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Le comte Falstaff

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
26 août 2008 à 19:06:49

Un texte qui m'est venu un peu d'un coup. J'ai tenté quelque chose de différent.

Bonne lecture. :gni:

— Monseigneur ?
— HAHAHAhahahahahaha !
Le comte Falstaff éclata de rire. Ses doigts se tordirent sous l’hilarité soudaine, et le corps tout entier se mit à tortiller nerveusement. Le comte riait. Il riait à s’en rompre les poumons, la mâchoire grande ouverte et les yeux pleurants de plaisir. L’écho de son rire lui parvint, augmentant inexplicablement les ricanements de l’homme qui se convulsait, seul. Sa jubilation atteint son paroxysme lorsque le comte regarda amusé l’homme qui l’observait d’un air circonspect. Oui, le comte se gaussait, et ses éclats résonnaient dans l’immense pièce comme un tremblement sinistre et inquiétant. Le comte tenta une seconde d’arrêter, mais n’y parvint pas et continua à s’esclaffer comme un dément. D’ailleurs, pensa-t-il, il était un dément, un fou mégalomane, un monstre psychopathe, l’incarnation du mal, un fou dément… non, il venait déjà de le penser et en plus il se répéter. La folie à l’état pur, le mal en personne, le …. Non ! pensa rageusement le comte qui s’arrêta soudainement de rire.
— Un dictionnaire ! Qu’on m’apporte un dictionnaire immédiatement ! Vite !
Un autre homme fit immédiatement son apparition de derrière un pilier de marbre, poussant devant lui une bibliothèque sur roulette. Il tira un livre et monta la volet de marche jusqu’au comte qui commençait à s’impatienter.
— HAHAHAHAHAhahahahaha !
La jubilation envahit à nouveau le comte qui tournait frénétiquement les pages du dictionnaire.
— OUI !
Un être malfaisant, songea-t-il, la quintessence de l’horreur, la décadence absolue … et puis autant rigoler un bon coup se dit-il alors que sa langue s’agitait sous le flot de cris provenant du fond de la gorge du comte. Un abject dispendieux équilatéral, un crétin jaune, une pancarte extrudée en attente de liquéfaction ! Le comte n’en pouvait plus, le souffle commençait à lui manquait. Cependant, il ne tenta même pas de cesser la vague, l’inondation de rire qui l’étreignait. Plusieurs minutes durant, il ne cessa de se trémousser de plaisir, avant de stopper sa folie. Il paniqua une fraction de seconde, ne se souvenant plus pourquoi il riait. L’idée lui parut curieuse, saugrenue, mais surtout des plus amusantes. En fait, c’était désopilant, risible. Le comte s’écroula alors de son trône et frappa le sol. Il se mit à rire avec encore plus de force et démence. Les veines se gonflaient, la peau roussit et les yeux roulaient dans leur orbite tant il riait.
— Oui, c’est pourquoi ? s’enquit-il en arrêtant brutalement de rire.
L’homme en bas des escaliers peina à ressaisir son esprit. Il s’inclina.
— Monseigneur, c’était pour vous avertir que Jonathan venait de passer la grille de la propriété, à l’entrée. Il sera donc là d’ici deux heures.
Le comte Falstaff se tut soudainement et reprit place sur son trône en or massif. Il repensa à cette grille. Ce magnifique portail en platine forgé qu’il avait commandé il y a trente ans et que des petits ouvriers écossais, les mêmes qui passaient des heures dans des bars birmans près de Cardiff lors de la fête de la Saint Transfiguration. Le comte aimait particulièrement cette fête puisque c’était toujours pour lui l’occasion de prendre des bains de vins dont le raisin était pressé avec des pieds atrophiés d’éléphants albinos.
— Nestor !
Le factotum bibliothécaire s’avança et s’agenouilla devant son maître.
— Que puis-je pour vous ?
Le comte Falstaff regarda la façon particulière dont le velours de son pantalon se recroquevillait lorsqu’il balançait sa jambe droite. Il était proprement fasciné par les motifs fractals qu’engendraient ses gestes et se dit qu’il est un dieu de création artistique. Le comité international ne pourrait qu’être en extase devant cette formidable découverte des formes extravagantes, presque désinvoltes de son atour. À dire vrai, ce genre de défiance ne convenait guère en de pareils lieux, ne faisant que raviver le souvenir indélébile et haut combien exécrable du duc Von Schwartzenberg. Quel nom ridicule pensa le comte. Tant de consonnes engoncées dans un seul mot ne pouvaient être que synonyme de contestation, de vilenie et turpitude. C’était imprononçable, en somme une véritable insulte à la prononciation elle-même. Les lèvres asséchées du comte se raclaient à chaque fois qu’il devait prononcer ce nom. Lèvres que la crème du pharmacien ne parvenait pas à hydrater correctement notamment en raison du climat sec et froid que le comte avait commandé. Ses savants lui avaient d’ailleurs conseillé de cesser de dérégler ainsi le climat. Le comte Falstaff les avait naturellement fait exécuter, mais ne pouvait s’empêcher de penser au billard de l’un d’eux. Car il savait que climatologue Preston Caradow possédait un magnifique billard de marbre rouge avec des grelots en caoutchouc, source d’une indicible interrogation quant à son avenir sans son propriétaire. Il imagina les boules prendre la poussière sur le tapis à rayures jaune et transparente qui devenait verte et bleu lorsqu’on renversait un cocktail à base de sirop de toux et de lubrifiant pour canifs hongrois. Les mêmes outils précisément qui avaient servi à tailler les bancs de la propriété du Baron Prétextat. Un prétexte de prescience qui n’avait d’égal que l’abyssale vacuité de ses connaissances en botanique. Car le comte Falstaff ne connaissait strictement rien aux plantes, et se félicitait de ne rein avoir affaire avec ces meubles verts et mous que des slovènes trijambistes fabriquaient avec de la terre et des graines comme ils les appelaient. Il trouvait ridicule la couleur verte de ces cravates malgaches à ce propos, les mêmes que Nestor avaient acheté en Bolivie occidentale durant la guerre des trafiquants d’agrafeuses jaunes contre la guilde des horlogers.
Son domestique se tenait d’ailleurs face à lui, se prosternant tel un peuplier un jour d’éclipse lunaire. Le comte Falstaff trouva sa comparaison fort intéressante et le nota dans une partie de sa tête à côté de sa comparaison à propos de son esclave aussi surpayé qu’un chinois de sept ans fouetté quatre heures de suite à cause d’une erreur de fabrication sur un camion en plastique puisque plus Ulysse ne possédait de plastique. La longueur de cette comparaison ne pouvait être qu’un signe d’une incontestable qualité intellectuelle, notamment avec la métonymie du voyageur grec qui s’était joué des êtes monoglobuloculaires. Il aurait à leur place il aurait demandé une carte d’identité. L’anachronisme de sa pensée lui faisait penser que Nestor attendait depuis quelques minutes déjà sans bouger d’un iota. Le comte Falstaff se délectait de sa posture figée, et connaissant le mal fou que se donnaient ses jardiniers pour tailler les peupliers, il ne pouvait que prolonger cette attente comme l’année dernière où Nestor, le quatorzième du non était mort de faim après avoir attendu une semaine accroupi à ses pieds. Il trouvait leur position ridicule tout comme leur asservissement.
— Léchez le bout de lacet gauche.
L’individu s’exécuta et le comte Falstaff lui donna un coup de pieds dans les reins suffisamment fort pour être sur qu’il faille les changer et probablement que ce stupide homme n’aurait pas un centime pour payer un chirurgien pour le lui réparer ou dans le meilleur des cas acheter un rein au marché noir ou au marché rouge comme aimait le penser le comte Falstaff qui trouvait la réaction de Nestor quinzième du nom insuffisamment douloureuse si bien qu’il donna un autre coup dans l’autre rein pour provoquer une autre douleur qui engendrerait une autre douleur et donc d’autres dépenses à termes pour cette autre serviteur qui serait bien vite remplacer par un autre personnage qu’il s’empresserait de tuer d’une autre manière à un autre moment dans une autre position en lui demandant une autre ineptie comme se coucher sur le sol en chant l’hymne nation d’une pays grotesquement aussi petit que l’Andorre dont personne pas même les habitants de ce pays ne pouvait ne serait-ce que fredonner quelques notes d’un pays dont la plupart des humains ignorait l’emplacement géographique dans ce vaste monde que le comte Falstaff espérait rendre le plus abjecte possible en demandant l’intervention de personnalité aussi funeste que Jonathan qui devait passer sur le huitième pont-levis à l’instant même où il pensait à la façon la plus approprié de causer davantage de souffrance à Nestor afin de constater une énième fois l’inaptitude humaine à se rebeller quand l’autorité ou l’argent comme c’était dictait sa pensée tant est si bien que le libre n’existait certainement pas aux yeux du comte Falstaff ou du moins et de surcroît si subséquemment de la réciproque ambivalente du corollaire du fait qu’il ne savait à présent plus où en était son raisonnement si bien qu’il acheva sa phrase le plus prestement possible sans quoi il deviendrait plus fou qu’il ne l’était et le serait quoi qu’il savait pertinemment que sa folie ne pouvait que croître par le futur en même temps que sa considérable fortune avec laquelle il ne cessait d’agrandir son formidable palais si haut et si imposant qu’ils en avaient perturbés les couloirs aériens.
— Qu’est-ce que l’albinisme ? s’enquit-il.
Nestor se dirigea vers la bibliothèque d’un pas insuffisamment chancelant pour indiquer un état critique de ses organes internes. Tandis que le factotum tournait les pages d’une encyclopédie, et que pour ces éléphants qu’il comptait remplacer par des girafes naines, le comte Falstaff songea de quelle manière il ferait retailler les colonnes de sa salle de trône, si grande et si vaste qu’il fallait un télescope pour apercevoir les personnes qui y déambulaient.
— Trouvez-moi un fusil à lunette et invitez les habitants du village que j’ai fait rasé pour construire mon palais, ordonna le comte Falstaff.
Il se voyait déjà siéger sur son trône en train de viser et tirer à distance pour tuer cette masse grouillante et ignorante de son sort, du moins jusqu’à que l’un d’entre eux ait la boîte crânienne explosée par une balle perforante en argent renforcé de bronze trempé.
Toutefois, une autre idée traversa l’esprit brillant du comte. Une idée qui le rendrait plus célèbre qu’une chanteuse se dandinant dans un clip avec des voitures et de la mousse.

Stradivarius_01
Stradivarius_01
Niveau 4
26 août 2008 à 19:19:14

j'adore !

un univers à la fois cartoonesque et inquiétant, qui ne peut qu'être apprécier.

C'est frais, c'est cour, c'est déjanté, c'est fluide...

un bon moment de détentes, ça change des textes un peu prises de têtes.

J'adore et je réclame une suite ou une histoire mettant en scène ce perso et son univers car il est génial.

Mais comme Joel dit, ton inspiration number one, c'est le Joker non ?

Stradivarius_01
Stradivarius_01
Niveau 4
26 août 2008 à 19:20:06

pourquoi le com de Joel a-t-il été supprimé ? :question:

au fait n'oublie pas observé :p)

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
26 août 2008 à 19:36:45

Mon inspiration vient d'un délire que j'ai eu avec un ami. Nous insultions à tour de rôle un de nos profs quand, à cours d'argument, j'ai hurlé "qu'on m'apporte un dictionnaire".
Pas de joker.
Mais à proposde Joker j'ai une image qui m'a fait bien plus rire que ce qu'à pu rire Falstaff :

http://www.nioutaik.fr/images/dossier28/jaq8.jpg

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 26 août 2008 à 19:56:48

Tiens, tu lis Nioutaik Ostramus ?
Bref, j'ai plutôt aimé ce texte. Après la froideur juridique et implacable de notre ami Camporellon, nous voici devant la folie mégalomane et le délire d'un comte. Les phrases sont fleuves, les métaphores parfois tordues et on voit bien que c'est issu d'une "joke" au départ. Ces deux éléments participent vraiment à l'instauration d'une ambiance particulière et bigarrée ; on se retrouve presque essouflé, comme sortant d'un marathon, après avoir terminé une phrase d'une quinzaine de lignes (et encore, avec le format d'affichage large de jv). Quelques maladresses qui me font penser à une absence de relecture ("se dit-il alors que sa langue s’agitait sous le flot de cris provenant du fond de la gorge du comte" ; "que des petits ouvriers écossais, les mêmes qui passaient des heures dans des bars birmans près de Cardiff lors de la fête de la Saint Transfiguration" (manque un verbe)) parsèment le texte, mais rien de bien grave.
C'est très sympa et rafraîchissant, en bref.

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
28 août 2008 à 19:25:28

Aurais-je fait un bid ?

Stradivarius_01
Stradivarius_01
Niveau 4
28 août 2008 à 20:42:29

non pourquoi ? :ok:

iron66
iron66
Niveau 6
29 août 2008 à 13:40:57

Il est vrai, certes, que c'est un texte raffraichissant et original. Cependant je n'ai point réussi à accrocher tant tu te perds dans les phrases longues tordues. On comprend bien que tu veut nous montrer la folie du comte mais on est perdu dans cette folie. Au début du texte surtout, où je me suis longtemps demandé si c'etait un point de vue exterieur au comte ou la comte lui même qui s'autocritiquait.
une impression plutot mitigée donc...

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