Nouveau petit détour, un écrit inachevé rédigé sur l´instant. J´attends vos réactions!
Le Mafioso
Sommaire :
1. Lucy
2. D’outre-tombe
3. Revolver Brisé
4. Lind Say
5. Deuil, rédemption et sang
6. Ad vitam aeternam
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1. L U C Y
Il avait un révolver braqué sur sa tempe, et elle, un semi-automatique pointé droit sur le cœur du Mafioso. Les deux individus, recouvert par le voile sombre et brumeux de la nuit naissante, se tiennent l’un face à l’autre, leur détermination faisant fuir toute éclosion de vent, de murmure céleste. Dans le doux et perpétuel calme de la vêpres, une frénésie inhabituelle agite leurs doigts, alors que l’un comme l’autre, caressant machinalement la matière métallique et froide de ces armes, s‘apprêtent à en finir. Un colt Anaconda d’un côté, un puissant Desert Eagle chargé aux .50 Action Express de l’autre. Laquelle de ces deux forces de destructions prendra le dessus pour tirer la première, sonnant le trépas de l‘autre?
« - Haha… Finalement, je ne crois pas que je pourrais y arriver. » Lança-t-elle, ses cheveux ondulant sous l’effet de la brise palpable. « C’est dingue! Un premier échec, ça se fête… »
« - Ça ne te ressemble pas, lui rétorqua l’homme, dont le visage jusqu’alors masqué par les ombres, laissait transparaître des yeux verts criard, à mesure que la lune se dessinait dans la voûte. Depuis quand tu fais dans le sentiment Lucy? »
« - Faut croire que je me suis adoucie… Je deviendrais presque sentimentale! » Et elle se mit à rire, de ce rire faux qui cache derrière un mouvement de lèvres confus une terrible souffrance.
Se devinant du regard mais incapable de se voir, entravé par la position de leur armes, ils restèrent là, des soupirs en guise de mot, des murmures perdues pareil à des adieux. Ne sachant que dire avant le grand voyage, ne sachant que faire à la veille du départ, chacun d’eux éreinté par ce poids qui les acculent depuis tant d’année; Et lorsque la vêpres se dissipa entièrement, rendant à la lune ses droits, tout deux furent éclairé par un long faisceau de lumière, mettant à nu leur visage, leur cheveux, leur corps meurtri par une vie d‘errance.
Autour d’eux, se dessinait une filée de bâtiments délabrées, vides, détruits par endroit. On y entendait les échos d’une présence, ou deux : des malfrats, des bandits, des clochards venu chercher refuge.
« - Alors… On fait quoi? Trancha la voix sépulcral du mafioso, sa peau matte luisant à la lanterne du ciel. Et il continua, rompant à nouveau le silence : Je sais pas pour toi, mais je commence à avoir froid moi.
Et comme pour le suivre, le ciel s’enneigea, lâchant des flocons d’ivoires qui s’écumèrent mollement sur le sol. Peu à peu, la ville de Sicile revêtit un voile blanc diaphane, à l’aube des fêtes de fin d’année. Quelques kilomètres plus loin, des familles entières décoraient des sapins achetés la veille, des mères attentionnées confectionnaient amoureusement des mets de fêtes, des amants s‘avouaient leur sentiment sous les branches proliférantes de gui… Et là, comme isolé de tout cet attirail, Lucy et le mafioso restèrent marbré, ignorant le gèle et le froid qui s’acculait à leur pied.
« - Bon, finissons-en. Décréta la voix d’homme.
- Tu tiens à te débarrasser de moi si vite? Répliqua-t-elle, un sourire espiègle manoeuvrant sa bouche. Puis sur un ton où le reproche s‘insinuait entre chaque mot, elle continua, ses yeux bleus à présent clos : laisse-moi profiter de ces derniers instant. S’il te plait. »
Il lui accorda une minute. Une minute, pas plus. Et lorsque le dernier grain de sable temporel s‘écoula, les coups rugirent silencieusement des tunnels métalliques, perçant la chair et inondant le parterre insalubre par le sang et la mort. L’Anaconda s’échappa des mains de la jeune fille, ses cheveux cessèrent d’osciller et sa vue tressaillit; se dessina alors sous ses yeux une épaisse lumière blanche, là-haut, sans qu’elle en connaisse la provenance. Elle voulue lever le bras, comme pour s’en emparer, mais il resta inerte, refusant d’obéir à sa pression. Et tout sombra dans l’abstrait, les tracés se mélangèrent, fusionnèrent, l’ombre et la lumière sombrèrent à l‘unisson dans le néant. Ses paupières ne s’alourdirent pas; Au contraire, ses iris s’agrandirent, découvrant ces perles incolores qui lui servirent d’œil dix sept années durant. L’éclat se propagea, recouvrant sa vision, son corps, recouvrant tout.
Avant d’atteindre le sol et marquer ainsi son trépas, le corps fut rattrapé, cajolé presque aussitôt, dans une étreinte vidée de toute retenue; A l’instant même où il avait pressé la détente, le Mafioso s’était jeté, balançant au loin son Revolver déchargé. C’était comme si ce geste pouvait remonter le temps, ressortir la balle, curer sa blessure et lui rendre vie. Il n’en fut rien, cependant. La dépouille demeura dès lors dans les bras de son meurtrier, sa gueule d’ange reposant à la lueur de la lune; on eut dit un ange assoupit, fatigué d’un labeur dont on l‘aurait présentement délivré. Les secondes, les minutes, les heures s’effilèrent ainsi sans que la scène ne change, sans qu‘un murmure, un son, une voix, ne vienne perturber la magie de l‘instant; la neige recouvrait à présent leur deux corps, comme si la nature eut voulue les lier, pour une dernière fois. Et d’un geste brusque, fort, l’homme se dégagea des flocons blancs, épousseta sa veste de cuir noir et observa sa montre. C’est à ce moment là, que dans son ancienne vie, il aurait dit sur un ton monocorde où l’on aurait perçu l’habitude et ce dégoût constamment renouvelé : « Lucienne Elgado, 22 ans, le 24 Décembre 1991; heure du décès : 01h07. » Comme l’on se défait d’un poids trop lourd en le balançant plus fermement sur nos épaules, le Mafioso recouvrit de sa veste le macchabée du nom de Lucy, abaissant à jamais ses paupières sur son regard vide et son visage blême.
Un grondement sonore transperça la plénitude du crépuscule. Au loin, dans le vaste champ de désolation qui s’offrait à perte de vue, un lumineux point blanc jaillit des ténèbres. Presque aussitôt, le mafioso se jeta sur son Desert Eagle laissé choir, dans ce sursaut bestial qui saisit les plus braves au moment où les foulées de la mort nous semble aussi proche que l‘instant présent. Au fur et à mesure, les contours se tracèrent dans le néant et le mystère se dissipa; une moto, manœuvrée par un Casque Noir, ralentissait l’allure à mesure qu’il s’approchait. Lorsqu’il entrevît la découpe et la posture avachit du mafieux, la monture freina, puis dans un geste de mercenaire aux aguets, le nouveau venu se jeta au sol, à quelque mètre des deux corps, l’arme levée. Il s’interrogea tout haut :
« - Mort tous les deux? »
On lui répondit, dans un grincement à peine audible.
« - Eh bien non, pas vraiment. J’ai connu mieux, mais je crois que je suis toujours en vie. »
« - Vous êtes en vie? » Il restait masqué par sa combinaison de motard, mais l’on perçait dans le timbre de sa voix une jeunesse révoltée, nonchalante et impulsive.
« - Ouais, on dirait bien, lui rétorqua le mafioso. Tu peux m’aider? J’ai un peu de mal à me bouger le cul là… »
Lorsqu’il fut relevé, on lui demanda encore :
« - ‘Tain mais vous êtes envie boss! Compte tenu du fait que vous faisiez face à la Rose aux Épines Ardentes, ce n’est pas rien!
« - La… quoi…?
« - Vous savez… C’est le nom qu’on lui donne! On dit que vous étiez proche tous les deux mais…
« - Assez. Ferme-là un peu, Etan.
Et il se tut, soucieux d’avoir manqué de respect son supérieur. Après un instant passé à s’étirer, lançant un dernier regard au cadavre qui s’engloutissait dans la neige abondante, le mafioso s’assit sur la moto du dénommé Etan, qu’il fit sienne. Observant à présent son dévoué, il lui dit d’un ton neutre :
« - Je me tire. Je te laisse t’occuper du reste. »
Et lorsqu’il enclencha le moteur, on le retint à nouveau. Décidemment, rien de ce 24 Décembre n’était voué à lui obéir.
« - Attendez! Vous ne pouvez pas partir comme ça! Nous devons retourner ensemble au QG et faire notre rapport! Vous serez félicitez et…
- Tu leur diras que je les emmerde. Et qu’ils peuvent se foutre mon rapport là où je pense. Je viens pas de tuer ma femme pour aller chercher chez ses coincés du cul une quelconque récompense; non merci. »