Quelle est cette ombre qui erre parmi la lumière ? Ce renégat qui chevauche une monture déjà trop châtré de toute volonté, où va-il ? Serait-ce une ombre qui emporte une autre ?
« Non, pauvre saoul ! Je suis l’ombre qui porte les morts ! Je suis cette ivresse qu’ils goûtent, cette espérance qu’ils voient comme une lumière ; alors que moi-même on m’appelle Dieu des ombres !
Et c’est seulement quand je suis prés d’eux qu’ils m’envient… je ne suis qu’une vigne qu’on arrache à maturité mais voilà que c’est en vain qu’ils m’acceptent ! Ils ne veulent de moi que l’oubli, loin du vin, ils veulent d’une bière pour que seule la réminiscence du plaisir reste.
Mais moi je ne suis pas dupe… je sais que derrière toute ode et toute chanson et tout vin, ne se cache qu’un géronte attristé de son état ; il ne veut plus l’homme, il veut tuer l’homme qu’il est et devenir un dieu… sans vie.
À quoi bon la mort pour toujours ? Mieux ne vaut-il pas mourir une fois ?
Cet homme ne voit-il pas que je ne suis moi-même qu’une ombre qui éternellement erre ? Et une ombre qui erre, c’est une ombre qui n’a pas sût trouver lumière.
Je suis en fait puni. Puni à éternellement faire rêver l’homme alors que moi-même je ne peux m’enivrer de mon propre vin ; les hommes, eux quand ils n’en veulent plus, ils se rendent exsangues pourtant !
Doux châtiment que de voir ses propres enfants danser de son propre sang… mais quel hiver !
Et en réalité, c’est l’hiver qu’on a du m’imposé ; seul l’hiver peut satisfaire les spectres froids qui m’accompagnent et le froid seul peut les supporter !
Ils ne savent tout simplement pas danser et moi, je suis là pour les apprendre pour l’éternité à danser sans pieds ; et c’est seulement comme ça que je fais mon éternité, en m’ennuie et quelque fois tuant le temps !
Le temps ? Un cauchemar… le temps dort ici. Il est toujours présent et pourtant on ne le voit pas. C’est bien ça le problème, je m’accable même à tuer le temps !
Et avec les morts pour l’éternité, où nous dirigeons nous ? Vers le néant, toute ombre ne peut qu’aller nulle part et ne peut revenir nulle part aussi ! Voilà l’éternité : un cirque où le trapéziste lui-même perpétuellement tombe. »
Mais alors Dionysos, à quoi bon l’éternité qui ennuie ? Le temps qui toujours tue pourtant et le néant qui jamais luit ? Son ombre qui toujours nuit ?
« À rien ! Voilà d’où les hommes avinés une fois m’ont créée et voilà où je pars toujours ! »
Avant d´aller me reposer, j´ai voulu vous torturer un petit peu!
Bonne nuit!
_____________________________
"Le paradis est à l´ombre des épées" voilà encore un de ces symboles, une de ces formules à l´emporte pièce où se trahissent, auxquels se devinent les âmes d´extraction noble et guerrière.
Ainsi galvanisait Nietzsche.