Bonsoir tout l'monde! Je reviens avec mes sempiternelles histoires honteuses! 
Merci d'avance à ceux qui prendront la peine de lire!
“ Curieux cette impossibilité de se détacher tout à fait des être que l'on a aimés, ce besoin de les retenir, de retarder désespérément le moment où ils ne seront plus rien pour nous. ”
Anne Bernard
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Pendant des mois, ils n'avaient pas une seule fois fait semblant. Pas une seule fois ils n'avaient triché. Ç'avait toujours été clair, simple. Pas de déception, puisque pas d'illusions. Comme si un contrat, invisible et secret, avait été signé mentalement. "Jurez-vous de ne pas le faire chier, de le laisser regarder le foot avec ses potes, de ne pas faire la grève au lit? Je le jure. Et vous, jurez-vous de la laisser se faire draguer dans les bars si elle en a envie, de ne pas lui couper les vivres nécessaires au shopping, de lui foutre la paix quand elle est au téléphone? Je le jure. "
Rien que de la franchise, un je-m'en-foutisme tenace. Une liaison qui aurait pu durer, dans le fond. Parce qu'ils attendaient les mêmes choses.
Et puis il y a eu ce jour. Ce jour où il a du partir. Une mutation à l'étranger. Ça ne leur faisait ni chaud ni froid. Ils en ont même ri.
"Allez, avoue, une fois là-bas, tu te trouveras quelqu'un, et tu me largueras. Autant en rester là, non?"
Ils décidèrent d'en rester là; de se quitter d'un commun accord où elle était tout autant d'accord que lui. Il a progressivement fait ses bagages, a emporté la cafetière, la saison deux de Friends, deux cassettes des Monty-Python, tous les Coehlo de la bibliothèque, le best-of de U2. Elle plaçait dans ses valises les choses dont elle voulait se débarrasser, discrètement. Un livre de BHL, les DVD de Prison Break, ceux des Visiteurs, le tire-bouchon électrique, les CDs de Maria Carey que sa soeur avait oublié. Il les trouvait et les remettait à leurs places respectives, tout aussi discrètement. L'appartement s'est vidé de ses traces.
Et puis il y a eu ce jour, ce joli jour du mois de mai. Elle l'a accompagné à la gare. Elle se mit à penser à eux, peut-être pour la première fois. A leur manière de faire, à la façon dont ils avaient toujours agis. Couple détraqué. Deux colocataires qui couchaient ensemble. Ils en avaient entendu de belles! Oh, ils s'en étaient toujours foutus de tout ça. Etait-ce seulement faux?
Sur le quai 17, ils ont tout très bien joué. Ils sont restés l'un en face de l'autre devant le train. Elle a fait semblant de pleurer, il lui a juré la chasteté les doigts croisés, elle l'a supplié de ne pas noyer sa douleur dans l'alcool. Ils étouffaient de rire.
"Je ne me laverai pas pour garder ton odeur, mon lapin en pâte d'amande.
- Et moi je me tatouerai ton nom sur la fesse droite, mon canari des îles.
- La droite? Et pourquoi pas la gauche?
- Mais enfin! Parce que j'ai déjà ton portrait sur la gauche, mon roudoudou!
- Ah mais oui, bien sûr! "
Leurs yeux brillaient. Le contrôleur a sifflé, ils se sont embrassés, leur baiser d'adieu. Il est monté, elle l'a suivi depuis le quai. Il a soufflé sur la vitre crasseuse et a dessiné un coeur, puis une deuxième, un troisième, en réfrénant un fou-rire.
Quand le train a démarré, elle l'a d'abord suivi un moment, puis a sorti un grand mouchoir blanc. Ou peut-être était-ce une nappe. Ah, ça, c'était une rupture en grande pompe, ils s'en souviendraient !
Le train disparut, elle tourna les talons sans plus d'émoi.
Elle se dirigea vers un café face à la gare. "Café de la gare". Quelle originalité. Elle s'assit en terrasse, demanda un "ex-presso", en détachant bien les syllabes, un grand sourire aux lèvres. Elle se disait qu'il lui faudrait racheter une cafetière. Et trouver un nouveau colocataire. Ou un nouvel appartement. Un ou une? Colocataire bien sûr. Ca ne se dit pas "une appartement". Peu importait. Elle ramassa les grains de sucre sur la table, avec son annulaire. Tiens, un truc qu'il avait toujours fait, et qu'elle détestait; avant de prendre le tic à son tour.
Quand même, cet idiot allait lui manquer.
Un peu.