Hello, je refais mon topic qui devenait un peu brouillon. Le problème est que je reprends souvent des parties antérieures de mon histoire, ce qui fout un peu le bordel. Ne vous entez pas obligés de tout lire, mais postez uniquement des commentaires sur le p99remier chapitre si vous le voulez.
Chapitre 1
Les vacances d’été avaient enfin commencé. L’aube déjà brûlante qui se levait semblait annoncer une journée somnolente et paresseuse. Genève, habituellement si stressante pour ses habitants avait même ralenti sous la chaleur étouffante qui accablait cette fin de mois de juin. Une jeune fille d’une douzaine d’années semblait pourtant se moquer du soleil et de l’heure excessivement matinale.
Au lieu de dormir après une année scolaire éprouvante, Sophie bondit hors de son lit à sept heures du matin. Elle enfila ses patins à roulettes, ce qui, chaque jour, constituait sa première action et rejoignit sa mère dans la cuisine pour prendre le petit-déjeuner.
Elles échangèrent quelques mots entre deux bouchées, puis la mère partit en hâte, de peur d’arriver en retard à son travail. Restée ainsi seule, Sophie rangea la cuisine à toute allure et sortit de la maison. Elle en traversa le petit jardin, et s’élança avec un maximum de vitesse dans la descente qui menait à la gare Cornavin. Alors qu’elle dévalait la pente, elle dut exécuter un dérapage magistral pour éviter un groupe de jeunes hommes qui arrivait en face d’elle. N’appréciant apparemment pas d’être bousculés dans leur raideur matinale, ils lui crièrent quelques menaces qu’elle n’eut pas vraiment le temps d’écouter, toute pressée qu’elle était d’arriver à son but. Son talent pour le patin et pour le sport en général contrastait avec son apparence plutôt menue. Petite et mince pour ses douze ans, elle n’en possédait pas moins un corps un corps musculeux et énergique que lui avait conféré la pratique sportive. On la sentait tendue comme un arc, toujours sur le qui-vive. De magnifiques cheveux noirs bouclés constituaient le seul élément réellement féminin dans son apparence physique. Elle s’appliquait soigneusement à cacher le reste, tant elle ne voulait pas ressembler à de nombreuses filles de son âge qui se maquillaient déjà et qu’elle trouvait parfaitement « nunuches ». Ses habits plutôt larges venaient pratiquement tous de boutiques masculines et elle ne mettait de robe à aucun prix. Néanmoins, ses yeux foncés hérités d’un père espagnol associés à un visage rond et harmonieux, laissaient présager qu’elle ne pourrait pas cacher éternellement sa féminité et que, tout ou tard, les garçons se rendraient compte qu’elle n’était pas l’un des leurs. Mais, pour l’instant, elle ressemblait encore à une enfant et les gens la qualifiaient de « garçon manqué », ce qui ne la dérangeait pas le moins du monde.
Une fois à la gare, elle monta discrètement à l’arrière d’un bus de peur que le chauffeur ne remarque ce qu’elle avait à ses pieds. Il faut préciser que, même si la fillette portait des patins comme d’autres portent des chaussures, elle trouvait les montées fatigantes et, par conséquent, les évitait autant que possible, préférant prendre les transports en commun. Le bus démarra, elle s’installa et tenta d’oublier quelques instants son état d’extrême empressement. Néanmoins, les événements de ces dernières semaines ne cessaient de lui revenir à l’esprit, titillant son impatience. Elle brûlait de revoir son nouvel ami.
Le bus continuait lentement son chemin. Déjà les immeubles se faisaient plus rares et apparaissaient les premières villas cossues. Puis, quelques espaces encore sauvage se laissèrent entrevoir. Enfin, elle descendit au terminus, un petit arrêt de campagne perdu sur une longue route sans voitures. Elle roula encore un moment en direction d’un chétif bois de chênes qu’elle traversa. Derrière ces quelques arbres se trouvait une minuscule maison de pierre toute défraichie, invisible pour le visiteur non averti. Arrivée devant la porte, elle sentit une légère poussée d’adrénaline à l’idée de ce qui allait suivre.
Elle frappa.
Quelques instants passèrent. Elle entendit le bruit caractéristique que produisait la démarche lente et irrégulière de son ami. L’excitation atteignit son paroxysme quand elle vit la poignée tourner. Puis, finalement, apparut une étrange silhouette qui ne devait pas mesurer plus d’un mètre quarante.
« Bonjour Sophie », dit un vieillard ratatiné d’une voix tremblotante.
« Bonjour Monsieur Dumont », répondit-elle sur un ton qui dénotait le respect.
« Entre, entre. »
Un grand sourire illuminait le visage du vieux Dumont.
Elle entra. Le plafond était tout juste assez haut pour sa taille. Elle s’assit sur un tabouret probablement plusieurs fois centenaire.
« Veux-tu une tasse de mon infusion spéciale, j’en ai préparé tout spécialement pour toi. »
« Volontiers. », dit-elle un peu intimidée par cet accueil chaleureux de la part de quelqu’un qu’elle connaissait depuis si peu de temps.
Il saisit une théière et en versa le contenu dans un gobelet de terre cuite. La lenteur de ses gestes contrastait avec leur fermeté et leur précision. Bien que la théière parût presque plus grande que celui qui la portait, le vieux Dumont n’en paraissait pas affecté et la maniait avec l’aisance d’un jeune homme.
« Bois », dit- il à Sophie qui n’osait pas commencer toute seule.
Elle plongea timidement son nez dans le gobelet et prit une gorgée. Puis, une fois le liquide dans sa bouche, elle retint avec difficulté son envie de tout recracher. Un haut-le-corps trahit son dégoût et le vieillard la regarda d’un air étonné.
« Tu n’aimes pas ? »
« Si, si… C’est juste un peu chaud », répondit-elle en tentant de faire bonne figure.
« Ah, j’ai cru pendant un instant que tu n’aimais pas mon mélange spécial feuilles de chêne-terre de la forêt-racines de chêne. »
« Au contraire, c’est très bon, très… forestier », mentit-elle avec un sourire un peu gêné.
Pour rendre plus crédibles ses paroles elle reprit une large et dégoûtante gorgée.
« As-tu réussi ton année finalement ? »
Ce changement de sujet était tout à fait bien venu pour Sophie qui pouvait ainsi arrêter discrètement de boire l’horrible infusion.
« J’ai eu un peu de chance… Je pense que le prof de maths m’aime bien. »
« C’est bien, c’est bien… »
« J’avais besoin d’un bon résultat au dernier test et j’ai juste obtenu la note nécessaire. »
« L’essentiel est de réussir », dit-il avec un sourire bienveillant.
Bien qu’elle ne le connût pas encore très bien, Sophie l’appréciait beaucoup parce qu’il ne passait pas son temps à donner des conseils et à la juger comme la plupart des adultes. Elle était une fervente partisane de la loi du moindre effort et, pour une fois, quelqu’un de plus de trente ans semblait ne pas s’en préoccuper. Son année était réussie, peu importait la manière.
La discussion se poursuivit encore un petit moment sur le sujet de l’école. Dumont paraissait étrangement soucieux du bien-être de la fillette. Il voulait des anecdotes sur ses camarades, ses professeurs, ses jeux… Il l’écoutait avec un air amusé, presque paternel. Puis il lui dit soudainement, sur un ton qui tranchait avec la légèreté de ses propos précédents : « Profite de ta jeunesse, elle passera plus vite que tu ne le penses ».
Elle eut l’impression qu’il y avait dans sa voix une intensité qui trahissait une inquiétude supérieure à ce qu’il voulait bien montrer par ses mots. Mais le sourire bienveillant du vieillard avait rapidement repris le dessus et, sentant monter l'impatience de la jeune fille, il lui dit :
« Tu veux que nous commencions, n’est-ce pas ? »
Elle eut une moue qui laissa transparaître son avidité.
« Bien, alors mets-toi en tenue. »
Elle attendait ce moment depuis plusieurs semaines. Elle courut se changer dans l'autre pièce de la minuscule maison. Elle passa un habit qui consistait en une sorte de longue tunique de lin usée sans ceinture qu'elle passait par-dessus un leggings et un t-shirt de sport. Ses pieds restaient nus.
Une fois changée, elle retourna vers Dumont qui ouvrit une discrète petite trappe dans le sol de la maison. Il s'engagea sur une échelle. La jeune fille le suivit. Une fois en bas, elle retrouva avec joie la grande cave qui l'avait tant surprise la première et unique fois qu'elle y était rentrée. Il s'agissait d'une immense salle d'au moins vingt mètres sur vingt dont on n'aurait jamais pu imaginer qu'elle se situait sous une aussi petite cabane. Le sol était de terre battue et elle ne contenait rien, mis à part deux boîtes en acajou à chacune de ses extrémités et deux grands bâtons.
« As-tu bien fait les exercices que je t’ai demandé de pratiquer tous les jours ? »
« Oui. »
Effectivement, pour la première fois de sa vie peut-être, elle avait suivi un programme contraignant avec assiduité. Il s’agissait d’exercices sportifs accompagnés de séances de méditation qu’elle devait réaliser quotidiennement, seule, chez elle.
Le vieillard saisit l’un des deux lourds bâtons.
« Bien. Pour cette deuxième séance d’entraînement nous allons commencer par le même exercice que lors de la première, mais je vais aller plus vite. Mets ce bandeau. Si tu t’es bien entraînée comme tu le dis, tu devrais y arriver sans problème. »
Il lui lança un foulard noir qu’elle noua autour de ses yeux.
« Es-tu prête ? », lui lança-t-il.
« Je crois. »
A peine avait-elle prononcé ces mots qu’il abattait son bâton à toute volée sur la fillette qui eut tout juste le temps de l’esquiver en plongeant sur le côté. Une série de coups s’en suivit. Le vieux les distribuait avec précision et rapidité. L’âge ne semblait pas avoir de prise sur lui. Il avait soudain perdu une cinquantaine d’années. Ses tentatives de toucher Sophie échouaient mais l’impression de maîtrise qui se dégageait de ses gestes était telle qu’on devinait sans peine qu’il le faisait exprès, tel un chat qui joue avec une souris avant de lui porter le coup fatal.
Mais, phénomène encore bien plus étonnant, Sophie esquivait le bâton malgré ses yeux bandés. Elle bondissait de toutes parts, se contorsionnait et roulait par terre comme si elle avait pu le voir normalement.
Peu à peu, les coups se multiplièrent et le Saurien paraissait chaque fois plus près de la toucher…
Pardon ?
Avais-je oublié de le mentionner ?
Dumont n’était pas un être humain. C’était un Saurien, sorte de lézard bipède à longue queue doué de parole.