Alors, voilà un nouveau roman. ca se passe dans un autre univers assez ressemblant à la Grèce antique, donc les personnages sont vêtus de toge, etc…
Le début est à la troisième personne, mais il n'en sera pas ainsi pendant toute l'histoire.
Bref, je vous livre de suite la première partie du prologue ^^.
L'enfant de la haine
Prologue
Je ne cessais de courir. Il me semblait que si je m’arrêtais, la mort allait me prendre comme elle les avait pris. J’avais peur.
J’avais peur, oui. Mais jamais je ne l’ai avoué. Après tout, les habitants de Strave étaient connus pour leur courage sans faille et leur habilité au combat. Le fait que l’un des leurs puisse être effrayé, comme je l’étais cette nuit fatidique, était impensable. Pourtant, je ne cessais de courir.
Je me souviens du bruit de leurs pas. Ils devaient être dix, peut-être onze, je ne me souviens plus au juste. Mais ce que je sais, c’est qu’ils en avaient après ma vie, qu’ils voulaient écourter mon existence comme ils avaient écourté la leur. Dieux que j’avais peur.
Devant mes yeux écarquillés défilaient les maisons de pierre, les quelques passants, la lueur fugitive des torches, la lumière blafarde de la lune. Mais dans mon esprit se jouait la scène fatidique. Celle qui avait scellé leur destin, celle qui avait fait de moi ce que je suis à présent. Sans ce qui s’était produit quelques minutes aupravant, serais-je à présent en train d’écrire ces lignes ? Je n’en sais rien…
J’aimerais passer sous silence ce qui s’est passé. Mais je ne peux pas. Ma plume vole inlassablement sur le papier, et je pense qu’elle ne s’arrêtera que lorsque j’aurais terminé de conter mon histoire. Malheureusement, il y en a pour un certain temps…
* * *
Strave, deux ou trois jours avant la nuit fatidique. Je me trouvais devant une petite table de pierre, m’exerçant à tracer des lettres sur un vieux parchemin usé, lorsque mes parents m’annonçèrent que nous partions au marché. Poussant un soupir de soulagement de ne plus avoir à faire ces exercices fastidieux, je leur emboitai joyeusement le pas. Cinq minutes plus tard, nous nous trouvions dans la rue pleine de monde. Mes yeux émerveillés ne cessaient de bouger, voletant d’une personne à l’autre, détaillant la moindre chose, m’entrainant à reconnaitre les gens que j’avais vus une ou deux fois chez mes parents. Personne ne remarquait rien. Après tout, qu’avait-on à faire d’un gamin de six ans.
Mon père, en revanche, attirait tous les regards. J’avais très vite compris que c’était un personnage important de la cité, mais ce n’est qu’un peu plus tard que je saisis son métier. Général… Général du roi de Strave, général des plus grands soldats de tout Phebos, général de la meilleur armée au monde ! Mais surtout, un général hors du commun.
- Meras ! l’apostropha d’un ton anxieux un homme d’une ruelle. Meras, viens voir ce qui se passe !
Cet homme, je l’avais vu quelques fois à la maison. Blond, bien bâti, des yeux d’un vert éclatant, il était vêtu de la toge classique. Un visage somme toute assez quelconque, mais un sourire reconnaissable entre mille. Il se nommait Lernion.
Mon père, ma mère et moi sur ses talons, le suivit sans un mot. Je me souviens peu de lui. Il affichait très souvent une mine sérieuse. Je me rappelle qu’il prenait toujours le temps de réfléchir avant de parler. De taille moyenne, les cheveux d’un beau brun, des yeux d’un noir qui ne manquait pas de chaleur, il portait au côté une belle épée. Il ne sortait jamais sans. EZt il faisait bien. Les rues de Strave étaient dangereuses, surtout en pleine nuit alors que voleurs et bandits proliféraient dans la cité, profitant de sa somnolence momentanée.
Nous traversâmes la ruelle en silence et débouchâmes sur une petite place. Un groupe de badauds, qui se dissipa devant mon père, observait quelque chose d’invisible pour moi. Tenaillé par la curiosité, je décidai de fausser companie à ma mère et de me faufiler entre les jambes des personnes rassemblées.
Au milieu de la place se tenait un garçon d’une dizaine d’années. A sa peau très bronzée, presque noire, son grand nez, ses yeux en amande et ses cheveux broussailleux, je reconnus Taylos, un enfant avec lequel il m’arrivait de flâner à mes heures perdues.
Je le découvris entouré d’une dizaine de jeunes hommes qui devaient avoir entre quinze et dix-sept ans. D’aucuns tenaient un baton, d’autres n’avaient rien en main. Par contre, tous semblaient vouloir cogner sur le pauvre Taylos. Celui-ci s’était apparemment déjà pris quelques coups à en juger par le sang qui coulait sur son visage et son oeil à moitié fermé. Les jeunes gens riaient en lui lançant des quolibets sur lui, sa mère ou sa famille. Et à chaque fois, le garçon se relevait et essayait de frapper ses bourreaux qui paraient facilement ses attaques. Parade, riposte, rires… Cette sinistre litanie se fit à peu près trois fois devant le regard médusé de la foule qui grossissait au fur et à mesure. Mais alors que Taylos se relevait une quatrième, une voix s’éleva, grave et menaçante, tranchante.
- Il suffit !
Mon père fendit la foule et vint se planter devant le pauvre garçon qui vacillait sur ses jambes couvertes de bleus. Il lui murmura quelques mots à l’oreille qui firent sourire l’enfant. Puis Meras se tourna vers la dizaine de personnes qui avaient cessé leur torture sur Taylos qui était à présent protégé.
- Je vous laisse deux alternatives, déclara calmement mon père. Ou bien vous vous inclinez jusqu’à terre, implorez la clémence de Taylos et perdez le doigt de votre choix, ou bien vous essayer de résister et vous mourez dans les pires souffrances.
Une lueur fugitive de terreur passa dans les yeux des jeunes hommes, mais le courage leur revint bien vite.
- Ce n’est pas un vieux général comme toi qui va nous dire ce que l’on doit faire ! s’exclama l’un d’eux.
Le “vieux général” eut un sourire, presque attristé.
- J’ai bien peur que la jeunesse ne soit trop présomptueuse. Si vous êtes si sûrs de vous, pourquoi ne pas venir tâter de ma lame ? fit-il en dégainant.
Deux des dix s’avançèrent sans hésitation, lame au clair. Deux autres les suivirent, un bâton à la main. Les six restants baissèrent les yeux. A quatre contre un, les jeux semblaient faits. De plus, personne n’interviendrait. C’était une affaire d’honneur entre Meras et ses adversaires.
Le combat s’engagea donc. D’un seul mouvement, si rapide que j’eus à peine le temps de le voir, Meras désarma l’un de ses ennemis. L’autre épéiste se jeta aussitôt sur le général, mais celui-ci dégaina une dague qu’il lui planta dans le ventre. Le peu de courage qu’ils avaient abandonna les trois voyous qui se retirèrent en courant sous les insultes et les moqueries de la foule qui s’agglutinait à présent pour féliciter le vainqueur. Quant à moi, je rayonnais de fierté.
* * *
Je me mis à chercher ma mère dans la foule dense et agitée. Mais, dans cette mer de personnes dont je ne distinguais que les mollets, dans cette marée humaine, je ne la trouvais pas. Elle pouvait être n’importe où ! Un sentiment d’agoraphobie me prit. L’air était bloqué dans mes poumons, je me sentais étouffé. Il fallait que je m’écarte de tous ces gens.
Je pris donc le parti de me diriger vers une petite ruelle sombre à quelques pas de là. Je me laissai tomber par terre et m’affalai contre un mur. J’étais pris de frissons, mais l’étouffement que j’avais ressenti une minute auparavant avait disparu. Je fermai les yeux quelques instants, puis me relevai.
Mais alors que je me dirigeais vers la place, des voix me parvinrent, venant de la direction opposée. Des voix d’homme, dont l’une qu’il me semblait reconnaitre.
- Vos hommes ne sont que des incapables ! tempêta la voix familière.
- Avec ce que vous m’avez donné comme or, je ne pouvais payer que ceux-là, répondit calmement l’autre.
Je m’approchai à pas de loups de la source du bruit. Heureusement, des sacs et des bouts de bois étaient empilés sous les fenêtres et offraient une cachette sûre.
- Je me fiche de vos excuses ! aboya le premier. Je veux des résultats !
- Si vous me donniez plus de moyens, je pourrais…
- A vous écouter, il faudrait louer les services d’un Djigaï, fit la voix familière, sarcastique.
- Allons, nous savons vous et moi que c’est hors de prix et que cela prendrait trop de temps. Il faut que ce soit fini avant trois jours, avant le Conseil. S’il prend la parole…
- Je sais tout cela !
- Eh bien, donnez-moi des moyens, Lernion, et vous obtiendrez des résultats.
Les deux hommes se firent face en silence pendant un moment, puis Lernion finit par desserrer les dents.
- D’accord, fit-il en plongeant la main dans sa toge. D’accord, voici le triple de ce que vous aviez avant, continua-t-il en sortant une bourse pleine à craquer et en la jetant à son interlocuteur. Mais je vous préviens que si vous n’obtenez pas de résultats…
- Ne vous inquiétez pas, l’interrompit l’autre avec un sourire en coin. Demain, notre affaire sera réglée.
Et ils se séparèrent sans autre forme d’adieu, Lernion arrivant dans ma direction. Affolé, j’essayais de me relever mais trébuchai. Le bruit que fit ma chute attira l’attention de l’homme qui accourut vers moi, glaive à la main. Son visage fut frappé de stupeur quand il me vit, étalé dans la poussière, mais il eut tôt fait de se reprendre et de m’aider à me relever.
- Alors, garçon, commença-t-il gentiment, tu t’es perdu ?
Incapable de prononcer un mot, je me contentai de hocher la tête.
- Viens, je vais te ramener à tes parents.
Et il se dirigea vers le marché, me faisant signe de le suivre. Comme dans un état second, j’obéis. Je ne saisissais pas exactement le sens de la conversation que j’avais entendue, mais je savais que je n’aurais jamais dû être là.
* * *
Nous retrouvâmes mes parents sur la place, alors qu’eux-mêmes me cherchaient. Ils remercièrent chaleuresement Lernion que mon père invita à dîner un soir. Quant à moi, je fus réprimandé pour ma fugue, mais très raisonnablement. Nous repartîmes donc aussitôt à la maison.