MON EPEE EST UNE LEGENDE
Hello tout le monde.
Ceci, est une fiction que j'ai commencé à écrire il y a quelque temps.
Venez donc y jeté un coup d'oeil si vous en avez le temps. Et aussi poster votre critique. Dites si ele vous a plu ou pas, et pourquoi (C'est ce qui m'intéresse le plus)?
Et surtout bonne les lectures les forumeur.
1
A FEU ET A SANG
On ne pouvait pas dire que William Daring, dit « l’intrépide forgeron » surnom donné par ses compagnons de chasses (Lors d’une partie de chasse, il eut l’audace de s’attaquer à un ours sauvage venu rôder à proximité du campement. Il l’a tué avec son épée en lui transperçant la gorge. Depuis, la peau de la malheureuse bête sert comme décoration, à côté de la cheminé, dans le salon des Daring.) , n’ait vraiment un jour aimé les hommes du Nord. En vérité, il les haïssait, autant que les créatures dangereuses qui vivaient dans leur pays.
Mais c’était chose courante à cette époque. Les gens racontaient tant de choses immondes sur ses hommes venant des terres gelées d’Irani. Et plus encore sur leur roi, le tyrannique Karst qui, soi disant, aurait épousé la princesse Yallaa pour accéder au trône.
Très vite, les hommes du Sud prirent conscience du danger qui les menaçait. Ils savaient tous pertinemment que Karst pourrait leur déclencher une guerre. Et non sans raison car il y a toujours eu des tensions entre les Iranis et les Skyes. La victoire ne leur serait pas du tout assurée, les hommes du Nord étant beaucoup plus nombreux et physiquement très forts. Mais ils étaient confiant. Ils avaient leurs chances de repousser l’ennemi.
Le temps leur donna raison. Karst leur déclencha la guerre après un peu plus d’un an de règne. William fut l’un des premiers homme du sud à partir pour la guerre. Il avait alors vingt-quatre ans. Avec lui partirent plusieurs de ses amis dont Mac le coléreux et le jeune Cole, dit « le mur » en raison de sa haute taille et corpulence. Ils étaient tous impatient d’en découdre avec l’ennemi.
Les Skyes perdirent la guerre. Les Inaris avaient ramené quelques trolls des montagnes avec eux. Ils infligèrent de lourdes pertes dans leurs rangs. William, dont son courage faillit le faire tuer plusieurs fois, réussit à en blesser un, mais pas à le tuer. Un homme seul ne pouvait vaincre un troll adulte haut de plus de quatre mètres. Un malheureux que connaissait de vue William fut tué par ce même troll. Il lui broya le crâne entre ses énormes mains pourvues de courtes griffes. Le troll le fit si facilement qu’on aurait dit qu’il écrasait de la gelée, et non une tête faite de chairs et d’os.
La guerre s’acheva au bout de six mois, lors de la prise de la capitale Skye. Ses défenses tinrent quatre jours face à ennemi toujours plus fort, plus nombreux, plus féroce. Plus de dix milles citoyens innocent trouvèrent la mort lors de ses quatre jours, pendant lesquelles le chaos régna en maître absolu dans la capitale, se nourrissant des flammes et du désespoir.
Depuis qu’il était rentré chez lui, voilà déjà huit longues années, William avait reprit son métier de forgeron. A contrecœur. Ses armes, à présent, il les forgeait pour les Iranis. S’il aurait le choix de changer de métier, il le ferait, tout de suite, sans la moindre hésitation. Mai c’était impossible. Les Iranis les obligeaient à payer des taxes de plus en plus élevés. Avec eux, c’était payé le prix avec ta bourse, ou avec ton sang. Le choix s’imposait pour tout le monde.
Ses seuls plaisirs aujourd’hui étaient sa femme, ses rares amis ayant survécu et surtout sa fille, née il y a six mois. Un vrai petit ange. Son désir le plus profond est qu’elle vive dans un monde libre. Un rêve inaccessible ? C’est la question qui trottinait dans sa tête à n’importe quel heure du jour ou de la nuit lorsqu’il restait éveillé. Les pleurs du bébé n’avaient rien à voir, il ne pouvait s’endormir en pensant à sa fille, plus tard, persécuté par les hommes du Sud. Ils pourraient même essayer de la…NON ! Ses pensée ne le menait jamais jusque là.
C’était un jour comme tant d’autre. L’hiver remplaçait peu à peu l’automne. Les arbres, la plupart ayant perdu toutes leurs feuilles, laissaient apercevoir sur leurs branches nues les quelques rares oiseaux restant pour cette période rigoureuse. Depuis une semaine, le ciel était gris et le temps à la pluie. William avait fini sa journée de travail depuis peu et déjà, le jour laissait place à la nuit. Il marchait d’un pas vif vers l’unique taverne du village. Le patron était son ami Mac. Son vrai prénom était Macnamara mais la plupart le connaissait sous ce prénom-là.
Quand il pénétra dans la taverne, la chaleur du feu de cheminé inonda son visage. La taverne était presque vide. A par deux ou trois villageois, seul un petit groupe de quatre soldats Iranis se tenait dans le fond, juste devant la scène désespérément vide. Ils riaient comme jamais. De nombreuses pintes étaient posées sur leur table et la serveuse, une jeune femme toute petite et toute frêle, le visage terrifié, s’approcha du groupe avec crainte, pour leurs en donner une nouvelle fournée. Elle avait à peine soulever de son plateau la première bière que l’un des Iranis, le plus grand et le plus ivre, lui adressa la parole, un large sourire affiché sur le visage. La main de la serveuse trembla. Trop tard. La pinte glissa et se renversa sur la table, éclaboussant de bière la serveuse, déclenchant l’hilarité générale des soldats.
- Ah tiens ! Salut l’intrépide, dit Mac.
William se tourna vers son ami. Celui-ci se tenait derrière son comptoir. Il essuyait un verre tout en suivant, d’un œil mauvais, le harcèlement de la serveuse.
Mac était un homme quadragénaire. Il était chauve et possédait une moustache d’une taille remarquable. Déjà du temps de la guerre, il ne lui restait plus que quelques rares cheveux au sommet du crâne.
-Salut Mac, répondit William d’un ton las, sans aucune vigueur.
-Assieds-toi là, dit Mac en lui montrant une table à côté du comptoir. Tu veux boire ou manger quelque chose ?
-Non, juste une bière. Mais si tu as quelque chose d’autre, je ne serais pas du tout contre.
Mac se tourna vers la serveuse. Elle se dépêchait de récupérer les pintes vides pour échapper au plus vite aux quatre soldats Iranis qui continuaient de rire.
-Linda, tu peux aller chercher ma bouteille de whisky personnelle ?
-Votre bouteille de whisky personnelle ? répéta t-elle timidement.
-C’est ça. Et avec deux verres.
-Bien monsieur.
Avant que Linda n’ait pu faire un seul pas, le plus grand des soldats l’attrapa par le poignet et le serra. Elle laissa échapper un cri de douleur. La serveuse tourna la tête vers le soldat. Il la regardait avec avidité, la langue passante légèrement entre les dents, un peu comme un serpent. Il était effrayant.
Il lui parla lentement et distinctement de façon à ce qu’elle n’oublie pas les quelques mots qu’il prononçait :
-A tout à l’heure, mon chou.
Le soldat tenu encore un moment Linda, puis il desserra enfin sa main. Il la regarda s’éloigner d’un pas pressé. Le plateau était à peine posé sur le comptoir qu’elle disparut en courant derrière une porte. Pendant tout ce temps, le soldat l’avait suivi du regard, la langue sur les lèvres, les induisant de salive.
William avait vu et entendu ce que le soldat avait dit à Linda. Il se demandait en son for intérieur comment elle pouvait endurer ça, ce que ces hommes du Nord lui faisaient chaque jour. Forger des armes mortelles pour ces hommes étaient tout aussi horrible que ce qu’elle devait subir constamment. Dans le même temps, ce qu’il venait de voir lui faisait repenser à sa fille unique. Il n’y avait aucun doute à ses yeux qu’elle subirait la même chose, la même torture, dans quinze ou vingt ans. Il fallait qu’elle soit libre. Oh oui qu’il le fallait.
Mac s’était assit juste en face de lui. Il n’avait jeté que de rare et rapide coup d’œil en direction des quatre soldats Iranis et de son employé. Lorsque les regards du patron et du forgeron se croisèrent à nouveaux, le premier vit dans les yeux de l’autre la tristesse. Et William vit de la colère dans ceux de Mac. En fin de compte, ils pensaient tous les deux à la même chose.
-Ils lui mènent la vie dure, ces salauds, dit William après avoir jeté un dernier regard vers les soldats ivres.
Il n’y avait aucun risque à parler librement, les soldats étaient bien trop ivre pour comprendre ce qu’ils pouvaient se dire tous les deux.
Mac regarda à son tour les soldats Iranis. Le grand avait les yeux rivés vers la porte derrière laquelle la serveuse avait disparu.
-Elle s’y habituera, répondit-il froidement.
-Elle s’y habituera ? répéta William. Non mais tu plaisantes là, ce n’est pas possible ! Tu as tout comme moi ce qu’il lui font ?
-Oui je l’ai vu. Et oui j’ai entendu. Mais comme j’ai dits, elle va devoir s’y habituer. Si elle en est incapable, elle s’en va. Je changerai de serveuse une fois de plus. Ce n’est pas un problème.
-Tu te fiches de tes employés, c’est ça ? dit William d’un ton féroce.
Mac eut un regard noir envers son ami.
-Si tu es venu pour qu’on se dispute, tu n’avais qu’à rester chez toi, fulmina t-il.
-Je ne suis pas venu pour me disputer avec toi, je suis juste venu parler autour d’une bonne à un vieil ami. Ceci dit, j’ai vu ta nouvelle employé se faire harceler par une bande d’abrutis et tu n’as pas bougé d’un pouce.
-Ce n’est pas parce que je reste assis là que je me fiche de mes employés. Ce n’est pas ce que tu crois. Je ne le montre pas mais je m’inquiète pour cette petite.
-Tu as une étrange façon de monter ton affection envers Linda, lui fit remarquer William.
-Mais ça aurait pu être pire.
-Pire ? s’étonna William. Elle doit être en train de pleurer à l’heure qu’il est, en se demandant ce qu’ils vont bien pouvoir lui faire lorsqu’elle reviendra. A moins qu’elle ne revienne pas, ce que, entre nous, n’aurait vraiment rien d’étonnant. Admet que tu ne l’aide pas.
-Pour l’instant, ça se cantonne à ça. Il n’y a rien de grave. Ce que j’entends par pire, c’est ce qu’il peut se passer par la suite. Ce qu’ils pourraient faire.
Ils jetèrent tous les deux un nouveau regard vers les soldats ivres. Le grand regardait toujours la porte avec la même expression effrayante.
-Tu vois de quoi je veux parler, n’est ce pas ? demanda Mac.
En effet William le savait. Et que trop bien.
-Mais il y a peu de chance que ça aille jusque là, reprit Mac.
Un voyageur, le capuchon sur la tête pénétra dans la taverne. Un courant d’air frais, qui fit vaciller les flammes dans la cheminé, le précéda. De l’eau de pluie dégoulinait de sa cape et s’égouttait sur le sol. Il alla d’un pas sûr s’installer à une table vide dans un coin. Lorsqu’il se fut assit, il n’abaissa pas son capuchon. Dans la semi-obscurité, il était impossible de discerner le moindre trait de son visage.
-Et si ça va jusque là, que feras-tu ? demanda William.
-Ce qu’il faudra faire, répondit Mac.
Pour William, la réponse de son ami ne pouvait être plus claire.
-Tien, tien. On dirait bien que tu te sois trompé au sujet de ma serveuse. Elle n’est pas partie, elle est restée.
En effet, Linda avait réapparu. Elle eut un regard terrifié en direction de la table des Iranis. Dès lors, le grand soldat s’exclama sous l’hilarité des trois autres :
-Alors, je te manquai mon chou.
La serveuse baissa aussitôt la tête. Pendant un bref instant, William crut-et il avait de bonne raison de la penser-qu’elle allait faire demi tour et disparaître de nouveau derrière la porte pour ne plus jamais revenir. Mais la suite prouva qu’il se trompait à son grand étonnement.
Linda passa derrière le comptoir. Elle prit derrière elle une bouteille à moitié vide contenant un liquide de couleur ambrée et deux verres à whisky. Elle posa le tout sur un plateau qu’elle apporta à son patron et à William. Sur un point, ce dernier ne s’était pas trompé. Elle avait bien pleuré. Ses beaux yeux verts étaient humides, rougies et bouffies par les larmes. William éprouvait de la pitié et de la peur pour elle. Parce qu’elle ne devrait pas à avoir subir ça. Et parce qu’il avait peur pour sa fille:un jour, peut être, elle sera à sa place, seule, face à la destruction de soi-même.
Linda posa la bouteille de whisky et les verres sur la table. Mac et William la remercièrent.
-Monsieur, est-ce que je peux vous parler ? dit-elle d’une voix aigu.
-Vas-y, je t’écoute, répondit-il.
-Est-ce que nous pouvons en parler en privé ? précisa t-elle. C’est important.
-Si tu veux.
Puis Mac se tourna vers son ami :
-Attends-moi ici. J’arrive dans deux minutes.
-Et toi, n’oublies pas ce que je t’ai dis, répondit William. N’oublies surtout pas.
-Je ne te promet rien.
Mac se leva. Il disparut avec Linda derrière la même porte que la serveuse avait franchi tout à l’heure.
William, seul, assit à la table, patientait. De temps en temps, il jetait un coup d’œil vers la porte, mais Mac et Linda ne réapparaissaient pas. Il était sûr de lui qu’ils parlaient des soldats Iranis. Le fait que Mac n’avait pas encore ouvert la porte était bon signe. S’il aurait laissé Linda abandonné le travail, il serait déjà revenu. Apparemment, il n’avait pas oublié les conseils de William.
Tout à coup, il eut une étrange impression. Il se sentait observé. Mais pas par les soldats Iranis, ils étaient trop impatients de boire une nouvelle tournée gratuite de bière servit par Linda. C’était quelqu’un d’autre. William embrassa d’un regard la taverne et s’arrêta un instant sur l’homme au capuchon. C’était lui qui l’observait. Il sentait les yeux de l’inconnu posé sur lui. William prit brusquement conscience que le voyageur l’espionnait depuis l’instant où il avait pénétré dans la taverne. William eut l’idée de se lever et de lui demander «Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? Pourquoi écoutez-vous mes conversation », mais s’avisa dès que cette idée émergea de son esprit. Il était de réputation que les voyageurs dans son genre étaient des criminels en fuite recherché par les Iranis. Certains d’entre eux en avaient tués. On ne pouvait pas leur en vouloir ça.
Le voyageur sortit de sous sa cape une longue pipe. Il était en train de la bourrer d’herbe à fumer quand Mac et Linda revinrent. William fut soulagé de la revoir, Mac l’avait empêché de partir. Il avait écouté ses conseils et les avaient appliqués.
-Eh, le moustachu ? appela le grand soldat Iranis. Envoie ta serveuse avec quatre nouvelle bières. Mes amis et moi avons soif.
-Vous et vos amis attendrez cinq minutes, répondit aussitôt Mac d’un ton glacial. (William savait qu’il détestait se faire appelé le moustachu.) Ma serveuse doit d’abord servir cet homme, ajouta-t-il en désignant le voyageur.
Le soldat sortit d’un fourreau accroché à la ceinture une dague. Il planta la courte lame dans le bois de la table.
-Tu vois cette lame ? Encore un mot qui sort de ta bouche et crois-moi qu’elle ne sera plus planté dans du bois, mais dans ta chair. Alors envoie ta serveuse sur le champ.
William, d’où il se trouvait, vit Linda saisir le bras de Mac et le regarda droit dans les yeux. Les Iranis, eux, ne pouvaient pas le remarquer. Elle empêchait Mac de répliquer ou , ce que pensait William, de se ruer sur le grand soldat qui l’avait menacé. Elle le lâcha au bout de quelques secondes. Une éternité, selon Mac.
Mac, déboussolé, resta un moment planté au même endroit. Il jeta un coup d’œil à Linda mais elle n’en eu aucun pour lui. Il eut alors, pour le soldat, le plus mauvais des regards, comme s’il voulait qu’il meure sur le champ dans d’atroce souffrance. Mais le soldat se contenta de lui sourire. Leurs yeux se portèrent aussitôt vers la dague. Elle se dressait entre eux, plus menaçante que jamais. Résigné, Mac rejoignit William.
-Ca va ? lui demanda celui-ci.
Mac ne répondit pas tout de suite. Il se contenta d’ouvrir la bouteille de whisky et de s’en verser un verre. Le liquide ambrée déborda sur la table. Il leva le verre et le but d’une traite. Puis il se retourna un instant pour observer Linda. Elle servait les bières aux soldats. Mac remarqua qu’elle semblait encore plus effrayé-surtout par la dague-que tout à l’heure. Un des soldats dit quelque chose, et tout de suite après, les autres s’esclaffèrent bruyamment. La torture de Linda continuait.
-Tu te souviens quand on était soldat ? finit par dire Mac.
-Comme si c’était hier, assura William. C’était…(il chercha ses mots) le bon vieux temps.
Mac se resservit un verre de whisky, et cette fois-ci, William ne fut pas omit.
-Au bon vieux temps, dit Mac en levant son verre.
-Au bon vieux temps, répéta William en faisant le même geste.
Les deux amis burent et claquèrent leur verre sur la table. Le liquide brûla anormalement la gorge de William ce qui eu pour effet de le faire tousser tandis que Mac se resservait déjà un autre verre. Ce whisky était beaucoup plus fort que ceux que William buvaient d’habitude.
Linda, de son côté, avait fini de distribuer les bières. Elle alla aussitôt, marchant d’un pas timide vers le voyageur, qui, à présent, fumait la pipe. Elle se demandait ce qu’il allait lui arriver avec lui :elle aussi savait que les voyageurs étaient des hommes dangereux. Il commanda une bière, sans même regarder la serveuse. Il continuait d’observer William.
-Dis-donc, il est fort ton whisky, dit William d’une voix abîmé par l’alcool.
-Cinquante cinq degrés, répondit laconiquement Mac.
Effectivement, William n’avait jamais rien d’aussi fort de toute sa vie.
-Alors, pourquoi tu me demandes si je me souviens de la période où on c’étaient enrôlés dans l’armée.
-Quand la guerre a commencé, on était jeune. Enfin toi tu l’es toujours comparé à moi. Aujourd’hui j’ai cinquante et un ans. On savait tous les deux que nos chances de gagner la guerre étaient ridicules, mais on avait foi en notre pays. On avait de l’espoir. Est-ce que tu te souviens comment tout le monde m’appelait durant cette période ? J’étais « Mac le coléreux ». Quel sobriquet stupide.
Cela arracha un sourire à William. Oui il s’en souvenait très bien. On l’appelait de cette façon à cause de son perpétuel mauvais caractère. Mac détestait particulièrement ce surnom. Un jour, peu avant une bataille, il avait donné un coup de pompe dans l’arrière train d’un jeune pour l’avoir appelé comme ça.
-Tu connais la suite, poursuivit Mac. On s’est fait écrasé par les Iranis. Et depuis, il n’y a plus d’espoir. Il n’y a plus de joie. Tout n’est que tristesse. Notre peuple n’existe plus.
Tout à l’heure, quand l’autre abruti m’a menacé de mort avec la dague, ça m’a rappelé douloureusement cette période. Il y a huit ans, je me serai jeté sur lui sans aucune hésitation, quitte à mourir, autant que ce soit en me débarrassant du plus grand nombre de ses enfoirés. J’aurais pu écarter facilement Linda mais je ne l’ai pas fais. J’en étais incapable. C’est à ce moment-là que j’ai compris que j’avais changé, que je n’étais plus l’homme qui s’était battu pour son pays. J’ai eu peur. Moi qui était soldat, j’ai fui devant la mort. Finalement, je me demande si je serai capable d’aidé Linda.
Mac vida d’un trait son verre de whisky.
Au même moment, Linda vers le voyageur avec la bière. Elle ramassa la monnaie qu’il avait posé sur la table, le prix de la consommation, et repartit derrière le comptoir.
William avait été étonné d’entendre son vieil ami lui avouer sa peur. Il n’était vraiment pas du genre à confier ses sentiments à qui que se soit, amis proche comme lui ou simple relation. C’était la première fois qu’il ouvrait son cœur à William et il en fut touché d’une certaine façon. Il sut, en cet instant, qu’il pouvait à son tour, lui confier ses propres craintes au sujet de sa fille. Il but une gorgée de whisky-William sentit sa gorge s’enflammer de nouveau-et se lança.
-Moi aussi j’ai peur.
C’était largement suffisant pour faire réagir Mac;il avait aussitôt relevé la tête. Mais au lieu de dire quelque chose, il se servit un autre verre d’alcool. Il était bien partis pour être dans peu de temps comme l’étaient déjà les soldats Iranis. Mais lui ne risquait pas d’abuser de quelqu’un.
-Bienvenu au club, finit par dire Mac.
-J’ai peur pour ma fille, précisa William.
-Ta fille ? s’étonna Mac. Il y a un problème avec la petite ? Elle n’est pas gravement malade, j’espère ?
-Oh non, elle n’est pas malade. Elle va bien, très bien même. C’est une vraie petite ange en parfaite santé. Ma femme adore s’en occuper. Elle adore être maman. Je ne l’ai jamais vu autant joyeuse que le jour où le bébé la regardé et lui a sourit pour la première fois.
-Alors pourquoi tu t’inquiètes pour elle si tout va bien ? lui demanda Mac.
William vida son verre de whisky. Mac voulut le servir à nouveau mais celui-ci refusa. Etant un jeune père de famille, il ne pouvait se permettre de boire plus d’un whisky, surtout s’il était à cinquante-cinq degrés d’alcool.
-Si Linda aurait été ta fille, dit William, est-ce que tu aurais hésité à te jeter sur le soldat ? Non. Tu l’aurais fais parce qu’elle est ta fille, ton sang. Parce qu’au fond de toi, tu sais que c’est le seul moyen de la protéger.
-Je crois saisir où tu veux en venir.
-Je veux que ma fille soit libre.
Mac regarda William les yeux grands ouverts comme s’il venait de dire la plus stupide des idioties qu’un homme puisse formuler. Et pourtant, ce n’était pas une ineptie, c’était ce qu’il souhaitait plus que tout au monde. Il voulait que sa fille soit heureuse, qu’elle croque la vie à pleine dent. Et surtout qu’elle soit libre. William se refusait de voir sa fille harcelé sous yeux rien que quelques petites secondes, qui, souvent, duraient chacune une heure dans des moments pareils.
Puis Mac jeta un coup d’œil aux soldats Iranis. Ils commencèrent à chanter la chanson plus ignobles et funestes qu’ont puissent entendre. Elle parlait d’une Force légendaire, plus forte encore qu’un Dieu, qui asservirait tout les peuples au monde. Linda s’efforça, comme Mac et William à ne pas écouter les paroles sordides.
-William, je suis désolé mais c’est impossible, dit Mac.
-Je veux y croire Mac. Si tu serais à ma place, tu prierais tout les jours comme je le fais moi-même. Je ne veux pas qu’elle vive dans le monde tel que nous le connaissons actuellement. Je ne veux pas l’attendre tous les jours au coin du feu, m’angoissant parce qu’elle a du retard, à me demander ce qu’ils ont bien pu lui faire. Je ne veux pas qu’elle soit à la place de Linda, à servir toute la journée une bande de soldat alcoolique profitant d’elle jusqu’à ce qu’ils aillent trop loin. Je veux autre chose pour elle. Je veux le monde que nous avons connu tout les deux, bien avant la guerre. Tu peux comprendre ça ?
La voix de William commençait à trahir une forte émotion. Parler du futur de sa fille lui déchirait le cœur.
-Oui je peux le comprendre, répondit Mac. Et je sais aussi qu’il est normal que tu t’inquiètes, tu es père. Et comme tous les pères, tu as peur du futur de ta fille et c’est normal. Mais ce que tu demandes est impossible avant de très nombreuses années.
-D’autre personne ont tenté de retrouver leur liberté, lui fit remarquer William.
-Les révoltes ne mènent à rien. C’est toujours un groupe de villageois dont un ou deux anciens soldats qui se rebellent parce qu’ils ne supportent plus les lois des Iranis. Ils arrivent à tuer quelque uns de ces enfoirés mais c’est pas suffisant. C’est jamais suffisant. On sait tous comment finit l’histoire. Les survivants du massacre, ceux en général qui rendent les armes avant la fin du combat parce qu’ils savent qu’ils n’obtiendront pas la victoire sont pendus sur la place publique. Viennent ensuite les représailles.
Les représailles étaient encore plus douloureux que la pendaison des révoltés, ou des patriotes, terme plus approprié selon William; pour lui c’étaient des gens qui croyaient encore en leur patrie. Leur corps, pendu par le coup à l’aide d’une corde, restaient accroché à l’échafaud pendant une semaine, parfois moins, souvent plus. Une inscriptions était gravé à côté de l’échafaud :Ces hommes ont payé le prix pour avoir sous-estimé le Dieu-roi Karst. Peuple Skyes, regardez-vous avec votre manque de lucidité.
Leur famille était marqué au fer rouge dans le dos, homme, femme, enfant, du symbole de Karst. Une pyramide renversée et d’une sphère derrière la pointe. Ceux qui portaient ce symbole, étaient condamnés à une vie de misère, une vie maudite. Tout ce qui auraient pu leur resté leur était enlevé. Beaucoup d’entre eux se laissaient mourir au bout d’une ou deux années. Les plus résistant survivaient plus de trois ans.
Plus personnes ne voulaient condamnés sa famille à une telle vie. Les gens préféraient vivre sous le joug des Iranis plutôt que d’être exclu complètement de la société, sans jamais pouvoir se relever.
-Il n’y aura pas de représailles si nous vainquons les hommes du Nord, dit William convaincu de ce qu’il avançait à son ami.
Mac regarda William. Il sentait son désir de rendre sa fille libre traverser son corps et le rejoindre sans pour autant atteindre son cœur. Il savait que c’était un rêve inaccessible. Tant que Karst saura roi des hommes du Nord, ils ne sauront jamais libre. Puis viendraient sa descendance. Son fils, encore très jeune, sera comme lui, aussi cruelle. Karst y veillera.
-Il nous faudrait une armée, une grande armée, poursuivit William dans son désir aveuglant. Comme ça on marchera sur leur capitale. Et on…
Mac frappa violemment des deux poings sur la table. Leur verre tombèrent, déversant le whisky sur la table. William le regarda, l’air perdu. Il ne comprenait pas sa réaction.
-Ecoutes moi bien, dit Mac d’un ton menaçant. Ta fille ne sera jamais libre. Tu pourras faire tout ce que tu veux mais ça ne changera rien. Elle va devoir vivre aussi dans le monde merdique que nous connaissons.
Une larme coula de l’œil droit de William et Mac regretta aussitôt ses paroles (chose qui lui arrivait rarement). Il n’avait pas voulu se montrer brutal avec lui mais son mauvais caractère avait prit le dessus.
-Oh. Excuse-moi. Ce n’est pas ce que je…
Une autre larme perla au coin de l’œil de William. Elle fit une deuxième trace d’humidité sur sa joue. Il prenait brusquement conscience que Mac avait raison et que lui avait tort. Sa fille ne serait jamais libre et elle vivrait dans le même monde merdique. C’était, pour lui, depuis moins d’une minute, une évidence. Son désir l’avait rendu aveugle à la dure réalité. Une armée de soldat s’était fait vaincre en six mois. Alors comment un groupe de quelques centaines de révoltés, tout au plus, puisse être suffisamment fort pour repousser les Iranis, puis de les vaincre sur leur propre territoire ?
-…Je suis désolé acheva Mac.
-Ce n’est pas grave, dit-il en se frottant les yeux. Tu as raison. J’ai été aveugle, je fuyais la réalité.
Mac ne savait pas quoi lui répondre. Une partie de lui était heureuse que William admette ses erreurs et une autre lui en voulait toujours d’avoir été brutal avec son ami. Finalement il opta pour une troisième solution, il redressa son verre et se servit un dernier whisky.
-Tu sais Mac, poursuivit William, je sais désormais qu’il y a toujours eu en moi une partie qui était convaincu que ma petite ne vivrait jamais dans un monde respectable. Seulement, j’étais trop stupide, ignorant et aveugle pour l’écouter. Et c’est grâce à toi que j’ai prit conscience de la triste vérité. C’est peut-être mieux ainsi.
-Peut-être, répéta Mac. Mais peut-être que…
C’était le bruit de la chaise raclant le sol qui fit taire soudainement Mac. Il était sûr autant que William l’était lui aussi, que c’étaient les soldats Iranis qui partaient. Et à leur grand soulagement, y comprit celui de Linda, ils avaient vu juste. Les soldats étaient en train de se lever, avec beaucoup de difficultés. Ils devaient se maintenir à la table pour ne pas tomber. Le grand arracha la dague de la table mais ne la rangea pas dans le fourreau.
Ils marchèrent d’un pas titubant, se cognant aux coins des tables, manquant tous les cinq secondes de s’effondrer, vers la sortie. Les rares personnes présente ce soir-là les suivaient discrètement du regard. Seul le voyageur avait l’air de ne pas s’y intéresser. Aux grands dams des deux amis, ils ne sortirent pas mais s’arrêtèrent à leur hauteur. Les soldats encerclèrent Mac. Le grand s’avança et planta sans aucune difficulté la dague dans table sous les regards inquisiteurs des personnes présentes. William reconnu la dague en tant qu’une des siennes.
-Alors, Monsieur le Moustachu, on boit du whisky avec un ami.
Le grand se tourna ensuite vers William.
-Tiens, tiens. On dirait que c’est notre ami forgeron, dit-il en reconnaissant William. Je suppose que tu as reconnu cet instrument, tu l’as pour moi comme on te l’avait demander. Elle se plante facilement dans le bois. Mais j’aimerais la tester sur des gens.
William sentit la colère monter en lui, tel la lave dans un volcan prêt à exploser. Mais la peur était toujours présente. Il savait que c’était elle qui le maintenait assis sur la chaise. Il fallait que le volcan n’explose pas. Sinon, le sang coulerait en ce lieu.
-J’ai pensé que je pourrais l’utiliser sur ta fille, au cas où tu n’en voudrais plus.
Il y eut une énorme explosion. Le volcan déversa en grande quantité de la haine et de la colère à l’extérieur.
A aucun moment William ne se rendit compte de ce qu’il faisait. Il se leva, de la haine sortait de chaque pores de sa peau, et prit la dague-sa dague, celle qu’il avait forgé. D’un geste vif, précis, il trancha la gorge, comme on aurait tranché la gorge d’un animal, du grand soldat. Le sang gicla aussitôt, éclaboussant le meurtrier et la victime. Il coula sur le blason qu’il exhibait sur son torse.
Il n’y avait aucun bruit dans la taverne, ou alors William ne les entendait plus. Tout le monde, les deux ou trois villageois présents, le voyageur, Mac et les autres soldats le regardèrent mourir. Il porta ses mains à son cou et tomba à genoux. Un filet de sang sortit de sa bouche et coula sur son menton. Il essaya de dire quelque chose mais au lieu de mot, ce furent qu’un long gargouillement qui sortirent de sa bouche et un flot de sang qui s’égoutta sur le plancher. Les yeux exorbités du soldat regardèrent un dernier instant la lame du bourreau. L’instant d’après, le corps s’écroula sur le sol sans vie, la tête la première, les yeux ouverts et vides.
William commençait à reprendre conscience des bruits qui l’entouraient mais ils étaient tous incroyablement déformés. Mac lui hurlaient quelque chose qu’il ne comprenait pas. Il se tourna vers lui. Il vit son ami former avec les lèvres le mot Cours ! Au même moment, il entendit à peu près correctement ce mot lui percer les tympans. Pour la première fois depuis l’incident, William sentit la dague entre les doigts. Il baissa les yeux et vit ses mains couvertes de sang. Il ouvrit la main et laissa glisser l’arme. Elle tomba dans un bruit de ferraille à côté du mort. Le sang.
Les soldats reprenaient à leur tour conscience. Ils commençaient à se souvenir de ce qu’il venait de se produire. Ils sortirent en vitesse leur épée du fourreau.
-COURS ! hurla à nouveau Mac de toute ses forces.
William ne se le fit plus répéter. Il fit demi-tour et s’enfuit en courant.
Il faisait nuit désormais et l’averse s’était intensifié. En moins d’une minute, William s’était retrouvé trempé jusqu’au os. Il courait à perdre haleine, comme si le Démon en personne le poursuivait. D’un certain point de vue, c’était le cas. En sortant en trombe de la taverne, il avait bousculé un vieillard qui avait. Le sang. Jaillit devant lui. Il n’entendait pas encore les soldats Iranis le poursuivre à pied ou à cheval mais c’était juste une question de. Le sang.
LE SANG.
Bon Dieu, tout ce sang.
Pendant qu’il courait vers sa maison, William revoyait par intermittence le macchabée. Il envahissait son champs de vision par flash, étendu sur le plancher, baignant dans son propre sang. Une mare de sang. Il en voyait absolument partout, sur ses vêtements, ses mains. Il ne pouvait pas le voir mais il sentait sa texture poisseuse sur son visage que la pluie ne pourrait jamais totalement effacer.
William aperçut devant lui, enfin, sa maison. Elle se trouvait un peu en retrait du village, au bord d’une large route de terre qui menait vers le centre du village et la taverne de Mac à l’est ; ou dans une forêt aussi ancienne que dangereuse. Sa maison était une vieil ferme bâti par l’un de ses ancêtres il y a de nombreuses décennies. La grange sur le côté servait de forge à lui et à son apprenti, un jeune soldat Iranis, naturellement. Une lumière tremblante venant des fenêtres du rez-de-chaussée éclairait faiblement la route.
Il se pressa de parcourir les derniers mètres. Au loin, une rumeur se faisait déjà entendre, une rumeur qui réclamait justice. William avala les quelques marches du perron et, sans se retourner, pénétra chez lui.
Pas de titre au topic, tu vas te faire effacer va falloir que tu repostes.
Et par ailleurs, "Fiction de Fantasy" ? Par opposition à "Histoire Vraie de Fantasy" ? ![]()
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