C'est injure au talent que de laisser s'échoir ce topic sans égal. Je laisse là les oripeaux de l'adoreur transi et te fait part, WeezyF, de toute ma considération.
J'avais commencé à lire d'un oeil distrait Archnemesis sans y trouver de véritable plaisir, car le début me paraissait - on l'a déjà signalé - un peu décevant, laborieux, très plan-plan.
Et puis, plus le texte avance, plus l'oeil se fait happer par des phrases et des tournures qui s'impriment assez vite, et entrent en résonance avec tout ce qui suit.
Ce qui m'a plus fasciné dans le texte, outre la maîtrise de la langue dont il témoigne, c'est l'analogie permanente, dans le creux du récit, entre le décor extérieur et l'habitat intérieur du personnage. Nul ne sait si ce qu'il décrit est une fantasmagorie qui existe sans conteste, ou au contraire le fruit purement halluciné d'une dégénérescence mentale. Si bien que le cancer devient le texte même ; un enfer blanc à géométrie variable où la chair se prolonge dans l'acier, où le monde se réduit à un grand microcosme.
La méticuleuse précision avec laquelle tu mets en scène la porosité des espaces - espaces rêvés/espaces réels, espaces aperçus/espaces vécus - donne à l'ensemble une note ambigue qui étouffe peu à peu le lecteur dans un doute, et dans une solitude qu'avec le personnage il partage, accablé. Je ne suis toute ma vie qu'un moi qui juge, tout seul, que ce que je perçois est la réalité. Les autres s'agitent autour de moi, comme "une armée de mannequins désarticulés" (superbe méatphore), et disparaissent, comme des dominos, comme autant de préfigurations à ma propre disparition.
Au final, Archnemesis se fait ainsi jour comme une gigantestque réflexion sur la maladie, sur les lieux qui la circonscrivent, mais aussi et avant tout sur l'existence toute entière. La conscience ne sort pas indemne de ce cartésianisme à contre-pied, qui doute de tout, mais à contresens, et qui se mène tout seul, irréversiblement, vers sa propre destruction : je n'existais plus. Et comme le langage et la pensée ne sont qu'un, avec cette sentence, ultime et fatidique, les mots cessent d'aboyer ; seule demeure sourde et noire l'angoisse des damnés, que tous nous continuons, hélas, de demeurer.
Une nouvelle, un chef d'oeuvre, osons le mot, mon cher; et comme le disait un certain Azerty, on en reveut encore. Mes hommages.
Grand Bravo
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