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Seconde Chance

LeCIochard
LeCIochard
Niveau 4
15 mai 2008 à 21:25:50

Re-bonsoir !

Inutile de présenter cette fiction, elle est déjà connue par des vieux fidèles, et pour les autres, je signalerai juste qu'elle remonte à février 2004 : un bref calcul vous révèle que j'allais vers mes 15 ans à l'époque.
J'ai donc décidé de revenir à mes bases - ou presque -, en offrant à cette histoire une refonte, tant au point de vue du style que du contexte. L'histoire reste la même, l'issue restera la même (toujours inconnue des lecteurs donc) : j'ai juste décidé qu'il serait plus sage de donner à Greg et son entourage une autre dimension, plus réaliste, plus étendue, afin de tirer le meilleur du scénario et de ses possibilités.

Voici donc Seconde Chance, seconde version, en vous souhaitant tout le plaisir de lecture que j'essaye de vous donner.

Seconde Chance
¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯¯

« Chacun sait qu’une heure l’attend qui le séparera de tout ce qu’il a vu, et, s’il aime quelque chose, de tout ce qu’il aime : chacun sait que cette heure sera terrible, accompagnée de convulsions, après un dernier effort, succède un silence qui ne doit jamais être interrompu. »
Benjamin Constant

« Le livre de la vie est le livre suprême
Qu’on ne peut ni fermer, ni rouvrir à son choix ;
Le passage attachant ne s’y lit pas deux fois,
Mais le feuillet fatal se tourne de lui-même ;
On voudrait revenir à la page où l’on aime
Et la page où l’on meurt est déjà sous nos doigt. »
Lamartine

Prologue
¯¯¯¯¯¯¯¯

Il était mort.
Il s’était probablement jeté du toit pour s’écraser lourdement, après une dizaine de mètres de chute. L’ultime plongeon, au milieu d’une ruelle étroite, entre les flaques d’eau et les sacs poubelle éventrés...
Son corps ressemblait à celui d’un pantin de bois dont on aurait coupé les cordes, une jambe pouvait être pliée dans le mauvais sens, ou un bras présenter un angle spectaculaire.
Mais le plus étrange était que son corps fondait.
Tout comme ses vêtements, tout comme ses os. Il disparaissait, comme une anomalie que la nature effaçait.
A son poignet – brisé - scintillait le bracelet argenté d’une montre qui semblait trop serrée : autour, les veines étaient gonflées et violacées, presque noires.
Cette montre était le seul vestige qui resterait de son cadavre. Son bras maigrissait, ses épaules s’arquèrent mollement et sa tête s’aplatissait… Comme pour une statue de cire piégée dans un incendie.
Après moins d’une minute, le corps avait disparu.
Le bracelet s’ouvrit en un point d’interrogation se balançant. La montre tenu ainsi en équilibre sur son quadrant, puis se renversa. Sur le petit cercle bleu-azur, les aiguilles glissèrent lentement jusqu’à indiquer minuit, l’heure à laquelle tout se termine et où tout recommence.

1
¯

Il n’avait peut-être jamais vraiment été question d’amour pour Greg Vins, mais quand la chose vous tombait dessus, il était impossible d’y refuser. Surtout lorsque la fille que vous regardiez depuis maintenant deux heures renforçait inconsciemment, par chacun de ses gestes, la fascination que vous éprouviez pour elle.
Il l’avait admirée quand elle était apparue pour la première fois dans la pièce, il avait été envouté quand elle parlait, il aurait même pu pleurer lorsqu’on annonça qu’elle s’était noyée, sans même se débattre, dévorée par le chagrin.
Douce Ophélie.
Quand la représentation fut terminée, un tonnerre d’applaudissements s’éleva. Les vieux murs de l’école vibrèrent. La salle de théâtre n’était en fait que le gymnase, transformé pour l’occasion. Greg se leva pour se joindre à l’euphorie ambiante. Les acteurs – et bien souvent, condisciples – se succédèrent sur scène pour les saluts.
Puis elle revint, douce Ophélie.
Elle s’appelait en fait Dana, elle était dans l’année inférieure. Ses cheveux, blonds, descendaient en ondulant autour de son visage, qui était pâle et rose comme celui d’une poupée. Ses yeux étaient gris-verts et scintillaient.
Oh, il n’était peut-être pas question d’amour, mais en cet instant, Greg se demandait s’il avait déjà autant désiré une femme… Ce n’était probablement pas que sexuel d’ailleurs : il désirait la serrer dans ses bras, être près d’elle, la contempler en écoutant l’enivrante musique de sa voix. Douce Ophélie. Merveilleuse Dana.
Son sourire souleva ses pommettes et réduisit ses yeux à deux étincelants croissants de lune émeraudes. Elle se pencha en une délicate courbette. Ses cheveux glissèrent sur ses épaules. Elle se redressa et replaça de sa main libre une mèche dorée derrière son oreille
Le garçon qui lui tenait la main avait eu le rôle d’Hamlet. Il ne comptait pas parmi les amis de Greg, c’était en effet un garçon assez populaire – une notion qu’il méprisait profondément– et suffisant, du moins pour ce qu’il pouvait en juger. Son sourire était plus une déformation labiale marquant la satisfaction qu’une réaction à la joie. Son regard, sombre, aurait pu vous transpercer. Sa chevelure n’était qu’une jungle de boucles esthétiquement hirsutes et ses joues étaient tapissées d’un chaume de barbe clair, ce qui, pour Greg, s’apparentait plus à quelques poils se montrant avec fierté qu’à une véritable barbe d’homme. Ce n’était peut-être qu’une vision effrayée et dégoutée liée à son caractère, mais il méprisait les garçons voulant se distinguer des autres par ce genre de signe de maturité. Pour Greg, ils ressemblaient aux enfants qui se dessinent une moustache du bout d’un bouchon de liège brulé.
Quand on ne l’appelait pas Hamlet, on le surnommait Bill, de son vrai nom Benjamin. Hamlet alias Benjamin alias Bill était dans la même classe que Greg Il était perpétuellement entouré d’une bande de singes hou-houtant sans fin des blagues et des injures à l’encontre de ceux qui ne faisaient pas partie du groupe, notamment Greg.
Greg n’avait pas vraiment de passe-temps particulier, du moins, pas de passe temps qui puissent vraiment lui attirer l’attention des autres. Ajoutez à ça le bouleversement qu’est l’adolescence et la confiance en soi qui s’écroule face à la méchanceté dont peuvent faire preuve les autre ados, et vous pourriez affirmer que Greg est un garçon lunatique sans talent ni intérêt.
La situation de Greg, comme pour tellement d’autres, ressemblait au tragique naufrage du grand navire de l’Enfance, qui s’enfonçait lentement dans une profonde mer d’incertitude. Une mer dans laquelle Greg se noyait, tandis que son corps servait de radeau au reste de l’équipage. Ce n’était peut-être qu’une vision égocentrique des choses, mais quand on se retrouve seul à l’adolescence, on ne partage son expérience qu’avec personne d’autre que soi-même. Et lorsqu’on cherche à trouver du réconfort, des repères, les gens ne semblent que vous renvoyer un reflet abject et ridicule de vous-même.
Vous vous en rendrez vite compte : Greg est un être assez ambigu et même paradoxal, il le sait lui-même et, parfois, s’en réjouis : il pense qu’il n’y à rien de mieux pour ne pas finir idiot que d’être inachevé, une sorte de sculpture de plâtre encore fraîche, que la vie prendra le temps de modeler. Parce qu’une fois que vous êtes sec, que la matière a pris, vous vous retrouvez comme prisonnier de vos propres actes, de vos propres paroles, vous n’avez plus la chance de pouvoir changer de direction : vous êtes condamné à regarder le monde mourir, sous le même angle, jusqu’à la fin de vos jours.
Tout ça pour dire que Greg se sentait spectateur dans un musée de cire, aux œuvres éternellement figées, entre lesquelles il essayait de se glisser, inaperçu. Ce qui n’était peut-être que du nombrilisme morbide de sa part…
La salle se vidait lentement, dans l’organisation typique des établissements scolaires. Quand les bousculades avaient fini par mener Greg à l’air frais, il s’éloigna des portes à grands pas. La journée était terminée, et il savait qu’au soir, il l’enterrerait sous le nom de Dana.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
15 mai 2008 à 21:28:02

C'est avec joie que je vois ce topic...mais aussi avec appréhension : comptes-tu terminer cette fois, ou du moins aller plus loin que la dernière fois? (parce que s'engager à terminer c'est stupide, je l'ai fait plusieurs fois et j'ai jamais terminé de fiction! :rire: )

En tout cas, dès que tu auras posté genre trois chapitres, tu pourras me compter comme lecteur parce que j'aimais beaucoup à l'époque, et je crois que c'était pas mal glauque comme principe, donc ça devrait toujours me plaire. :-d

LeCIochard
LeCIochard
Niveau 4
15 mai 2008 à 21:32:27

Je termine toujours mes projets, tant que je ne suis pas mort, personne ne peut affirmer le contraire :oui:

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
15 mai 2008 à 21:55:43

Tu l'avais pas fini. :nah: (ou alors t'as jamais posté)

Bref, sinon j'ai oublié d'le dire (ça doit être ma nature de connard qui ressort), mais re-bienvenue à toi, et ch'uis très content d'te revoir.
Surtout que t'as l'air d'être dans une boulimie de lecture, ça fera pas d'mal au forum. :p)

LeCIochard
LeCIochard
Niveau 4
15 mai 2008 à 22:04:32

J'me suis pas tellement absenté depuis "Demon Nomed" (Petit précision pour quiconque voudrait me pendre : cette fic est terminée et sacrément aboutie dans ma tête, mais je dois vraiment être plongé dans un drôle d'état d'esprit que pour la pondre, patience...).

Merci, ça fait plaisir de voir des anciens toujours présents.

SkySoft
SkySoft
Niveau 10
16 mai 2008 à 10:40:25

Il était dans la version originale ce passage? M'en souviens pas... =/

Donc du coup, ça pose les bases de la base là!^^ Mais c'est néanmoins vraiment agréable à lire. J'ai hâte de pouvoir me replonger dans cette fic' mon Breezounet! =)

Hyper_Taupe
Hyper_Taupe
Niveau 7
16 mai 2008 à 10:53:42

Le style est agréable, même si à mon goût les descriptions font bien trop dans la métaphore.

J'ai surtout particulièrement aimé le début. Ophélie et la noyade, on y croit et on est agréablement surpris quand on voit que ce n'est qu'une pièce de théâtre.

Je n'ai pas lu la fiction originale mais j'ai toujours peur, quand je vois un récit mettant en scène un adolescent, que l'auteur ne finisse irrémédiablement par parler de lui-même dans une thérapie de groupe tout sauf fictive. J'attends donc la suite de pied ferme. :)

LeCIochard
LeCIochard
Niveau 4
16 mai 2008 à 10:57:57

"Je n'ai pas lu la fiction originale mais j'ai toujours peur, quand je vois un récit mettant en scène un adolescent, que l'auteur ne finisse irrémédiablement par parler de lui-même dans une thérapie de groupe tout sauf fictive. J'attends donc la suite de pied ferme"

Bien vu ! La fiction originale mettait en effet en scène un personnage bien plus éloigné et bien moins palpable, mais faut quand même que je précise une chose : c'est une fiction à classer dans "horreur/mystère", mais je préfère ne pas en dire plus aux nouveaux. L'exposition des personnages sera plus longue dans cette version, je tiens à faire moins dans le spectacle, mais plus dans le sensible, histoire de tirer le meilleur des deux.

Sunshadow
Sunshadow
Niveau 7
16 mai 2008 à 18:54:29

Sans avoir lu la version précédente, j'ai apprécié celle-là.

Y'a cependant le cliché de l'adolescent paumé, qui se fait insulté par la bande d'abruti mené par un beau gosse que le héros peut absolument pas se voir, qui est pas trop original mais vu le prologue ça risque d'être plus que ça.

Je lirai :)

LeCIochard
LeCIochard
Niveau 4
16 mai 2008 à 19:05:49

Pas trop original, mais le cliché existe, et ce n'est pas la beauté qui le crée, je ne crois pas avoir décrit Greg comme quelqu'un de laid physiquement au passage.

Elfindel
Elfindel
Niveau 10
16 mai 2008 à 22:41:31

Je n'ai pas non plus lu la précédente version, mais le début de celle-ci me semble très accrocheur, j'ai beaucoup aimé. Certes, des personnages peut-être peu originaux pour l'instant, mais rien ni de trop cliché ni de trop dérangeant, j'ai trouvé. Et ton style est très agréable, ça se lit tout seul, sans être non plus trop simple.

Quelques coquilles en vrac:

"La montre tenu ainsi en équilibre sur son quadrant, puis se renversa." -> tint

"Son sourire souleva ses pommettes et réduisit ses yeux à deux étincelants croissants de lune émeraudes." -> émeraude, les adjectifs de couleur qui désignent des objets etc. restent invariables

"la méchanceté dont peuvent faire preuve les autre ados" -> autres

"il le sait lui-même et, parfois, s’en réjouis" -> réjouit

Voilà voilà, je lirai la suite :-)

LeCIochard
LeCIochard
Niveau 4
16 mai 2008 à 22:44:01

Merci énormément beaucoup tout plein.

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