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La Voie des Hommes

Rizo-Waal
Rizo-Waal
Niveau 2
09 août 2008 à 07:46:25

Ca veut dire quoi RAS?

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 09 août 2008 à 10:15:17

Rien à signaler.

Negatum
Negatum
Niveau 10
31 août 2008 à 15:58:06

Désolé du retard, j'était en vacance ^^ Bon, la suite, now:

Chapitre 5: Les Murmures de la Chair

Berlin, novembre 2009

Gunther regarda le vide à ses pieds un long moment, suspendu aux minces semelles de ses chaussures, les bras étendus en arrière, comme un oiseau avant l'envol. Ses yeux fixaient, béants, les fenêtres et les pierres aplatie contre l'abîme, et puis la ville, toute ces lumières et tout ces humains qui s'étalaient sous ce bête ciel vide et noir.
Tu veux savoir ce que ça fait, hein?
Il sentait un vague frisson le parcourir en de lents soupirs, des extrémités jusqu'à son coeur. Sa respiration n'était qu'un mince filet sifflant qui se faufilait de ses poumons à sa gorge, un mince goulot qui s'engorgeait.
Allez, saute. Prends ta vie en main, pour une fois.
Gunther fit un pas, et resta là, une de ses baskets appuyés sur la terre, l'autre sur le néant, hésitant encore, sur le fil entre la vie et la mort, les mains frappés par le vent du gouffre. En bas du building, les hommes et les femmes de Berlin, les lumières du quotidien, vivaient, bougeaient, pantins absurdes, grossier, indifférent, étranger à ce monde d'ombre et d'hésitation qui grouillait sur les toits, qui l'enserrait, lui, Gunther, qui l'embrassait, en quête d'un châtiment. Ou d'une rédemption.
Tu pourra voir, ce que nous cache ce beau ciel noir.

-Et il a sauté?
Sehel hocha la tête, soupira.
-Ca a pas été simple pour le repêcher, je te dis pas... Enfin, personne ne m'a vu, mais le temps que je réalise, il avait déjà fait trois étages. C'est pas passé loin, cette fois-ci.
Archael eut un vague sourire. Assis à même les briques, leur quatre ailes étouffés par le ciel noir, les deux amis contemplaient un Berlin désert, oublié, perdu sans humains et sans lumières, un Berlin qui sentait l'histoire rance et tenace de la guerre et des horreurs. Accoudé ainsi, fusionnant avec le mur de la Dent Creuse, Sehel pouvait presque entendre les hurlements des officiers, le chant des canons, et les musiques si belles et si terribles de ce monde grand, beau et effroyable. Ca l'exaltait, et ça l'effrayait.
Le chaud et le froid.
-Gunther, hein? Ca me dit quelque chose, fit Archaël.
-Encore heureux, soupira son compagnon. Archa, ca fait la sixième fois qu'il essaye de se jeter du haut d'une tour, et presque à chaque fois, c'est moi qu'on envoie!
-Il a tenté six fois de mettre fin à ses jours?
-Oui, enfin, y a des fois où je suis arrivé à temps pour lui envoyer des ondes positives avant qu'il tombe. Y a quelque chose qui le parasite, j'en suis sur. Un démon qui s'amuse à faire tomber les gens, ou quelque chose dans ce genre...
Il cracha.
-Enfin, quand je pense que y a des milliers de morts dans le monde qu'on pourrait sauver d'un battement d'aile et que je perd mon temps ici, à protéger Prométhée de son canari...
Archael savait pertinemment que si il y avait un ange qui n'en avait rien à faire de ce qu'il pourrait apporter, c'était bien Sehel de la ville basse. Mais il ne releva pas.
-C'est incroyable que tu arrive à faire abstraction de tout ça, lanca-t-il soudain.
-Tout ça quoi? Demanda Sehel.
Le sourire d'Archael disparut.
-Tu sais bien... La mort de Dieu, l'Alliance avec les démons, l'arrivée de Lucifer...
L'ange mit quelques secondes à continuer. Dans le noir, Sehel vut que son âme, et son sourire, étaient partis à l'autre bout de la Terre.
-J'ai toujours du mal à réaliser...
Sehel s'assit à coté de lui.
-Oui, je sais, c'est un coup dur. La mort de Dieu fait mal à tout le monde... Mais il faut se dire que la Peste est définitivement derrière nous, et que le Paradis n'est pas mort...
-Mais tu ne comprends pas? Demanda Archael avec brusquerie. Tu comprends pas ce que ça pourrait vouloir dire?
Sehel recula prudemment.
-Si, fit-il, que notre royaume se retrouve sans roi, mais Michael va certainement prendre sa succession, et...
Archael se leva.
-Ce n'est pas ça dont je veux parler... Merde, Sehel, Dieu est mort! Dieu est mort! Mais Dieu est immortel, éternel, omniscient, il est le tout et le rien, l'Alpha et l'Oméga, le commencement, la fin! Tu comprends, maintenant?

-Parle doucement, Archael, les humains peuvent pas nous entendre, mais les oiseaux, si, murmura Sehel avec empressement. Je ne vois pas où tu veux en venir.
Archael se retourna vers le monde rugissant des humains et des lumiéres.
-Réfléchis une minute, Sehel, haleta-t-il, si Dieu est mort, mais qu'un Dieu est immortel ça veut dire... Ca veut dire que Dieu n'était pas Dieu. Tu comprends, ça? IL NE PEUT PAS ETRE DIEU!
Le hurlement se répandit dans l'air avec la violence d'un coup de feu. Une nuée de pigeons surgit de la cathédrale en ruine, entourant leurs ailes blanches d'un millions de noirs. Puis, le silence tomba sur Archael et Sehel, entre eux, à travers eux. Comme une tombe.
-Et si j'ai raison, continua Archael, ça veut dire...
Il leva la tête au ciel, ce bête ciel noir et vide.
-Que notre empire est une vaste blague. Et que notre vie tout entière, est un mensonge.

Asamaan avait quitté la maison a neuf heure. Les poignets serrés par les manches d'une vielle chemise, flanqués de deux de ses petits fréres, il avait marché jusqu'aux grandes avenues sablonneuses, où il avait pris le car de nuit, remplis de chaleur et de murmure. Direction le nord de la ville.
A dix heure, ils étaient descendus et, en silence, avaient de nouveau marché. Asamaan se souvient avoir vu dans le ciel noir une ombre furtive les survoler, et se souvient avoir senti son coeur se mettre à battre. Et si c'était lui?
Ils avaient continués presque malgré lui, jusqu'à entendre les beats lourds qui éclataient comme des coups de canons. Et puis les cris, les gémissements de Lil Wayne, et les sourires de ses frères.
La fête se situait dans une petite maison à l'écart des autres, loués au prix fort par la famille de sa mère. On y fêtait le mariage d'une des cousines d'Asamaan, et, apparemment, les jeunes avaient réussis à prendre le contrôle des baffles dés leur arrivée. Amusé par tant d'audace, les adultes avaient du laisser faire, pour l'instant en tout cas.
A peine arrivé, Asamaan sentit sa main se tendre, caresser les paumes puis frapper les poings. La plupart de ses amis étaient partis à l'écart, leur bouteille de Coca-Cola à la main, un portable brillant comme une étoile dans la main de l'un d'eux.
-Salut, Asamaan. On a cru que tu viendrai pas.
-Les Ahmadous viendront dans une heure de temps, je crois. Sans eux, la fête n'est pas une fête, continua un second avec un sourire.
Asamaan les salua sans leur répondre, et s'assit au milieu d'eux.
-Vous avez mangé? Demanda-t-il au bout de quelques secondes.
-Nan, toi aussi... Les vieux ont même pas fini de servir les plats.
Soulja Boy eut soudain le souffle coupé dans les enceintes, et ils entendirent de l'intérieur des cris d'enthousiasme et de déception. Bien vite, le rythme infernal des Ndours s'enchaînèrent, dans ces sons hybrides entre le traditionnel et le moderne, entre le synthéthiseur et le djembé, entre ses deux Afriques qui se chevauchent, s'embrassent et s'affrontent.
-Hé, boys! Vous avez entendu l'histoire qui s'est passé à Ekellé, dans l'uni?
C'était Park', un des plus vieux de la bande. Quinze ans qu'il salissait ses jeans sur les pierres dures de Yaoundé, et il n'avait jamais perdu le goût des histoires. A l'affût des rumeurs de chaque instant, il cherchait les moindres miracles, les moindres mystères, comme un chercheur de question dans un océan de réponses. Asamaan sentit les oreilles des autres se tendre presque naturellement.
-Ouais, j'en ai entendu parler, dit un autre. C'est pas là où il y a eu des filles qui se sont évanouies?
Park se leva, le visage fier et triomphant.
-Ouaip'. Ca a commencé y a un mois, un mois et demi, et ça s'est multiplié, de plus en plus. Des évanouissements, des cris, des possédées. Y a eu une trentaine de filles, et deux ou trois garçons qui ont eu des problèmes. Ils ont fait venir un marabout, Serigne Mbacki je crois, mais il a pas réussi à les calmer.
Il garda cinq seconde le silence, ménageant son effet. Puis, il lacha sa sentence.
-Et il y a deux semaines exactement, une fille y est morte.
-Quoi? S'écria un des enfants.
-Tu mens, lança un autre. On l'aurait su si elle était morte. J'avais entendu parler des crises, c'était passé au journal. Mais pas de mort.
Park' lança sa tête de gauche à droite.
-Nan, j'suis sur de ce que je dis, boy. C'est sa soeur qui me l'a dit, c'est la girl d'un pote. Une cap-verdienne. Des riches, qui pouvaient se payer des 4*4, et tout et tout. Au nom de Dieu, je le jure.
Asamaan leva la tête.
-Ca s'est passé quand?
-Il y a deux semaines, j'te dit.
-Ouais, mais quand?
-Jeudi ou Vendredi, j'sais plus trop... Vendredi je crois.
Asamaan baissa la tête, brusquement.
-Merci, dit-il d'une voix sourde.
Les bruits et les sons autour de lui se stridérent. Ses yeux regardèrent fixement sa main grouillante de doigts, qui dansait lentement, par groupe de cinq. Vendredi, hier. Vendredi dernier, huit jour. Vendredi d'avant... Quinze. Quinze jours.
Et cela faisait quinze jours qu'il l'avait croisé. L'Aigle.
Quand il était rentré chez lui, ce fameux jour, il s'était senti, épuisé, par l'épuisement de celui qui vient de découvrir l'amour, et qui se couche, perdu, aux cotés de son amie encore tremblante. Ses pensées suivait un nouveau chemin, de nouvelles voies. Il s'amusa pendant des heures à imaginer les éclairs électriques danser de neurones en neurones, de connexion en connexion, picoter son crane et hérisser ses cheveux courts. Il sentit une excitation sexuelle le parcourir à plusieurs reprise, sans qu'il ne sache vraiment pourquoi.
Le lendemain, il était passé dans la ruelle, mais il n'y avait plus personne. Asamaan était bien trop franc avec lui-même pour nier qu'il avait été déçu, ce jour-là. Et bien trop franc pour se dire deux jours après qu'il se baladait seulement dans le quartier
Il finit pourtant par le retrouver trois jours plus tard. L'Aigle. Ou si ce n'est point lui, c'est donc son frère. Il faisait sept heures du soir, et le manteau de la nuit s'abattait comme une masse dans les nuées grises. Une clairière urbaine, un de ces mystérieux terrain qui ne voulait appartenir à personne d'autre qu'au sable et qu'aux ruines de bétons, lui tendait ses bras de nuit, avec, dans son corps claisemés de parpaings détruits, une petite ruine, un bout de mur encore tenu par des fers, qui s'élevait et s'élevait. Sur ce promontoire, il y avait une ombre, et dans cet ombre, se tenait l'Aigle.
Il devait y avoir une bonne dizaine de milliers de rapaces semblables qui tournoyaient dans le sillage des hommes de Yaoundé, mais Asamaan savait que c'était celui qu'il cherchait. Un pressentiment, toujours le même, le poussa à s'avancer.
Il tendit sa main droite vers l'aigle, puis se ravisa. L'animal, dont l'ombre se confondait déjà avec la nuit, semblait le scruter, en silence, mais Asamaan n'en était pas sur. Lentement, il sortit de sa poche un bout de viande séché. Un gros morceau, acheté dans une gargotte à un vieux sud-africain, qui se répandait en filament croquant dans sa paume offerte.
Les yeux d'Asamaan avait regardé la silhouette majestueuse de l'Aigle avec respect. Pas soumission, respect; le jeune garçon avait passé ses treize premières années à imposer cette nuance. Puis, il avait tendu sa main, grouillante de chair pétrifié.
Et, suivant toujours ce mystérieux instinct, il avait éteint son baladeur.
Immédiatement, l'Aigle s'était posé au sol, en face de lui, ses serres lacérant le sable. Il avait pris la viande sans un cri.
Et puis, Asamaan était tombé de nouveau dans ses yeux. Et la sensation avait été encore plus extraordinaire que la première fois.
Il alla voir l'Aigle tout les soirs. Chaque jour il lui donnait à manger, et, chaque jour, l'Aigle le regardait. Ce manège infernal, d'où Asamaan ressortait comme drogué, dura plus d'une semaine.
Et après, plus rien. L'Aigle n'était pas réapparu.
-Hé, Asa!
Quelqu'un lui frappait l'épaule avec insistance. Son petit frére entoura son bras dans le sien.
-Y a Holster qui vient, il paraît.
Park' avait apparemment commencé une autre histoire, sur un fantôme qui rodait dans une ruelle à coté de chez lui, et les cris d'admiration, de rire, et d'incrédulité, fusaient du petit groupe. Mais quand le nom d'Holster fut prononcé, l'attention des jeunes se tourna irrésistiblement vers Asamaan et son frère.
-Mayekoor! Quand tu parles d'Holster, tu veux dire... LE Holster?
Le petit ne quitta pas Asamaan des yeux.
-Oui. Tante Myriam l'a invité... Il trouve pas où c'est, j'dois aller le chercher.
Un murmure parcourut le groupe.
-Je t'accompagne, dit Asamaan. Ce gars-là, il est pas sur.
-Tu rigole? Fit Park avec un rire nerveux. Tout le monde t'accompagne, boy.

:)

Negatum
Negatum
Niveau 10
04 septembre 2008 à 02:32:43

Gneup? Ce serait dommage qu'il y ai aucun lecteur :-(

Le_Pistolero
Le_Pistolero
Niveau 10
04 septembre 2008 à 19:02:57

Je m'y mets un peu plus tard. :)

Negatum_
Negatum_
Niveau 8
10 septembre 2008 à 17:23:18

Vraiment? Z'êtes sur?

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 10 septembre 2008 à 17:27:01

J'ai bien aimé.

Negatum_
Negatum_
Niveau 8
13 septembre 2008 à 16:43:56

Chapitre suivant! A la fois charnier et de transition, celui-là, charnier parce qu'il fait définitivement entrer Asamaan dans l'histoire, parce qu'il lie deux des trois fils rouges, et de transition parce qu'il introduit un nouveau personnage, second de Lucifer, démon plutot triste et plutot sympa, parce qu'il prépare un autre chapitre charnier derriére. Raïdi?

Chapitre 6: Et les Miracles s'accomplissent

L'absence.
La douleur, terrible, terrifiante, implacable, qui avait marqué au fer rouge l'esprit d'Asamaan, se dissipa dans un grésillement. Dans l'âme du garçon, elle sembla soudain comme un oiseau -un aigle?- dêpétré dans son crane, qui griffait, griffait, griffait, et qui avait fini par trouver la sortie, à s'envoler. Et tous ces vers noirs, ces serpents nocturnes rampait, cette peur et cette mort omniprésente disparurent dans son sillage.
Il n'y avait plus de bruit non plus. Du tumulte du combat, du chaos mou et agité qui dansait dans ses sens, il n'y avait plus rien. Le silence. Parfait. Absolu. Spatial.
Il ouvrit les yeux.
La même rue. Le même endroit. Desert.
Il jeta un vaste regard qui parcourut la ruelle. Il y avait du sang, qui gouttait tranquillement sur la chaussée vide. Et un lampadaire, à quelques métres de là, qui éclairait faiblement les tenébres. Mais c'était tout. Lentement, avec crainte, ses yeux se posérent sur son bras droit.
Il n'avait rien.
-H...Holster? Holster!
Il se leva sans mal, fit quelques pas. Appela de nouveau.
-Mayekoor! Mayekoor! Park'! Où êtes vous? Hé! Où êtes vous?
Sa voix résonna dans la ruelle, se repercuta, une fois, deux fois, dans les rues alentours. Rebondit sur les murs. Frappa les boulevards. Gagna les quartiers. Revint, un milliers de fois, sous des myriades de voix, d'objets, tous qui tendaient vers le ciel, marqué de leur propre écho, de leur chemin. Et c'est dans ce dédale de mirroirs déformants qu'Asamaan comprit qu'une fois encore, son Dieu, celui du baladeur, peut-être celui de l'Aigle, avait agi. Et que ses pouvoirs bienfaisant ne s'était plus incarné en une ombre furtive, en un objet de plastique, en un ange, mais en un monde.
Dieu venait de lui offrir un univers.
Asamaan redressa la tête, ferma les yeux. Attendit un instant, là, figé, dévoré par le silence. Ecouta.
Il se souvint de l'Aigle. Il revit toute cette abîme, cette chute infinie, puis le choc, lent, progressif, comme si il rencontrait un drap tendu, et qu'il s'enfoncait, s'enfonçait jusqu'à toucher l'Enfer. Et cette fontaine blanche au bout du trou noir, cette remontée brusque, ce choc qui l'avait projetée à l'autre bout de sa conscience, éveillé, pantelant.
Il vit avec ses yeux fermés une silhouette. Plus loin, dans la ville. Encore plus loin. Quelque part, prés de cette autoroute où, un jour, il avait rencontré Dieu, il y avait une silhouette muette, qui l'attendait. Et dans son dos, il y avait des ailes.
Asamaan se mit tranquilement en marche. Sa crainte, sa méfiance, sa surprise, sa reflexion, toute ces choses qui font des humains des montres, avaient disparus. Il ne restait plus qu'une confiance aveugle, une assurance dangereuse, une foi implacable. Asamaan laissa ses chaînes de mortels se briser les unes aprés les autres, ses regrets, ses remords, son identité, se déssecher sur son sillage. Ses pieds foulait sa rationalité, son esprit critique, sa haine, sa rage, et toutes ces idées venues par armées de l'Europe et de l'Arabie, quand son Empire à lui, à ses aïeux, rayonnait comme le soleil sur la terre rouge. Et les djembés qui frappaient et frappaient dans son coeur semblait comme autant de trompettes, en quête d'absolu, de redemption, d'Apocalypse.
Il dut attendre dix minutes, à se perdre dans les ténébres rouges et pétrifiés de la capitale, pour arriver à l'autoroute. Ici, il n'y avait pas plus d'humain que de voitures. Seuls restaient les lumiéres des buildings, et la route noire, blanche, détruites par le passages d'un milliers de voitures.
Et un ange.
Assis prés d'un lampadaire, comme Holster tout à l'heure, feuilletant un livre blanc enflammé par la lumiére, il eut un sourire en voyant Asamaan arriver. Il était blanc, grand, musclé, vêtu simplement d'une chemise et d'un jeans, avec l'assurance modeste de ceux qui admire trop le monde pour s'aimer ou se detester. Ses ailes étaient immenses, naissant et fleurissant sur son dos, pour exploser en une apothéoses de plumes blanches, qui se perdaient jusque dans les ténébres. A sa main, un anneau rouge, étincelant comme un rubis, irradiait.
-Ah... Te voilà. J'ai cru que tu n'arriverais pas à me trouver.
Asamaan sursauta. L'ange ne parlait ni le francais, ni l'anglais, comme il s'y était attendu, et encore moins l'argot de la rue. Ce qu'il disait, peu d'enfants de son âge aurait pu le comprendre: Car l'ange chantait le Nufi, une langue ancestrale du Sud du Cameroun, dont les contes, les chants et les mythes, avaient bercés Asamaan. La langue de son pére... Et voilà cette voix blanche et légére qui la parlait avec tant de perfection qu'elle sonnait décalé, emprunté dans sa bouche.
-Qui es-tu? Demanda l'ange.
Asamaan avala sa salive:
-Je m'appelle Asamaan. Asamaan Keïta.
-Keïta... murmura l'ange comme pour lui-même. C'est un nom du Mali?
-Euh... Mon pére était malien, bredouilla Asamaan en Nufi maladroit. Ma mére, est une Sérére, de Saint-Louis, au sénégal.
Il fut surpris de l'habileté avec laquelle il parlait. La derniére fois qu'il avait essayé de parler Nufi, à un de ses amis malien, il s'était limité à barboter quelques mots au milieu d'un océan d'hésitation. Mais là...
-Etait?
Asamaan prit de l'assurance.
-J'ai dit qui j'était. A vous, maintenant.
L'ange durcit la voix.
-C'est à toi de poser les questions?
-Lorsqu'un inconnu se présente à un autre, fit Asamaan sans trembler on doit lui retourner la politesse. C'est ainsi qu'on me l'a appris. Vos ailes, et ce monde pétrifié, n'y changent rien.
Il y eut un silence de quelques secondes. Puis, l'ange abdiqua en un sourire satisfait.
-Je suis Gabriel, Deuxiéme Archange, et le Messager de Dieu. Je suis celui que l'on envoie pour parler aux mortels.
Asamaan ne bougea pas.
-Tu n'as pas l'air vraiment surpris, fit Gabriel dans un sourire.
-Non.
Asamaan sentit comme quelque chose se briser dans son esprit. Son argot, sa langue, et tous ces mots qui l'enchaînaient malgré tout à sa condition, s'évaporait à chaque mot prononcé en Nufi, un Nufi toujours plus lointain, toujours plus différents. Parlaient-ils encore une langue humaine?
-A vrai dire... J'ai toujours su que quelqu'un viedrait. Ma vie ne pouvait pas se limiter à des jours et à des nuits, à un quotidien pauvre et éternel, à la mort sans la gloire. J'ai toujours vu les miracles. Suivis les signes. J'ai toujours su que j'étais...
-Spécial, continua Gabriel avec gravité. Car tu es le descendant de la lignée du roi, le dernier héritier d'un des plus vastes empires du monde... Le dernier descendant de Soundiata Keïta.
-Alors Dieu, les anges... Tout existe vraiment?
Gabriel sourit.
-Dans les grandes lignes. Même si c'est souvent différent de ce que les humains attendent. Mais pour le moment, je voulais juste te rencontrer. Je te dirais ta mission plus tard, Asamaan.
-Trés bien, fit le garçon. Mais... comment savez-vous? Que je le mérite? Que je suis celui que vous attendez?
L'Ange se détourna tranquillement.
-Tu m'as trouvé.
Ses ailes battirent. Une fois, deux fois...
Puis, Asamaan se réveilla.

Steady... :)

Negatum_
Negatum_
Niveau 8
13 septembre 2008 à 16:44:18

Une silhouette épiait Jerusalem.
Accoudée au bord d'une ruelle ténébreuse, la caillot d'ombre et de sang observait. Il voyait les hommes vivre autour de la ville, dans la ville, et se voyait, lui, bloqué au fond d'une artère, si prés du coeur, prêt à le faire exploser. Deux cornes gigantesques, tournoyantes, s'appuyaient sur son crâne, l'allongeant, le déformant, plein d'une beauté sauvage et mythique. Deux yeux jaunes et luisants, perdus dans l'immensité de son visage.
La silhouette se releva lentement. Paisiblement. Elle s'étira. Et sortit dans la lumière...
Où elle s'arrêta, sous la menace d'une dizaine de lances acérés.
Chaune des lames était tenue par un ange, la plupart ne dépassant pas la vingtaine, organisé en un demi-cercle parfait, qui formait, avec leurs armes et le démon, une étoile blanche et mortelle.
La silhouette bailla d'ennui.
-Vraiment... fit-elle d'une voix maigre, incisive.
-Ah! Cria un des anges, une jeune fille d'une vingtaine d'années. Tu te décides à sortir?
-Ouais, fit le démon. C'est bien le noir, mais à force, ben, bof...
Un autre des anges rit avec nervosité.
-Sans vos ombres, vous êtes perdus! Ta vie touche à sa fin, Démon!
La silhouette lui jeta un long regard noir. C'était un blond. Il avait toujours détesté les blonds. Qui plus est ceux qui débitait des clichés.
-La vie... Ne me parlez pas de la vie...
Sur cette déclaration, l'assemblée fut plongée dans un étrange silence. Puis, le démon, releva la tête, et dit:
-Sur ce, il est possible de me laisser passer? J'aime pas les lances, et puis, vous savez, y a une trêve, tout ça...
La jeune fille répondit avec violence:
-C'est peut-être ce que dit Michaël, mais Dieu est notre seul maître! Tu vas payer pour Kobé!
-Serenielle? Qu'est-ce qui se passe?
Le démon haussa les épaules en direction des deux silhouettes qui couraient vers eux. Les joues de la jeune fille s'empourprèrent.
-On est parvenu à coincer un démon! Sehel! Archael!
Les autres anges n'avaient pas bougé, hésitant sur la démarche à suivre. La silhouette en profita.
En une seconde, elle avait franchi la barriére des lances.
-Enfin, coincer... C'est beaucoup dire.
Serenielle et les deux autres anges sursautérent quand il approcha. Le démon alluma une cigarette d'un air désolé.
-Euh... Qui êtes vous? Demanda le plus grand des deux pendant que les anges, penauds, rentrait leurs lances.
-Bonne question. Moi-même j'en sais rien, à vrai dire, avoua la silhouette dans un haussement d'épaules.
Elle se tourna vers Sehel, et ses traits s'agrandirent de surprise.
-Hé! Mais c'est le meilleur pote à Gunther!
Avant même que Serenielle et Archael purent réagir, le démon avait déjà enroulé un de ces longs bras autour de leur ami, et lui disait d'un ton faussement confident.
-Alors? Ca fait quoi de sauver toujours, toujours la même personne? Hein?
-Euh...
-Sehel! S'écria Serenielle. Il a tué tes parents!
La voix porta. Les deux anges se figérent instantanément sous la surprise, et le démon leva même un sourcil d'interrogation.
-Que... Mais... hoqueta Sehel.
-Tes parents sont morts dans la prise d'otage de Kobé, c'est ça? Quand le désespéré leur a tiré dessus, à eux et à mon frére?
Serenielle pointa un doigt accusateur sur le démon.
-C'est lui! Le responsable! C'est Raüm, le Seigneur du Désespoir, le fils unique et l'héritier de Nahash le Tentateur, et...
-Oh, j'ai tout un tas de nom à rallonge, oui, fit le démon d'un air vaguement ennuyé. Mais j'ai pas le temps, là. Je suis en retard. Ravi d'avoir parlé!
Et, avant même que les anges amorcent un mouvement, il avait disparu de leur vision médusée.

Go! :-)

Darth_vador_2
Darth_vador_2
Niveau 6
13 septembre 2008 à 20:06:00

Que dire avec un titre aussi alléchant et une narration aussi séduisante ? :coeur:

__________________________________________________

Member of Darth'sArts ©

Negatum_
Negatum_
Niveau 8
27 septembre 2008 à 19:05:16

:up:

J'attend peut-être un ou deux retardataires avant d eposter la suite? J'ai vingt pages d'avance, mais histoire d'être sur :p)

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 27 septembre 2008 à 20:53:22

Tiens, j'avais lu mais oublié de commenter.
Bon bah pour rester constructif, j'ai relu et trouvé ça cool. Dur de refaire un truc sur chaque chapitre ><

Negatum_
Negatum_
Niveau 8
02 octobre 2008 à 16:47:50

Il y avait un homme assis sur un trône qui fusionnait avec un arbre. Un homme aux ailes blanches. Les traits masqué par l'encre, la silhouette se fondant dans la séve, des branches sortaient du trône comme pour le déchiqueter. Au dessus de lui, une pyramide, un oeil. Derriére lui, une gueule monstrueuse, les dents plates, les yeux exorbités, d'un hippopotame enragé. Et de cette gueule surgissait un doigt.
-Monsieur Langdon est demandé à l'accueil, ricana Lucifer.
Raüm se baissa.
-C'est un peu plus évident qu'on le croit. Le trône de bois est la représentation du titre de Dieu. Un ange va récupérer le pouvoir. Et c'est... euh... Popo, le Messie Hippo qui va nous dire de qui il s'agit?
Gabriel sourit.
-L'hippopotame est un animal qui a peu de représentation symbolique. Partant du principe que le doigt représente un humain, il suffit de chercher quel famille l'a pour symbole. Et là, c'est relativement clair...
-Soudiata Keïta. Le fondateur de l'Empire du Mali. La légende raconte qu'à sa mort, son âme se serait envolé, et se serait métamorphosé en hippopotame sous les yeux de ses sujets.
-Et vous voulez retrouver cet hippopotame? Fit Raphaël, abasourdi.
-Ce n'est qu'une légende, continua Gabriel. En revanche, Soundiata a existé: Je l'ai assisté lors de son ascension, et plusieurs de nos agents sont intervenus en faveur de son Empire. Ce que nous devons chercher, ce n'est pas lui: Ce sont ses descendants.
Raüm soupira.
-Moi je veux bien, mais la moitié de l'Afrique, à peu de choses prés, prétend avoir dans son sang quelques gens illustres. Et, bah, la plupart ont raisons, alors...
-Nous avons des dossiers, des registres sur les familles « illustres », fit Michael dans un sourire. Aimer l'ordre, ça a du bon. En l'occurence, des descendants indirects, il y en a à la pelle. Mais sa véritable lignée, avec son épouse légitime, de fils ainé à fils ainé... Là, il n'en reste plus qu'un.
Lucifer rangea la page.
-Coïncidence supplémentaire. J'ajouterai, d'après mes recherches, qu'il est fort possible que Soundiata soit le descendant du roi David. Un seul homme, clairement indiqué dans les registres, facilement trouvables avec quelques extrapolations... Tout colle. Dieu a bien voulu nous passer un message.
-Qui est le descendant? Demanda Raüm.
Gabriel attendit un peu, pour ménager son effet, puis:
-Un gamin camerounais de treize ans. Asamaan Keïta. Né le 8 mai 1995, mouride, ancien talibé, orphelin de pére, famille relativement aisée qui a connu des difficultés financiéres il y a quatre-cinq ans. Son nom signifie « Le Ciel » en wolof. Une coincidence supplémentaire.
Raphaël toussa de façon horrible.
-Vous voulez confier la destinée de l'univers a un gamin de treize ans?
-C'est plus ou moins ça, fit Lucifer en haussant les épaules. En fait, je pense qu'il s'agit plus ou moins d'un médium. Il pourra décrypter la volonté de Dieu. Choisir celui qui le deviendra.
-Je suppose qu'il est inutile de rappeler à quelle point votre... théorie est tirée par les cheveux. Bon sang, vous vous rendez compte que le fil de votre raisonnement est ténue comme une toile d'araignée? Et qu'à la moindre erreur dans toutes ces analyses, vous précipitez le Paradis, l'Enfer, et la Terre, dans l'abîme?
Michael baissa la tête.
-Oui... J'en ai conscience. Si nous échouons, si la personne n'est pas assez forte pour supporter son rôle, alors l'univers s'effondrera sur lui-même.
Sous la table, ses mains s'étranglérent.
-Mais... C'est notre seule option. C'est la seule idée que nous ayons, le seul moyen de nous raccrocher à la réalité. Dieu est mort, Raphaël, et il ne reviendra pas. Ce que nous décidons maintenant, c'est si nous préférons nous éteindre, laisser la Terre aux griffes des humains, ou si nous acceptons de nous battre. Si nous voulons que notre espéce survivre, ou si nous voulons mourir.
Lucifer approuva.
-Les démons marcheront avec les anges. Ensemble, nous sauverons le monde, et nous trouverons qui a lancé cette peste. Et je peux te jurer qu'il le paiera, Raphaël.
Il y eut un petit rire de gêne, à l'autre bout de la table. Les anges se tournérent.
C'était Raüm
-Tout ça, c'est génial, enfin, à peu prés, mais vous évitez une question, je crois. Faudrait pas oublier que... Hé ben, que Dieu est mort, alors qu'il était censé être, euh, immortel, tout ça? Donc que si il est mort... C'est que quelque chose clochait depuis le début, vous trouvez pas?
Il rit, et ça n'avait plus rien avoir avec de la gêne.
-Et si vous ne trouvez pas des réponses, très vite... Alors la Voie des Anges n'aura plus de raison d'être. C'est la fin du Paradis, de l'Enfer. C'est la fin du monde.
-Michael...
C'était Raphaël. Les autres le sentirent hésitant. Le monstre, juché sur son fauteuil, caressa de sa main ses brulures noircies. Puis...
Puis il se tourna vers ceux qui composeront plus tard le Conseil du Firmament, celui du dernier espoir, les cinq qui dirigeront, avec ce Dieu sorti d'un livre d'image, la Terre, le Paradis, l'Enfer: Il y a Michaël, l'Archange du Bien, il y a Lucifer, le Diable, Gabriel, l'Envoyé de Dieu, il y a Raphaël, le Maître des Arts, et il y a Raüm, Prince de la Tristesse, Seigneur du Chagrin.
-Comment s'appelle ce livre, d'où sort cette gravure?
-Il s'appelle la Voix des Hommes.
-Comme un chemin?
-Non. Comme un cri.

:(

Negatum_
Negatum_
Niveau 8
02 octobre 2008 à 23:07:31

Nan, mais en fait, ça appelait pas de réponse.

Maintenant, si le hobb' pouvait passer un coup de balais :)

Epitaph
Epitaph
Niveau 10
03 octobre 2008 à 10:19:44

Je peux^^

Negatum_
Negatum_
Niveau 8
26 octobre 2008 à 14:31:29

:up:

Si ca vous interesse, le manuscrit est terminé. PLus qu'à retravailler l'ensemble :-)

J-Casper80
J-Casper80
Niveau 10
26 octobre 2008 à 15:15:35

:coeur:

Super le texte ! Il est bien orgnaisé, il y a une bonne imagination. C'est très bien je trouve.

J'ai le droit de m'en inspirer ? :rire2:

Negatum_
Negatum_
Niveau 8
27 octobre 2008 à 19:16:23

J'ai le droit de m'en inspirer ?
:d) UN certain Zangestu m'a déja volé mon scénar, alors nan :-) . Mais merci pour le comm'

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
26 décembre 2008 à 20:45:00

Fiction terminée, en cours, combien de page, quel genre, avez-vous l'heure, quoi de neuf docteur?

Negatum_
Negatum_
Niveau 8
28 décembre 2008 à 18:55:31

Fiction on va dire terminée, mais pas sur le forum: Le brouillon est achevé (il doit bien manquer une ou deux scénes pour la cohérence, mais ça peut arriver vite), et si je me remet à poster, la petite dizaine de page d'avance que je posséde devrait largement me suffire pour tout retravailler. En revanche, j'avais arrêter de poster d'une part, parce que j'avais peut-être prévu de modifier quelques trucs au début (simplifier le style, trop ampoulé), d'autre part par manque de lecteur, préférant attendre une nouvelle vague de nouveau pour reposter ça sur un nouveau 'pic. Pour le genre, c'est de la Fantasy Urbaine (a savoir: Un monde magique cohabitant à coté du notre, genre Harry Potter), mélé à de l'Anticipation.
Donc pour l'instant, y a rien à lire, circulez :-)

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