J'ai posté le début d'un de mes romans en cours un peu plus tôt dans la journée et je poste ici le début d'un autre, j'en ai quelques uns en cours d'écriture en fait.
Bonne lecture.
Nartaìl
I – La Compagnie du Silence
Le vent soufflait fortement sur les prairies du grand Ouest de Nartaìl, et le soleil n’allait pas tarder à disparaître derrière l’horizon. Sa lumière orangée faisait nettement ressortir une petite procession dans ce paysage plat.
Ethen marchait en tête de file, ses cheveux noirs fouettés par le vent. Il tenait les rênes du cheval qui portait sa sœur endormie. Personne ne parlait parmi la vingtaine de personne qui marchaient en file indienne. Ethen tira un peu sur les rênes du cheval pour se retrouver au côté de sa mère, Liaana.
- Les chevaux commencent à avoir soif et nous n’avons plus assez d’eau, annonça-t-il sans la regarder. Sans parler de notre faim à tous.
- Je sais, Ethen, soupira-t-elle en rabaissant la capuche qui lui couvrait la moitié du visage. Je pense que nous ne devrions pas tarder à arriver à un camp humain. Pour l’eau, les chevaux s’en passeront encore cette nuit, ils ont déjà connus bien pire.
Ethen acquiesça d’un signe de la tête. La route qui menait à Liis était décidément bien longue. Les démons avaient été signalés à quelques lieues de leur village et il comprenait la nécessité qui poussait sa mère à les emmener vers l’Ouest. Mais pourtant, une partie de lui était restée dans le Flynn, cette région du centre de Demr où il avait passé toute son enfance. En partant, il avait abandonné ses anciens amis et il se demandait si la sécurité relative d’une Ville Secrète en valait la peine. Liis, cette ville qui était souvent nommée dans les contes pour enfant comme un havre de paix. C’était là-bas que se rendait la petite compagnie formée et trois familles du Flynn.
Liaana, ayant sûrement deviné la cause de la mine déconfite d’Ethen, lui prit la main et la serra entre les siennes.
- Tu sais bien que nous ne pouvions rester dans le Flynn, fit-elle. Les démons arrivaient, il nous fallait…
- Mais pourquoi Liis ? coupa Ethen d’un ton dur. Iliz-veur était plus proche et sa garnison plus forte que celle de Liis. Pourquoi fallait-il que tu décides de quitter le Flynn !
Liaana ne répondit pas. Elle contempla le visage de son fils. Malgré son jeune âge, il était déjà marqué de cicatrices. Il respirait la fierté mais la tristesse dominait son expression. Se séparer de ses amis, de son pays, avait été plus dur pour lui que pour les autres membres de la compagnie. Il aimait tant les hautes falaises et les bosquets verdoyants du Flynn.
Elle se détourna et remit sa capuche pour dissimuler les larmes qui coulaient sur ses joues.
Ethen ne fit rien pour consoler sa mère. Il accéléra le pas pour se retrouver de nouveau devant tout le monde. Les yeux braqués au loin, sur l’immense prairie baignée de la lumière déclinante du soleil. La végétation rase qui dominait le paysage depuis leur départ cédait sa place à des arbres isolés de plus en plus grands et de moins en moins luxuriants.
La nuit ne tarda pas à tomber. Le vent se calma et la température se rafraîchit, pour le plus grand bonheur de la compagnie. Seul Ethen ne profitait pas de cette idéale baisse de température. Sa mélancolie grandissait tandis qu’il avançait, d’un pas pourtant décidé. Plongé dans ses pensés, il trébucha sur un arbuste et tira sur les rênes de son cheval pour éviter de tomber. L’animal poussa un hennissement aigu qui fit frissonner Ethen.
- Tais-toi, Fanaë, chuchota Ethen en se redressant brusquement.
Mais le cheval hennit de nouveau, faisant s’élever des protestations dans le dos d’Ethen.
- Ferme-la imbécile ! ordonna Ethen, impuissant. Tu vas réveiller ma…
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase que Jade, sa sœur cadette, se redressa sur Fanaë. Elle bailla à s’en décrocher la mâchoire et étira ses petits bras. Ethen commença à invectiver le cheval quand Jade l’interrompit.
- Laisse-le, petit frère, fit-elle en caressant l’encolure brune de Fanaë. Il a rien fait. Et de toute façons je dormais pas.
Ethen se renfrogna, il avait fait si attention à ne pas faire de bruit pour ne pas réveiller sa sœur qui était censée dormir.
- Pourquoi ne m’as-tu pas dit que tu étais réveillée ? demanda-t-il en lui jetant un regard noir. Et je suis ton grand frère arrête de m’appeler « petit frère » !
Jade se contenta de sourire mais se sourire fit perdre sa mauvaise humeur à Ethen, qui lui répondit par un « pfffffff » amusé. Sa sœur avait toujours eu un pouvoir sur lui et quelques fois, elle seule pouvait lui faire entendre raison, le consoler…
- J’ai un mauvais pressentiment, annonça-t-il à Jade en désignant l’horizon du menton.
Jade se contenta de hausser les épaules.
- Parlons d’autre chose, proposa-t-elle. Je ne préfère pas penser au futur.
Ethen acquiesça et ils discutèrent de sujets banals qui leur firent oublier leur peur. Puis Jade se rendormi et Ethen se replongea dans ses pensées.