Bon alors les latinistes m'excuseront au cas où mon titre est incorrect, je suis nul pour les titres. Je poste tard parce que j'ai fini de bosser tard et qu'il fallait que je me relise un petit coup, quand même, quoi. Voilà.
Ad Eternam
La terre luisait doucement à l’horizon, disque minuscule où se mélangeaient le bleu et le blanc. Tout autour, en l’absence d’atmosphère réelle, le ciel était d’un noir profond et, pour tout dire, plutôt charmant, tout à fait en accord avec l’ambiance de velours qui régnait dans la base lunaire. Le palais lunaire serait peut-être plus exact. Domn passait d’invité en invité, Séléné accrochée à son bras, et où qu’il aille, le couple était le centre de l’attention. Non que la démarche hésitante de Séléné, sa façon de se tenir en permanence à celui qui allait devenir son époux, intriguait les gens, au contraire ; tout le monde connaissait le tragique accident qu’elle avait vécu, et chacun admirait son courage face à cette infortune. Non, plus encore, ce qui retenait l’attention dans le couple, outre le fait qu’ils soient à l’origine de cette soirée qui devait les unir l’un à l’autre par les liens sacrés du mariage, c’était la grâce et la beauté qu’ils dégageaient. Même la démarche légèrement bancale de Séléné ne parvenait pas à retirer à ses gestes une fluidité et une aisance somptueuses, rehaussée par le charme tranquille de Domn, son allure à la fois sûre et humble. Séléné aurait par ailleurs pu marcher seule, grâce à la combinaison qu’elle portait et qui, avec l’aide d’une source d’énergie inventée par Domn et ses équipes ainsi que des centaines de minuscules mécanismes auto-alimentés, lui aurait conféré une démarche tout à fait naturelle, mais elle préférait s’afficher ainsi telle qu’elle était, et selon l’avis de beaucoup, c’est sous ce jour qu’elle resplendissait le plus. Ses longs cheveux argentés descendaient en cascade sur son dos, encadrant son visage d’une beauté énigmatique qui lui avait valu une carrière de top modèle avant qu’elle n’évolue vers le métier d’actrice. A côté d’elle, les épaules carrées de Domn, son costume d’une élégance simple et son visage avenant achevaient de rendre le couple immanquable.
C’est lui qui avait bâti cette station, en prévision de leur mariage. Ce lieu magnifique allait par la suite devenir le premier hôtel lunaire, un lieu bien évidement réservé à l’élite suprême de l’humanité. Son statut éminent sur terre lui avait permis de collaborer pour la construction avec les militaires de différents pays, de telle sorte que plusieurs sections du complexe appartiendraient aux nations ayant participé aux frais. Cependant, la majorité de l’investissement avait été réalisée par Domn lui-même, et les bénéfices qu’il allait tirer de son hôtel seraient largement à la hauteur du coût initial.
Il observa quelques instants le gigantesque dôme qui s’étendait au-dessus de la Mer de la Tranquillité, qui permettait de créer une atmosphère artificielle et de filtrer les rayons du soleil. Des reflets y dansaient, venant du large lac qui avait été installé ici, en se servant de quelques uns des milliards de mètres cubes de glace trouvés sur la lune. De petites embarcations flottaient élégamment à sa surface, bringuebalées par les vaguelettes censées retranscrire le mouvement de l’océan. A vrai dire, Domn n’aurait jamais cru qu’il serait possible de construire quelque chose d’aussi immense, et il ne se rappelait pas avec précision de la façon dont c’avait pu être possible, mais le fait était là, sous ses yeux, et c’était magnifique. Il plongea ses yeux dans ceux de Séléné, où une étrange étincelle brillait devant ce spectacle incroyable. Il ne lui dit pas, mais il la trouvait un peu plus difficile à porter que d’habitude, et il commençait à fatiguer de se promener ainsi avec elle pendue à son bras.
L’ambassadeur japonais, accompagné de son épouse, l’aborda à cet instant, lui permettant de se reposer un peu. Tsukuyomi et sa femme, Sîn, étaient avec le temps devenus des amis personnels de Domn et Séléné, ces derniers parlant le japonais à la perfection. Après avoir devisé quelques instants, ils se quittèrent d’un signe de la main. La cérémonie d’ouverture approchait, et le couple phare de la soirée n’était pas encore arrivé à la piste, située au début de la mer de la Sérénité. C’étaient bien sûr eux qui feraient l’ouverture du bal, après quoi le mariage en lui-même aurait lieu. Domn s’accrochait à cette idée pour continuer à avancer. En se retournant, il vit que des pétales de rose parsemaient le sol sur le chemin qu’il avait suivi, et sourit devant la beauté de la chose. Il ne se rappelait pas avoir commandé cela, ni d’avoir inventé un mécanisme ayant un tel effet, mais c’était saisissant. Plusieurs personnes commentaient la chose, visiblement ravis.
Le parcours de Domn fut encore interrompu par Khonsou, un important directeur d’un groupe pétrolier, au regard de rapace, qui lui tint la jambe quelques minutes avant de le laisser aller. Petit à petit, tout le monde s’était rassemblé autour de la piste de bal, et un passage dans la foule s’était ouvert pour laisser passer Domn et Séléné. Domn leur en fut reconnaissant, car malgré sa carrure, il sentait une douleur poindre dans sa cuisse droite à force de soutenir son épouse. Au-dessus de la piste, un lustre de diamant brillait de mille feux, tel un soleil miniature. Les rayons de lumière qui y parvenaient étaient diffractés à l’infini, décomposés dans toutes les nuances du spectre lumineux, offrant au regard un spectacle éblouissant.
Avec soulagement, Domn songea qu’ils allaient pouvoir mettre en marche le mode danse de leurs vêtements et se laisser aller à une chorégraphie parfaite, bien qu’un peu mécanique. Il s’avança avec son épouse au milieu de la piste, et le silence se fit.
Domn avait toujours été considéré, par tous et en tout point, comme un génie. Ce qui, par ailleurs, était effectivement le cas ; diplômé de la plus grande école d’ingénieur d’Europe, parti faire un doctorat dans la plus grande université des Etats-Unis, et finalement président-directeur général et tout ce qui s’ensuit d’un des groupes d’entreprises les plus importants du monde moderne, Diamants. Sa fascination pour la lune trouvait ses racines dans sa petite enfance, alors que tous les soirs durant les vacances, son père l’emmenait à vélo sur une dunette afin de contempler le petit luminaire. Il en avait appris par cœur la cartographie dès son plus jeune âge, jusqu’à être capable de redessiner la face visible de la lune de mémoire.
Il n’avait jamais totalement oublié cette incroyable attirance durant toute sa carrière, la mettant simplement de côté jusqu’à pouvoir réaliser son rêve. Echelon après échelon, part de marché après part de marché, il était vite devenu incontournable dans le monde entier. Il avait rencontré Séléné, et avait immédiatement été séduit ; elle exerçait sur lui la même fascination que l’astre de la nuit. Après dix ans de vie commune sans annonce officielle, ils avaient finalement décidé de se marier. Sur la lune.
L’organisation d’un tel mariage demandait une quantité littéralement astronomique de travail. Domn y passa des mois, convoquant des dizaines, des centaines d’ingénieurs en tous genres, parlementant avec la NASA et les gouvernements de toutes les principales puissances, s’alliant avec d’autres groupes aussi énormes que le sien. Il voulait sa cérémonie.
Il investit dans le projet une somme colossale, pressant pour l’occasion toutes les entreprises sous son contrôle afin d’en extraire la richesse nécessaire. Son rêve était devenu une obsession. Il ne dormait presque plus, ne mangeait que lorsqu’il n’avait plus le choix. Rien n’importait d’autre que sa base lunaire et le mariage qui s’y déroulerait. Tous les plus grands de ce monde étaient invités. C’allait être grandiose.
Au bout de quatre ans de travaux acharnés, le tout fut finalement presque finalisé. La base était là, se dressant fièrement sur la lune, décorée pour le mariage. C’allait être grandiose.
Domn poussa un hurlement, et fut projeté contre une cloison de la navette. Il sentit que quelque chose s’enfonçait dans sa cuisse, déchirant le tissu de son pantalon et ripant sur son os. La secousse cessa, et il retomba au sol, allongé, à demi conscient. Mû par une volonté au-delà de toute raison, il se mit à ramper vers Séléné, qui gisait non loin, étourdie. Une flaque de sang s’agrandissait doucement sous sa tête. Domn sentit que des larmes coulaient sur ses joues. Même la brûlure dans sa cuisse n’avait plus d’importance. Il ne comprenait pas comment les choses avaient pu aller ainsi. Il jeta par le hublot un regard désolé vers la terre, qui se transformait rapidement en un amas radioactif. Et il se mit à jurer de tous ses poumons, enragé contre le monde, contre la navette, contre lui-même de n’avoir pas su la mener à bon port sans dommage, et de n’avoir pas trouvé d’autre solution que la fuite devant l’apocalypse.
Il réussit à se traîner jusqu’au corps de celle qu’il aimait, et prit la main de Séléné dans la sienne. Il la prit dans ses bras, l’embrassa. Elle ne respirait plus. Alors, quelque chose se cassa en Domn. Toute sa vie, tout lui avait souri. Ses quelques revers avaient jusque là toujours été suivis par des victoires plus éclatantes encore. Tout ne pouvait pas être fini. Il y eut comme un déclic dans son cerveau, le monde bascula.
La porte de la navette s’ouvrit. Derrière, une foule de personnes bien habillées l’attendait. Il se releva, gêné, s’épousseta. A côté de lui, Séléné se redressa également, avec un sourire désarmant sur le visage. Ils revêtirent chacun une de ces combinaisons créées par Diamants, qui permettait à son porteur de marcher ou danser sans efforts, alimentées par des piles Diamants, presque immortelles, et par une batterie rechargées grâce à l’énergie cinétique. Domn aida Séléné à s’habiller, car elle avait du mal. Mais tout allait bien. Tout allait bien. Ils sortirent de la navette sous les applaudissements. Derrière eux s’étendait une mer de pétales de rose. C’était étrange, car la base, qui devait à l’origine faire quelques kilomètres carrés de salles basses, était en fait gigantesque, couvrant un bon tiers de la face visible de la lune. Domn et Séléné parcoururent ainsi la foule qui les acclamait. Tout allait bien.
Loin au-dessus d’une planète désolée où plus rien ne vivait, sur la lune, dans une base neuve, sous un lustre de diamant, un homme et une femme se mirent à danser avec élégance, soulevés par la faible pesanteur, sans faux pas malgré le sol glissant. Rapidement, il n’y eut plus de vie en eux, mais ils continuèrent à danser. Ils danseraient ainsi comme ils avaient prévu de s’aimer : pour l’éternité.
Petit texte sympathique qui se laisse bien lire. De bonnes descriptions qui immergent bien le lecteur dans l’univers et fait qu’on s’approprie assez bien les personnages. Le clin d’œil pour le nom de Séléné, la déesse de la lune est bien trouvé aussi. Enfin le style du texte colle très bien avec le thème de l’histoire. J’ai bien aimé la chute, qui sans être surprenante est tout de même pas mal du tout.
Dans les moins, je dirais que, comparé au reste du texte, le dernier paragraphe nous perd un peu. On a du mal à faire le lien avec la terre qui explose et l’accident survenant à Domn et Séléné en même temps. Ça fait un peu beaucoup d’un coup. Sinon, lorsque Domn « s’époussette » alors qu’il sait tout ce qu’il vient de perdre, histoire de garder une contenance devant la foule venue l’accueillir, a un petit côté pas très réaliste . Mais c’est un point de détail.
Pour finir, quelques trucs à revoir. Rien de bien méchant, juste des petits points de détails, des suggestions, un peu de chipotage, histoire d’améliorer encore et toujours (enfin peut être!) =)
« Domn passait d’invité en invité, Séléné accrochée à son bras, et où qu’il aille, le couple était le centre de l’attention » ==> qu’il allât : subjonctif imparfait mais perso, je reformulerais la phrase.
« Non que la démarche hésitante de Séléné […] intriguait les gens, au contraire » ==> intriguât : subjonctif imparfait
« outre le fait qu’ils soient à l’origine » ==> qu’ils fussent
« Séléné aurait par ailleurs pu marcher seule, grâce à la combinaison qu’elle portait et qui, avec l’aide d’une source d’énergie inventée par Domn et ses équipes ainsi que des centaines de minuscules mécanismes auto-alimentés, lui aurait conféré une démarche tout à fait naturelle, mais elle préférait s’afficher ainsi telle qu’elle était, et selon l’avis de beaucoup, c’est sous ce jour qu’elle resplendissait le plus. »
==> La phrase est un peu confuse. La liaison « ainsi que » donne l’impression que Domn, ses équipes mais aussi les mécanismes ont inventé la source d’énergie ! Il faudrait peut être la scinder en 2 voire 3. La source d’énergie et mécanismes auto alimentés ne semblent pas être à la bonne place. Source d’énergie et alimentation, c’est la même chose. Donc je verrais plutôt : « des centaines de minuscules mécanismes auto-alimentés à l’aide d’une source d’énergie inventée par Domn et ses équipes »
« qui lui avait valu une carrière de top modèle avant qu’elle n’évolue vers le métier d’actrice » ==> n’ait évolué
« appartiendraient aux nations ayant participé aux frais » ==> je mettrais l’imparfait car le centre est déjà bâti. De fait, les sections leurs appartiennent déjà. Sinon le terme « frais » ne sonne pas bien : financement ?
Il observa quelques instants le gigantesque dôme qui s’étendait au-dessus de la Mer de la Tranquillité, qui permettait de créer une atmosphère artificielle et de filtrer les rayons du soleil. ==> 2 qui à la suite, ce n’est pas génial. Peut être un participe présent pour adoucir : le gigantesque dôme s’étendant…qui permettait…
De petites embarcations flottaient élégamment à sa surface, bringuebalées par les vaguelettes censées retranscrire le mouvement de l’océan. ==> Élégamment et bringuebalées choque un peu. Tanguer, osciller ?
des amis personnels ==> proches ? Personnel sonne bizarrement
qui lui tint la jambe quelques minutes ==> un peu trop familier par rapport au texte, je trouve : l’accapara ?
en tout point ==> tous points
diplômé de la plus grande école d’ingénieur d’Europe, parti faire un doctorat dans la plus grande université des Etats-Unis, et finalement président-directeur général et tout ce qui s’ensuit d’un des groupes d’entreprises les plus importants du monde moderne, Diamants. ==> Et tout ce qui s’ensuit ? Je ne comprends pas. Sinon mettre 2 « et » à la suite nuit à la phrase
« cette incroyable attirance » ==> attirance sonne bizarrement. Je me doute que c’était pour éviter de faire une répétition avec fascination. « Attrait » pourrait peut être mieux convenir ?
Domn y passa des mois, convoquant des dizaines, des centaines d’ingénieurs en tous genres, parlementant avec la NASA et les gouvernements de toutes les principales puissances, s’alliant avec d’autres groupes aussi énormes que le sien. ==> en tous genres : un peu trop général. Peut être « de disciplines diverses » ou « spécialisés » ? Parlementant : connotation de conflit ==> négociant ?
C’allait être grandiose ==> pas génial comme tournure
« Il sentit que quelque chose s’enfonçait dans sa cuisse, déchirant le tissu de son pantalon et ripant sur son os. » ==> 2 participe présents à la suite, ça casse le rythme. De même pour l’emploi de l’imparfait qui donne une impression de longueur. Le passé simple aurait été mieux.
« comment les choses avaient pu aller ainsi » ==> « tourner » ?
« Il réussit à se traîner jusqu’au corps de celle qu’il aimait, et prit la main de Séléné dans la sienne. Il la prit dans ses bras, l’embrassa. » ==> répétition du sujet et d’actions qui parait inutile et alourdit la phrase. Il faudrait simplifier.
Toute sa vie, tout lui avait souri ==> Toute, tout : sur une phrase de 7 mots ça fait beaucoup
« Ils revêtirent chacun une de ces combinaisons créées par Diamants, qui permettait à son porteur de marcher ou danser sans efforts, alimentées par des piles Diamants, presque immortelles, et par une batterie rechargées grâce à l’énergie cinétique. » ==> idem à tout à l’heure. Piles, batterie, c’est la même chose. Il faudrait peut être changer l’ordre de la phrase.
That's all ![]()
Eh bien, un seul commentaire, mais quel commentaire
Merci ^^
Concernant l'histoire, je me rends juste compte qu'en voulant éviter d'être trop "rentre-dedans", je n'ai pas été assez clair, pour la peine :/ A la fin, lorsque Domn "s'époussette", c'est en fait qu'il commence à délirer. Tout le premier paragraphe, c'est le délire d'un homme à qui tout avait toujours sourit, et qui vient de fuir une planète en pleine apocalypse et perdre sa femme en trop peu de temps ; c'est là que quelque chose se casse en lui, et il se réfugie dans son monde imaginaire... J'ai essayé de glisser quelques allusions, par exemple la base lunaire n'est en réalité pas du tout constitué d'un dôme gigantesque, c'est complètement invraisemblable, c'est simplement son rêve. Sa femme est morte depuis l'atterrissage, et c'est pour cela qu'il a du mal à la porter une fois dans son délire, il traîne en fait un corps sans vie. La base est totalement vide à l'exception d'eux deux. (Et de même, les pétales de rose, c'est simplement la traînée de sang laissée par le corps de Séléné (et soit dit en passant, ce n'est pas l'unique référence :P Mais bien joué, déjà !).)
Voilà donc a priori j'ai pas donné assez d'indices là-dessus :/
Après pour toutes les remarques, je crois que je n'en vois quasiment aucune à contester, a priori elles me paraissent toutes justifiées '_' Je vais corriger et mettre la nouvelle version ici au cas où quelqu'un aurait l'idée de parcourir un peu le topic avant de lire la nouvelle.
Merci encore ![]()
!!!!! NOUVELLE VERSION POUR CEUX QUI N'AURAIENT PAS ENCORE LU LA PREMIERE !!!!!
Ad Eternam
La terre luisait doucement à l’horizon, disque minuscule où se mélangeaient le bleu et le blanc. Tout autour, en l’absence d’atmosphère réelle, le ciel était d’un noir profond et, pour tout dire, plutôt charmant, tout à fait en accord avec l’ambiance de velours qui régnait dans la base lunaire. Le palais lunaire serait peut-être plus exact. Domn passait d’invité en invité, Séléné accrochée à son bras, et où qu’il allât, le couple était le centre de l’attention. Non que la démarche hésitante de Séléné, sa façon de se tenir en permanence à celui qui allait devenir son époux, intriguât les gens, au contraire ; tout le monde connaissait le tragique accident qu’elle avait vécu, et chacun admirait son courage face à cette infortune. Non, plus encore, ce qui retenait l’attention dans le couple, outre le fait qu’ils fussent à l’origine de cette soirée qui devait les unir l’un à l’autre par les liens sacrés du mariage, c’était la grâce et la beauté qu’ils dégageaient. Même la démarche légèrement bancale de Séléné ne parvenait pas à retirer à ses gestes une fluidité et une aisance somptueuses, rehaussée par le charme tranquille de Domn, son allure à la fois sûre et humble. Séléné aurait par ailleurs pu marcher seule, grâce à la combinaison qu’elle portait et qui, avec l’aide de centaines de minuscules mécanismes auto-alimentés par une source d’énergie inventée par Domn et ses équipes, lui aurait conféré une démarche tout à fait naturelle ; mais elle préférait s’afficher ainsi telle qu’elle était, et selon l’avis de beaucoup, c’est sous ce jour qu’elle resplendissait le plus. Ses longs cheveux argentés descendaient en cascade sur son dos, encadrant son visage d’une beauté énigmatique qui lui avait valu une carrière de top modèle avant qu’elle n’ait évolué vers le métier d’actrice. A côté d’elle, les épaules carrées de Domn, son costume d’une élégance simple et son visage avenant achevaient de rendre le couple immanquable.
C’est lui qui avait bâti cette station, en prévision de leur mariage. Ce lieu magnifique allait par la suite devenir le premier hôtel lunaire, un lieu bien évidement réservé à l’élite suprême de l’humanité. Son statut éminent sur terre lui avait permis de collaborer pour la construction avec les militaires de différents pays, de telle sorte que plusieurs sections du complexe appartenaient aux nations ayant participé au financement. Cependant, la majorité de l’investissement avait été réalisée par Domn lui-même, et les bénéfices qu’il allait tirer de son hôtel seraient largement à la hauteur du coût initial.
Il observa quelques instants le gigantesque dôme s’étendant au-dessus de la Mer de la Tranquillité, qui permettait de créer une atmosphère artificielle et de filtrer les rayons du soleil. Des reflets y dansaient, venant du large lac qui avait été installé ici, en se servant de quelques uns des milliards de mètres cubes de glace trouvés sur la lune. De petites embarcations flottaient élégamment à sa surface, oscillant au gré des vaguelettes censées retranscrire le mouvement de l’océan. A vrai dire, Domn n’aurait jamais cru qu’il serait possible de construire quelque chose d’aussi immense, et il ne se rappelait pas avec précision de la façon dont c’avait pu être possible, mais le fait était là, sous ses yeux, et c’était magnifique. Il plongea ses yeux dans ceux de Séléné, où une étrange étincelle brillait devant ce spectacle incroyable. Il ne lui dit pas, mais il la trouvait un peu plus difficile à porter que d’habitude, et il commençait à fatiguer de se promener ainsi avec elle pendue à son bras.
L’ambassadeur japonais, accompagné de son épouse, l’aborda à cet instant, lui permettant de se reposer un peu. Tsukuyomi et sa femme, Sîn, étaient avec le temps devenus de proches amis de Domn et Séléné, ces derniers parlant le japonais à la perfection. Après avoir devisé quelques instants, ils se quittèrent d’un signe de la main. La cérémonie d’ouverture approchait, et le couple phare de la soirée n’était pas encore arrivé à la piste, située au début de la mer de la Sérénité. C’étaient bien sûr eux qui feraient l’ouverture du bal, après quoi le mariage en lui-même aurait lieu. Domn s’accrochait à cette idée pour continuer à avancer. En se retournant, il vit que des pétales de rose parsemaient le sol sur le chemin qu’il avait suivi, et sourit devant la beauté de la chose. Il ne se rappelait pas avoir commandé cela, ni d’avoir inventé un mécanisme ayant un tel effet, mais c’était saisissant. Plusieurs personnes commentaient la chose, visiblement ravis.
Le parcours de Domn fut encore interrompu par Khonsou, un important directeur d’un groupe pétrolier, au regard de rapace, qui l’accapara quelques minutes avant de le laisser aller. Petit à petit, tout le monde s’était rassemblé autour de la piste de bal, et un passage dans la foule s’était ouvert pour laisser passer Domn et Séléné. Domn leur en fut reconnaissant, car malgré sa carrure, il sentait une douleur poindre dans sa cuisse droite à force de soutenir son épouse. Au-dessus de la piste, un lustre de diamant brillait de mille feux, tel un soleil miniature. Les rayons de lumière qui y parvenaient étaient diffractés à l’infini, décomposés dans toutes les nuances du spectre lumineux, offrant au regard un spectacle éblouissant.
Avec soulagement, Domn songea qu’ils allaient pouvoir mettre en marche le mode danse de leurs vêtements et se laisser aller à une chorégraphie parfaite, bien qu’un peu mécanique. Il s’avança avec son épouse au milieu de la piste, et le silence se fit.
Domn avait toujours été considéré, par tous et en tous points, comme un génie. Ce qui, par ailleurs, était effectivement le cas ; diplômé de la plus grande école d’ingénieur d’Europe, parti faire un doctorat dans la plus grande université des Etats-Unis, et finalement président-directeur général d’un des groupes d’entreprises les plus importants du monde moderne, Diamants. Sa fascination pour la lune trouvait ses racines dans sa petite enfance, alors que tous les soirs durant les vacances, son père l’emmenait à vélo sur une dunette afin de contempler le petit luminaire. Il en avait appris par cœur la cartographie dès son plus jeune âge, jusqu’à être capable de redessiner la face visible de la lune de mémoire.
Il n’avait jamais totalement oublié cet incroyable attrait durant toute sa carrière, le mettant simplement de côté jusqu’à pouvoir réaliser son rêve. Echelon après échelon, part de marché après part de marché, il était vite devenu incontournable dans le monde entier. Il avait rencontré Séléné, et avait immédiatement été séduit ; elle exerçait sur lui la même fascination que l’astre de la nuit. Après dix ans de vie commune sans annonce officielle, ils avaient finalement décidé de se marier. Sur la lune. L’organisation d’un tel mariage demandait une quantité littéralement astronomique de travail. Domn y passa des mois, convoquant des dizaines, des centaines d’ingénieurs en tous genres, négociant avec la NASA et les gouvernements de toutes les principales puissances, s’alliant avec d’autres groupes aussi énormes que le sien. Il voulait sa cérémonie.
Il investit dans le projet une somme colossale, pressant pour l’occasion toutes les entreprises sous son contrôle afin d’en extraire la richesse nécessaire. Son rêve était devenu une obsession. Il ne dormait presque plus, ne mangeait que lorsqu’il n’avait plus le choix. Rien n’importait d’autre que sa base lunaire et le mariage qui s’y déroulerait. Tous les plus grands de ce monde étaient invités. C’allait être grandiose.
Au bout de quatre ans de travaux acharnés, le tout fut finalement presque finalisé. La base était là, se dressant fièrement sur la lune, décorée pour le mariage. C’allait être grandiose.
Domn poussa un hurlement, et fut projeté contre une cloison de la navette. Il sentit brusquement quelque chose s’enfoncer dans sa cuisse, déchirer le tissu de son pantalon et riper sur son os. La secousse cessa, et il retomba au sol, allongé, à demi conscient. Mû par une volonté au-delà de toute raison, il se mit à ramper vers Séléné, qui gisait non loin, étourdie. Une flaque de sang s’agrandissait doucement sous sa tête. Domn sentit que des larmes coulaient sur ses joues. Même la brûlure dans sa cuisse n’avait plus d’importance. Il ne comprenait pas comment les choses avaient pu tourner ainsi. Il jeta par le hublot un regard désolé vers la terre, qui se transformait rapidement en un amas radioactif. Et il se mit à jurer de tous ses poumons, enragé contre le monde, contre la navette, contre lui-même de n’avoir pas su la mener à bon port sans dommage, et de n’avoir pas trouvé d’autre solution que la fuite devant l’apocalypse.
Il réussit à se traîner jusqu’au corps de celle qu’il aimait, et prit la main de Séléné dans la sienne. L’attirant au creux de ses bras, il l’embrassa. Elle ne respirait plus. Alors, quelque chose se cassa en Domn. Toute sa vie, tout lui avait souri. Ses quelques revers avaient jusque là toujours été suivis par des victoires plus éclatantes encore. Tout ne pouvait pas être fini. Il y eut comme un déclic dans son cerveau, le monde bascula.
La porte de la navette s’ouvrit. Derrière, une foule de personnes bien habillées l’attendait. Il se releva, gêné, s’épousseta. A côté de lui, Séléné se redressa également, avec un sourire désarmant sur le visage. Ils revêtirent chacun une de ces combinaisons créées par Diamants, qui permettait à son porteur de marcher ou danser sans efforts, alimentées par des piles Diamants, presque immortelles. Domn aida Séléné à s’habiller, car elle avait du mal. Mais tout allait bien. Tout allait bien. Ils sortirent de la navette sous les applaudissements. Derrière eux s’étendait une mer de pétales de rose. C’était étrange, car la base, qui devait à l’origine faire quelques kilomètres carrés de salles basses, était en fait gigantesque, couvrant un bon tiers de la face visible de la lune. Domn et Séléné parcoururent ainsi la foule qui les acclamait. Tout allait bien.
Loin au-dessus d’une planète désolée où plus rien ne vivait, sur la lune, dans une base neuve, sous un lustre de diamant, un homme et une femme se mirent à danser avec élégance, soulevés par la faible pesanteur, sans faux pas malgré le sol glissant. Rapidement, il n’y eut plus de vie en eux, mais ils continuèrent à danser. Ils danseraient ainsi comme ils avaient prévu de s’aimer : pour l’éternité.
(Il y a juste deux ou trois remarques dont je n'ai pas tenu compte, Sanphi, déjà les équipes d'ingénieurs, j'ai laissé en tous genres, parce qu'effectivement pour bâtir une base sur la lune, j'imagine qu'il faut réellement toutes sortes d'ingénieurs ; le "c'allait être grandiose", qui marque la fascination de Domn, sa folie presque, j'ai pas tellement vu quoi mettre à la place ; et le "Toute sa vie, tout lui avait souri", la répétition était voulue (même si a priori pas terrible XD).
Le reste j'ai changé
Pour la dernière remarque, j'avais scindé en deux parce qu'il y avait d'une part les piles Diamants, et d'autre part une batterie alimentée par l'énergie cinétique, mais bon j'ai retiré tout de même, ça ne servait pas à grand chose...
Je vais lire dans le courant de l'aprem. ![]()
Pour ma part je commenterai quand Ostramus l'aura fait, j'aurais une bonne excuse pour ne pas être constructif au moins
Hmm, bon, d'accord, je vais essayer.
J'ai bien aimé. Je trouve que la force du récit tient beaucoup à ses images, surtout celle de la fin, et de la danse éternelle en pesanteur réduite, que je trouve très poétique. Le seul défaut que je trouverais peut-être à remarquer, c'est qu'au début, on parle de retour sur investissement, etc, ce qui m'a paru déplacé par rapport avec le côté relativement onirique du texte. Le moyen que je verrai pour une amélioration, ce serait peut-être plus de descriptions dans ce sens : la lumière qui brille doucement dans un oeil, la douceur des pétales. Quant au style, ça se lit bien, des phrases plutôt courtes dans l'ensemble.
Un joli texte pour une jolie histoire, à mon avis.
Un premier coup d'oeil me repousse un peu. Ton texte est un monolithe sans paragraphage. Ca ne regarde que moi mais je trouve ça lourd.
Le début du texte est très bon. Vraiment très bon. Tu installes très rapidement une atmosphère légère et poétique, de surcroît sans un style ampoulé ni une narration qui traîne.
Néanmoins, je trouve dommage l'allusion à l'économie et les investissements. Le sujet était la mythologie, et tu aurais pu tourner ça autrement pour le décrire genre une nouvelle olympe, l'oeuvre du savoir humain le plus sophistiqué, l'apothéose d'une science maîtrisée par Domn qui est le grand artificier de ce palais de métal et verre brillant sur l'astre adamantin. Quelque chose de plus onirique que des investissements et des capitaux.
Ton style me rappelle celui de Bradbury, et je trouve extrêmement agréable. Sans compter que faire dans le féerique avec de la SF, c'est d'autant plus talentueux.
Bon, l'avant dernière partie avec Séléné qui meurt, puis se relève, et le fait qu'il saigne. J'ai rien pigé.
Bon, le texte est très bon, l'atmoshpère très bonne malgré quelques fausses notes. J'ai bien aimé. ![]()
J'ai lu et j'ai aimé
Voila, j'ai pas trop le temps de develloper, c'était juste pour dire ça
Arf ^^' Visiblement ma fin n'est pas claire du tout ^^'
Pour ce qui est du côté économique, j'avoue que je n'avais même pas songé au fait que ça puisse de cette manière "gâcher" le côté poétique, c'était en fait surtout pour montrer que Domn reste un homme ambitieux, mais c'était effectivement assez inutile... C'était également pour faire le contraste entre les éléments merveilleux (le délire de Domn, sans rapport avec la réalité), et ce qui avait vraiment eu lieu auparavant.
En tout cas si vous avez le temps, jetez un coup d'oeil sur ma première réponse sur ce topic, où j'explique le but véritable de l'histoire, à savoir le fait que tout le début n'est qu'un délire, durant lequel Séléné est effectivement morte, et où Domn ne fait que traîner un cadavre dans une base spatiale aux dimensions finalement pas si incroyables que ça.
Merci pour la lecture et les commentaires :D (Enfin, merci juste pour la lecture à Negatum, pour les commentaires ça se limite à Aristimbault et Ostramus ^^')
Han...dommage qu'on ne comprenne pas trop, en effet. (euh j'ai lu la première version comme un boulet, mais je doute que ça ait changé grand-chose sur le fond^^)
Parce que c'est superbement bien écrit, très poétique et très joli, et très bien trouvé quand on comprend^^
Bref, com' useless powa, mais j'ai trouvé ça sympa. ![]()
J'aurais du dénicher un bêta lecteur quelque part pour me dire que c'était pas compréhensible ^^'
Ben en tout cas merci ![]()
Je suis totalement d'accord sur le fait que c'est super bien ecrit, pour l'ambiance et tout et tout !!
Mais moi aussi, je n'ai pas très bien compris la fin. et du coup je trouve que ça gache quelque peu le texte qui etait au demeurant très bien tourné ! avec ton com ca donne un tout autre sens au texte mais il faudrait réussir à le faire comprendre dans le texte...
C'est sûr, l'idéal est encore que le texte se suffise à lui-même ^^' Je ne pense pas que je vais le réécrire pour que ce soit plus compréhensible, je l'avais juste écrit pour le DdP, mais disons que la prochaine fois que je veux faire ce genre de truc, j'essaierai d'être plus clair ! Et merci pour l'avis ![]()