La clé
Elle était posée sur la table. Elle me narguait. Elle semblait prononcer, entre ses dents, une phrase. Toujours la même.
« Tu me perdras, un jour ! Et là, que fera-tu ? »
Et elle avait raison. Que ferais-je sans elle ? Que deviendrais ma vie ? Un enfer, tout simplement. Je n’arrivais pas à la lâcher des yeux. C’était insoutenable. Je la plaçai dans le tiroir, en détournant mon regard. Je sortis le café et fit chauffer de l’eau. Une tasse bouillante de ce liquide noir me ferait le plus grand bien.
Je tentai en vain de boire cette boisson, mais, avec ma main plus tremblante que celle d’une personne atteinte de Parkinson, je n’y parvint pas. J’ai horriblement froid.
La clé ! Où est-elle ? J’accours au tiroir. Ouf ! Elle est là.
« Je t’avais dit que tu aurais besoin de moi », semblait-elle me dire. J’approchais maintenant d’un grand escalier. Je le regardais d’en bas ; il semblait énorme. Il possédait une vingtaine de marches. Une, deux, trois, quatre. Je sentis de grosses gouttes de sueur couler sur mon front. Cinq, six, sept, huit. Mon corps brûlait de peur. Neuf, dix, onze, douze. Mes mains tremblaient, manquant de faire tomber la clé qui m’était si chère. Treize, quatorze, quinze, seize. De grosses larmes venaient à mes yeux affaiblis par l’obscurité. Dix-sept, dix-huit, dix-neuf, vingt. Ma main droite s’avança, la clé entra dans la serrure. Le temps ralentit, s’arrêta presque. Elle tourna doucement. Un bruit de cliquetis se fit entendre. J’ouvris la porte.
Je me mis à pleurer à grosses larmes. Dans cette pièce se trouvais tous les objets ayant appartenus à ma femme et ma fille. Tout, des jouets aux souvenirs en passant par les vêtements, était resté. Ce qui leur était arrivé était si injuste…
J’avançais lentement dans cette salle de torture. A ma gauche, le doudou de ma fille, prénommé « Kyrie », attendait le retour de son propriétaire. S’il savait qu’elle ne reviendra jamais…
A ma droite, la machine à café désespérait de rouiller ? Cela faisait plusieurs années qu’il n’avait pas vu de capsules.
Ce n’est qu’un mince échantillon de ce que présentais cette pièce. Ce qui attira mon attention, c’est ce journal…
Je le sors consciemment du film plastique où il était conservé.
Gros titre : « Deux morts dans un accident de la route »
Il y était dit q »un choc à 100 kilomètres à l’heure avait fait trépasser les deux personnes à bord. Une femme et sa fille. Il replaça avec précaution le journal. Il vit la date : 1980
Cela faisait vingt ans et je n’avais toujours pas réussi à me reconstruire une vie… 20 ans… C’en est trop !
Je replaçai le journal et partit d’un pas décisif. Toute ma haine, ma tristesse s’envola. Mes pas se firent plus légers. Je me sentais bien. J’étais lié avec des chaînes, et elles venaient de se briser. Ces chaînes, c’était vingt ans d’agonie et de désespoir. 20 ans de deuil, de regret, de haine, de vengeance. 20 ans de souffrance. 20 ans passifs. Il est temps d’en finir.
D’un coup, presque sans le vouloir, la clef vint à tomber dans la poubelle. Cette Sandra, au bureau, m’avait proposé un rendez-vous. Il est temps d’accepter.
La clé, KidNova.