bien réussi son coup.
Plusieurs mystères demeuraient toujours. Il se demanda s’il n’avait pas voyagé dans le temps et contribué à modifier l’expérience d’Erstmeïnger pour sauver le soleil de sa dégénérescence en planète à neutron. D’un autre côté, la station était là, et le système était différent, si bien qu’Ebenezer ne peut s’empêcher de penser qu’il était passé dans une autre dimension. Pire encore, peut-être était-il une recréation de lui-même par Antélias. Dans tous les cas, il ne saurait jamais, ce qui provoqua en lui une profonde frustration, ainsi qu’une immense admiration envers l’univers et sa puissance.
Il s’assit et entama en silence son repas tandis que Tagashi plaisantait sur les autres membres de l’équipage.
— Imagine si les astres pouvaient être conscients, lança Ebenezer qui n’écoutait pas son ami, s’ils pouvaient manifester une forme d’intelligence…
Tagashi éclata de rire.
— Mon pauvre Eb’…
Son visage se fendit d’un grand sourire.
— Je pensais que les radiations t’avaient autant détraquées. Toutes ces années dans l’espace auront ta peau, fais gaffe.
L’ingénieur se leva et quitta la pièce. Ebenezer observa alors par le grand hublot Antélias qui perçait le drap noir de l’univers.
— La mort n’est pas la fin…

FIN

KaiM
KaiM
Niveau 11
22 mars 2009 à 22:34:14

Avis mitigé.

Je m'explique : il y a là une bonne intrigue, qui brasse pas mal de thèmes à la fois scientifiques et fantastiques. Franchement, c'est une bonne histoire mais... ça va trop vite. Les évènements s'enchaînent à un rythme de folie, et on est encore en train d'essayer de comprendre un truc que déjà un autre nous tombe dessus. Notamment, la dernière apparition dans la station, qui devrait être la clé de toute l'histoire, est expédiée avec une étonnante précipitation. Je trouve que tu échoues à créer une ambiance oppressante qui serait pourtant un atout essentiel à cette nouvelle.

Sur ce, au plaisir de te lire à nouveau.

:)

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
22 mars 2009 à 22:43:33

Pour tout te dire, je suis entièrement d’accord avec toi. J’ai fais cette nouvelle à Noël et je n’arrivais pas trop à m’en dépatouiller alors j’ai terminé comme ça.
J’attends ainsi beaucoup des commentaires pour la recycler car j’ai des idées pour l’améliorer.

Merci d’avoir lu en tout cas. :)

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