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L'Elue

paellota
paellota
Niveau 10
30 avril 2008 à 20:49:40

Hello, c'est la première fois que je poste une histoire ici. Il s'agit d'un roman fantastique, que j'espère attrayant, dans la veine des Harry Potter. Je ne cite pas Harry Potter parce que l'histoire ressemble, mais parce que je pense (j'espère) que l'histoire pourra intéresser toutes les catégories d'âge.

Voilà, enjoy it, et j'attends vos commentaires avec impatience.

P.S. Le titre est provisoire, mais je n'ai rien trouvé de mieux !

Chapitre 1

Les vacances d’été avaient enfin commencé. L’aube déjà brûlante qui se levait semblait annoncer une journée somnolente et paresseuse. Genève, habituellement si stressante pour ses habitants avait même ralenti sous la chaleur étouffante qui accablait cette fin de mois de juin. Une jeune fille d’une douzaine d’années semblait pourtant se moquer du soleil et de l’heure excessivement matinale.
Au lieu de dormir après une année scolaire éprouvante, Sophie bondit hors de son lit à 7 heures du matin. Elle enfila ses patins à roulettes, ce qui, chaque jour, constituait sa première action, descendit les escaliers de sa petite maison du quartier des Grottes et rejoignit sa mère dans la cuisine pour prendre le petit-déjeuner.
Elles échangèrent quelques mots entre deux bouchées, puis la mère partit en hâte de peur d’arriver en retard à son travail. Restée ainsi seule, Sophie rangea la cuisine à toute allure et sortit de la maison. Elle en traversa le petit jardin, et s’élança avec un maximum de vitesse dans la descente qui menait à la gare Cornavin. Alors qu’elle dévalait la pente, elle dut exécuter un dérapage magistral pour éviter un groupe de jeunes hommes qui arrivait en face d’elle. N’appréciant apparemment pas d’être bousculés dans leur raideur matinale, ils lui crièrent quelques menaces qu’elle n’eut pas vraiment le temps d’écouter, toute pressée qu’elle était d’arriver à son but.
Une fois à la gare, elle monta discrètement à l’arrière d’un bus de peur que le chauffeur ne remarque ce qu’elle avait à ses pieds. Il faut préciser que, même si Sophie portait des patins comme d’autres portent des chaussures, elle trouvait les montées fatigantes et, par conséquent, les évitait autant que possible, préférant prendre les transports en commun. Le bus démarra, elle s’installa et tenta d’oublier quelques instants son état d’extrême empressement. Néanmoins, les événements qui avaient jalonné ces dernières semaines ne cessaient de lui revenir à l’esprit, titillant son impatience. Elle brûlait de revoir son nouvel ami.
Le bus continuait lentement son chemin. Déjà les immeubles se faisaient plus rares et apparaissaient les premières villas cossues. Puis, quelques espaces encore sauvage se laissèrent entrevoir. Enfin, elle descendit à un petit arrêt perdu sur une longue route sans voitures. Elle roula encore un moment en direction d’un chétif bois de chênes et le traversa. Derrière ces quelques arbres se situait une minuscule maison de pierre toute défraichie, invisible pour le visiteur non averti. Arrivée devant la porte, elle sentit une légère poussée d’adrénaline à l’idée de ce qui allait suivre.
Elle frappa.
Quelques instants passèrent. Elle entendit le bruit caractéristique que produisait la démarche lente et irrégulière de son ami. L’excitation atteignit son paroxysme quand elle vit la poignée tourner. Puis, finalement, apparut une étrange silhouette qui ne devait pas mesurer plus d’un mètre quarante.
« Bonjour Sophie », dit un vieillard ratatiné d’une voix tremblotante.
« Bonjour Monsieur Dumont », répondit-elle sur un ton qui dénotait le respect.
« Entre, entre. »
Un grand sourire illuminait le visage du vieux Dumont.
Elle entra. Le plafond était tout juste assez haut pour sa taille. Elle s’assit sur un tabouret probablement plusieurs fois centenaire.
« Veux-tu une tasse de mon infusion spéciale, j’en ai préparé tout spécialement pour toi. »
« Volontiers », dit-elle un peu intimidée par cet accueil chaleureux de la part de quelqu’un qu’elle connaissait depuis si peu de temps.
Il saisit une théière et en versa le contenu dans un gobelet de terre cuite. La lenteur de ses gestes contrastait avec leur fermeté et leur précision. Bien que la théière parût presque plus grande que celui qui la portait, le vieux Dumont n’en paraissait pas affecté et la maniait avec l’aisance d’un jeune homme.
« Bois », dit- il à Sophie qui n’osait pas commencer toute seule.
Elle plongea timidement son nez dans le gobelet et prit une gorgée. Puis, une fois le liquide dans sa bouche, elle retint avec difficulté son envie de tout recracher. Un haut-le-corps trahit son dégoût et le vieillard la regarda d’un air étonné.
« Tu n’aimes pas ? »
« Si, si… C’est juste un peu chaud », répondit-elle en tentant de faire bonne figure.
« Ah, j’ai cru pendant un instant que tu n’aimais pas mon mélange spécial feuilles de chêne-terre de la forêt-racines de chêne. »
« Au contraire, c’est très bon, très… forestier », mentit-elle avec un sourire un peu gêné.
Pour rendre plus crédibles ses paroles elle reprit une large et dégoûtante gorgée.
« As-tu réussi ton année finalement ? »
Ce changement de sujet était tout à fait bien venu pour Sophie qui pouvait ainsi arrêter discrètement de boire l’horrible infusion.
« J’ai eu un peu de chance… Je pense que le prof de maths m’aime bien. »
« C’est bien, c’est bien… »
« J’avais besoin d’un bon résultat au dernier test et j’ai juste obtenu la note nécessaire. »
« L’essentiel est de réussir », dit-il avec un sourire bienveillant.
Bien qu’elle ne le connût pas encore très bien, Sophie appréciait chez lui le fait qu’il ne passe pas son temps à donner des conseils et à la juger comme la plupart des adultes. Elle était une fervente partisane de la loi du moindre effort et, pour une fois, quelqu’un de plus de trente ans semblait ne pas s’en préoccuper. Son année était réussie, peu importait la manière.
La discussion se poursuivit encore un petit moment sur le sujet de l’école. Dumont paraissait étrangement soucieux du bien-être de Sophie. Il voulait des anecdotes sur ses camarades, ses professeurs, ses jeux… Il l’écoutait avec un air amusé, presque paternel. Puis il lui dit, avec un sérieux qui inquiéta quelque peu la jeune fille : « Profite de ta jeunesse, elle passera plus vite que tu ne le penses ».
Elle eut l’impression qu’il y avait dans son ton une intensité qui trahissait une inquiétude supérieure à ce qu’il voulait bien montrer par ses paroles. Mais le sourire bienveillant du vieillard avait rapidement repris le dessus et, sentant monter l'impatience de Sophie, il lui dit :
"Je sens que tu veux que nous commencions."
Elle fit une moue qui laissait transparaître une certaine avidité.
"Bien, alors mets-toi en tenue."
Elle attendait ce moment depuis plusieurs semaines. Elle courut se changer dans l'autre pièce de la minuscule maison. Elle passa une tenue qui consistait en une sorte de longue tunique de lin usée sans ceinture qu'elle passait par-dessus un leggings et un t-shirt de sport. Ses pieds restaient nus. Une fois changée, elle retourna vers Dumont qui ouvrit une petite trappe dans le sol de la maison. Il s'engagea sur une échelle. La jeune fille le suivit. Une fois en bas, elle retrouva la grande cave qui l'avait tant surprise la première et unique fois qu'elle y était rentrée. Il s'agissait d'une immense salle d'au moins vingt mètres sur vingt dont on n'aurait jamais pu imaginer qu'elle se situait sous une aussi petite cabane. Le sol était de terre battue et il n’y avait aucun objet mis à part deux boîtes en acajou à chacune de ses extrémités et deux grands bâtons.
« As-tu bien fait les exercices que je t’ai demandé de faire tous les jours ? »
« Oui »
Effectivement, pour la première fois de sa vie peut-être, Sophie avait suivi un programme contraignant avec assiduité. Il s’agissait d’exercices sportifs accompagnés de séances de méditation qu’elle devait réaliser quotidiennement, seule, chez elle.
Le vieillard saisit l’un des deux lourds bâtons.
« Bien. Pour cette deuxième séance d’entraînement nous allons commencer par le même exercice que lors de la première, mais je vais aller plus vite. Mets ce bandeau. »
Il lui lança un foulard noir qu’elle noua autour de ses yeux.
« Es-tu prête ? », lui lança-t-il.
« Je crois. »
A peine avait-elle prononcé ces mots qu’il abattait son bâton à toute volée sur Sophie qui eut tout juste le temps d’esquiver en plongeant sur le côté. Une série de coups s’en suivit. Le vieux les distribuait avec précision et rapidité. L’âge ne semblait plus avoir de prise sur lui. Il avait soudain perdu une cinquantaine d’années. Ses tentatives de toucher Sophie échouaient mais l’impression de maîtrise qui se dégageait de ses gestes était telle qu’on devinait sans peine que c’était volontaire. Il faisait penser à un chat qui joue avec une souris avant de lui porter le coup fatal.
Mais, phénomène encore bien plus étonnant, Sophie esquivait le bâton malgré ses yeux bandés. Elle bondissait de toutes parts, se contorsionnait et roulait par terre comme si elle avait pu le voir normalement.
Peu à peu, les coups se multiplièrent et le vieux Saurien paraissait chaque fois plus proche de la toucher…
Pardon ?
Avais-je oublié de le mentionner ?
Dumont n’était pas un être humain. C’était un Saurien, sorte de lézard bipède à longue queue doué de parole.

Da-Big-Choco
Da-Big-Choco
Niveau 9
01 mai 2008 à 10:41:51

Lu.
Et j'ai plutot apprécié :)
Quelques petites remarques quand même. Pour les chiffres c'est toujours mieux d'écrire en lettre... Exeption des dates. Donc "7heure du matin" devient "sept heure du matin" :)
Enfin, ya rien d'obligatoire! C'est juste que les chiffres ont les écrits quand c'est nécessaire seulement^^
Niveau Ortho j'ai rien vu d'accablant, et de toute facon fallait vraiment que ce la soit pour que je le fasse remarquer :o))
J'dirais que certaines phrases gagnerait p-e à être un rien étoffée. Quoi que si tu me demande un exemple, je me retrouve bien con^^ D'ailleurs je me demande si c'est pas ce style assez léger qui donne du charme au texte :) So, à toi d'voir^^

Sur le fond, j'ai pas grand chose à dire pour l'instant, appart que l'histoire est plutot prenante, on suit la jeune fille facilement, et le vieux Dumont es assez bien "introduit", du moins je trouve :)
Bon comme je suis qu'un boulet j'ai pas put m'empecher de lire la dernière phrase avant de commencer le texte... (Oui oui je sais...) Donc l'effet de surprise, on passera :p) (Ce qui est uniquement de ma faute hein^^)

So que dire de plus? Euh déja que je compte sur une suite :) Non ce début est plutot prometteur, simple, efficace, sans fioriture, moi j'attend la suite :ok:

paellota
paellota
Niveau 10
01 mai 2008 à 10:59:18

Ben bravo pour la dernière phrase... mdr

Pourrais-tu me donner quelques exemples de phrases que tu trouves pas terribles ?

Et merci d'avoir lu.

paellota
paellota
Niveau 10
01 mai 2008 à 11:06:34

oups, pardon, je viens de relire ton post et je viens de voir que tu peux pas donner d'exemple.

c'est vrai que j'essaye d'écrire dans un style léger et facile à lire. Je pense que ça convient mieux pour ce type de texte.

Da-Big-Choco
Da-Big-Choco
Niveau 9
01 mai 2008 à 11:39:33

Hum, je vais quand même essayer.
Déja j'ai pas dis que tes phrases n'étaient pas terrible, j'ai dis qu'elle pourrait p-e gagner en étant un rien plus étoffée^^ Crois moi ya une sacrée différence, et à ton avantage :p)

Par exemple, je trouve que certaine phrase sont parfaite, ni trop lourden, ni trop légère, et à coté, certaines pourrait se voir rajoutée quelque mot, quelque adjectif, mais ca ne reste qu'un avis purement subjectif... Cette phrase est pour moi nickel:

"Elle eut l’impression qu’il y avait dans son ton une intensité qui trahissait une inquiétude supérieure à ce qu’il voulait bien montrer par ses paroles. Mais le sourire bienveillant du vieillard avait rapidement repris le dessus et, sentant monter l'impatience de Sophie, il lui dit : "

J'aime bien, c'est fluide, c'est pour moi un exemple de phrase simple mais bien pensée :) Allais, pour faire mon chieur, je dirais que p-e ici le nom de Sophie pourrait être éclipsé, et donné donc "l'impatience de la jeune fille" ou "l'impatience de la fillette". C'est encore un conseil ca, quand tu peux "faire sauter" les nom, fais le :) Non seulement ca rend la lecture plus agréable, et en plus le lecteur peut reconnaitre un personage rien que par ses différentes apellations :)

Mnt une phrase qui pour moi pourrait être étoffée sans gacher ton style épuré, qui je trouve aussi convient bien à ce genre de récit:

"La discussion se poursuivit encore un petit moment sur le sujet de l’école. Dumont paraissait étrangement soucieux du bien-être de Sophie. Il voulait des anecdotes sur ses camarades, ses professeurs, ses jeux… Il l’écoutait avec un air amusé, presque paternel. Puis il lui dit, avec un sérieux qui inquiéta quelque peu la jeune fille : « Profite de ta jeunesse, elle passera plus vite que tu ne le penses ». "

Pour moi la ca pourrait être mieux amenné. La phrase du vieil homme doit forcément avoir un impact future sur les actions de la jeune fille. Ou en tout cas elle en a eu sur sa propre vie. Ici j'ai l'impression que l'avertissement du vieux tombe un peu comme un cheveux dans la soupe... Cela dit, c'est beaucoup plus facile de dire "ca, tu pourrais le retravailler" que de te dire exactement comment^^

Mais j'ai dis, ton syle convient bien au récit, et pour moi le plus important c'est que ma lecture sois fluide, que je ne m'arrete pas pour une phrase qui me donne du mal, tout ca. C'est plutot réussis :o))

PS: Oui oui, je sais, il serait grand temps que j'arette de lire systématiquement les dernières phrases... Mais en même temps qu'est ce que vous avez tous à foutre votre chute toujours à la DERNIERE ligne ? :p) (Comment ca c'est logique? ... ^^)

paellota
paellota
Niveau 10
01 mai 2008 à 12:57:20

ok, merci

paellota
paellota
Niveau 10
03 mai 2008 à 18:16:44

Y aurait-il d'autres bonnes âmes pour lire mon texte?

J'ai écrit une suite, mais vu l'engouement que suscite le premier chapitre, je suis pas sûr que ça vaille la peine de la poster...

Da-Big-Choco
Da-Big-Choco
Niveau 9
03 mai 2008 à 19:09:15

J'sais pas si les autres seront d'accord avec moi, mais un lecteur si vite, c'est (malheureusement...) pas donné à tout l'monde ici :p)
Je serais toi je posterais ma suite, et continuerais d'écrire :) Mais au final fais comme bon te semble, en tout cas s'tu poste je lirais, et si tu poste pas, je lirais pas :o))
Oui je suis très con je sais :o))

Zangetsu05
Zangetsu05
Niveau 10
03 mai 2008 à 22:13:45

J'ai une petite question piège pour toi, paellota : est-ce que tu as commenté ne serait-ce qu'un texte sur ce forum ?

...

Tu comprends, maintenant ? Si tout le monde fait comme toi, la situation de ce forum est explicable.

Sinon, je lirai ton texte ce soir et je posterai mon commentaire.

paellota
paellota
Niveau 10
03 mai 2008 à 22:19:06

ça se défend.

je vais donc aller voir quelques textes

Zangetsu05
Zangetsu05
Niveau 10
04 mai 2008 à 12:44:04

Lu.
J'ai aimé. C'est assez bien écrit, plutôt fluide et sans fautes apparentes. Par contre, je trouve ça un peu trop enfantin à mon goût, mais si tu veux taper dans toutes les catégories d'âges, tu es un peu obligée de passer par là.
Sinon, l'effet de surprise est bien trouvé, même si, en lisant le post de Da-Big-Choco, j'ai pas pu m'empêcher de commencer par ça^^
Aussi :
"Avais-je oublié de le mentionner ?"
Ca m'a un peu déstabilisé, le fait de faire parler le narrateur, vu que ça n'apparaît qu'à la fin de ton texte. A moins que ce soit du simple discours indirect libre...

Enfin bon, un avis positif, je suis donc là pour la suite :-)

paellota
paellota
Niveau 10
04 mai 2008 à 17:18:11

Oui, le style enfantin est volontaire. Mais j'espère que ça ne l'est quand même pas trop.

A la fin, c'est le narrateur qui parle effectivement.

merci d'avoir lu. La suite arrivera dans le courant de la semaine

paellota
paellota
Niveau 10
06 mai 2008 à 22:07:18

Voici la première partie du deuxième chapitre... Il y a des chances pour que vous les trouviez moins intéressant parce que j'y décris le caractère de l'héroine.

Et je remercie encore mes deux courageux lecteurs.

Chapitre 2

3 mois plus tôt

En cette fin de mois de mars pluvieuse, une jeune fille regardait par la fenêtre de sa classe. Alors que le prof de français dispensait une passionnante leçon sur le complément d’objet direct, elle s’endormait irrémédiablement. Ses notes n’étaient pas bonnes et elle savait qu’elle aurait du mal à réussir son année. Malgré cela, elle ne pouvait se résoudre à étudier les subtilités de la grammaire. Elle s’ennuyait à mourir. Ses paupières tombaient lentement...
BOUM.
Enorme bruit. Elle sursauta.
Le professeur avait donné un grand coup de poing sur sa table. Toute la classe éclata de rire.
« Mademoiselle Sophie, considérez-vous que mon cours ne vous concerne pas ? », hurla le professeur.
Elle ne répondit pas, comprenant que sa situation allait empirer quoi qu’elle dise.
« Bien sûr, mademoiselle Sophie peut se le permettre étant donné ses excellents résultats. »
Pendant ce temps, les autres élèves se délectaient de son malheur.
« Mais vous êtes sans doute trop intelligente pour rester avec nous… »
Elle connaissait la suite. Il lui dirait que, puisque tel était le cas, elle n’aurait qu’à prendre une carte de renvoi et à aller dans le bureau du doyen, puis le doyen lui donnerait une retenue du mercredi.
Mais cette fois, la version du professeur changea légèrement. Il utilisa une variation sur le thème de son avenir.
« J’ai entendu dire que vous vouliez devenir écrivain, n’est-ce pas ? »
Elle sentait bien qu’il n’y avait pas de bonne réponse à cette question mais osa tout de même un « oui » timide.
Il eut un petit rire mauvais. Elle rougit. Elle aurait tout donné pour qu’on lui épargne cette déplaisante situation.
« Je vais vous dire jeune fille : malgré quelques qualités, vous n’arriverez à rien. Vous êtes bien trop paresseuse et vous voulez toujours tout faire à votre manière sans écouter ce que vous disent vos professeurs. Et, pire que tout, vous ne savez pas obéir. Ceci vous empêchera d’obtenir quoi que ce soit dans la vie. »
Elle n’y tenait plus, il fallait qu’elle réponde.
« Beaucoup de génies n’ont jamais suivi les règles. »
Le visage de son tortionnaire prit un teint violacé très inquiétant.
« Et qu’avez-vous fait de si génial jusqu’à maintenant ? Rien. Et vous ne ferez jamais rien », explosa-t-il.
Même les autres élèves avaient cessé de ricaner bêtement tant ce dernier éclat de voix leur avait fait peur. Folle de rage et loin de se laisser impressionner, Sophie pensa que, tant qu’à être renvoyée, elle préférait le mériter.
« Rien peut-être pour l’instant, mais je ne finirai pas prof de français dans un Collège. », cria-t-elle.
Sur ce, elle ne prit même pas la peine d’écouter ce qui suivait. Elle se dirigea spontanément dans le bureau du doyen pour y recevoir sa punition.
De retour chez elle au terme de cette après-midi mouvementée, elle se retrouva seule à la maison. Elle savait qu’elle devrait expliquer ce qui s’était passé à sa mère une fois celle-ci rentrée. Heureusement, ce ne serait pas pour tout de suite, car elle n’arriverait généralement pas avant huit heures du soir. En effet, elle travaillait dans une boutique de vêtements féminins et elle en sortait toujours très tard. Trop tard. Elle revenait constamment épuisée par les exigences extravagantes de ses riches clientes ainsi que par les ordres humiliants de sa hiérarchie. L’attention qu’elle accordait à sa fille s’en ressentait fortement. Elle ne pouvait pas exercer toute son autorité de mère et se voyait souvent obligée de la laisser n’en faire qu’à sa tête.
Sophie décida qu’en attendant l’inévitable sermon accompagné de pleurs et de cris, elle irait faire un tour en patins pour se changer les idées. Elle se dirigea vers le parc Beaulieu qui ne se situait pas loin de sa maison et qui avait l’avantage de présenter de nombreuses pentes sur lesquelles elle risquait de se briser les os. Elle pratiquait souvent la descente quand voulait se retrouver seule avec elle-même. Cela lui permettait d’évacuer le stress tout en laissant libre cours à sa mélancolie qui avait régulièrement besoin de trouver une échappatoire, tant sa vie lui semblait compliquée et solitaire. Elle souffrait d’être en permanence la cible de ses professeurs et de ses camarades. Ces derniers lui semblaient, dans leur majorité, lâches et affreusement conformistes. Ils se moquaient d’elle parce qu’elle n’était jamais au courant des émissions de télévision ou ne portait pas une tenue vestimentaire à la mode (en fait, elle préférait les vêtements pour garçons). Elle était constamment exclue des petites bandes que formaient les élèves de sa classe. De plus, son avis concordait rarement avec le leur. A douze ans, elle était déjà capable d’avoir des opinions nuancées, des opinions que les grandes personnes ne lui avaient pas dictées. Elle réfléchissait beaucoup, se posait des questions profondes, à mille lieues des préoccupations des gens de son âge. Eux passaient la plupart de leur temps à tenter de convaincre leurs parents de leur offrir des chaussures dernier cri, tandis qu’elle occupait ses loisirs à écrire des histoires fantastiques et à faire du sport. Aussi, son caractère bien trempé et indépendant la rendait vulnérable aux moqueries. Car on sait bien que les groupes de voyous cherchent toujours des personnes différentes d’eux pour les persécuter et se sentir unies. Néanmoins, elle ne se laissait pas faire et ils y réfléchissaient toujours à deux fois avant de venir l’embêter. Sa vigueur peu commune pour une fille faisait d’elle un adversaire redoutable dont les garçons les moins forts devaient se méfier et dont les filles ne tentaient même pas de s’approcher. Elle se retrouvait souvent au milieu de problèmes qu’elle n’avait pas provoqués et s’était ainsi construit une solide mais imméritée réputation de bagarreuse.
Une fois, elle avait même osé répondre aux provocations du grand Daniel, le garçon le plus fort de l’école, et sans doute aussi le plus beau. Elle se demandait d’ailleurs comment un cerveau si ramolli pouvait se cacher dans une enveloppe aussi avantageuse. Quoi qu’il en soit, il l’avait approchée durant la récréation avec son petit sourire malfaisant qui ne présageait généralement rien de bon pour celui ou celle à qui il était adressé. Sentant venir les ennuis, elle avait tenté de s’éloigner imperceptiblement, mais Daniel semblait malheureusement très déterminé à lui causer des problèmes. Il s’était soudain jeté sur elle et lui avait arraché un paquet de bonbons des mains dans l’espoir qu’elle le supplie de le rendre ou même qu’elle tente de se battre. Trop intelligente pour l’attaquer de front, elle avait fait semblant de ne pas lui accorder d’importance et avait passé son chemin, ce qui avait énormément déçu le mauvais garçon. Seulement, dès qu’il s’était retourné, elle s’était ruée sur lui, le faisant tomber, puis l’avait mordu et roué de coups juste avant qu’un prof ne vienne les séparer. Elle était sortie gagnante de cette bagarre mais, quelques jours plus tard, il l’avait attrapée à la sortie des cours et elle n’avait pas pu échapper à une sévère correction assortie d’un œil au beurre noir. Ouïe !

Da-Big-Choco
Da-Big-Choco
Niveau 9
14 mai 2008 à 15:25:11

Lu.
C'est effectivement un peu moins prenant, mais sinon dans l'ensemble ca reste correct :) Ce qui gene c'est p-e un décallage trop fort entre la première partie du récit et la deuxième. Tu devrais p-e adoucir le passage "histoire/flash-back" en somme :)

paellota
paellota
Niveau 10
17 mai 2008 à 20:14:32

Merci mon courageux lecteur :merci:

C'est vrai que c'est moins prenant, mais cette histoire est sensée devenir un vrai roman (qui déchaîne les passions apparemment) et je dois construire tranquillement mon histoire, quitte à passer par des moments un peu moins passionnants. A part ça je relis souvent ce que j'écris et cette partie a déjà considérablement évolué dans la version actuelle. Je vais d'ailleurs tout reposter pour que tu (vu que tu es bien seul à me lire) aies une vue plus complète de mon histoire. Avec la suite évidemment.

Enjoy it.

iron66
iron66
Niveau 6
17 mai 2008 à 22:07:21

mais non Da big choco n'est pas ton seul lecteur !! Sur ce forum il faut juste etre (très) patient ! mais comme l'a dit Zangetsu commence pat commenter les autres et ca reviendra ! ^^
Sinon pour ton roman, c'est bien écrit, le style est fluide et correct meme si personnellement je préfère les phrases plus construites (n'y voit pas un reproche, un simple vai personnel) mais pour toucher le plus grand nombre c'est normal. Pas de fautes d'orthographe flagrantes.
Pour le commentaire du narateur, ca peut etre pas mal si c'est effectivement un personnage qui raconte, sinon je trouve que ca casse un peu le rythme, peut etre aurai tu pu inclure la chute sans faire parler le narateur...
Sinon le titre va avoir besoin d'un serieu remaniement ^^ :) mais c'est normal, c'est pas facile de trouver un titre et on dit souvent que ca porte malheur de trouver un titre avant de finir son oeuvre... ("on dit souvent", en fait c'est moi qui le dit mai bon...)
Bon courage et : la suite !!

paellota
paellota
Niveau 10
18 mai 2008 à 17:18:02

Chapitre 1

Les vacances d’été avaient enfin commencé. L’aube déjà brûlante qui se levait semblait annoncer une journée somnolente et paresseuse. Genève, habituellement si stressante pour ses habitants avait même ralenti sous la chaleur étouffante qui accablait cette fin de mois de juin. Une jeune fille d’une douzaine d’années semblait pourtant se moquer du soleil et de l’heure excessivement matinale.
Au lieu de dormir après une année scolaire éprouvante, Sophie bondit hors de son lit à sept heures du matin. Elle enfila ses patins à roulettes, ce qui, chaque jour, constituait sa première action et rejoignit sa mère dans la cuisine pour prendre le petit-déjeuner.
Elles échangèrent quelques mots entre deux bouchées, puis la mère partit en hâte, de peur d’arriver en retard à son travail. Restée ainsi seule, Sophie rangea la cuisine à toute allure et sortit de la maison. Elle en traversa le petit jardin, et s’élança avec un maximum de vitesse dans la descente qui menait à la gare Cornavin. Alors qu’elle dévalait la pente, elle dut exécuter un dérapage magistral pour éviter un groupe de jeunes hommes qui arrivait en face d’elle. N’appréciant apparemment pas d’être bousculés dans leur raideur matinale, ils lui crièrent quelques menaces qu’elle n’eut pas vraiment le temps d’écouter, toute pressée qu’elle était d’arriver à son but. Son talent pour le patin et pour le sport en général contrastait avec son apparence plutôt menue. Petite et mince pour ses douze ans, elle n’en possédait pas moins un corps un corps musculeux et énergique que lui avait conféré la pratique sportive. On la sentait tendue comme un arc, toujours sur le qui-vive. De magnifiques cheveux noirs bouclés constituaient le seul élément réellement féminin dans son apparence physique. Elle s’appliquait soigneusement à cacher le reste, tant elle ne voulait pas ressembler à de nombreuses filles de son âge qui se maquillaient déjà et qu’elle trouvait parfaitement « nunuches ». Ses habits plutôt larges venaient pratiquement tous de boutiques masculines et elle ne mettait de robe à aucun prix. Néanmoins, ses yeux foncés hérités d’un père espagnol associés à un visage rond et harmonieux, laissaient présager qu’elle ne pourrait pas cacher éternellement sa féminité et que, tout ou tard, les garçons se rendraient compte qu’elle n’était pas l’un des leurs. Mais, pour l’instant, elle ressemblait encore à une enfant et les gens la qualifiaient de « garçon manqué », ce qui ne la dérangeait pas le moins du monde.
Une fois à la gare, elle monta discrètement à l’arrière d’un bus de peur que le chauffeur ne remarque ce qu’elle avait à ses pieds. Il faut préciser que, même si la fillette portait des patins comme d’autres portent des chaussures, elle trouvait les montées fatigantes et, par conséquent, les évitait autant que possible, préférant prendre les transports en commun. Le bus démarra, elle s’installa et tenta d’oublier quelques instants son état d’extrême empressement. Néanmoins, les événements de ces dernières semaines ne cessaient de lui revenir à l’esprit, titillant son impatience. Elle brûlait de revoir son nouvel ami.
Le bus continuait lentement son chemin. Déjà les immeubles se faisaient plus rares et apparaissaient les premières villas cossues. Puis, quelques espaces encore sauvage se laissèrent entrevoir. Enfin, elle descendit au terminus, un petit arrêt de campagne perdu sur une longue route sans voitures. Elle roula encore un moment en direction d’un chétif bois de chênes qu’elle traversa. Derrière ces quelques arbres se trouvait une minuscule maison de pierre toute défraichie, invisible pour le visiteur non averti. Arrivée devant la porte, elle sentit une légère poussée d’adrénaline à l’idée de ce qui allait suivre.
Elle frappa.
Quelques instants passèrent. Elle entendit le bruit caractéristique que produisait la démarche lente et irrégulière de son ami. L’excitation atteignit son paroxysme quand elle vit la poignée tourner. Puis, finalement, apparut une étrange silhouette qui ne devait pas mesurer plus d’un mètre quarante.
« Bonjour Sophie », dit un vieillard ratatiné d’une voix tremblotante.
« Bonjour Monsieur Dumont », répondit-elle sur un ton qui dénotait le respect.
« Entre, entre. »
Un grand sourire illuminait le visage du vieux Dumont.
Elle entra. Le plafond était tout juste assez haut pour sa taille. Elle s’assit sur un tabouret probablement plusieurs fois centenaire.
« Veux-tu une tasse de mon infusion spéciale, j’en ai préparé tout spécialement pour toi. »
« Volontiers. », dit-elle un peu intimidée par cet accueil chaleureux de la part de quelqu’un qu’elle connaissait depuis si peu de temps.
Il saisit une théière et en versa le contenu dans un gobelet de terre cuite. La lenteur de ses gestes contrastait avec leur fermeté et leur précision. Bien que la théière parût presque plus grande que celui qui la portait, le vieux Dumont n’en paraissait pas affecté et la maniait avec l’aisance d’un jeune homme.
« Bois », dit- il à Sophie qui n’osait pas commencer toute seule.
Elle plongea timidement son nez dans le gobelet et prit une gorgée. Puis, une fois le liquide dans sa bouche, elle retint avec difficulté son envie de tout recracher. Un haut-le-corps trahit son dégoût et le vieillard la regarda d’un air étonné.
« Tu n’aimes pas ? »
« Si, si… C’est juste un peu chaud », répondit-elle en tentant de faire bonne figure.
« Ah, j’ai cru pendant un instant que tu n’aimais pas mon mélange spécial feuilles de chêne-terre de la forêt-racines de chêne. »
« Au contraire, c’est très bon, très… forestier », mentit-elle avec un sourire un peu gêné.
Pour rendre plus crédibles ses paroles elle reprit une large et dégoûtante gorgée.
« As-tu réussi ton année finalement ? »
Ce changement de sujet était tout à fait bien venu pour Sophie qui pouvait ainsi arrêter discrètement de boire l’horrible infusion.
« J’ai eu un peu de chance… Je pense que le prof de maths m’aime bien. »
« C’est bien, c’est bien… »
« J’avais besoin d’un bon résultat au dernier test et j’ai juste obtenu la note nécessaire. »
« L’essentiel est de réussir », dit-il avec un sourire bienveillant.
Bien qu’elle ne le connût pas encore très bien, Sophie l’appréciait beaucoup parce qu’il ne passait pas son temps à donner des conseils et à la juger comme la plupart des adultes. Elle était une fervente partisane de la loi du moindre effort et, pour une fois, quelqu’un de plus de trente ans semblait ne pas s’en préoccuper. Son année était réussie, peu importait la manière.
La discussion se poursuivit encore un petit moment sur le sujet de l’école. Dumont paraissait étrangement soucieux du bien-être de la fillette. Il voulait des anecdotes sur ses camarades, ses professeurs, ses jeux… Il l’écoutait avec un air amusé, presque paternel. Puis il lui dit soudainement, sur un ton qui tranchait avec la légèreté de ses propos précédents : « Profite de ta jeunesse, elle passera plus vite que tu ne le penses ».
Elle eut l’impression qu’il y avait dans sa voix une intensité qui trahissait une inquiétude supérieure à ce qu’il voulait bien montrer par ses mots. Mais le sourire bienveillant du vieillard avait rapidement repris le dessus et, sentant monter l'impatience de la jeune fille, il lui dit :
« Tu veux que nous commencions, n’est-ce pas ? »
Elle eut une moue qui laissa transparaître son avidité.
« Bien, alors mets-toi en tenue. »
Elle attendait ce moment depuis plusieurs semaines. Elle courut se changer dans l'autre pièce de la minuscule maison. Elle passa un habit qui consistait en une sorte de longue tunique de lin usée sans ceinture qu'elle passait par-dessus un leggings et un t-shirt de sport. Ses pieds restaient nus.
Une fois changée, elle retourna vers Dumont qui ouvrit une discrète petite trappe dans le sol de la maison. Il s'engagea sur une échelle. La jeune fille le suivit. Une fois en bas, elle retrouva avec joie la grande cave qui l'avait tant surprise la première et unique fois qu'elle y était rentrée. Il s'agissait d'une immense salle d'au moins vingt mètres sur vingt dont on n'aurait jamais pu imaginer qu'elle se situait sous une aussi petite cabane. Le sol était de terre battue et elle ne contenait rien, mis à part deux boîtes en acajou à chacune de ses extrémités et deux grands bâtons.
« As-tu bien fait les exercices que je t’ai demandé de pratiquer tous les jours ? »
« Oui. »
Effectivement, pour la première fois de sa vie peut-être, elle avait suivi un programme contraignant avec assiduité. Il s’agissait d’exercices sportifs accompagnés de séances de méditation qu’elle devait réaliser quotidiennement, seule, chez elle.
Le vieillard saisit l’un des deux lourds bâtons.
« Bien. Pour cette deuxième séance d’entraînement nous allons commencer par le même exercice que lors de la première, mais je vais aller plus vite. Mets ce bandeau. Si tu t’es bien entraînée comme tu le dis, tu devrais y arriver sans problème. »
Il lui lança un foulard noir qu’elle noua autour de ses yeux.
« Es-tu prête ? », lui lança-t-il.
« Je crois. »
A peine avait-elle prononcé ces mots qu’il abattait son bâton à toute volée sur la fillette qui eut tout juste le temps de l’esquiver en plongeant sur le côté. Une série de coups s’en suivit. Le vieux les distribuait avec précision et rapidité. L’âge ne semblait pas avoir de prise sur lui. Il avait soudain perdu une cinquantaine d’années. Ses tentatives de toucher Sophie échouaient mais l’impression de maîtrise qui se dégageait de ses gestes était telle qu’on devinait sans peine qu’il le faisait exprès, tel un chat qui joue avec une souris avant de lui porter le coup fatal.
Mais, phénomène encore bien plus étonnant, Sophie esquivait le bâton malgré ses yeux bandés. Elle bondissait de toutes parts, se contorsionnait et roulait par terre comme si elle avait pu le voir normalement.
Peu à peu, les coups se multiplièrent et le Saurien paraissait chaque fois plus près de la toucher…
Pardon ?
Avais-je oublié de le mentionner ?
Dumont n’était pas un être humain. C’était un Saurien, sorte de lézard bipède à longue queue doué de parole

paellota
paellota
Niveau 10
18 mai 2008 à 17:18:49

donc là, je remets les chapitre dans leur dernière version

paellota
paellota
Niveau 10
18 mai 2008 à 17:19:36

Chapitre 2

3 mois plus tôt

En cette fin de mois de mars pluvieuse, une jeune fille regardait par la fenêtre de sa classe. Alors que le prof de français dispensait une passionnante leçon sur le complément d’objet direct, elle s’endormait irrémédiablement. Ses notes n’étaient pas bonnes et elle savait qu’elle aurait du mal à réussir son année. Malgré cela, elle ne pouvait se résoudre à étudier les subtilités de la grammaire. Elle s’ennuyait à mourir. Ses paupières tombaient lentement...
BOUM.
Enorme bruit. Elle sursauta.
Le professeur avait donné un grand coup de poing sur sa table. Toute la classe éclata de rire.
« Mademoiselle Sophie, considérez-vous que mon cours ne vous concerne pas ? », hurla-t-il.
Elle ne répondit pas, comprenant que sa situation allait empirer quoi qu’elle dise.
« Bien sûr, mademoiselle Sophie peut se le permettre étant donné ses excellents résultats. »
Pendant ce temps, les autres élèves se délectaient de son malheur.
« Mais vous êtes sans doute trop intelligente pour rester avec nous… »
Elle connaissait la suite. Il lui dirait que, puisque tel était le cas, elle n’aurait qu’à prendre une carte de renvoi et à aller dans le bureau du doyen, puis le doyen lui donnerait une retenue du mercredi.
Mais cette fois, la version du professeur changea légèrement. Il utilisa une variation sur le thème de son avenir.
« J’ai entendu dire que vous vouliez devenir écrivain, n’est-ce pas ? »
Elle sentait bien qu’il n’y avait pas de bonne réponse à cette question mais osa tout de même un « oui » timide.
Il eut un petit rire mauvais. Elle rougit. Elle aurait tout donné pour qu’on lui épargne cette situation.
« Je vais vous dire jeune fille : malgré quelques qualités, vous n’arriverez à rien. Vous êtes bien trop paresseuse et vous voulez toujours tout faire à votre manière sans écouter ce que vous disent vos professeurs. Et, pire que tout, vous ne savez pas obéir. Ceci vous empêchera d’obtenir quoi que ce soit dans la vie. »
Elle n’y tenait plus, il fallait qu’elle réponde.
« Beaucoup de génies n’ont jamais suivi les règles. »
Le visage de son tortionnaire prit un teint violacé très inquiétant.
« Et qu’avez-vous fait de si génial jusqu’à maintenant ? Rien. Et vous ne ferez jamais rien », explosa-t-il.
Même les autres élèves avaient cessé de ricaner bêtement tant ce dernier éclat de voix leur avait fait peur. Folle de rage et loin de se laisser impressionner, Sophie pensa que, tant qu’à être renvoyée, elle préférait le mériter.
« Rien peut-être pour l’instant, mais je ne finirai pas prof de français dans un Collège minable. », cria-t-elle.
Sur ce, elle ne prit même pas la peine d’écouter ce qui suivait. Elle se dirigea spontanément dans le bureau du doyen pour y recevoir sa punition.
De retour chez elle au terme de cette après-midi mouvementée, elle se retrouva seule à la maison. Elle savait qu’elle devrait expliquer ce qui s’était passé à sa mère une fois celle-ci rentrée. Heureusement, ce ne serait pas pour tout de suite, car elle n’arrivait généralement pas avant huit heures du soir. En effet, elle travaillait dans une boutique de vêtements féminins et en sortait toujours très tard. Trop tard. Elle revenait constamment épuisée par les exigences extravagantes de ses riches clientes ainsi que par les ordres humiliants de sa hiérarchie. L’attention qu’elle accordait à sa fille s’en ressentait fortement. Elle ne pouvait pas exercer toute son autorité de mère et se voyait souvent obligée de la laisser n’en faire qu’à sa tête.
Sophie décida qu’en attendant l’inévitable sermon accompagné de pleurs et de cris que ne manquerait pas de lui servir sa mère, elle irait faire un tour en patins pour se changer les idées. Elle se dirigea vers le parc Beaulieu qui ne se situait pas loin de sa maison et qui avait l’avantage de présenter de nombreuses pentes sur lesquelles elle risquait de se briser les os. Elle pratiquait souvent la descente lorsqu’elle voulait se retrouver seule avec elle-même. Cela lui permettait d’évacuer le stress tout en laissant libre cours à sa mélancolie qui avait régulièrement besoin de trouver une échappatoire, tant sa vie lui semblait compliquée et solitaire. Elle souffrait d’être en permanence la cible de ses professeurs et de ses camarades. Ces derniers lui semblaient, dans leur majorité, lâches et affreusement conformistes. Ils se moquaient d’elle parce qu’elle n’était jamais au courant des émissions de télévision ou ne portait pas une tenue vestimentaire à la mode (en fait, elle préférait les vêtements pour garçons). Aussi était-elle constamment exclue des petites bandes que formaient les élèves de sa classe. De plus, son avis concordait rarement avec le leur. A douze ans, elle était déjà capable d’avoir des opinions nuancées, des opinions que les grandes personnes ne lui avaient pas dictées. Elle réfléchissait beaucoup, se posait des questions profondes, à mille lieues des préoccupations des gens de son âge. Eux passaient la plupart de leur temps à tenter de convaincre leurs parents de leur offrir des chaussures dernier cri, tandis qu’elle occupait ses loisirs à écrire des histoires fantastiques et à faire du sport. Aussi, son caractère bien trempé et indépendant la rendait vulnérable aux moqueries. Car on sait bien que les groupes de voyous cherchent toujours des personnes qui diffèrent de la norme pour les persécuter et se sentir unies. Néanmoins, elle ne se laissait pas faire et ils y réfléchissaient toujours à deux fois avant de venir l’embêter. Sa vigueur peu commune pour une fille faisait d’elle un adversaire redoutable dont les garçons les moins forts devaient se méfier et dont les filles ne tentaient même pas de s’approcher. Elle se retrouvait souvent au milieu de problèmes qu’elle n’avait pas provoqués et s’était ainsi construit une solide mais imméritée réputation de bagarreuse.
Une fois, elle avait même osé répondre aux provocations du grand Daniel, le garçon le plus fort de l’école, et sans doute aussi le plus beau. Comment un cerveau si ramolli pouvait-il se cacher dans une enveloppe aussi avantageuse ? Quoi qu’il en soit, il l’avait approchée durant la récréation avec son petit sourire malfaisant qui ne présageait généralement rien de bon pour celui ou celle à qui il était adressé. Sentant venir les ennuis, elle avait tenté de s’éloigner discrètement, mais Daniel semblait malheureusement très déterminé à lui causer des problèmes. Il s’était soudain jeté sur elle et lui avait arraché un paquet de bonbons des mains dans l’espoir qu’elle le supplie de le rendre ou, encore mieux, qu’elle tente de se battre. Trop intelligente pour l’attaquer de front, elle avait fait semblant de ne pas lui accorder d’importance et avait passé son chemin, ce qui avait énormément déçu le mauvais garçon. Seulement, dès qu’il s’était retourné, elle s’était ruée sur lui, le faisant tomber, puis l’avait mordu et roué de coups juste avant qu’un prof vienne les séparer. Elle était sortie gagnante de cette bagarre mais, quelques jours plus tard, il l’avait attrapée à la sortie des cours et elle n’avait pas pu échapper à une sévère correction assortie d’un œil au beurre noir. Ouïe !
Malgré tout ce qu’elle endurait, Sophie pensait que tous ces méchants enfants ne devaient pas être tenus pour entièrement responsables de leur comportement. Leurs parents, selon elle en étaient les véritables coupables. Elle se demandait d’ailleurs souvent quel était le type d’éducation qu’ils dispensaient à leur progéniture. Alors que sa mère se tuait à lui inculquer quelques grands principes tels que le courage et la tolérance, la plupart de ses camarades n’avaient jamais vu le moindre exemple de comportement digne de ce nom à la maison. Aussi ne reculaient-ils généralement devant aucune bassesse pour arriver à leurs fins. Ils mentaient, calomniaient, trichaient, et proféraient même parfois des opinions racistes. Même si cela peut paraître révoltant, il ne faut pas trop les en blâmer, car ils ne faisaient que répéter bêtement ce qu’ils entendaient à la maison. Leurs parents ne faisaient pas tous preuve d’une grande ouverture d’esprit. Et puis, la haine des étrangers était de toute façon très répandue à l’époque où se passe notre histoire. Beaucoup de gens vivaient repliés sur eux-mêmes, détestant tout ce qui ne leur ressemblait pas. Vous l’aurez donc compris, ces enfants étaient aussi bêtes que victimes de leur entourage et de l’atmosphère qui régnait, mais pas profondément mauvais.
Elle enchaîna les descentes en patins (et les montées, forcément) jusqu’à ce qu’elle se sente un peu mieux, puis se décida à rentrer. Une fois à la maison, elle fit un peu de rangement, et prépara le repas en attente du retour de sa mère. C’était elle qui s’en chargeait généralement pour lui éviter un surcroît de travail.
Sa nervosité montait inexorablement. Elle tenait à expliquer ce qui c’était passé en cours à sa manière parce que, de toute façon l’école allait appeler et le choc pour sa mère n’en serait que plus dur. Les réprimandes qui suivraient aussi. Elle tentait de mettre au point une version acceptable où son professeur de français tiendrait le mauvais rôle.
Quand sa mère arriva enfin, elle comprit immédiatement qu’il vaudrait mieux se taire. Elle avait le visage décomposé. Son maquillage avait coulé, probablement à cause des larmes et son expression laissait penser que la gravitation terrestre avait soudain augmenté. Sans dire un mot, elle se dirigea vers la table et commença à manger. Sophie la regardait sans oser briser le silence. Puis, vers le milieu du repas, elle tenta un début de dialogue.
« Ça va ? »
« Oui, ce n’est rien. J’ai juste eu une journée difficile au travail. »
« Encore ton chef ? »
« Oui… »
Sa voix s’était étranglée sur cette dernière réplique.
« Qu’est-ce qu’il t’a fait cette fois ? »
« … »
Sophie avait souvent entendu les brimades que sa mère devait subir de la part de son chef. Il la menaçait régulièrement de la renvoyer lorsqu’elle n’exécutait pas ses ordres à la lettre, voire même lorsqu’elle faisait tout ce qu’il fallait mais qu’il ressentait le besoin de se défouler sur quelqu’un. Elle préféra ne pas insister.
C’est sa mère qui se chargea de trouver un autre sujet de conversation.
« J’ai de plus en plus de clients complètement fous qui me racontent des histoires à dormir debout. Aujourd’hui, l’un d’entre eux a prétendu que des nains avaient envahi son jardin. Je lui ai dit qu’il était plus plausible qu’il s’agisse de taupes mais il n’en démordait pas : des nains vivaient dans son jardin, il les entendait la nuit. »
« C’est comme le petit José qui a vu des êtres bizarres devant chez lui… »
« Hum ! »
Elle avait eu cette exclamation pout remettre sa fille à l’ordre. En effet, quand le petit José, l’un de ses seuls amis de classe, avait soutenu cette théorie pour le moins douteuse devant ses camarades, tout le monde s’était moqué de lui et seule Sophie avait pris sa défense, moins parce qu’elle le croyait que parce qu’elle n’aimait pas que plusieurs personnes s’en prennent à plus faible qu’elles. Tout cela s’était encore terminé en bagarre et sa mère avait été convoquée par l’école.
« Ouais mais c’est quand même marrant, les créatures qu’il nous a décrites ce jour-là ressemblaient à celles de mon livre. Ce serait bien si elles existaient vraiment. »
Son enthousiasme naïf pour tout ce qui touchait au surnaturel avait vraiment quelque chose d’entraînant. La mère laissa entrevoir un petit sourire.
« Oui, ce serait bien. »
« Mais tu ne penses pas que mon livre raconte peut-être des événements qui se sont réellement produits ? »
« Nous en avons déjà parlé. Tu sais bien que ce n’est pas possible. »
L’imagination de sa fille lui semblait parfois un peu débordante mais elle avait le don de l’amuser et de la détendre quand elle en avait besoin.
Sophie avait trouvé un vieux livre par hasard dans le grenier de la maison un jour où elle y jouait. Il était petit et apparemment très ancien comme en témoignait sa couverture en cuir défraichi. Son auteur n’était pas mentionné. Néanmoins, l’histoire était absolument passionnante et correspondait exactement à ce que la jeune fille aimait lire. Il s’agissait d’un récit de batailles entre mages, dieux et humains qui s’intitulait La guerre des deux royaumes. Elle ne l’avait pas encore terminé mais elle craignait ce moment dans la mesure où il s’agissait du meilleur livre qu’elle n’ait jamais lu… A égalité bien sûr avec Harry Potter qui constituait sa référence absolue en littérature. Il ressemblait plus à une chronique historique qu’à un roman mais, malgré son style un peu aride et daté, il n’en contenait pas moins un récit passionnant.
La mère eut un sourire attendri.
« Tu sais, je crois que, surtout à ton âge, la réalité paraît triste, pauvre, et difficile à affronter. Tu aimerais que le monde soit peuplé de créatures fantastiques et de batailles héroïques comme dans ce livre, comme dans les histoires que tu passes ton temps à écrire. Malheureusement, la réalité est toute autre et tu dois t’y faire pour devenir une adulte. Il y a des responsabilités à assumer et du travail à fournir, des compétitions à gagner. »
« Mais, je ne veux pas devenir une adulte si c’est comme ça. »
La mère ne répondit rien car elle ne pouvait s’empêcher de penser que sa fille avait, au moins en partie, raison. Comme la vie serait plus simple si les adultes arrêtaient de s’imposer toutes ces contraintes inutiles et stressantes.
Puis plus personne ne parla. Après ce repas plutôt déprimant qu’elle se chargea de ranger, la fillette eut envie de faire un tour dans la cour commune qui bordait sa maison. Elle contenait quelques arbres mal entretenus qui lui donnaient l’aspect d’une petite forêt. Au terme d’une rude journée, elle aimait y aller pour se retrouver seule quelques instants dans l’obscurité, juste avant d’aller se coucher. Elle savait que le lendemain elle devrait encore affronter une journée compliquée qui lui amènerait à nouveau son lot de soucis.
Une fois dehors, elle put profiter de l’air frais du soir. Elle appréciait la proximité avec la nature, même s’il ne s’agissait que d’une nature chétive et abâtardie par l’air corrompu de la ville. De plus, elle n’avait pas peur de se retrouver dans le noir parce que personne ne pouvait la voir et, ainsi, elle ne devait pas se soucier de ce qu’on pensait d’elle.
Alors qu’elle contemplait le silence, elle crut soudain entendre un bruit. Elle pensa d’abord que c’était un petit écureuil ou une souris mais, en tendant l’oreille, elle s’aperçut qu’il devait s’agir de quelque chose de plus gros. Un peu effrayée, elle chercha néanmoins à en déterminer l’origine. Elle découvrit alors une silhouette de forme plus ou moins humaine qui semblait gratter le sol. Seulement, la hauteur de la silhouette ne pouvait pas vraiment correspondre à celle d’un homme parce qu’elle était trop petite et trop large. Elle décida de s’en approcher prudemment. Son cœur accéléra mais elle n’était pas du genre à reculer devant le danger. La chose ne semblait pas s’être aperçue de sa présence. Elle commençait à mieux la voir. Il ne s’agissait apparemment pas d’un animal, mais alors, que pouvait-ce bien être ?
Impulsive, comme à son habitude, elle écouta sa curiosité plutôt que sa peur et bondit pour se saisir de la chose. La chose en question se débattit faiblement et poussa des petits couinements effrayés mais dût rapidement s’avouer impuissante devant la force supérieure de Sophie. Quand enfin sa proie eut cessé de remuer, la jeune fille eut tout loisir de l’observer. Elle eut alors la surprise de sa vie… Malgré l’obscurité, elle pouvait clairement voir une espèce de très vieux lézard à l’aspect humanoïde qui la regardait avec des yeux terrorisés et suppliants.

paellota
paellota
Niveau 10
18 mai 2008 à 17:20:55

là y a également la suite du chapitre 2 (et sa fin)

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