-Cette fois j'vais l'faire.
C'est un songe sourd. Ah, mais ce songe, il lui sort de l'estomac, il se rétracte dans ses poumons, il gesticule dans ses trippes. Ses yeux sont noirs, grand ouverts et paisibles. Cependant ils laissent entrevoir d'effroyables douleurs, un cri étouffé par quelques années à se taire et souffrir dans l'ombre d'un coin. D'un ultime refuge. Oh, mais ces mains sont froides. Ces mains sont moites, acides, comme si la haine s'émanait de ses pores pour blesser au contact doucereux d'une caresse.
-Si tu me piques, si tu me fouettes, ou bien même m'effleur un peu trop je le fairai. Je n'ai absolument plus peur de toi, moi je n'ai peur de personne.
-Et de rien ?
-De rien non plus.
C'est une lutte. C'est un peu l'avocat de la défense qui exprime un définitif plaidoyé hors coulisses à un ami aux conseilles avisés. La cause semble tragique, dramatique. Pompeuse ?
Le conseiller à terre, frappé.
-J'ai prévenu ! Ne recommences pas !
C'est un râle, des sanglots, pathétiques. Mais à la fois effrayants, très.
-Si tu ne contrôles pas tes émotions ils ne comprendront pas, enfin !
-Je me fiche qu'ils comprennent. Ils n'ont jamais compris, pourquoi ce soir ?
-Parce que ce soir tu n'es plus. Ou du moins tu es un autre. Tu es la volonté de dieu, un peu d'panache !
-Cela va-t-il vraiment changer ?
-Considérablement, la liberté t'y attend au bout.
-Mais je veux qu'ils saignent, que la douleur n'est jamais était aussi forte qu'elle le sera cette nuit.
A présent il compte. Les incertitudes se taisent, laissent la parole à cette suite de chiffres. La tête s'élève lentement, automatiquement, hermetiquement. La bouche béante et seche. Les yeux vacilles. Les épaules tremblent... Une sensation d'overdose, le sol est mouvant. Alors en rythme avec cette guitare monocorde que joue les battements de son coeur : il monte. Son âme, elle, ne l'a pas suivit et reste ici, impuissante à contempler le premier acte du délicieux drame que les dieux vont lui offrir. La cloche retentit, la guitarre s'accélere sur deux notes binaires. Conscience. Les yeux se ferment et la tête suit en rythme. Sourire. L'âme fronce les sourcils, voit ce spectacle malsain.
-Nous y sommes.
Les yeux s'éclairent subitement. Comme la lave surgit d'un ruisseau. Se froncent. Fresque de folie meurtrière sur le front. Les bras gonflent, les veines se dilatent, le nez se rétracte et les poings... Les poings se lacèrent monstrueusement et on croit entendre le crissement d'un cuir ancien.
Vue panoramique du haut de ce clochet. L'âme, pense deviner le sens du préambule de ce premier acte et ne peux empecher un pas de recul.
Ce sont les derniers instants, d'ici on ne voit à peine le sol. On ne peux que l'imaginer, à vrai dire, qu' à travers la pénombre de la nuit et du reflet des yeux rouges de la lune.
Il prend le temps d'apprécier cet exquis vent aiguilloner son épine dorsale une fois encore.
Saut dans le vide. Le regard est rectiligne, vide, opressant. Il regard nous dépasse, nous dérobe.
Atterrissage, course effrenée. Il n'y a aucun son, ou celui d'un aquarium peut-être. Les visages sont difformes à la vitesse à laquelle cette ombre glisse et sème les corps sur son passage. On n'entend que l'échos de l'impact des carcasses se fracasser contre le sol. Et peut être un aperçu de mugissement de désarroi.
Lui il regarde ce qu'il fait. Sans plaisir particulié. Il pense :
- Je ne suis pas mauvais...
5.
- Mon coeur est noble et tout a était décidé à ma place.
4.
-Je n'suis que le martyr de la mélancolie de ce monde, de sa haine, ou d'une puissance qui m'échappe.
3.
-La vie est un mensonge.
2.
- Ma foi, ces promesses, puis quoi ?
1.
-Ce mal-être...
0 : comme une ardeur, qui s'installe doucement dans le fond de la gorge. Un courant d'eau chaude dans l'oesophage. Elisses d'hélicopter de la police. Non ! Ventilateur de l'hopital ? Mais non... ailes de l'enfer palpitantes. L'arrière du crâne frappe le trottoir ou bien l'embrasse-t-il ? Dieu merci la pluie, et il me semble qu'elle est aussi légere qu'un dépucelage dans un lit de pétales de roses blanches.
Là, à côté du trottoir, l'âme. Hochement de tête, elle se baisse pose ses levres sur l'enveloppe charnelle. Quel saisissement que cette fusion, oh ! comment l'exprimer ? Comme si la lame tranchante d'un couteau aiguisé par la braise de l'Achéron procurai le plus succulent raffraichissement de bien être que les cieux ne puissent transmettre.
Les yeux s'affolent regardent dans tout les sens. Cet agitement autour... Toux soudaines et morribondes, les gens courrent autour, autour, autour. Vertige. Est-ce un rite exécutoir ? A quoi bon puisque cette plume qui danse au claire de lune innonde soudain son coeur de sentiment. Sentiments qui deviennent trop forts. A en faire saturer l'esprit. Oh il a envie de rire tellement il lui prend l'envie de pleurer comme un jeune bambin à la naissance, crache toutes ces soudaines émotions trop fortes pour êtres contenues et bien trop nouvelles pour être maîtrisées.
-Allons, c'est fini.
Parmis cette pagaille vomissante de détresse, d'hurlements, de désespoir, les célestes projecteurs de l'espace éclaires le sourir de pleinitude de l'homme à terre.
-Ils avaient raison.