Huit heures sonnent. Allongé sur le ventre, mon bras gauche frappe lourdement mon réveil avec une maladresse presque... involontaire ! Une seconde de silence abyssal venu des ténebres de la flemardise, puis, ma poitrine se rétracte pour laisser souffler une tornade de soupires. Je me redresse sur le bord de mon lit comme un pantin désarticulé. Les yeux mi clos, je descend les escaliers, la mine renfrogné. La grimace de l'ours qu'on aurait sortit de force de sa tanière en pleine hiver se meut en une expression impassible et vide d'un lémurien. Il faudra attendre les quelques onze heures du matin pour apercevoir de la vie non animal sur ce visage.
Vaguement prêt, j'attrape le dernier bus. Toujours le dernier.
Confortablement assis, je contemple le tableau modelable que m'offre les vitres de l'auto-car. Paysage calme d'une Loire hivernale, doucement réveillée par le pâle halo de lumière du matin. Le car s'arrête au feu rouge, à l'esquisse d'un carrefour. Mon regard se perd vers une impasse grise. Mais ce qui retient surtout mon regard, c'est ce rayon de soleil venu d'une autre saison. Comme une aiguille dans une motte de foin. Celui-ci me dessine un carré de ciel bleu. Définitivement, je me sent convier par l'été, à une petite danse inter-saisonniaire.Il n'y a pas de doutes, parmis cent lumières du monde je reconnaitrai celle ci. J'accepte l'honnorable invitation. Et mes yeux alors empêtrés dans une léthargie complaisante, s'éveillent pour scruter chirugicalement cette offrande du soleil. Mais, comme bien souvent chez moi, ma concentration se laisse submerger par la langueur et l'insolence d'un songe. Ce précoce rayon de lumiere primptanier, me dérobe de ce bus, et me transporte vers un souvenir inattendu.
Je me vois faire à peu près les mêmes gestes que ce matin. Cependant, tout à l'air différent. Les couleurs, l'atmosphere, mon humeur sont autres. Mes traits sont plus enfantins. Mes cheveux sont de longues boucles noires qui tombent sur mes épaules. Je regarde par la vive lumière du matin, les pétales roses et blancs du prunier du voisin. Je me vois m'habiller à la hâte, estivallement d'un polo et d'un bermuda. Mes yeux s'attardent sur le réveil. Celui ci qui alors n'était pas encore usé de tant de maltraitances affiche 7h45. Je suis en retard, et à l'instar de mes cheveux, cela n'a pas changé.
Je traverse l'allé de mon jardin, ma bicylette d'une main, mon vieux casques audio gris dans l'autre. Ce casque était énorme, peu de gens comprenait comment on pouvait porter volontairement quelque chose de si laid. Mais le son qu'il produisait était si profond, galvanisait tellement mes mouvements (et j'en avais bien besoins vu mon état apathique le matin et mes départs tardifs) que je me fichais qu'il me donne mauvaise allure.
J'ai alors reminescence de choisir consciemment un morceau stimulateur pour décupler ma rapidité et ne pas avoir à subir les remarques désobligeantes du professeur quant à mon retard. Bien que je fus pressé, j'attendais les yeux fermés et le sourire aux levres que le ronronements de la batterie laisse place aux rugissantes guitares. Puis lorsque celles-ci hurlaient dans mon voluminueux casque démodé, j'enfourchais fougueusement ma bicyclette et dévalais les rues. Ma posture est étrange. Le menton en avant, la tête légerement en arriere. J'aimais débouler dans ces pâtés de maisons et ces rangés de peupliers à l'aveuglette. Ma vue alors voilée, mon odorat était plus à même de discerner la merveille olfactive que l'odeur d'un gazon fraichement coupé et arrosé par la rosé.
La vitesse à laquelle je roulais soufflait comme une suave bise de l'ouest sur mes avant bras nus . Le rythme binaire vociféré dans mon casque me transporte, et je traverse les routes sans prêter garde aux voitures, pour enfin rire de mon insouciance en arrivant sur la piste cyclabe. Je me vois accéléré le rythme encore et encore jusqu'à ce que mon front ruisselle de légeres gouttes de sueures. Mon torse aussi devient moite. Cette sensation, cette ambiance me rend euphorique, débordant d'énergie, contemplatif, créatif. Jamais je ne me suis senti aussi bien que sous ces ondes. En tant que maitre de ma destination. Ce n'est pas d'aller à l'école que je jubile. Cette joie réside dans la perception de liberté que j'ai à emprunter les chemins que je veux et l'émotion que me procure la vitalité de cette petite campagne et de sa flore survitaminés par la chaleur de l'aube. Je suis étonné de l'harmonie que ma musique a avec la nature. Tous les sons émits par mon petit balladeur rouillé, la charge émotionnelle qu'ils me véhiculent s'embrasse sublimement avec l'humble beauté des rangées d'arbres aux bourgeons naissants. Cette alegresse dans dans mes trippes est comme une plume dont la vulnérabilité et la pureté ferait tout son charme.
Le feu passe au vert, ce carrefour et son envoutant souvenir nostalgique filent à l'anglaise. Peu importe que mon casque et ma bicyclette soient partis. Le primptemps puis l'été reviendront...