La solitude, telle un poison, s’infiltre en moi et, par misère, m’oblige à l’utiliser comme baume face aux hommes –et contre eux je la protège.
Elle s’infiltre et défit le cœur même dans sa course en chaque instant –comment le cœur pourrait-il courir assidûment ? La course me montre son terme ; l’ombre gagne le corps à chaque mouvement, et celui-ci ne peut que s’agenouiller dans la poussière.
Mais comment sauver le corps de la poussière ? Ces coups éternellement meurtriers que me donnent cet ombre sans cesse narquoise et grandissante devraient être ma punition pour avoir fuit le troupeau ?
La tuer ? Ne plus pouvoir l’avoir. L’oublier ? Ne plus vouloir la voir –Mais comment mon ami ?
Elle me suit et te suivra jusqu’à la tombe –elle veut rejoindre la poussière elle aussi.
Elle veut m’emporter avec elle et, oubliez tout ces éphémères traitements, elle veut t’accompagner jusqu’à là pénombre…
Ni le vin ne l’enivre ni la drogue ne le calme –cet éternel assassin ne rit même pas dans ses crime pour me consoler.
Quel intérêt à la vie recluse, quand toujours l´ombre vous suit ?
« Je ne suis pas ton meurtrier, mais le seul témoin de ta vie loin des spéculations des hommes que tu as abandonné. » Criait l´ombre nourrie de l’ambiance atrabilaire de cet appartement habitué aux plaintes médiocres.
« J’ai fuit le troupeau et j’ai juré de faire paître tout berger ! Je ne veux pas de ta présence –une silhouette de mes formes et détruisant mon fond ! » Disais-je d’un ton presque fébrile.
« Ce n’est pas par la fuite que tu échapperas à l’homme mais par la confrontation ; toute paix née de combat et la solitude est un néant où tu ne pourras jamais te réfugier, et encore plus sans conflits ; et là, mis à part les hommes, tu trouveras ennemi encore plus opiniâtre : toi-même.
Tu ne peux donc me fuir ; je fais partie de toi et tu as fait de moi ton pire ennemi. »
« Arrêtes donc de mentir ! Tu ne fais pas partie de moi. Tu es ma négation, ma folie, mes espoirs, mes désirs,… ; tout ce qui te rapproche de la mort ! Et tu me tends maintenant la main ? Comme signe d’amitié ? Je confirme ! Tu m’es unique compagnon et c’est avec regret que j’accepte ta sympathie ! Ignoble tentatrice… »
Après cette chamaillerie, tel un orant je remercie, non l’ombre, mais moi-même.
Je peux m’endormir en sachant que cette ombre qui me suivait, n’était en fait qu’adepte de mes propres enseignements, qu’elle n’était que l’ami unique que je voulais et qu’en réalité j’étais mon propre ennemi !
Je sais contre qui me battre pour faire taire mes souffrances ce soir. Et ce n’est qu’après ce meurtre, que je serais complètement moi-même, sans que cette ombre ou cet ami ne me volent quoique ce soit… en espérant que ça soit moi qui gagne.
Sinon, Quel intérêt à la vie, quand toujours la mort vous envie ?