La mer sans fin. De grandes et puissantes vagues se heurtaient à la coque. L'écume blanc des brisants troublait l'immense étendue d'un bleu profond. Le cuirassé d'acier avançait lentement, se balançant paresseusement au rythme des heurts de l'eau en furie. Comme on se sentait libre, là, sur la plateforme. La nature reignait, tout autour, maîtresse d'une large étendue sauvage. Une illusion. Vassili s'appuya sur la rambarde, ses yeux bleus regardant dans le vague. L'étoile rouge qu'il portait à l'épaule lui rappelait tous les jours son serment. Si il le fallait, il serait le dernier à mourir. Il l'avait juré. Il n'était plus libre. L'immense vaisseau d'acier avait accéléré son avancée inexorable depuis trois jours. Il serait là à temps. Une voix dure et froide tira Vassili de ses pensées.
-On t' attend, camarade, tu dois descendre.
L'homme qui avait prononcé ces mots se tenait droit, et son regard froid semblait dépourvu d'humanité. Vassili tourna les talons, et, reprenant contenance, répondit d'une voix forte
-Je te suis Yukov.
Sans un mot, le camarade se retourna, et descendit par l'escalier le plus proche, qui menait à la salle d'armes.
-Les camarades sont là, Vassili. Tu sais ce que tu as à faire.
Les battants de la lourde porte blindée s'ouvrirent, laissant apparaitre une petite salle, dans laquelle se tenait une trentaine d'hommes, fatigués et abattus. Là était le seul équipage du Sledrïav, ce cuirassé qui avait résisté aux trois guerres. trente hommes, trop vieux pour certains. Ils portaient tous ce képi défraichi, à l'effigie du parti, dont les symboles commençaient à s'estomper par le fait années. Vassili restait debout au milieu de la pièce, alors que les yeux désabusés de ses camarades le fixaient. Il prit son inspiration et lança d'une voix dure, qui se voulait assurée
- Mes camarades. Demain arrive ce jour que nous redoutions. Bientôt, nous voguerons sur ces flots que nous tentons d'atteindre depuis des jours, sans vraiment le vouloir. Vous êtes les vétérans de trois guerres, Vous avez loyalement servi la cause. Je suis seul maître à bord. Je peux donc vous le dire à présent. Ceux qui, croulant déjà sous le poids des années, ne peuvent supporter le poids du combat, s'en aillent. Ceux qui chez eux, ont une femme qui attend leur retour, s'en aillent. Ceux enfin, qui en trente-cinq ans de guerre sans repos, ont perdu foi en la cause, s'en aillent. Réfléchissez, car votre destin se scelle aujourd'hui. Des navettes vous attendent et vous permettront de rejoindre la côte.
Un silence lourd de signification s'abattit sur la pièce. Tous les camarades regardaient Vassili avec un air d'indignation mêlé d'une étrange tristesse. Le machiniste posa sa main sur l'épaule de son capitaine.
- Tu ne sais encore rien du combat, tu n'a pas connu les guerres, tu crois encore qu'il peut y avoir un avenir. Mais après tout ce que nous, vétérans des trois guerres, avons vécu, cette épreuve n'en est qu'une de plus. Nous serons avec toi, demain.
Sans un mot, avec peut être un léger sourire, Vassili quitta la pièce. Yukov l'attendait à la porte.
- Eh bien, Vassili?
-Ils restent tous. Je m'y attendais.
Yukov poussa un long soupir
-Moi aussi... Mais il fallait que tu le leur demande. Une fois dans leur vie, ils devaient pouvoir choisir leur destin. Ces hommes ont connu la guerre et la mort pendant 35 ans. Tu es jeune encore, Vassili. Ce qu'on apprend dans les écoles militaires de Moscou n'a rien à voir avec ce que l'ont vit durant une guerre. Non, rien. Yukov marchait lentement, ses lourdes bottes frappant le métal du navire. Il s'attarda un moment à la rambarde, et regarda la mer, sa tête barrée de cicatrices tenue droite. Le bruit assourdissant des vagues frappant la coque ne laissait aucun doute. Le navire avançait encore plus vite.
-Demain, déclara Yukov d'un ton solennel, la mer sera rouge.
Ses yeux gris, empreints de détermination, fixaient l'horizon
Vassili, lui, ressentait un étrange mal de tête. Ses pensées se brouillaient dans son cerveau. Il salua Yukov, et se retira dans sa cabine. Sa porte fermée à clé, il enfouit sa tête dans ses mains. Ainsi, voilà ce que ressentait un soldat, à l'approche du combat... Il n'y avait pas cette exaltation qu'il espérait. dans sa tête, des images désorganisés, celles des êtres chers, ou de tout autre réconfort perdu. Peut être à jamais. Tout ça, pour satisfaire l'arrogante fierté d'un homme.
Les alliés venaient de l'ouest, bien équipés et déterminés à défendre leurs eaux. La fragile paix de 2055 avait été rapidement brisée... un simple mouvement des cuirassés russes avait déjà provoqué des frottements diplomatiques, et leur entrée dans les eaux territoriales du Groenland avait provoqué la guerre. Beaucoup disaient qu'elle était depuis longtemps inévitable. Peut-être avaient-il raison.
Vassili s'allongea sur son inconfortable couchette, et tenta de s'endormir. Peut être une dernière nuit.
Alors j'ai lu.
Pas mal, pas mal! Tu abordes déjà un sujet original; la vie d'un cuirassé (transposée sur les membres de l'équipage) qui tire à sa fin. Néanmoins, pour te faire une petite remarque, je doute forcément que tu reproduises fidèlement le côté militaire russe. Je te le dis parce que j'ai des amis qui sont dans l'armée depuis quelques années (canadienne, alors je te laisse imaginer ce à quoi ressemble celle l'armée russe).
Primo: Aucun officier sensé et bien formé demanderait une telle question à un équipage (surtout un équipage de 40 hommes!!!), à savoir si ceux qui veulent s'en aller s'en aillent. Je veux bien croire que ça fasse un peu "hollywoodien", un peu "officier qui a un coeur humain, un gentil russe" mais c'est très très (je dis bien TRÈS) improbable qu'un officier russe fasse un tel geste. L'armée russe a des critères très strictes, et la plupart des vétérans qui croiraient encore (en extrapolant) en l'Armée et au Parti pourraient bien tuer leur officier pour avoir seulement insinué qu'ils pourraient avoir une pensée aussi futile et traître que d'abandonner la mère patrie. J'exagère sûrement un peu, mais les russes sont très fiers, très patriotes (sûrement plus que les américains, et je ne blague même pas là-dessus). Encore là, c'est peut-être du cas-par-cas, alors au risque de généraliser ou de dire n'importe quoi je clos le sujet sur un autre point.
Deuxio: Côté histoire, cette fois. J'aime bien le "la mer sera rouge" c'est une image assez facile et clichée mais elle est pas mal. Je sais pas si tu comptais faire une suite, ou je-ne-sais pas quoi, mais l'histoire d'un vieux cuirassé me semble assez intéressante. DEn plus c'est crédible parce que l'armada russe est quand même assez antique par bouts (juste à comparer leurs sous-marins nucléaires
). Peut-être aurais-tu pu développer un peu plus sur la "russitivité" de tes personnages, elle est très peu développée. M'enfin c'est qu'un conseil pas un reproche.
Alors vwala c'est tout ce que j'avais à dire.
Tout d'abord, merci pour ton commentaire. Ensuite, oui c'est vrai, c'est un peu improbable que l'officier fasse cette demande je m'en rend compte, mais bon aussi le mec est tout jeune, il est tout frais arrivé d'une école militaire
encore un peu "rêveur"
Mais je tiendrais compte de ton conseil ![]()
donc voilà, sinon, vi, ce texte appelle une suite ![]()
En même temps, des types qu'ont vécu 35 ans de guerre, même des Russes, je pense que l'envie d'arrêter leur a au moins effleuré l'esprit. Au contraire je trouve la scène bien trouvée : il leur demande par "formalité", sachant très bien que justement par fierté ils refuseront.
Accessoirement, c'est un excellent texte, aux descriptions enchanteresses. J'ai vraiment eu l'impression d'entrer dans ce cuirassé et de faire partie de ces hommes condamnés depuis l'éternité, et las de l'être.
Bref, j'attends la suite, mwa. ![]()
mouais j'avoue Az a raison sur ce point.
Mh, la vrai question, c'est plutot l'interet de cette scéne, en fait. Parce que ça a beau être des russes, moi, ce que je vois, c'est surtout une belle mise en scéne ultraclichay (eh oui
) et inspiré des films ricains. Ce qui fait que pour glorifier les russes, tu es obligé de les transformer en US marines d'hollywood, et ça fait malgré tout trés manichéen, voire propagandiste: Il aurait suffit que tu remplace les Vassili par des John pour que tout le monde hurle au patriotisme atlantiste bête et méchant, c'est assez paradoxal, quand même ![]()
Ensuite, c'est pas franchement mal écrit, même si c'est pas merveilleux, y a quelques passages- au niveau des dialogues notemment-qui sont un peu just. Et puis apparement, t'as bossé un peu le fond, même si j'ai du mal à croire qu'en 2055 russes et américain se battent avec des sous-marins au lieu de bombe nucléaires (a moins que l'URSS ait devellopé un bouclier anti-missile aussi, mais j'ai du mal à le croire.) . Donc, j'awaiting the next
Les Russes "humains", ça le fait pas trop
Je me rappelle, dans le jeu Call of Duty (oui, j'ai de super références
) des comissaires d'armée qui abattaient sur le champ tout soldat qui faisait mine de reculer. Et ça m'étonnerait pas que, même un siècle plus tard, les Russes ressortent le vieux principe du communisme pour combattre les amerloques (avec tout les principes de "Pour la Patrie !")
Mais c'est vrai que ça fait un peu trop héros américains. Chez les Russes, y'a pas de héros, y'a seulement des gars qui exécutent mieux les ordres que d'autres
ça fait un peu cliché, aussi, le soldat qui exécute les ordres contre son grè, en possédant une ame rebelle. A quand un personnage principal qui serait le soldat rêvé par tout dictateur ?
Le style est très bon. C'est le fond qui me gêne, c'est tout ![]()
Oï Toavalish !
Beh, j'ai lu, alors je commente... Mais j'ai lu pour le plaisir, pas pour y chercher une critique. Donc je pourrais simplement dire que j'ai apprécié.
"La mer sera rouge" ... Oui, mais, de sang, ou de communistes ^^
re à tout le monde
merci pour vos commentaires. je poste la suite.
La mer semblait s'être calmée alors que, rapidement, le Sledriav avançait vers son but. Ses trois vieux cannons rouillés, vestiges de la première guerre, formaient de grandes ombres menaçantes sur l'eau. Seul le hululement du vent venait troubler la tranquilité de la nuit. Les oiseaux marins avaient déserté les lieux, sentant l'approche d'une tempête. Ce silence assourdissant pesait dans les esprits des hommes, leur rappelant sans cesse que le lendemain serait un jour décisif. A bord, personne ne dormait. Beaucoup, dans leur couchette, avaient les yeux grands ouverts, cherchant ce dernier sommeil sans le trouver. D'autres s'était résignés, et marchaient lentement dans les couloirs du vaisseau ou sur le pont. certains s'arrêtaient, s'asseyaient pour penser. Aucune lumière n'était allumée. De loin, on aurait pu croire que le navire était déjà endormi.
Vassili, lui, veillait dans la salle de contrôle. Il voyait, de la fenêtre, ces hommes, réduits à hanter le navire, pauvres âmes en peine. Les camarades allaient bientôt arriver... Une armada d'anciens vaisseaux, tout ce que le parti avait pu trouver dans les ports de l'ouest. Parfois rien de plus que des cargos armés. Et l'union comptait sur eux pour lutter contre la forteresse de la mer du nord... Cet immense batiment avait été conçu après la première guerre, en 2035, pour protéger les eaux territoriales de la norvège. Il s'agissait en fait d'une immense plateforme flottante, équipée de canons sophistiqués et protégée par une armada importante.
Depuis l'alliance de 1934, les alliés disposaient de moyens modernes, qu'ils avaient déployés sur leurs frontière est. Cette forteresse était l'une des plus impressionantes défenses dont l'union disposait. On avait confié le commandement, à lui, Vassili, jeune capitaine frais arrivé d'une école militaire, d'une expedition insensée, vouée à la destruction.
Aucune importance. Dans quelques heures, les canons alliés allaient retentir, réduisant à néant cette misérable tentative du parti de reprendre la mer du nord. Quelques heures... Beaucoup de vagues s'étaient déjà échoués sur le Sledriav, les dernières allaient avoir raison du vieux vaisseau.
Vassili entendit alors une voix, assurée et forte derrière lui.
- Camarade capitaine. Une communication pour toi. L'armada est arrivé.
La grande silhouette de Yukov, qui se dressait à présent dans l'embrasure de la porte, venait rappeler Vassili à la réalité. Il commandait une flotte de 335 hommes. Il devait se montrer fort.
D'un pas assuré, le capitaine se dirigea vers le pont. Le soleil naissant révelait à présent la flotte de l'ouest. les navires russes couvraient les flots qur un large périmètre. Certains étaient des navires marchands, peu maniables et mal équipés. Tous arboraient le drapeau du parti, et l'étoile rouge à la poupe, signe de guerre. Certains navires étaient d'anciens batiments, mais aucun ne semblait aussi vieux que le Sledriav.
- La forteresse est en vue, Camarade.
Vassili se retourna lentement. Devant lui se dressait l'un des ouvrages technologiques les plus extraordinaires de ce temps. Une immense citadelle d'acier jetait son ombre menaçante sur l'eau, telle un extraordinaire vaisseau de guerre. Les canons de défenses froide machines de mort, s'étaient déjà tournés vers les soviétiques. La porte de la forteresse s'ouvrait à intervalles réguliers, alors que les vaisseaux alliés sortaient un à un.
Vassili s'avançait lentement. Il distinguait de mieux en mieux cet ennemi terrifiant. Il baissa la tête, comme vaincu d'avance. Il voyait approcher la mort, incarnée par l'adversaire invincible qu'il allait combattre.
Mais à présent, à présent que cette mort était si proche, il sentait son coeur se durcir, ses pensées redevenir claires, sa main redevenir sûre.
-Armez nos canons. Nous attaquerons ce matin.
L'équipage s'executa. Sans une parole, sans même un pleur. Yukov partit prévenir les autres navires. Chacun allait s'acquitter de sa tâche, une dernière fois. Les navires avançaient, de plus en plus vite, vers la forteresse.
Vassili était assis dans la tour de contrôle, et Yukov, qui se tenait à ses cotés, était chargé de surveiller l'écran radar.
- Le soleil n'est pas encore tout à fait levé.
Vassili se retourna.
- Beaucoup aujourd'hui ne le verront pas.
J'avoue être perplexe sur la qualité, mais après trois essais c'est celui qui m'a semblé le meilleur.
C'était un membre de la famille DeVoyage ![]()
"- Le soleil n'est pas encore tout à fait levé.
Vassili se retourna.
- Beaucoup aujourd'hui ne le verront pas. "
mais QUEL CLICHAAAAAAAAAAAY
J'viens de gerber sur mon keyboard.
Autrement, tovarich, c'tait bien.