Salut j'ai commencé cette petite histoire. Tout commentaire m'est utile alors démolissez-moi avec plaisir.
I.
Fatigue. Un mot pour résumer mon état, en ce moment du moins. Plongée dans les ténèbres d’une forêt, l’envie de dormir me prend. Et pourtant qui sait si je me réveillerai jamais ? Qui sait si, hors de ce sentier, ou de celui-ci, ou celui-là, ne surgira pas quelque loups, qui me dévorera pendant mon sommeil ? Ces pensées me font frissonner, et du plus profond de moi-même, un sentiment d’angoisse ressurgit, éveillant mon attention. Une longue inspiration. Lentement je fouille dans mes souvenirs. Cette forêt étouffante va jusqu’à noyer les âmes. Trois jours de chasse effrénées, qui m’ont conduit à travers tout le pays d’Argne, et pour quoi je vous le demande ? Un misérable gibier, un animal qui de par sa rareté constitue une proie que les rois envient tant et depuis si longtemps qu’il ne se donnent même pas la peine de le chasser eux-mêmes. Et dans ces cas-là on envoie la brave, la gentille, la courageuse et l’habile Entropia, moi. Que ce soit à un roi ou à n’importe qui, je ne peux dire non. Et encore moins dans ce cas. Car il se trouve que ce roi, ce si bon roi, avec qui le peuple rit au fête et combat sans fuir pendant les batailles, ce roi qui n’est roi que de titre, ce roi qui est sage et avisé, est tombé malade il y a peu. Ah je me souviens comment son état a décrépi –il faut dire qu’il est déjà vieux notre roi- comment je l’ai vu à ce festin brandir sa coupe de vin avec faiblesse, comment je l’ai vu se lever, se diriger vers moi et s’effondrer dans mes bras. Comment j’ai entendu la cour pousser un cri, et les hommes se lever pour lui porter secours. Notre pauvre seigneur veuf est malade et seul la viande du karakal, cette fichue bête dont la peau et les os se vendent à prix d’or, peut lé guérir. Or il se trouve qu’un karakal est rusé, vif et solitaire. (Serais-je une sorte de karakal ?) L’apercevoir tient de l’exploit. Le capturer tient du miracle. Mais peut-on refuser cela à quelqu’un qu’on aime ? Non évidemment.
Lentement je me relève. Des écorces se sont accrochées à mon manteau et d’autres ont glissé dans mon dos. A pas lents je reprends ma marche. Qu’est-ce que j’ai envie d’un bain !
Faim. Marche. Patte gauche douloureuse. Talus. Patte gauche plus douloureuse. Grognements. Forêt accidentée et dangereuse. Flair ! Jaguar. Ennemi. Peur. Fuite. Jaguar affamé poursuit. Peur double. Cherche cachette. Clairière. Nouvelles ténèbres. Autre clairière. Encore ténèbres, puis ténèbres et un peu de lumière. Bruit du jaguar intensifié. Peur intensifiée. Lumière intensifiée. Lumière intense. Jour. Humains. Petits humains. Plaqué au sol. Douleur intense. Peur insupportable. Humain en approche.
Fichue rivière d’eau pure. Ce sont les quatre maitres mots des anciens : « rivière d’eau pure ».
Rivière car on entend d’ici le bruit de l’eau, qui coule à environ cinquante mètres du village. De l’eau car l’eau est ce liquide que l’on boit pour vivre, et pure parce que certaines font mourir et pas vivre.
Les anciens ont soif, et prétextent être trop vieux pour aller puiser leur eau eux-mêmes. Alors ils envoient le fougueux, l’intempestif, le malaimé Guh, et quand Guh demande un peu d’aide, tous les autres s’excusent et retournent à de fausses activités. Guh est pas très malin, mais Guh a des sentiments. Guh est pas juste bon à remplir des outres. Guh ne se perdrait pas en forêt s’il y allait. Guh pas si con que ça ! Guh marre mais que peut faire Guh ? Guh n’a pas de respect ou de mérite. Guh est con sauf pour Guh.
Guh s’en va donc comme tous les jours vers la rivière. Connaît bien le trajet. Trois fois tourner à gauche puis une fois à droite vers le bruit de l’eau, pas loin du grand arbre. L’arbre de la tribu. Symbole des ancêtres. Guh pas savoir ce qu’est symbole mais Guh savoir que toucher arbre est pas bien, et que ça fait du mal aux ancêtres. Première outre remplie. Du bruit. Des jeunes de la tribu. De l’autre côté de la rivière. Ils regardent Guh. Ils se moquent de Guh. Mais Guh s’en fout, Guh ne les aime pas non plus. Deuxième outre remplie.
-Alors Guh ! Lance un jeune. Toujours sans compagne ?
Mais Guh s’en fout, Guh ne les aime pas non plus. troisième outre remplie.
Et pourtant guh lève tête. Guh s’énerve. Guh voit les jeunes souiller l’arbre aux ancêtres et rire moqueusement. Guh pas aimer ça.
-Vous arreter ca ! Pas bien de toucher à arbre ! Arbre sacré !
-Ta gueule espèce d’animal.
Guh a envie de frapper. Mais il a promis d’être gentil. Quatrième outre remplie. Un projectile vole. Une noix de coco. Première outre remplie renversée. Guh est furieux. Mais il a promis d’être gentil. Deuxième outre renversée. Guh furieux. Guh approche des jeunes, qui se mettent à rire et à gesticuler. Guh envoie coup de poing en plein nez du premier. Méchant tombe à terre. Guh toujours fâché. Veut attaquer deuxième mais lui a un bâton. Esquive coup de bâton et envoie coup de poing. Troisième et quatrième s’enfuient à toutes jambes. Guh content. Lentement Guh retrouve son calme. Guh n’avoir rien fait de mal. Guh avoir juste protégé l’eau des Anciens plus donné leçon à méchants garçons. Guh re-remplit les outres et rentre fièrement au village.
Au village deux grands hommes s’approchent de Guh, le saisissent par le bras, et le trainent jusqu’à la tente des anciens. Là les anciens, debout devant la tente, parlent. Les jeunes méchants, en pleurs, et deux en sang, me regardent pas gentiment.
-A ce qu’il parait tu as encore fait une bêtise Guh !
-Non. Guh avoir rien fait de mal. Guh avoir protégé arbre.
-Il ment ! intervient l’un des garçons. Nous étions juste en train de prier et Guh a cru que nous voulions souiller l’arbre sacré. Il nous a attaqués et il nous a blessés.
-N’exagérez pas. Vous êtes à peine égratignés ! Qu’as-tu à dire Guh ? Est-il vrai que tu t’es de nouveau emporté ?
-Non !! Guh avoir rien fait de mal ! Guh avoir juste protégé arbre !!
Des voix s’élèvent parmi la foule venue assister au procès. Guh reconnaît les mots « menteur ! » « Vaurien ! » et « Animal ». Des mots qui servent à qualifier Guh.
-Tu entends cela Guh ? Le village en a plus qu’assez de tes idioties. Nous te donnons une chance et à chaque fois tu nous déçois. Je crains que le village n’ait pas le choix. Ceux qui sont pour l’exclusion de Guh de la tribu lèvent la main…
La plupart des bras se lèvent. Guh se met à gémir.
-Mais où Guh aller ?
-La forêt est bien assez bonne pour toi. Répondit l’ancien. Déguerpis maintenant.
-Mais Guh avoir rien fait ! Guh innocent !
Il se met à pleurer. Deux hommes le saisissent, le trainent hors de la foule jusque hors du village.
Deux jeunes enfants s’approchent de lui. Guh, en pleurs, les regarde.
-Guh avoir rien fait. Guh avoir rien fait.
-Dégage sale animal ! Répliquent les gamins. Et ils se mettent à rire.
Trainant le pas, Guh s’éloigne d’eux. La forêt fait peur à Guh maintenant. Guh marche en baissant la tête. Et c’est là que Guh aperçoit la lutte entre le jaguar et un animal magnifique qu’il ne connaît pas de nom.
A suivre…