Et joyeux anniversaire, vieux chieur.
Je crois qu'il appelle "ombres" les humains normaux. Enfin, c'est ce que j'ai compris, mais comme j'ai pas relu la première partie entre-temps...
Sinon, ben tu roxxes \o/
(pourquoi serais-je utile?)
Allez un petit
qui cache (ou pas) une grande envie de lire la suite :p
wops, merci du up (avec un peu de retard).
La suite est suissement bientôt finie, je vais faire ce que je peux (ou presque
)
Les ombres sont les humains pour Esa effectivement.
AAAH génial ça ![]()
J'ai bien envie de upper juste pour demander à jack d'où viens le titre. C'est du suedois ?
Et qui sait, ça le motivera peut être à écrire la suite ^^
(vous pouvez m'appeler exhumeur de JV)
J'ai bien envie de upper juste pour demander à jack d'où viens le titre. C'est du suedois ?
Et qui sait, ça le motivera peut être à écrire la suite ^^
(vous pouvez m'appeler exhumeur de JV)
Bon, j'ai un peu honte, certes. Mais bon, j'ai fini, donc voilà. Pour répondre à Iron (lol), le titre est en finlandais.
J'imagine que plus personne se souvient du début, merci à ceux qui prendront le temps de lire le tout, donc. Et merci aux autres
___
3. FULL FAITH AND CREDIT
L’autoroute défilait lentement sous les roues du bus. Bulle n’était plus qu’un souvenir, Fribourg encore qu’une projection. De plus en plus précise, de plus en plus inévitable. Tandis que le bus avalait la distance, j’étais même incapable d’avaler ma salive. Je regardais le goudron, les bornes kilométriques, et je me demandais à quoi le destin ressemblait. Une longue ligne droite, grise et lénifiante, environnée de pluie.
Pour une fois, je me serais bien passé de la pluie. Trop adaptée à la situation. C’était une de ces averses mélancoliques qui amènent l’automne toute l’année, qui donnent envie de devenir pessimiste pour mieux correspondre au décor. Je posai mollement mes doigts sur la vitre, au niveau des gouttes. Tant que je ne l’avais pas revue, je restais dans une expectative angoissante. Mais tant que je ne l’avais pas revue, il me restait l’espoir, cet espoir qu’elle avait toute latitude pour démolir. J’étais un pantin au service de l’échéance, animé par le lent écoulement du sablier du temps. Jouet d’elle.
Très peu de monde dans le bus, à cette heure-ci. Et une moyenne d’âge similaire à celle d’un loto à l’hôtel de ville. Découvrez l’envers du décor fribourgeois ; des vieillards se complaisant dans leur routine, gérant leurs soucis microscopiques, colportant leurs anecdotes sédentaires. Genève représentait l’exotisme, pour eux. Et pas un ne s’imaginerait un jour ce qu’il aurait pu advenir de sa vie s’il s’était aventuré ailleurs.
J’augmentai le volume de mon MP3 et fermai les yeux, fuyant ce spectacle. Une chimère occupait mon esprit : le visage de Sophia, la vitre dégoulinante, puis son visage à nouveau, si bien que je ne savais plus trop s’il s’approchait de moi, ou s’il s’éloignait. Je rouvris promptement les paupières. Les gouttes s’abattaient toujours sur son front, sur la vitre, sur ses joues. Perles liquides, elles épousaient leur contour. Conscient ou inconscient, je ne trouvais plus d’échappatoire ; d’expérience, cela n’augurait rien de réjouissant. De l’autre côté de mon cerveau, l’avertissement de Voreniel résonnait en écho, et l’ensemble se mariait en un oppressant concert de silence. Je me remémorai notre dernière entrevue.
La nuit avait recouvert les arbres de son habituelle chape d’encre sombre. Dans le lointain retentissaient les cris nocturnes, les bruissements et les craquements dont fourmille tout biotope, mais rien ne paraissait important, ou même vivant. Seule luciole, seule étincelle, la cigarette consumée sur laquelle je tirais sans conviction. Jusqu’à ce que l’ange se décide à sortir de l’ombre, forcément.
- Tu fumes maintenant ? fit-il avec un sourire narquois, se profilant derrière mon dos. Tu sais que ce truc te tuera.
Je n’eus aucune réaction. Non que quelque chose m’eût signalé sa présence, non, mais pourquoi sursauter quand il n’y a plus rien à craindre ?
- Ouais, mais pas aujourd’hui, répondis-je seulement, comme à mon habitude.
Sourires. Sans plus de fioritures, je lui dépeignis ma progression. Les objectifs que j’avais atteints, ceux sur lesquels je pêchais encore, ce que je comptais faire pour y remédier. Je parlai de Sophia avec une emphase toute naturelle qui dût lui paraître suspecte, puisque son expression s’assombrit au fur et à mesure de ma narration. A la fin, il se passa la main sur le menton, visiblement ennuyé.
- Tu es tombé amoureux, c’est bien ça ? marmonna-t-il.
- Je…
Je ?... Je.
- Il l’aime, traduisit-il, toujours sur le même ton. Et merde !
- Et quand bien même je l’aimerais, quelle différence ?
- Tu n’es pas supposé l’aimer ; tu as juste besoin d’elle. Tu dois continuer à la voir comme un outil, non comme un objectif.
- Mais qu’est-ce que ça peut foutre ? me récriai-je.
L’ange recula d’un pas, ce qui indiquait chez lui qu’il allait se lancer dans une concession rhétorique.
- Bien sûr, je ne te l’interdis pas. C’est juste dangereux.
- Ah oui, vraiment ? me braquai-je, sur la défensive.
- Séduire quelqu’un à qui l’on tient présente des risques, des risques inutiles dans ta situation. Le risque d’être paralysé par l’enjeu et de tout perdre. Le risque de s’égarer dans ses sentiments et de se mystifier soi-même. De ne plus voir que ce qu’on aspire à voir, si tu préfères. Pour amener Sophia à ressentir ce que nous voulons, toutes tes capacités, tous tes sens doivent rester en alerte. Et si les émotions nous faisaient agir rationnellement…
- …On ne les appellerait pas é-motions, complétai-je.
- Pardon ?
- Rien. J’ai cité House.
- Un philosophe ?
- Un connard.
- D’accord, opina Voreniel.
Il haussa les épaules comme pour chasser ce détail, puis reprit :
- En résumé, tu ferais intervenir des variables supplémentaires dans un plan déjà loin de l’infaillible. Le résultat n’en deviendrait que plus aléatoire.
Mais je ne l’écoutais plus. De fait, je ne suis pas sûr de l’avoir vraiment écouté un seul instant. Un nouveau stratagème avait germé pendant mes réflexions, et je décidai que c’était le moment propice pour le lui soumettre.
- S’il faut que je compte à ses yeux pour que j’accède à l’au-delà… Qu’est-ce qui se passe si à ce moment-là, je tiens également à elle ?
Avant que j’aie fini ma tirade, l’ange secouait déjà la tête, dans un mélange navré de sympathie et d’incrédulité.
- Tu n’as absolument rien écouté de ce que je viens de dire, c’est ça ?
Je reculai d’un pas, ce qui indiquait chez moi qu’il commençait à abuser de ses airs condescendants et que j’allais bientôt lui en coller une.
- Pourquoi n’aurais-je pas le droit de nous sauver tous les deux ?
- Ce n’est pas une question de droit, mais de pouvoir.
Il y avait des jours où Voreniel me semblait particulièrement clair, intelligible, et où toutes les fantaisies surnaturelles qu’il ne manquait jamais de m’apprendre faisaient autant de sens pour moi, si ce n’est plus, que tout ce qui avait constitué ma vie antérieure. Ce soir-là, que dalle. Il continuait à déblatérer au sujet de destin, de schémas et de rouages, et tout ce qui me parvenait se fondait en une ligne d’informations monotones et confuses, que je n’avais aucun désir de traiter.
Nous nous quittâmes en termes plus ou moins neutres. Neutralisés, j’ai envie de dire. Aucune véritable conclusion. Plutôt que de réitérer les mêmes arguments en boucle, il s’en alla simplement. A bientôt, ange. A bientôt de l’autre côté. Je ne savais pas si Voreniel avait accès à l’au-delà. Je l’espérais ; j’avais envie de le revoir. Non pas prendre un thé avec lui tous les samedis afin d’évoquer le bon vieux temps de l’errance, ou l’intelligence du piège que nous avions concoctés ensemble. Simplement pour le croiser de temps à autre, le saluer. Me souvenir. Est-ce que j’y retrouverais Sandi ?
Ensuite il ne se passa rien. Rien jusqu’à ce SMS, bien sûr, il y a deux heures de cela, ce SMS qui vint remettre en branle les événements, enclencher l’étape suivante.
« Demain, gare de Fribourg, 14h45 ? »
Il ne m’en fallait pas plus pour accourir. Ainsi me voilà en transit, sur cette même autoroute que nous avions mis cinq minutes à parcourir, la veille, parce que Sophia m’accompagnait, et qui semblait ce jour-là me promettre des heures entières de trajet monotone. Le temps a toujours eu un sens de l’humour particulier, surtout quand il s’est aperçu qu’il ne vous reste que lui comme compagnon. Autant que possible, tâchez de ne jamais le lui dévoiler.
Un plafond de béton engloutit subitement le ciel. Je suis le premier debout tandis que le bus s’engouffre dans la station. La pluie ne peut nous suivre aussi loin, déjà les pleurs tarissent sur les joues vitrées que j’avais inventées. Personne ne lève les yeux ; les quelques adolescents présents rembobinent les fils d’écouteurs qui dépassent de leurs vestes, mais aucun ne coupe l’IPod. Que le périple s’achève ou qu’il continue, peu importe. La musique les accompagne.
A peine les portes coulissent-elles que je surgis, impatient, plein d’espoirs et de doute. J’ai quarante-deux minutes de retard sur le rendez-vous convenu parce que, comme d’habitude, les horaires TPF existent dans le but de ruiner le plus d’existences possibles. J’ai peur qu’elle ne m’ait pas attendue et, pour une fois, il y a de la matière derrière ma crainte. A travers la foule fluette, je ne distingue nulle part sa silhouette caractéristique, que je reconnaîtrais entre mille.
A partir de là, je n’avais plus de plan. Je m’assis au bord de la route, sur le trottoir froid, puis allai m’adosser au mur, quelques pas en arrière. La possibilité qu’elle parte sans moi, si évidente, mais si impensable, marquait dans mon esprit une fin en elle-même. Il n’y avait rien ensuite, pour moi. Que faire, quand on n’a plus rien ? J’avais été dans cette situation depuis le départ de Sandi ; n’avoir plus rien. J’avais toujours su m’adapter. Voilà qu’on m’avait donné quelque chose, puis qu’on me l’avait repris. Et maintenant, ce même vide semblait insurmontable.
Presque dix minutes je restai planté là. La ligne « Fribourg – Misery » démarra sous mes yeux, fort à propos.
Et puis soudain, elle était là. Alors, plus rien n’avait d’importance. Le temps, figé. L’aspect dérisoirement commun de la station. Je jouai des coudes pour traverser le flot des ombres, pour rejoindre Sophia ; j’avais oublié que ce n’était pas nécessaire. Ensembles, voilà tout. Mon humeur était à la célébration. Je lui sautai presque dessus, ce qu’elle accueillit avec un petit rire.
- Je t’aime…
Quelque chose se passait, je le devinai. Des étincelles tremblotantes envahirent mon champ de vision, tandis qu’une force me refoulait, m’éloignait d’elle. Enfin, il arrivait, ce moment que j’avais tant attendu, escompté, ce moment où j’allais me montrer supérieur au système. J’avais réussi à nous sauver tous les deux.
- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Sophia, prise au dépourvu.
- Nous allons partir d’ici, répondis-je. Nous sommes sauvés.
L’affolement se lisait dans son regard. Je sus que j’aurais du mal à lui expliquer mes choix, entre autres pourquoi je ne l’avais pas mise au courant plus tôt. Me faire pardonner me coûterait du temps. Mais du temps, nous ne risquions pas d’en manquer dans l’au-delà, une fois que nous y aurions accédé…
- Qu’est-ce qui se passe, Esa ? répéta-t-elle.
- Nous sommes restés attachés au monde parce que nous n’y avions laissé aucune marque de notre passage. Mais vu que nous comptons l’un pour l’autre, le destin n’a plus de raison de nous retenir. L’intérêt d’un seul individu permet de franchir le seuil.
Je pris mon courage à deux mains pour formuler l’évidence intrinsèque :
- Je connaissais le mécanisme ; je n’ai pas été sincère avec toi, et je le regrette. Celui qui m’a tout expliqué m’a incité à te duper, m’a induit à penser que je n’avais aucune alternative. Il ne voulait pas croire en nous.
Malgré le halo répulsif qui se consolidait autour d’elle, je pris ses mains et les serrai dans les miennes. Elle avait cessé de saigner, et son contact me brûla presque. Je goûtai à nouveau à cette sensation, trop soudainement pour en prendre pleinement conscience, trop brièvement pour en profiter. Sophia rayonnait ; elle paraissait si vivante que j’avais envie de me laisser dériver dans ce mirage.
- Je suis heureux de lui avoir prouvé le contraire, conclus-je.
Je l’enlaçai à nouveau. Au diable ce halo, au diable l’envie de vomir qui m’aurait noué l’estomac si je mangeais encore. S’ils cherchaient à m’éloigner de Sophia, les responsables de l’au-delà allaient devoir sortir le grand jeu : de toute mon âme, je refusais de me séparer d’elle. Je souffrais, mais ne pliais point. Pas pour si peu. C’était de la bonne douleur.
Que son étreinte paraisse un peu distante ne me choqua pas plus que ça. Elle aussi devait éprouver les contrecoups de la lueur, ce qui justifiait ce léger manque d’enthousiasme.
- Esa…
Qu’elle fasse trembloter la dernière voyelle, affolée par les conséquences, ne me choqua pas plus que ça. La joie de nous avoir tirés d’affaire devait lui serrer la gorge. J’étais moi-même tout retourné par l’émotion.
Je relevai la tête, pour l’encourager du regard à poursuivre.
Ça ne me choqua pas de contempler son sourire forcé, ses yeux terrifiés qui me hurlaient que quelque chose n’allait pas, que je devais ralentir. Elle avait tant appris en si peu de temps. Comment lui reprocher de vouloir ralentir, avec toutes les informations qu’elle devait digérer ?
A vrai dire, quand j’y mets un peu de passion, je suis très habile à l’esquive des mauvais présages.
- Regarde-toi.
Je suivis l’instruction, trop radieux pour comprendre ce que tant de mises en garde impliquaient, trop confiant en elle pour me remettre en question. Jusqu’à ce que je voie mes mains, soigneusement maquillées, désespérément livides.
Le choc me laissa pantois, vacillant au bord de l’alarme : je ne luisais pas. Ce qui ne pouvait signifier qu’une seule chose… Je relâchai mon étreinte.
- Tu m’as menti ?
Bienvenue au terminus du processus de pensée. Je sentis mon sourire planter des clous à l’intérieur de mes lèvres.
- C’est-à-dire que…
- Mais pourquoi ? m’écriai-je, envahi par une foule d’émotions contradictoires. Qu’est-ce que tu y gagnais ?
Les yeux de Sophia se firent fuyants, ceux de quelqu’un qui cherchait à tout prix à se soustraire à la question. Son entrée imminente dans l’au-delà lui offrirait l’échappatoire qu’elle convoitait mais, d’ici là, elle ne pouvait éluder.
- Comment tu crois que ça marche ? me balança-t-elle, un sanglot dans la voix. Tu penses que par magie, puisqu’on se retrouve ici tous les deux, on devient le couple parfait ? Sept milliards d’humains dans le monde, et ils réunissent deux âmes sœurs au hasard ?
Elle s’écarta de moi spontanément, tandis que je m’écartais d’elle. Il y avait quelque chose de cassé entre nous, ou en moi.
- Il n’y a que nous, ici, poursuivit Sophia. Tu me l’as dit toi-même. Je ne peux pas rester seule. Je me suis tuée pour arrêter de l’être, je n’allais pas continuer dans l’au-delà…
- Si on est sorti ensemble, c’est parce que…
- Parce que tu étais là. Parce que j’y suis. Parce qu’il n’y a personne d’autre.
Je secouai la tête, désabusé.
- Alors, après tout ce que nous avons échangé, ce que j’ai partagé avec toi… Je dois juste accepter que tu ne ressens rien pour moi ?
- Je pensais que ça viendrait à long terme… qu’il y aurait un long terme…
Je complétai mentalement : et que j’avais une bien trop haute opinion de mon charisme pour risquer de la percer à jour. Ce pourquoi il serait malhonnête de blâmer Sophia, par ailleurs.
- Ça marche comme ça… Dès que tu rencontres quelqu’un, tu joues un rôle. Ce rôle se décide en fonction des objectifs que tu comptes atteindre. Toi, tu avais un ange pour t’orienter. J’avançais à l’aveuglette. Mais quand bien même, on est toujours amené à se manipuler.
Je me demandai si je rêvais, endormi, avec comme bruit de fond une version amicale du discours final de Sandi. Mais je savais bien que non.
- Et tu l’as même fait inconsciemment, renchérit-elle.
- Comment ça ?
- J’imagine que l’idée de ce pseudonyme finlandais ne t’a pas été suggérée par ton ami ? Tu l’as décidé par toi-même, non ?
Ok, je veux bien l’admettre, mon nom n’est pas Esa. Vous connaissez beaucoup d’Esa en Suisse romande, vous ?
- Je te comprends, bien sûr, reprit-elle, avant que je n’aie à me justifier. Pas d’autre audience, ici. Tu n’avais que moi devant qui te mettre en spectacle, alors tu as choisi de présenter quelqu’un d’original. Très naturellement.
Avec un petit sourire, elle ajouta :
- Par contre, tu devrais travailler ton accent. Ça ne fait pas très scandinave.
- Le suomi ne sonne pas scandinave, corrigeai-je, machinal. Famille des langues ouraliennes. On peut pas vraiment la connecter, mais c’est plus proche du hongrois que du norvégien. Mon accent colle plus ou moins.
- Oh. Désolée.
Note pour plus tard : toujours mentir de manière simple, toujours se cantonner à des éléments courants. Ça passe mieux.
Un bourdonnement se fit entendre, léger mais tenace. Je l’interprétai tout de suite comme une amorce, le début de l’étape suivante. Elle l’avait aussi ressenti ; sa réplique m’apporta confirmation.
- Je crois que ça commence…
- Et, bien sûr, tu ne t’appelles pas Sophia… fut tout ce que je trouvai à lui répondre.
La petite touche finale, le détail qui venait parachever l’ensemble. Elle m’adressa un sourire de regret sincère, bien vite englouti par la clarté. Il m’était de plus en plus difficile de discerner ses traits et leur éclat, qui se mêlaient en une unique entité.
- A bientôt j’espère, lança-t-elle d’une voix à peine audible.
Quand l’aura disparut, Sophia s’était dissipée. Ne restaient que moi, quatre cloques toutes fraîches, la pluie, la musique indistincte et le souvenir des paroles amères de Voreniel. Ne plaignez pas trop mon sort, cependant. Ce n’est pas une fin ; une autre occasion ne manquera pas de se présenter. Selon l’ange, la fréquence du phénomène augmente, mais vous n’aviez pas besoin qu’il l’affirme pour vous en rendre compte, n’est-ce pas ? Une nouvelle ombre me rejoindra bientôt, avide d’une attention qu’on ne lui a jamais accordée et, cette fois, j’ai bien retenu la leçon. A trop se croire en contrôle des variables, on fait confiance, on se relâche. C'est un piège dans lequel je ne risque pas de retomber.
Fini. J'ai tout lu depuis le début, et c'est super. Très bien écris, ça se lit sans qu'on ait besoin de marquer une seule pause, et ça n'a rien à envier au travail de beaucoup de "pros".
Il y a quand même deux minis remarques à faire :
j'aimais beaucoup l'humour au début, et il y en a de moins au fur et et à mesure du texte. Peut être faut-il en rajouter ?
Et sinon sur le dialogue de la toute fin, la parlotte me semble un peu longue pour une "ascension" (au sens biblique quoi). Là on a l'impression que pendant cinq bonnes minutes la fille est couverte d'étincelles, avant de finalement partir. Tu pourrais peut être les mettre dans une zone hors du temps ou un truc du genre ? (mais bon c'est un détail, pas tellement important)
Enfin concernant l'histoire en elle même, je trouve curieux que le héros ne se soit douté de rien. Je ne sais pas par quelle manière il s'est retrouvé chaperonné par un ange, mais si il en a, et que la première fille qui l'a dupé en avait un (je suis nul en prénoms, surtout quand ils ne sont pas français), alors logiquement sa "victime" doit être aidée aussi non ? Là encore suffirait de pas grand chose pour enlever ce problème, par exemple mentionner à un endroit que les anges apparaissent au bout d'un certain temps, ou un truc du genre.
En tout cas félicitations, c'est un super texte.
ça va être un truc qu'il faudra que je clarifie, ça. Dans l'idée de base il n'y avait qu'un seul ange, il passait d'humain en humain à chaque fois que son plan réussissait. Donc il était pas apparu à Esa avant la première "ascension", et il était pas apparu à Sophia avant celle-ci.
J'verrai comment je peux modifier ça parce que je pense pas que ce soit super cohérent. En tout cas merci d'avoir lu ![]()
« Le jeune blond qui rentre du service militaire pour le week-end, en uniforme complet, fusil en bandoulière ; Il est content de rentrer et malheureux de devoir repartir le lundi suivant » il sans majuscule
« Je bousculai les gêneurs de la file et me faufilai dans le bus, sans qu’ils ne réagissent. » Pas de « ne » explétif quand la principale n’est pas négative.
« La réponse avait un chignon, quatre-vingt ans, et elle agitait un billet de vingt francs de sa main frêle. Et oui, la machine à billets ne rend pas la monnaie, c’est ballot hein ? » quatre-vingts, Eh oui
« J’enfonçais mes écouteurs dans mes oreilles et me mis à fredonner en suédois pour couvrir le débit de la fille. » enfonçai, plutôt
« Nous n’échangeâmes aucunes paroles durant cet examen, mais le silence ne dérangeait pas. » aucune parole
« Trop peur l’inconnu… » Le « de » est passé à la trappe.
« Désolé pour toi. » Désolée
« Deux-cent quarante-trois jours. » Deux cent quarante-trois
« Soit nous nous retrouvons ensemble par hasard, soit quelque chose de particulier nous a rapproché. » rapprochés
« Les premières fois que je m’étais employé à cette tâche, je ne cherchais qu’à séduire Sandi, mais le rituel m’était entre temps devenu vital – si je puis dire. » entre-temps
« Un chœur d’hurlements sylvestres l’accompagne pendant son passage, le guident vers ce qui vient après. » de hurlements, le guide
« La terre est sèche, méfiante ; givrée pour peu que vous ayez décédé en hiver, comme moi. » soyez décédé
« Un errant ne peut pas espérer l’amour de sa conquête ; il doit faire en sorte de l’insuffler lui-même. Sans qu’elle ne le remarque. » Idem que plus haut, pas de « ne ».
« Une conséquence du manichéisme et de la foi unique qui marque leur histoire millénaire, j’imagine. » marquent
« Comme lors de n’importe quel autre supplice digne du nom, le temps s’étira à l’infini pendant que Voreniel et moi préparions mes perfidies. » digne de ce nom, non ?
« S’il se trouve que ce fleuve existait, nous n’avons pas croisé son court » cours
« Je parlai de Sophia avec une emphase toute naturelle qui dût lui paraître suspecte, puisque son expression s’assombrit au fur et à mesure de ma narration. » dut
« - Rien. J’ai cité House.
- Un philosophe ?
- Un connard.
- D’accord, opina Voreniel. » Non, rien, mais j’aime ce passage =D
« Non pas prendre un thé avec lui tous les samedis afin d’évoquer le bon vieux temps de l’errance, ou l’intelligence du piège que nous avions concoctés ensemble. » concocté
« J’ai peur qu’elle ne m’ait pas attendue et, pour une fois, il y a de la matière derrière ma crainte. » attendu
« Ensembles, voilà tout. » Ensemble
Voilà pour les fautes. A part ça, j’ai pas grand-chose à dire, ce qui veut dire que j’ai beaucoup aimé. Inutile de préciser que tu écris très bien, que ton style est des plus fluides et agréables, et j’ai rien à redire là-dessus. La narration à la première personne, émaillée des réflexions parfois cyniques, souvent drôles, d’Esa, m’a beaucoup plus aussi. Le seul truc qui m’a rendue un peu perplexe, c’est que tu passais quelquefois du passé au présent et vice versa, mais on comprend un peu plus tard qu’il narre des événements passés comme s’il écrivait ses mémoires, et qu’au moment où il écrit, il couche sur le papier ses réflexions du « présent » également, donc ça dérange finalement pas (en tous cas c’est l’impression que j’ai eue, désolée si je raconte des bêtises).
Sinon pour le fond, le thème du fantôme errant dans le monde des vivants sans que personne ne puisse le voir ou communiquer avec lui, certes ça fait un peu cliché, mais je trouve que tu le traites de façon originale : devoir acquérir l’attachement de quelqu’un afin de sortir de là et d’accéder à l’au-delà. Par contre, j’ai lu le commentaire d’Achene, et en effet, c’est pas forcément clair qu’il n’y a qu’un ange, du coup moi je croyais qu’il y en avait plusieurs et qu’on bénéficiait de l’aide de l’un d’eux si l’on s’était déjà fait duper au moins une fois. Remarque c’est pas tellement important, dans la mesure où on ignore ce qui se passe du côté de Sophia, mis à part ce qu’Esa nous en livre. D’ailleurs, seul bémol, le fait qu’il se fasse avoir encore une fois à la fin, je l’ai vu venir dès le début du troisième chapitre, peut-être justement parce qu’on se trouve selon la perspective d’Esa, ou peut-être à cause de l’ellipse narrative relativement longue, mais dès qu’il a commencé à être évident qu’il l’aimait, quand il est dans le bus et qu’il l’imagine, je me suis dit qu’il allait se faire pigeonner une nouvelle fois.
Voilà, à part ça j’ai beaucoup aimé, l’effet de surprise du départ est, je trouve, réussi : je ne m’attendais pas à ce qu’il soit mort, jusqu’à ce qu’il s’étonne que Sophia puisse le voir et l’entendre. Le nom d’ « ombres » me paraissait curieux, mais je me disais qu’il s’agissait d’une réflexion cynique de la part d’Esa. Sinon les descriptions sont du plus bel effet également, humoristiques parfois (je pense au bus que tu compares à une baleine, que tu compares ensuite au conducteur, si mes souvenirs sont bons), empreintes d’une certaine poésie à d’autres endroits (la description des bois). Tu utilises un vocabulaire très riche et tu réussis à ce que ça passe bien dans la narration d’Esa – j’ai vu un seul endroit où je trouvais que ça dénotait un peu trop par rapport au reste, c’était dans un dialogue, une réplique d’Esa justement, mais j’ai pas relevé.
Je suis plus douée pour les critiques négatives que positives, mais voilà, je le répète, j’ai beaucoup aimé, et ça m’a fait du bien après plusieurs heures d’exercices de latin à la fin desquelles je saturais vraiment [/3615mylife], donc merci pour cette agréable lecture.
Et, pourquoi je suis vile et fourbe, au fait ? ![]()
Merci beaucoup, pas grand chose à discuter je m'en vais corriger tout ce qui ne l'était pas encore
Ce qui se passe par rapport à l'ange c'est que c'est un transfuge, il sort d'une nouvelle que j'ai jamais terminé, et il est également présent dans une autre que je dois reécrire. A la limite, j'ai presque plutôt intérêt à expliquer sa situation dans une des autres nouvelles plutôt que celle-ci ; y a pas trop de raison qu'Esa sache ce qu'il fait là. Par contre y a une phrase qui fait plus ou moins référence à l'autre nouvelle et qui, si j'étais capable de finir un texte plus d'une fois tous les deux ans, permettrait de faire le lien. Enfin je verrai, au pire si ça marche toujours pas je modifierai dans celle-là aussi ^^'