Ca y est. J’y suis arrivé. J’ai retrouvé l’assassin de mon père. Il est là, face à moi, l’air impassible, prêt à libérer ses deux corbeaux, et les laisser abattre leurs cris d’aciers sur moi.
Les mains séchées par le soleil, je caresse une dernière fois ma bonne étoile, celle de mon père. Je n’ai pas peur, j’ai accepter la mort il y a bien longtemps. Je suis sur de mes capacités, je serais plus rapide, plus fort que lui. Il y a un an, je n’en aurais pas été capable, mais aujourd’hui, c’est le grand jour, et faut jouer le jeu jusqu’au bout.
L’homme en face de moi est réputé pour être l’un des meilleurs tireurs de l’Ouest. Je mets son titre au défi...
Ses deux mains basculent vers ses six coups fabriqués par lui-même, appelés aussi « corbeaux stridents », réputés pour laisser échapper un bruit strident. J’ai une totale confiance en l’arme de mon père... Ma main droite bascule aussi vite que la sienne, le doigt irrité par la chaleur, la moiteur, et la détente.
Les cris stridents des corbeaux se font entendre, deux boulets de canons s’encastrent dans mon ventre, me projetant 2m plus loin. Une tache acre commence à apparaître sur ma chemise beige... Je mords littéralement la poussière. Le soleil se fait de plus en plus brûlant, et ma vue s’en retrouve troublée. J’arrive néanmoins à distinguer un homme habillé de noir, droit comme un i. Il se recourbe sur lui-même et vomit du sang, avant de s’écrouler sur la poussière brûlante. Je prie pour qu’il soit mort, mais apparemment mes prières ne se sont pas fait entendre : celui-ci se tortille de douleur comme un ver de terre. J’essaye de me relever, mais je m’écroule à nouveau, cette fois-ci sur le ventre. Les deux balles logées dans mon ventre se font sentir de plus en plus, et j’hésite à rester allongé à plusieurs reprises. Je serre la crosse de mon arme de toutes mes forces, et la range dans ma ceinture avant de m’assoupir une ou deux minutes. Je prends finalement mon courage à deux mains, et rampe, laissant derrière moi une traînée pourpre.
J’arrive à proximité de mon père, biologique, après un effort surhumain. Je jette l’étoile sur son poitrail, celle du shérif, de l’homme bon et courageux, de l’homme qui m’a tout appris, de mon vrai père. Je dégaine mon arme avec difficulté et l’écrase sur sa tempe, celui-ci rigole :
-Hé hé hé, la voyante avait raison : « tu mourras de la main de ton fils »
-Je n’ai jamais été ton fils...
Je presse la détente, une giclée de sang s’imprègne dans la poussière brillante et brûlante. Je me laisse tomber sur le sol, si confortable, et ferme les yeux. C’est fini.